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La Bible en cinq ans pour le 25 décembre 2018

La Bible de Jérusalem (fr)

Ezéchiel, Chapitre 41

IV. La « Torah » d’Ézéchiel> 1 Le Hékal., 3 Le Debir., 5 Les cellules latérales., 12 L’édifice occidental., 20 Ornementation intérieure., 23 Les portes.
1 Il m’emmena vers le Hékal et en mesura les pilastres : six coudées de large d’un côté et six coudées de large de l’autre.
2 La largeur de l’entrée était de dix coudées, et les épaulements de l’entrée étaient de cinq coudées d’un côté et de cinq coudées de l’autre. Il en mesura la longueur : quarante coudées, et la largeur, vingt coudées.
3 Il pénétra à l’intérieur et mesura le pilastre de l’entrée : deux coudées ; puis l’entrée : six coudées, et les épaulements de l’entrée : sept coudées.
4 Il mesura sa longueur : vingt coudées, et sa largeur : vingt coudées du côté du Hékal ; et il me dit : « C’est ici le Saint des Saints. »
5 Puis il mesura le mur du Temple : six coudées. La largeur du bâtiment latéral était de quatre coudées, tout autour du Temple.
6 Les cellules étaient superposées, en trois étages de trente cellules chacun. Les cellules s’enfonçaient dans le mur, celui du bâtiment des cellules, tout autour, formant des retraits ; mais il n’y avait pas de retraits dans le mur du Temple.
7 La largeur des cellules augmentait d’un étage à l’autre, selon l’augmentation prise sur le mur, d’un étage à l’autre, tout autour du Temple.
8 Et je vis que le Temple avait, tout autour, un talus, d’une canne entière à la base des cellules latérales : un soubassement de six coudées.
9 L’épaisseur du mur extérieur des cellules latérales était de cinq coudées. Il y avait un passage entre les cellules du Temple
10 et les chambres, d’une largeur de vingt coudées, tout autour du Temple.
11 Comme entrée des cellules latérales sur le passage, il y avait une entrée vers le nord et une entrée vers le midi. La largeur du passage était de cinq coudées tout autour.
12 L’édifice qui bordait la cour du côté de l’occident était d’une largeur de soixante-dix coudées, le mur de l’édifice avait une épaisseur de cinq coudées, tout autour, et sa longueur était de quatre-vingt-dix coudées.
13 Il mesura le Temple, longueur : cent coudées. La cour plus l’édifice et ses murs, longueur : cent coudées.
14 Largeur de la façade du Temple plus la cour vers l’orient : cent coudées.
15 Il mesura la longueur de l’édifice, le long de la cour, par derrière, et sa galerie de chaque côté : cent coudées.
L’intérieur du Hékal et les vestibules du parvis,
16 les seuils, les fenêtres à treillis, les galeries sur trois côtés, face au seuil, étaient revêtus de bois tout autour, du sol jusqu’aux fenêtres, et les fenêtres étaient garnies d’un treillis.
17 Depuis l’entrée jusqu’à l’intérieur du Temple, ainsi qu’au dehors, et sur le mur tout autour, à l’intérieur et à l’extérieur, on avait aménagé un espace
18 pour y faire des chérubins et des palmiers, un palmier entre deux chérubins ; chaque chérubin avait deux faces :
19 une face d’homme vers le palmier d’un côté, et une face de lion vers le palmier de l’autre côté, sur tout le Temple, tout autour.
20 Les chérubins et les palmiers étaient sculptés sur le mur depuis le sol jusqu’au-dessus de l’entrée.
21 Les montants de porte du Hékal étaient carrés.
Devant le sanctuaire, il y avait quelque chose comme
22 un autel de bois de trois coudées de haut, dont la longueur était de deux coudées et la largeur de deux coudées. Il avait des angles, une base et des côtés de bois. Il me dit : « Ceci est la table qui est devant Yahvé. »
23 Le Hékal avait une double porte, et le sanctuaire
24 une double porte. C’étaient des portes à deux vantaux mobiles : deux vantaux à une porte et deux vantaux à l’autre.
25 On avait sculpté dessus (sur les portes du Hékal), des chérubins et des palmiers comme ceux qui étaient sculptés sur les murs. Il y avait un auvent de bois sur le devant du Ulam, à l’extérieur,
26 et des fenêtres à treillis, avec des palmiers de part et d’autre, sur les côtés du Ulam, les cellules annexes du Temple et les auvents.

