Dans l'épître à Timothée, comme dans quelques autres cas, Paul compare le chrétien à un soldat qui ne peut se permettre d'être lié par ces soucis quotidiens...
Dans l'épître à Timothée, comme dans quelques autres cas, Paul compare le chrétien à un soldat qui ne peut se permettre d'être lié par ces affaires quotidiennes de la vie qui pèsent sur les autres.
On pourrait penser qu'en ce cas le chrétien ne doit avoir ni maison ni famille, et que le seul chemin chrétien possible est la voie monastique: le moine ressemble précisément au soldat en ce que rien dans ce monde ne le lie. Mais en réalité il ne s'agit pas nécessairement du monachisme, même s'il existe un certain lien entre la voie du moine et celle du soldat, du moins telle qu'on la comprenait dans les cultures traditionnelles. Il s'agit avant tout de l'état intérieur de l'homme, que la Bible appelle pauvreté. Non pas au sens de la situation matérielle, mais précisément au sens d'un état spirituel.
Bien sûr, dans certains cas et pour certaines personnes, la voie de la pauvreté intérieure n'est possible qu'avec un renoncement complet, y compris extérieur, non seulement à toute richesse, mais aussi à la famille et à la maison, et donc à tout bien en général, sauf au minimum le plus nécessaire. Mais l'essentiel n'est pas ce renoncement en tant que tel. L'essentiel est de renoncer à toute tentative de s'appuyer dans la vie sur quoi que ce soit d'autre que Dieu.
Et pour cela il faut que l'homme prenne conscience de ce fait simple et, au fond, évident: nous ne nous appartenons même pas à nous-mêmes, car nous sommes devenus des êtres humains grâce à ce «souffle de vie» que Dieu a «insufflé» en nous lors de la création. Et si nous ne sommes déjà pas à nous-mêmes, mais à Dieu, nos prétentions à posséder quoi que ce soit en ce monde n'ont guère de sens. Dieu nous donne le monde entier, non pour le posséder, mais pour en user et l'administrer, toutefois à une condition nécessaire: la reconnaissance pratique de sa souveraineté pleine et inconditionnelle sur le monde comme sur nous-mêmes.
Alors l'homme peut, en usant de tout, vivre sans rien posséder et sans se lier par rien, comme un soldat qui, tant qu'il est en service, ne pense pas à gagner sa vie, mais à accomplir l'ordre reçu. Quant à sa subsistance, celui au service de qui se trouve le soldat s'en charge. Et si une telle attitude envers la vie est présupposée pour quiconque s'est engagé sur le chemin spirituel, elle doit d'autant plus être propre au chrétien comme habitant du Royaume; c'est ce que Paul rappelle à Timothée.
2 i) La « tradition », transmission du « dépôt », 1 Tm 6.20, est ici prise sur le vif, avec quatre chaînons successifs.
4 j) Les vv. 4-6 donnent trois comparaisons proverbiales le soldat, l’athlète, le cultivateur.
11 k) Comme en 1 Tm 1.17 ; 3.16 ; 6.15-16, il semble que nous ayons ici un fragment d’hymne chrétienne avec une interpellation à la dernière ligne.
