La lecture d'aujourd'hui poursuit la dénonciation du peuple de Dieu par le prophète, mais désormais une nouvelle dimension y apparaît, directement liée au thème du jugement. Il s'agit des tentatives de Dieu pour guérir spirituellement le peuple, mentionnées...
La lecture d'aujourd'hui poursuit la dénonciation du peuple de Dieu par le prophète, mais désormais une nouvelle dimension y apparaît, directement liée au thème du jugement. Il s'agit des tentatives de Dieu pour guérir spirituellement le peuple, mentionnées dans la prédication d'Osée (v. 1). Il n'est pas étonnant que la guérison ait mis à nu tous les péchés du peuple; aussi la réaction fut-elle tout à fait attendue: le peuple recule devant Dieu, préférant rester tel qu'il est, et il oublie Dieu dans l'espoir que, d'une manière incompréhensible, tout s'arrangera et que Dieu fermera les yeux sur ses péchés. Mais Dieu, de toute évidence, se souvient de tout et n'a l'intention de rien oublier (v. 2).
Il semblerait que l'idée même que Dieu puisse oublier les péchés de ceux qu'il considère comme son peuple, qu'il puisse en général rester indifférent au péché humain, doive paraître au croyant au moins étrange. Mais dans le cas présent, il ne s'agit manifestement pas d'une compréhension réfléchie de la situation, mais, au contraire, d'un comportement parfaitement irrationnel.
La situation dans le Royaume du Nord, le royaume d'Israël où prêchait le prophète, était très contradictoire sur le plan religieux. Les autorités, d'un côté, encourageaient un paganisme de fait sous l'apparence d'une double foi, telle fut la politique religieuse officielle de presque tous les rois qui régnèrent jamais dans le Nord; de l'autre, elles voulaient se montrer plus grandes yahvistes que les autorités de la Judée voisine, le Royaume du Sud, où officiellement aucune réforme n'était menée et où le yahvisme était formellement conservé dans la forme originelle qu'il avait eue dans l'Israël encore uni sous David et Salomon. Mais cela réussissait mal, car dès Jéroboam, fondateur du Royaume du Nord, la rupture avait été complète non seulement avec Jérusalem, mais aussi avec le sacerdoce lévitique traditionnel: il avait fondé à Béthel un centre religieux alternatif et institué un nouveau sacerdoce qui n'avait rien de commun ni avec la Torah ni avec la tradition. « L'opportunité politique » avait prévalu sur l'une et sur l'autre, et les prophètes qui s'y opposaient étaient persécutés.
En même temps, les autorités ne pouvaient déjà plus simplement renoncer à la politique religieuse menée: car chaque roi régnant dans le pays comprenait que, s'il se décidait à un tel pas, il devrait se séparer du trône. Ses sujets, de leur côté, comprenaient qu'ils devraient vivre d'une manière différente, et beaucoup de ceux qui avaient acquis leur fortune non seulement par une voie pécheresse, mais directement criminelle (v. 3-5), perdraient très probablement tout. Personne, apparemment, n'était prêt à une telle évolution des événements; mais ni les gouvernants ni leurs sujets ne pouvaient justifier leur refus du changement, car tous comprenaient que la Torah et la tradition témoignaient contre eux. Il ne restait qu'à s'accrocher à n'importe quelle possibilité, même illusoire, si elle semblait permettre de résoudre les problèmes sans rien changer au fond (v. 8-12).
Une telle position ne peut que mener dans une impasse, aussi bien spirituelle que politique (v. 13-16). C'est précisément de cela que le prophète avertit ses compatriotes, mais ni lui ni Dieu lui-même ne peuvent changer le choix de ceux qui préfèrent s'accrocher à ce qui est à eux, repoussant la main salvatrice de Dieu.
1 v) « dans la maison » restitué d’après grec.
3 w) Des origines du royaume du Nord jusqu’en 737 (meurtre de Peqahya), sept rois furent assassinés. Ici le prophète évoque une conspiration les conjurés dissimulent leur dessein, puis, après une nuit d’orgie, ils massacrent roi et chefs écrasés par le vin. Ainsi mourut Éla, 1 R 16.9-10.
5 x) Sans doute un jour de fête en l’honneur du roi.
6 y) On rattache le début du v. 6 au v. précédent pour tenter de donner un sens à ce passage extrêmement difficile, dont le texte semble corrompu. — « leur colère » ’appehem conj. ; « leur boulanger » ’opehem hébr.
8 z) Brûlé d’un côté, à peine cuit de l’autre, ce gâteau ne vaut rien.
10 a) Ce verset est un centon, hors contexte.
12 b) Ou « autant de fois qu’ils iront » ou encore « de même qu’ils y vont ».
12 c) Au lieu de `adatam, « leur rassemblement » (même mot en Jg 14.8 pour désigner un essaim), le grec a dû lire ra`atam, « leur méchanceté ». Mais on peut supposer que la comparaison avec les oiseaux se poursuit jusqu’à la fin du v.
14 d) Soit leur couche proprement dite, soit les tapis ou manteaux sur lesquels on se prosternait pour prier, cf. Ps 4.5 ; 149.5.
