Parmi les paraboles sur le Royaume, les paraboles du semeur occupent une place particulière. Dans la lecture évangélique d'aujourd'hui, Jésus parle de ce qui empêche l'homme d'entrer dans le Royaume. Et le premier obstacle sur ce chemin est le « chemin », l'absence d'attention aux paroles de Celui qui témoigne du Royaume (v. 4, 19). Il semblerait que la distraction soit loin d'être le propre de tous. Mais ici, il s'agit manifestement d'une attention d'un genre particulier, de cette sensibilité intérieure qui pousse l'homme à écouter et à s'arrêter devant ce à côté de quoi il passe d'habitude sans réfléchir.
Les paroles sur le Royaume et sur le Messie retentissaient souvent aux temps évangéliques, et beaucoup, surtout ceux qui vivaient une vie religieuse intense, avaient sans doute déjà commencé à s'en lasser. C'est peut-être ce qui poussait Jésus à s'adresser au peuple en paraboles: un tel langage attire toujours l'attention, obligeant souvent à regarder des choses bien connues et habituelles sous un angle inattendu, et permettant de voir ce qui serait autrement resté inaperçu. Mais il ne suffit pas de remarquer et de se tourner: il faut encore rester fidèle même lorsque l'enthousiasme du nouveau converti sera passé et que le monde réclamera son dû, de sorte que l'affaire pourra peut-être aller jusqu'aux persécutions (v. 5-6, 20-21). Là, ni les sentiments seuls ni la raison seule ne suffiront; une foi qui n'est pas enracinée dans la volonté tiendra difficilement devant une forte pression extérieure, car les sentiments passent et la raison est malléable.
Il y a pourtant dans le monde quelque chose de plus dangereux pour la vie spirituelle que la pression et même les persécutions, bien que, comparé à elles, ce danger paraisse peu sérieux: les soucis du monde et l'agitation quotidienne (v. 7, 22). Les soucis et l'agitation peuvent-ils briser ceux que les persécutions n'ont pas brisés?
Mais pendant les persécutions, la situation paraît habituellement tout à fait claire, et la volonté se rassemble d'elle-même. Il en va autrement dans les temps paisibles et calmes, où il semble qu'il n'y ait pas de danger et que l'on puisse se détendre, en suivant le courant qui ne promet devant soi ni rapides ni tourbillons. Pendant ce temps, l'agitation quotidienne détourne imperceptiblement l'attention vers elle et, si l'on ne se ressaisit pas à temps, elle absorbe facilement l'homme tout entier, le poussant peu à peu, sinon à oublier complètement Dieu et la vie spirituelle, du moins à les reléguer au second plan. Seul celui qui est capable de résister aux persécutions comme à l'agitation quotidienne devient une bonne terre, portant un fruit spirituel abondant (v. 8, 23).
