Bible-Centre

Lecture en trois ans pour le 27 juillet 2018

La Bible de Jérusalem (fr)

Ecclésiaste (or Qohélet), Chapitre 5

Première partie> 17 La pratique religieuse et ses risques., 7 Le profit et l’argent.
Ne hâte pas tes lèvres, que ton cœur ne se presse pas de proférer une parole devant Dieu, car Dieu est au ciel et toi sur la terre ; aussi, que tes paroles soient peu nombreuses.
Car du nombre des tracas vient le songe,
du nombre des paroles, le ton de l’insensé.
Si tu fais un vœu à Dieu, ne tarde pas à l’accomplir, car Dieu n’aime pas les insensés. Ton vœu, accomplis-le.
Et mieux vaut ne pas faire de vœu que d’en faire un sans l’accomplir.
Ne laisse pas ta bouche faire de toi un pécheur. Et ne va pas dire au Messager que c’était par inadvertance : pourquoi donner à Dieu l’occasion de s’irriter de tes propos et de ruiner l’œuvre de tes mains ?
Quand du nombre des songes viennent beaucoup d’absurdités et de paroles, alors crains Dieu.
Si tu vois dans une province le pauvre opprimé, la justice et le droit bafoués, n’en sois pas surpris ; car au-dessus d’une autorité veille une plus haute autorité, et de plus hautes au-dessus d’elles.
Et le profit d’une terre, lui, est à tous ; un roi bénéficie de l’agriculture.
Qui aime l’argent ne se rassasie pas d’argent,
qui aime l’abondance n’a pas de revenu, cela aussi est vanité.
10 Où abonde le bien, abondent ceux qui le mangent, quel avantage pour son propriétaire, sinon un spectacle pour les yeux ?
11 Le sommeil du travailleur est doux, qu’il ait mangé peu ou beaucoup ; mais la satiété du riche ne le laisse pas dormir.
12 Il est un tort criant que je vois sous le soleil : la richesse gardée par son possesseur à son propre détriment.
13 Il perd cette richesse dans une mauvaise affaire, il met au monde un fils, il n’a plus rien en main.
14 Comme il était sorti du sein de sa mère, tout nu, il s’en retournera, comme il était venu. De son travail il n’a rien retiré qui lui reste en main.
15 Cela aussi est un tort criant qu’il s’en aille comme il était venu : quel profit retire-t-il d’avoir travaillé pour le vent ?
16 Et puis il consume tous ses jours dans l’obscurité, les chagrins nombreux, la maladie et l’irritation.
17 Voici ce que j’ai vu : ce qui convient le mieux à l’homme, c’est de manger et de boire, et de trouver le bonheur dans tout le travail qu’il accomplit sous le soleil, tout au long des jours de la vie que Dieu lui donne, car c’est là sa part.
18 Et tout homme à qui Dieu donne richesses et ressources, qu’il laisse maître de s’en nourrir, d’en recevoir sa part et de jouir de son travail, cela est un don de Dieu.
19 Car il ne se souvient guère des jours de sa vie tant que Dieu occupe son cœur à la joie.
Notes:
Commentaire sur le fragment en cours
Commentaire sur le livre
Notes sur la partie

5 e) On peut voir dans le « Messager » l’ange devant qui on ne peut se disculper, une des fonctions angéliques étant de faire le relevé des bonnes œuvres, cf. Tb 12.12 ; Ac 10.4, ou encore le prêtre qui attend l’exécution du vœu, cf. Ml 2.7. Les Septante ont corrigé en « Dieu ». — Sur les péchés par inadvertance, cf. Lv 4 ; Nb 15.22s.


6 f) Texte difficile. La crainte de Dieu est recommandée par l’Ecclésiaste (Qo 3.14 ; 7.18 ; cf. Qo 8.12-13 et Qo 12.13, additions) n’est-elle pas le principe du savoir et de la vraie sagesse (Pr 1.7) ?


