Poursuivant son propos sur Onésime, Paul rappelle certaines dettes dont nous ne savons rien, parce qu'il n'en est question nulle part ailleurs dans les livres du Nouveau Testament...
Poursuivant son propos sur Onésime, Paul rappelle certaines dettes dont nous ne savons rien, parce qu'il n'en est question nulle part ailleurs dans les livres du Nouveau Testament. Et il ajoute : considère la dette d'Onésime envers toi comme ma propre dette. Ici, l'apôtre poursuit la pensée qu'il a exprimée dans la première partie de la lettre : la pensée qu'en Christ il n'y a déjà plus ni esclaves ni maîtres, et que les relations entre chrétiens peuvent et doivent être tout autres. Paul ne parle pas par hasard de lui-même comme d'un débiteur de Philémon, qui prend sur lui la dette d'Onésime.
La dette est probablement née de certaines dépenses liées au ministère apostolique de Paul. Mais l'affaire ne se réduit pas à cela. Il s'agit du fait que l'oeuvre de Paul n'est pas l'oeuvre de Paul, mais celle de toute l'Église. Et Onésime, qui a participé à l'oeuvre de toute l'Église dans la mesure de ses forces, ne doit à Philémon ni plus ni moins que ce que Paul lui-même lui aurait dû, si Philémon s'était décidé à présenter des réclamations à l'apôtre.
Il est clair que Philémon n'aurait guère osé le faire, non seulement à cause de l'autorité de Paul, mais aussi parce qu'il avait parfaitement conscience de l'importance du ministère de Paul. Avec Onésime, en revanche, tout n'était apparemment pas tout à fait ainsi. Onésime n'est pas Paul ; de plus, il est l'esclave de Philémon, et bien que Philémon, après sa conversion, ait réellement commencé à traiter Onésime autrement qu'auparavant, il n'était pas si simple de déraciner les anciennes habitudes.
En effet : les relations entre les personnes, surtout les relations quotidiennes, restent souvent peu conscientes et continuent dans une large mesure à être déterminées par les automatismes de comportement qui leur étaient propres dans l'ancienne vie, même lorsque, semble-t-il, l'homme s'est séparé de cette ancienne vie. La force de l'inertie comportementale est grande, et il est impossible de la surmonter si l'on ne reconnaît pas cette inertie comme un problème spirituel exigeant l'attitude la plus sérieuse.
C'est précisément cette inertie qui a poussé Philémon à exiger d'Onésime ce qu'il n'aurait jamais exigé, par exemple, de Paul. Et Paul l'interrompt en se plaçant lui-même à la place d'Onésime. Non seulement par solidarité avec son assistant, mais aussi pour Philémon lui-même, car sans surmonter l'inertie comportementale et les automatismes qui y sont liés, sa vie spirituelle ne deviendra jamais pleinement accomplie.
18 i) Il semble que l’esclave fugitif ait aussi volé son maître.
19 j) Philémon a donc été lui-même converti par Paul.
21 k) Littéralement « obéissance », non à Paul, v. 8, mais plus profondément aux exigences de la foi.
25 l) Add. « Amen », cf. Ph 4.23.
L’authenticité de l’épître à Philémon n’a pas été mise en doute. On la rapproche généralement de Col et Ep parce que Paul est alors prisonnier 1, 9s, 13, 23 ; Col 4.3, 10 ; Ep 3.1 ; 4.1 ; 6.20, et parce que les noms de ses compagnes, 1.12, 23-24, apparaissent en Col 4.10-14. En conséquence, on les date des années 61-63. Mais les études récentes se refusent à donner une valeur décisive à ces indications et considèrent que l’emprisonnement de Paul à Éphèse (à un moment donné durant les années 52-54) serait un contexte plus approprié, particulièrement si l’on pense à la proximité entre Éphèse et Colosses, qui est la résidence supposée de Philémon, 22, cf. Col 4.9. Cette courte lettre annonce, à un chrétien de Colosses, converti par Paul, v. 19, le retour de son esclave fugitif Onésime, lui aussi gagné au Christ par l’Apôtre, v. 10. Ce billet autographe, v. 19, jette un jour précieux sur le cœur délicat de Paul ; il a aussi l’intérêt de nous confirmer sa solution du problème de l’esclavage, Rm 6.15 : même s’ils gardent leurs relations sociales d’antan, le maître et l’esclave chrétiens doivent vivre désormais comme deux frères au service du même Maître, v. 16, cf. Col 3.22–4.1.