Ezéchiel, Chapitre 42

IV. La « Torah » d’Ézéchiel> 1 Dépendances du Temple., 15 Dimensions du parvis.
1 Il me fit sortir vers le parvis extérieur, vers le nord, et m’emmena à la chambre située en face de la cour, c’est-à-dire en face de l’édifice, vers le nord.
2 Sur la façade, elle avait une longueur de cent coudées vers le nord, et une largeur de cinquante coudées.
3 Devant les vingt coudées du parvis intérieur et en face du dallage du parvis extérieur, il y avait une galerie devant la galerie triple
4 et, devant les chambres, une allée, large de dix coudées vers l’intérieur, et longue de cent coudées ; leurs portes donnaient au nord.
5 Les chambres supérieures étaient étroites, car les galeries étaient prises dessus, plus étroites que celles du bas et du milieu de l’édifice ;
6 en effet, elles étaient divisées en trois étages, et n’avaient pas de colonnes comme le parvis. Aussi étaient-elles plus étroites que celles du bas et du milieu de l’édifice (à partir du sol).
7 L’enceinte extérieure, parallèle aux chambres, vers le parvis extérieur, en face des chambres, était longue de cinquante coudées.
8 Car la longueur des chambres du parvis extérieur était de cinquante coudées, et celles qui étaient devant la salle du Temple avaient cent coudées.
9 En dessous des chambres, il y avait une entrée venant de l’orient, donnant accès depuis le parvis extérieur.
10 Sur la largeur de l’enceinte du parvis, vers le midi, devant la cour et devant l’édifice, il y avait des chambres.
11 Une allée passait devant elles, comme pour les chambres situées au nord ; elles avaient même longueur et même largeur, mêmes issues, même ordonnance et mêmes entrées.
12 En dessous des chambres du midi, il y avait une entrée, au départ de chaque allée, en face du mur correspondant, vers l’orient, à leur entrée.
13 Il me dit : « Les chambres du nord et les chambres du midi qui sont devant la cour, ce sont les chambres du sanctuaire, là où les prêtres qui s’approchent de Yahvé mangeront les choses très saintes. C’est là qu’on déposera les choses très saintes, l’oblation, l’offrande pour le péché et l’offrande de réparation, car c’est un lieu saint.
14 Et quand les prêtres viendront, ils ne sortiront pas du lieu saint vers le parvis extérieur, mais ils déposeront là leurs vêtements liturgiques, car ces vêtements sont saints, et ils revêtiront d’autres vêtements pour s’approcher des endroits destinés au peuple. »
15 Ayant achevé de mesurer le Temple à l’intérieur, il me fit sortir vers le porche qui regarde l’orient, et mesura le parvis tout autour.
16 Il mesura le côté oriental avec sa canne à mesurer : cinq cents coudées, avec la canne à mesurer, tout autour.
17 Puis il mesura le côté septentrional : cinq cents coudées, avec la canne à mesurer, tout autour.
18 Ensuite il mesura le côté méridional : cinq cents coudées, avec la canne à mesurer,
19 tout autour. Et du côté occidental, il mesura cinq cents coudées avec la canne à mesurer.
20 Sur les quatre côtés, il mesura le mur d’enceinte, tout autour : longueur, cinq cents, et largeur, cinq cents, pour séparer le sacré du profane.
Lire la suite:Ezéchiel, Chapitre 43
Notes:
Commentaire sur le fragment en cours
Commentaire sur le livre
Notes sur la partie

41:1 j) L’hébr. ajoute « largeur de la tente », glose omise par quelques mss et le grec.


41:5 k) Ces cellules existaient également dans le Temple de Salomon, 1 R 6.5-6. Leur agencement nous semble ici obscur et leur destination n’est pas indiquée. On les considère quelquefois comme le « trésor » du Temple. — La différence de style a fait considérer les vv. 5-15a comme une addition ; ils semblent cependant avoir leur place nécessaire dans la description du Temple.