8 g) « bénéficie de l’agriculture », litt. « est servi par les champs ». Ce texte, diversement interprété, ferait allusion à l’administration au temps des Ptolémées ; les petits fermiers devaient remettre aux fonctionnaires et par eux jusqu’au roi, qui disposait de grands domaines, une partie de leur revenu (cf. v. 9) ; les abus étaient nombreux.


9 h) Satire, non du mauvais riche (comme dans les Prophètes), mais de l’argent lui-même, bien ou mal acquis, bien ou mal employé. Il n’est pas une assurance dans la vie, ni une source de bonheur. Cette critique prépare l’enseignement évangélique du détachement, cf. Mt 6.19-21, 24, 25-34. — Voici la suite des idées l’argent est mal réparti, Qo 5.7-9, souvent dilapidé, Qo 5.10, pénible à gagner, Qo 5.11, pénible à perdre, Qo 5.12-16. Alors, autant le dépenser au fur et à mesure, Qo 5.17-19. Trois exemples la richesse qui passe à un autre, Qo 6.1-2, le riche sans tombeau, Qo 6.3-6, le pauvre qui veut faire le riche, Qo 6.7-11. Conclusion, Qo 6.12.


15 i) « comme » versions ; hébr. mal vocalisé.


17 j) « à l’homme » mot suppléé, cf. Qo 2.24 et la suite du v.


19 k) « occupe ». On traduit aussi « répond (par la joie de son cœur) »?


Ce petit livre s’intitule « Propos de Qohélet, fils de David, roi à Jérusalem ». Le mot « Qohélet », cf. Ec 12, 12 ; 7.27 ; 12.8-10, n’est pas un nom propre mais un nom commun employé parfois avec l’article ; bien que sa forme soit féminine, il se construit au masculin. D’après l’explication la plus vraisemblable, c’est un nom de fonction qui désigne celui qui parle dans l’assemblée (qahal, en grec ekklèsia, d’où les titres latin et français, transcrits de la Bible grecque), en somme le « Prédicateur ». Il est dit « fils de David et roi dans Jérusalem », cf. Ec 1.12, et, bien que le nom ne soit pas écrit, il est certainement identifié avec Salomon à qui le texte fait clairement allusion, Ec 1.16 (cf. 1 R 3.12 ; 5.10-11 ; 10.7) ou Ec 2.7-9 (cf. 1 R 3.13 ; 10.23). Mais cette attribution n’est qu’une fiction littéraire de l’auteur qui met ses réflexions sous le patronage du plus illustre des sages d’Israël. La langue du livre et sa doctrine, sur laquelle on va revenir, interdisent de le placer avant l’Exil. On a souvent contesté l’unité d’auteur et l’on a distingué deux, trois, quatre et jusqu’à huit mains différentes. Mais beaucoup d’incohérences s’expliquent si l’on discerne un certain nombre de citations faites par Qohélet et ensuite critiquées par lui. L’épilogue (Ec 12.9-14) est dû à deux mains distinctes : l’une (9-11) est celle d’un disciple fervent ; la seconde (12-14), d’un juif pieux qui exhorte à craindre Dieu et à observer ses commandements.

