Le Christ est déjà largement connu parmi le peuple; on est heureux de le recevoir et l'on attend donc sa venue. Hélas, sa popularité a encore peu de rapport avec la compréhension de qui il est et de la raison pour laquelle il est venu parmi les hommes. Comme nous ressemblons aux anciens habitants de Judée lorsque nous nous adressons au Christ et à ses saints surtout pour des besoins pratiques, oubliant ce qui est plus important! Il n'est pas étonnant que Jaïre lui demande la guérison de sa fille et que le Christ réponde à sa demande. Mais ni Jaïre ni les gens de sa maison ne savent encore qu'il est venu vaincre la mort; la demande de ne plus déranger le Maître lorsque se répand la nouvelle de la mort de la jeune fille est donc tout à fait compréhensible. Pourtant, il est monstrueux d'entendre alors des rires: même en ce moment tragique, les hommes trouvent possible de rire de celui qui a appelé la morte une enfant endormie. Dans ce rire résonnent déjà les moqueries qui se feront entendre lorsqu'il sera saisi et livré à la violence. Mais on ne se moque pas impunément de lui: ceux qui le raillaient furent couverts de honte.
En chemin, la femme atteinte de pertes de sang le toucha. Peu auparavant, il avait transgressé les prescriptions sur la souillure en touchant un lépreux; et voici que maintenant cette femme souffrante, en le touchant, transgresse elle aussi les règles de conduite en état d'impureté. Il approuve son audace, non parce qu'il veut, comme certains le pensent, briser les normes existantes, mais parce que sa miséricorde est plus haute que le ritualisme devenu une fin en soi.