41:6 l) L’hébr. est très obscur ; litt. « les cellules, cellules sur cellules, trois et trente fois ». On traduit en s’aidant des versions.


41:7 m) « augmentait » nôsepah conj. ; « tournait » nasebah hébr. — « selon l’augmentation prise sur le mur » d’après grec ; « car elles entouraient le Temple » hébr., qui ajoute, litt. « c’est pourquoi la largeur du Temple vers le haut, et ainsi, le bas montait vers le haut par le milieu (?) ». Il faut renoncer à traduire ce texte, mais on peut en saisir l’idée générale le mur extérieur de ce bâtiment des cellules devait diminuer d’épaisseur d’un étage à l’autre, en escalier, vers l’intérieur, la largeur des cellules augmentant proportionnellement.


41:12 n) Cet « édifice », sans doute un vaste hall non couvert, dont la destination nous échappe, n’existait pas, semble-t-il, dans le Temple de Salomon. Cf. cependant 2 R 23.11 et 1 Ch 26.18.


41:16 o) « sur trois côtés », traduction incertaine ; litt. « à eux trois ». — « du sol » conj. ; « et le sol » hébr.


41:20 p) « sur le mur » conj., cf. v. 25 ; « et le mur du Hékal » hébr. ketib « Hekal » est exponctué (marqué de points pour qu’on n’en tienne pas compte à la lecture).


41:22 q) « et la largeur de deux coudées » grec ; omis par hébr.


41:26 r) On s’aide du grec pour tout ce passage qui est très difficile le style est elliptique et le texte probablement corrompu.


42:1 s) Les vv. 1-14 rassemblent des éléments disparates et proviennent des milieux sacerdotaux de l’Exil, qui ont complété la description d’Ézéchiel. Le texte est en mauvais état et certains versets restent difficilement intelligibles. — Les vv. 15-20 sont la conclusion de l’arpentage du Temple, commencé au chap. 40.


42:4 t) « longue de cent coudées » versions ; « un chemin d’une coudée » hébr.


42:10 u) « le midi » grec ; « l’orient » hébr., mais cf. vv. 12-13.


42:12 v) « en dessous des » conj. ; « les mêmes que » hébr., dittographie. — La suite du v. est très obscure et les versions ne sont pas d’un grand secours.


42:16 w) « cinq cents coudées » versions ; « cinq coudées de cannes » hébr.


À la différence du livre de Jérémie, celui d’Ézéchiel se présente comme un tout bien ordonné. Après une introduction, 1.3, où le prophète reçoit de Dieu sa mission, le corps du livre se divise clairement en quatre parties : 1° les chap. 4-24 contiennent presque uniquement des reproches et des menaces contre les Israélites avant le siège de Jérusalem ; 2° les chap. 25-32 Sont des oracles contre les nations, où le prophète étend la malédiction divine aux complices et aux provocateurs de la nation infidèle ; 3° dans les chap. 33-39, pendant et après le siège, le prophète console son peuple en lui promettant un avenir meilleur ; 4° il prévoit enfin, chap. 40-48, le statut politique et religieux de la communauté future, rétablie en Palestine.

Cependant, cette logique de la composition dissimule de sérieuses failles. Il y a de nombreux doublets, ainsi 3.17-21 = 33.7-9 ; 8.25-29 = 33.17-20, etc. Les indications sur le mutisme dont Ézéchiel est frappé par Dieu, 3.26 ; 24.27 ; 33.22, sont séparées par de longs discours. La vision du char divin, 1.4 – 3.15, est interrompue par celle du livre, 2.1 – 3.9. De même, la description des péchés de Jérusalem, 11.1-21, fait suite au chap. 8 et coupe manifestement le récit du départ du char divin qui, de 10.22, se continue en 11.22. Les dates données dans les chap. 26-33 ne se suivent pas. Ces maladresses sont difficilement imputables à un auteur écrivant son ouvrage d’un seul jet. Il est beaucoup plus vraisemblable qu’elles sont le fait de disciples travaillant sur des écrits ou des souvenirs, les combinant et les complétant. Le livre d’Ézéchiel a donc eu, dans une certaine mesure, le sort des autres livres prophétiques. Mais l’égalité de la forme et de la doctrine nous assure que ces disciples nous ont gardé fidèlement la pensée et, généralement, la parole même de leur maître. Leur travail rédactionnel est surtout sensible dans la dernière partie du livre, 40-48, dont le noyau remonte cependant à Ézéchiel lui-même.