Les lettres à Timothée et à Tite sont adressées à deux des plus fidèles disciples de Paul, Ac 16.14 ; 2 Co 2.13. Elles donnent des directives pour l’organisation et la conduite des communautés qui leur ont été confiées. C’est pourquoi l’on a coutume, depuis le XVIIIe siècle, de les appeler « pastorales ». Par rapport aux autres lettres de Paul, celles-ci présentent des divergences significatives. On note par exemple une différence considérable dans le vocabulaire. Nombre de mots fréquents dans les autres épîtres ont disparu ici et on trouve une forte proportion de mots qui n’apparaissent nulle part ailleurs. Le style n’est plus passionné et enthousiaste mais terne et bureaucratique. La façon d’aborder les problèmes a changé. Paul se contente de condamner les faux enseignements au lieu de s’y opposer en argumentant de manière persuasive. Enfin on a du mal à situer ces lettres dans le cours de la vie de Paul, tel que les Actes nous le font connaître. On comprendra donc que l’authenticité des Pastorales soit discutée. On explique souvent ces différences en invoquant l’âge avancé de Paul, qui aurait peut-être laissé plus de latitude à un secrétaire (peut-être Luc, 2 Tm 4.11) et en rappelant que nous ignorons tout de la vie de Paul après qu’il eut été relâché de prison à Rome. Mais des critiques en aussi grand nombre rejettent ces arguments qu’ils jugent trop subjectifs et maintiennent que les Pastorales ont été composées par un disciple de Paul, à la fin du Ier siècle pour résoudre les problèmes d’une Église très différente. Cette hypothèse n’est nullement impossible mais aucun témoignage n’indique que les lettres pseudépigraphes existaient et représentaient quelque chose d’acceptable. 2 Th 2.2 et Ap 22.18 montrent que les premiers chrétiens voyaient la nécessité de distinguer les écrits authentiques des faux. Une minorité de critiques défend une position intermédiaire entre ces deux extrêmes : selon elle un fidèle disciple de Paul aurait hérité de trois lettres que Timothée et Tite avaient conservées jusqu’à leur mort. Il compléta alors ces lettres en y ajoutant ce qu’il pensait que Paul aurait pu dire pour répondre aux problèmes nouveaux que rencontrait l’Église. Les Pastorales ne seraient donc pas de l’Apôtre mais contiendraient des fragments authentiques : par exemple 2 Tm 1.15-18 ; 4.9-15 ; Tt 3.12-14. L’absence d’accord sur l’étendue et le nombre de ces fragments affaiblit gravement cette hypothèse, qui est également incapable de fournir la moindre preuve à l’appui d’une telle pratique éditoriale à cette époque.
Le fait que toutes les hypothèses actuelles soient insatisfaisantes fait penser qu’on a peut-être eu tort de traiter les Pastorales comme un ensemble unifié ; car alors les observations qui semblent justes pour une des lettres sont appliquées également aux deux autres ce qui provoque la confusion. Or, l’examen détaillé fait apparaître une plus grande proximité entre 1 Tm et Tt qu’entre l’une ou l’autre de celles-ci et 2 Tm. Si l’on considère cette dernière séparément, il n’y a aucune objection convaincante à ce qu’elle ait été écrite par Paul. Adressée à un individu, elle diffère des épîtres adressées à des Églises de la même manière que l’épître d’Ignace à l’Église de Smyrne diffère de son épître à Polycarpe, évêque de la même Église. Si l’on admet que 2 Tm 4.6 n’est pas une allusion à la mort qui approche, 2 Tm s’inscrit naturellement dans le cadre de la fin de l’emprisonnement de Paul à Rome, Ac 28.16s, alors qu’il espérait sa libération. Si l’on accepte l’authenticité de 2 Tm, le caractère hétérogène de 1 Tm et de Tt dans le corpus paulinien devient encore plus évident. En particulier, la vision de ministère qui y est développée contraste vivement avec la dynamique missionnaire qui est de règle chez Paul. Ce qui domine ici, c’est un souci d’intégration à la société ambiante, 1 Tm 2.1-2, 6.1-2 ; Tt 3.1-2 et les qualités requises pour les ministres sont celles de n’importe quel bureaucrate, 1 Tm 3.1-13, Tt 1.5-9. Il y a donc eu une nette évolution dans les Églises pauliniennes. Une Église enthousiaste, enflammée par l’Esprit est devenue une communauté douillette. Mais si le chef charismatique a cédé la place à une direction institutionnelle, il n’y a pas trace du type d’épiscopat monarchique attesté par Ignace d’Antioche. L’autorité dans l’Église est collégiale et les « évêques » 1 Tm 3.2-5, ont la même fonction que les « anciens » 1 Tm 5.17. Chaque ancien doit avoir les qualités d’un « évêque », Tt 1.6-9, il ne faut donc pas assigner à 1 Tm et à Tt une date trop tardive dans le Ier siècle.