14 e) « ils se lacèrent » yitgodadû mss. hébr., grec ; « ils résident en hôtes » yitgorarû hébr. — Sur ces lacérations rituelles, cf. 1 R 18.28 ; Jr 16.6 ; 41.5. — « ils se rebellent » yasôrû conj. ; « ils se détournent » yasûrû TM.
15 f) le grec omet ce verbe.
16 g) Cf. 11.7, mais l’hébr. est incertain ; grec « vers ce qui n’est rien »; on propose de corriger lo’ `al en labba`al, « vers Baal ».
Originaire du royaume du Nord, Osée est le contemporain d’Amos, puisqu’il a commencé de prêcher sous Jéroboam II ; son ministère s’est prolongé sous les successeurs de ce roi ; mais il ne paraît pas qu’il ait vu la ruine de Samarie en 721. C’est en Israël une sombre période : conquêtes assyriennes de 734-732, révoltes intérieures – quatre rois sont assassinés en quinze ans –, corruption religieuse et morale.
De la vie d’Osée pendant cette période troublée, nous ne connaissons que son drame personnel, 1-3, mais celui-ci fut décisif pour son action prophétique. Le sens de ces premiers chapitres est discuté. Voici l’interprétation la plus vraisemblable : Osée avait épousé une femme qu’il aimait et qui l’a quitté, mais il a continué de l’aimer et l’a reprise après l’avoir éprouvée. L’expérience douloureuse du prophète devient un symbole de la conduite de Yahvé envers son peuple et la conscience de ce symbolisme a pu modifier la présentation des faits. Le chap. 2 fait l’application et donne en même temps la clé de tout le livre : Israël a été épousée par Yahvé, elle s’est conduite comme une femme infidèle, comme une prostituée, et a provoqué la fureur et la jalousie de son époux divin. Celui-ci l’aime toujours, il la châtiera mais pour la ramener à lui et lui rendre les joies de leur premier amour.
Avec une audace qui étonne et une passion qui bouleverse, l’âme tendre et violente d’Osée a exprimé pour la première fois les rapports de Yahvé et d’Israël dans les termes d’un mariage. Tout son message a pour thème fondamental l’amour de Dieu méconnu par son peuple. Sauf une courte idylle au désert, Israël n’a répondu aux avances de Yahvé que par la trahison. Osée s’en prend surtout aux classes dirigeantes de la société. Les rois, choisis contre la volonté de Yahvé, ont, par leur politique séculière, dégradé le peuple élu au rang des autres peuples. Les prêtres, ignorants et rapaces, conduisent le peuple à sa perte. Comme Amos, Osée condamne les injustices et les violences, mais il s’appesantit plus que lui sur l’infidélité religieuse : Yahvé est à Béthel l’objet d’un culte idolâtrique, on l’associe à Baal et à Astarté dans le culte licencieux des hauts lieux. Osée proteste contre le titre de baal, au sens de « Seigneur », que l’on donnait à Yahvé, 2.18, et il revendique pour le Dieu d’Israël l’action bienfaisante que l’on était tenté d’attribuer à Baal, dieu de la fertilité, 2.7, 10 ; Yahvé est un Dieu jaloux, qui veut avoir sans partage le cœur de ses fidèles : « Ce que je veux, c’est l’amour, non les sacrifices, la connaissance de Dieu, non les holocaustes », 6.6. Le châtiment est donc inévitable : cependant, Dieu ne châtie que pour sauver. Israël dépouillé et humilié se souviendra du temps où il était fidèle, et Yahvé accueillera son peuple repentant, qui jouira du bonheur et de la paix.
Après avoir voulu retrancher du livre toute annonce de bonheur et tout ce qui concernait Juda, la critique revient à des jugements plus modérés. Ne faire d’Osée qu’un prophète de malheur serait fausser tout son message et il est naturel que son regard se soit étendu sur le royaume voisin de Juda. Il faut cependant admettre que la collection des oracles d’Osée, rassemblée en Israël, a été recueillie en Juda et y a été l’objet d’une ou de deux révisions. Les marques de ce travail d’édition se trouvent dans le titre, 1.1, et dans certains passages, par exemple 1.7 ; 5.5 ; 6.11 ; 12.3. Le verset final, 14.10, est la réflexion d’un sage de l’époque exilique ou postexilique sur l’enseignement principal du livre et sur sa profondeur. La difficulté de son interprétation est accrue pour nous par l’état déplorable du texte hébreu, qui est l’un des plus corrompus de tout l’Ancien Testament.
Le livre d’Osée a eu des résonances profondes dans l’Ancien Testament et on retrouve son écho dans les exhortations des prophètes suivants à une religion du cœur, inspirée par l’amour de Dieu. Jérémie a été profondément influencé par lui. Il n’est pas étonnant que le Nouveau Testament cite Osée ou s’en inspire assez souvent. L’image matrimoniale des relations entre Yahvé et son peuple a été reprise par Jérémie, Ézéchiel et la seconde partie d’Isaïe. Le Nouveau Testament et la communauté issue de lui l’ont appliquée aux rapports entre Jésus et son Église. Les mystiques chrétiens l’ont étendue à toutes les âmes fidèles.