À première vue, il peut sembler que Dieu ne fait que montrer à Job Sa force. Et, en la montrant, Il dit : peux-tu faire cela, toi ? Non ? Alors ne te mêle pas de ce qui ne te regarde pas ! Pourtant, en réalité, tout n’est pas si simple. Car Job, au fond, est déjà prêt à s’humilier véritablement, à reconnaître le plein pouvoir de Dieu sur lui et Sa souveraineté absolue dans le monde. Ce n’est déjà plus de la religiosité, mais l’acceptation réelle de l’autorité du Dieu réel qui entre dans la vie de l’homme.
C’est par un tel abandon total et inconditionnel de soi à Dieu que commence le véritable chemin de la justice. Et Job est enfin prêt à faire le premier pas sur ce chemin. Il refuse de répondre non parce qu’il a eu peur de Dieu comme un homme peut avoir peur de quelqu’un d’infiniment plus fort que lui. Il a simplement compris que l’homme n’a rien à dire à Dieu. Non, bien sûr, la communion de l’homme avec Dieu est tout à fait possible. Mais pas celle que Job cherchait et voulait.
Il voulait rencontrer Dieu pour Lui parler de sa justice. Pour Lui dire que lui, Job, n’avait pas reçu de Lui, de Dieu en qui il avait tant espéré, la récompense attendue. Il voulait rappeler à Dieu les règles du jeu. Or il s’est avéré qu’il n’y a rien à rappeler à Dieu. Non parce que Dieu connaît les règles selon lesquelles les hommes jouent. Et même pas parce que Dieu Lui-même établit ces règles. Mais parce que Dieu ne joue pas du tout aux jeux humains. Il accomplit Ses propres tâches, et elles sont bien plus vastes que tout ce que les hommes peuvent Lui raconter.
Dieu est prêt à communier avec l’homme, mais à propos du réel, non des jeux inventés par les hommes. Même si ce sont des jeux religieux, et que Dieu y tient le rôle principal. La justice gagnée dans un tel jeu reste une justice de jouet. Et Job, semble-t-il, commence déjà à le comprendre. Mais la question du mal dans le monde n’a rien d’un jeu. Elle est tout à fait réelle. Et très concrète. Alors quoi ? Que faire d’elle ? Y a-t-il une réponse ? Dieu, semble-t-il, ne donne pas de réponse. Mais précisément : « semble-t-il ». Oui, l’image de l’hippopotame qui paît n’a, à première vue, aucun rapport avec l’affaire.
Mais l’hippopotame n’est qu’un prétexte. Un point de départ pour la prise de conscience. Et cette prise de conscience est liée à la compréhension qu’il n’existe dans le monde aucune force qui ne soit soumise à Dieu. Il est réellement Roi. Souverain. Monarque absolu de l’univers. Et son Juge suprême. Il sait que faire des impies et, plus généralement, de tout le mal du monde. Quant à l’homme, s’il peut en savoir quelque chose, ce n’est pas davantage que ce qu’il sait de la force de l’hippopotame. Et l’homme n’a pas plus de chances de résoudre le problème du mal universel que de déplacer ce même hippopotame de l’endroit où il est couché. L’image est impressionnante et parfaitement parlante.