D’après l’état actuel, Ézéchiel a exercé toute son activité parmi les exilés de Babylonie entre 593 et 571, les dates extrêmes données par le texte, 1.2 et 29.17. On s’est étonné que, dans ces conditions, les oracles de la première partie paraissent adressés aux habitants de Jérusalem et que parfois Ézéchiel ait l’air d’être corporellement présent dans la ville, surtout 11.13. On a donc émis l’hypothèse d’un double ministère d’Ézéchiel : il serait resté en Palestine et y aurait prêché jusqu’après la ruine de Jérusalem en 587. C’est seulement alors qu’il aurait rejoint les captifs de Babylonie. La vision du rouleau en 2.1–3.9 marquerait la vocation du prophète en Palestine, celle du char divin, 1.4-28 et 3.10-15, marquerait l’arrivée chez les exilés. Le transfert de cette vision au début du livre en aurait changé toute la perspective. Cette hypothèse sert à répondre à certaines difficultés, mais elle en soulève d’autres. Elle entraîne de sérieux remaniements du texte, elle doit admettre que, même pendant son ministère « palestinien », Ézéchiel vivait ordinairement en dehors de la ville, puisqu’il y est « transporté », 8.3, et il est curieux que, si Ézéchiel et Jérémie ont prêché ensemble à Jérusalem, ni l’un ni l’autre ne fasse allusion au ministère de son confrère. D’autre part, les difficultés de la thèse traditionnelle ne doivent pas être exagérées : les reproches adressés aux gens de Jérusalem servaient de leçon aux exilés et, lorsque Ézéchiel paraît être dans la Ville Sainte, le texte dit explicitement qu’il y est transporté « en vision », 8.3, comme il en est ramené « en vision », 11.24. L’hypothèse d’un double ministère ne garde que peu de partisans.

Quelle que soit la solution adoptée, la même grande figure se dégage du livre. Ézéchiel est un prêtre, 1.3. Le Temple est sa préoccupation majeure, qu’il s’agisse du Temple présent qui est souillé par des rites impurs, 8, et que quitte la Gloire de Yahvé, 10, ou du Temple futur, dont il décrit minutieusement le plan, 40-42, et où il voit revenir Dieu, 43. Il a le culte de la Loi et, dans son histoire des infidélités d’Israël, 20, le reproche d’avoir « profané les sabbats » revient comme un refrain. Il a horreur des impuretés légales, 4.14, et un grand souci de séparer le sacré du profane, 45.1-6. En qualité de prêtre, il réglait des cas de droit ou de morale, et son enseignement prend de ce fait un tour casuistique, 18. Sa pensée et son vocabulaire s’apparentent à la Loi de Sainteté, Lv 17-26. Cependant on ne peut démontrer ni qu’il s’en soit inspiré ni que la Loi de Sainteté dépende de lui, et les contacts les plus frappants se trouvent dans des passages rédactionnels. Il reste que les deux ensembles ont été transmis dans des milieux de pensée très voisins. L’œuvre d’Ézéchiel s’intègre au courant « sacerdotal » comme celle de Jérémie appartenait au courant « deutéronomiste ».

Mais ce prêtre est aussi un prophète d’action. Plus qu’aucun autre, il a multiplié les gestes symboliques. Il mime le siège de Jérusalem, 4.1 – 5.4, le départ des émigrants, 12.1-7, le roi de Babylone à la croisée des chemins, 21.23s, l’union de Juda et d’Israël, Ez 37.15s. Jusque dans les épreuves personnelles que Dieu lui envoie, il est un « signe » pour Israël, 24.24, comme avaient été Osée, Isaïe et Jérémie. Mais la complexité de ses actions symboliques contraste avec la simplicité des gestes de ses prédécesseurs.