Comme en d’autres livres sapientiaux, ainsi Job et l’Ecclésiastique, pour ne rien dire des Proverbes qui sont composites, la pensée va et vient, elle se reprend et se corrige. Il n’y a pas de plan défini, mais ce sont des variations sur un thème unique, la vanité des choses humaines, qui est affirmé au début et à la fin du livre, Ec 1.2, 12.8. Tout est décevant : la science, la richesse, l’amour, la vie même. Celle-ci n’est qu’une suite d’actes décousus et sans portée, Ec 3.1-11, qui s’achève par la vieillesse, Ec 12.1-7, et par la mort, laquelle frappe également sages et fous, riches et pauvres, bêtes et hommes, Ec 3.14-20. Le problème de Qohélet est celui de Job : le bien et le mal ont-ils leur sanction ici-bas ? Et, comme la réponse de Job, celle de Qohélet est négative, car l’expérience contredit les solutions reçues, Ec 7.25-8.14. Seulement, Qohélet est un homme en bonne santé, il ne cherche pas comme Job les raisons de la souffrance, il constate l’inanité du bonheur et il se console en cueillant les joies modestes que peut donner l’existence, Ec 3.12-13 ; 8.15 ; 9.7-9. Disons plutôt qu’il cherche à se consoler, car il est d’un bout à l’autre insatisfait. Le mystère de l’au-delà le tourmente, sans qu’il entrevoie une solution au problème du Shéol, Ec 3.21 ; 9.10 ; 12.7. Mais Qohélet est un croyant et, s’il est déconcerté par le tour que Dieu donne aux affaires humaines, il affirme que Dieu n’a pas de comptes à rendre, Ec 3.11, 14 ; 7.13, qu’on doit accepter de sa main les épreuves comme les joies, Ec 7.14 (cf. 1 S 2.6 ; Jb 2.10). À Qohélet comme à Job, la réponse ne peut être donnée que par l’affirmation d’une sanction d’outre-tombe.

Le livre a le caractère d’une œuvre de transition. Les assurances traditionnelles sont ébranlées mais rien de ferme ne les remplace encore. Dans ce tournant de la pensée hébraïque, on a cherché à discerner des influences étrangères qui se seraient exercées sur Qohélet. Il faut écarter les rapprochements souvent proposés avec les courants philosophiques du stoïcisme, de l’épicurisme et du cynisme, que Qohélet aurait pu connaître par l’intermédiaire de l’Égypte hellénisée ; aucun de ces rapprochements n’est décisif et la mentalité de l’auteur est très éloignée de celle des philosophes grecs. On a établi des parallèles, en apparence plus valables, avec des compositions égyptiennes comme le Dialogue du Désespéré avec son âme ou les Chants du Harpiste et, plus récemment, avec la littérature mésopotamienne de sagesse et avec l’Épopée de Gilgamesh où figure déjà le proverbe « le fil triple ne rompt pas » (cf. Ec 4.1), ainsi que l’exhortation au Carpe Diem (cf. Ec 9.7ss.). Mais on ne peut démontrer l’influence directe d’aucune de ces œuvres. Les rencontres se font sur des thèmes qui sont parfois très anciens et qui étaient devenus le bien commun de la sagesse orientale. C’est sur cet héritage du passé que Qohélet a exercé sa réflexion personnelle, comme le dit son éditeur, Ec 12.9.

Qohélet est un Juif de Palestine, probablement de Jérusalem même. Il écrit un hébreu tardif, semé d’aramaïsmes, et il emploie deux mots perses (pardes, Ec 2.5 ; pitgam, Ec 8.11). Cela suppose une date assez postérieure à l’Exil, mais antérieure au début du IIe siècle av. J.-C., où Ben Sira a utilisé le livret ; de fait, la paléographie situe aux environs de 150 av. J.-C. des fragments de Qo trouvés dans les grottes de Qumrân. Le IIIe siècle est donc la date de composition la plus vraisemblable. C’est le temps où la Palestine, soumise aux Ptolémées, est atteinte par le courant humaniste et ne connaît pas encore le sursaut de foi et d’espérance de l’époque des Maccabées.

Le livre ne marque qu’un moment dans le développement religieux et il ne faut pas le juger en le détachant de ce qui l’a précédé et de ce qui le suivra. En soulignant l’insuffisance des conceptions anciennes et en forçant les esprits à affronter les énigmes humaines, il appelle une révélation plus haute. Il donne une leçon de détachement des biens terrestres et, en niant le bonheur des riches, il prépare le monde à entendre que « bienheureux sont les pauvres », Lc 6.20.

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