Ézéchiel est surtout un visionnaire. Son livre ne contient que quatre visions proprement dites, mais elles occupent une place considérable : 1-3 ; 8-11 ; 37 ; 40-48. Elles ouvrent un monde fantastique : les quatre animaux du char de Yahvé, la sarabande cultuelle du Temple avec son grouillement de bêtes et d’idoles, la plaine d’ossements qui s’animent, un Temple futur dessiné comme sur un plan d’architecte, d’où jaillit un fleuve de rêve dans une géographie utopique. Ce pouvoir d’imaginer s’étend aux tableaux allégoriques que trace le prophète : les deux sœurs Ohola et Oholiba, 23, le Naufrage de Tyr, 27, le Pharaon-Crocodile, 29 et 32, l’Arbre Géant, 31, la Descente aux Enfers, 32.

En contraste avec cette puissance visuelle, peut-être comme sa rançon et comme si l’intensité des images étouffait l’expression, le style d’Ézéchiel est monotone et gris, froid et dilué, d’une indigence rare quand on le compare à celui des grands classiques, à la pureté vigoureuse d’Isaïe, à la chaleur émouvante de Jérémie. L’art d’Ézéchiel vaut par ses dimensions et son relief, qui créent comme une atmosphère d’horreur sacrée devant le mystère du divin.

On voit que, si par bien des traits Ézéchiel se relie à ses prédécesseurs, il ouvre néanmoins une voie nouvelle. Et cela est vrai aussi de sa doctrine. Ézéchiel rompt avec le passé de sa nation. Le souvenir des promesses faites aux Pères et de l’Alliance conclue au Sinaï apparaît sporadiquement mais, si Dieu a sauvé jusqu’ici son peuple souillé dès sa naissance, 16.3s, ce n’est pas pour accomplir les promesses, c’est pour défendre l’honneur de son nom, 20 ; s’il doit remplacer l’Alliance ancienne par une Alliance éternelle, 16.60 ; 37.26s, ce n’est pas en récompense d’un « retour » du peuple vers lui, c’est par une bienveillance pure, nous dirions une grâce prévenante, et le repentir viendra après, 16.62-63. Le messianisme d’Ézéchiel, d’ailleurs peu exprimé, n’est plus royal et glorieux : il annonce bien un futur David mais celui-ci ne sera que le « berger » de son peuple, 34.23 ; 37.24, un « prince », 24.24, et non plus un roi, pour lequel il n’y a pas de place dans la vision théocratique de l’avenir, 45.7s. Il rompt avec la tradition de la solidarité dans le châtiment et affirme le principe de la rétribution individuelle, 18 ; cf. 33. Solution théologique provisoire qui, trop souvent contredite par les faits, conduira lentement à l’idée d’une rétribution outre-tombe. Prêtre si attaché à son Temple, il rompt, comme avait déjà fait Jérémie, avec l’idée que Dieu est lié à son sanctuaire. En lui se marient l’esprit prophétique et l’esprit sacerdotal qui étaient restés souvent opposés : les rites – qui subsistent – sont valorisés par les sentiments qui les inspirent. Toute la doctrine d’Ézéchiel est centrée sur le renouvellement intérieur : il faut se faire un cœur nouveau et un esprit nouveau, 18.31, ou plutôt Dieu lui-même donnera un « autre » cœur, un cœur « nouveau », et mettra dans l’homme un esprit « nouveau », 11.19 ; 36.26. Comme pour la bienveillance divine qui prévient le repentir, on est ici au seuil de la théologie de la grâce, que développeront saint Jean et saint Paul.

Cette spiritualisation de toutes les données religieuses est le grand apport d’Ézéchiel. Quand on l’appelle le père du Judaïsme, on se réfère souvent à son souci de séparation du profane, de pureté légale, à ses minuties rituelles, et l’on pense aux Pharisiens. Cela est tout à fait injuste : Ézéchiel, comme Jérémie mais d’une autre manière, est à l’origine du courant spirituel très pur qui a traversé le judaïsme et débouche dans le Nouveau Testament. Jésus est le Bon Pasteur qu’Ézéchiel avait annoncé et il a inauguré le culte en esprit que celui-ci avait appelé.

Par un autre de ses aspects, Ézéchiel est à l’origine du courant apocalyptique. Ses visions grandioses préludent à celles de Daniel et il n’est pas étonnant que dans l’Apocalypse de saint Jean on retrouve si souvent son influence.

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