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La Bible en cinq ans pour le 26 mai 2018

La Bible de Jérusalem (fr)

1 Chroniques, Chapitre 29

II. David, fondateur du culte du Temple> 1 Les offrandes., 10 Action de grâces de David., 21 Avènement de Salomon ; fin de David.
Le roi David dit alors à toute l’assemblée : « Mon fils Salomon, celui qu’a choisi Dieu, est jeune et faible alors que l’œuvre est grande, car ce palais n’est pas destiné à un homme mais à Yahvé Dieu.
De toutes mes forces, j’ai préparé la Maison de mon Dieu : l’or pour ce qui doit être en or, l’argent pour ce qui doit être en argent, le bronze pour ce qui doit être en bronze, le fer pour ce qui doit être en fer, le bois pour ce qui doit être en bois, des cornalines, des pierreries à enchâsser, des escarboucles et des pierres multicolores, toutes sortes de pierres précieuses et quantité d’albâtre.
Plus encore, ce que je possède personnellement en or et en argent, je le donne à la Maison de mon Dieu, par amour pour la Maison de mon Dieu en plus de ce que j’ai préparé pour le Temple saint :
trois mille talents d’or, en or d’Ophir, sept mille talents d’argent épuré pour en plaquer les parois des salles.
Qu’il s’agisse d’or pour ce qui doit être en or, d’argent pour ce qui doit être en argent, ou d’œuvre de main d’orfèvre, qui d’entre vous aujourd’hui est volontaire pour le consacrer à Yahvé ? »
Les officiers chefs de familles, les officiers des tribus d’Israël, les officiers de milliers et de centaines et les officiers chargés des travaux royaux furent volontaires.
Ils donnèrent pour le service de la Maison de Dieu cinq mille talents d’or, dix mille dariques, dix mille talents d’argent, dix-huit mille talents de bronze et cent mille talents de fer.
Y ajoutant ce qui se trouva comme pierres, ils remirent tout cela au trésor de la Maison de Yahvé, à la disposition de Yehiel le Gershonite.
Le peuple se réjouit de ce qu’ils avaient fait, car c’était d’un cœur sans partage qu’ils avaient ainsi fait des offrandes volontaires pour Yahvé ; le roi David lui-même en conçut une grande joie.
10 Il bénit alors Yahvé sous les yeux de toute l’assemblée. David dit : « Béni sois-tu, Yahvé, Dieu d’Israël notre père, depuis toujours et à jamais !
11 À toi, Yahvé, la grandeur, la force, la splendeur, la durée et la gloire, car tout ce qui est au ciel et sur la terre est à toi. À toi, Yahvé, la royauté : tu es souverainement élevé au-dessus de tout.
12 La richesse et la gloire te précèdent, tu es maître de tout, dans ta main sont la force et la puissance ; à ta main d’élever et d’affermir qui que ce soit.
13 À cette heure, ô notre Dieu, nous te célébrons, nous louons ton éclatant renom ;
14 car qui suis-je et qu’est-ce que mon peuple pour être en mesure de faire de telles offrandes volontaires ? Car tout vient de toi et c’est de ta main même que nous t’avons donné.
15 Car nous ne sommes devant toi que des étrangers et des hôtes comme tous nos pères ; nos jours sur terre passent comme l’ombre et il n’est point d’espoir.
16 Yahvé, notre Dieu, tout ce que nous avons amoncelé pour la construction d’une Maison à ton saint nom provient de ta main, et tout est à toi.
17 Je sais, ô mon Dieu, que tu sondes les cœurs et que tu te plais à la droiture, c’est d’un cœur droit que je t’ai fait toutes ces offrandes et, à cette heure, j’ai vu avec joie ton peuple, ici présent, te faire ces offrandes volontaires.
18 Yahvé, Dieu d’Abraham, d’Isaac et d’Israël nos pères, garde à jamais cela, formes-en les dispositions de cœur de ton peuple, et fixe en toi leurs cœurs.
19 À mon fils Salomon donne un cœur intègre pour qu’il garde tes commandements, tes témoignages et tes lois, qu’il les mette tous en pratique et bâtisse ce palais que je t’ai préparé. »
20 Puis David dit à toute l’assemblée : « Bénissez donc Yahvé votre Dieu ! » Et toute l’assemblée bénit Yahvé, Dieu de ses pères, et s’agenouilla pour se prosterner devant Dieu et devant le roi.
21 Puis les Israélites, le lendemain de ce jour, offrirent des sacrifices et des holocaustes à Yahvé : mille taureaux, mille béliers, mille agneaux avec les libations conjointes, ainsi que de multiples sacrifices pour tout Israël.
22 Ils mangèrent et burent en ce jour devant Yahvé, dans une grande liesse. Puis, ayant fait Salomon, fils de David, roi pour la seconde fois, ils l’oignirent au nom de Yahvé comme chef, et oignirent Sadoq comme prêtre.
23 Salomon s’assit sur le trône de Yahvé pour régner à la place de David son père. Il prospéra et tout Israël lui obéit.
24 Tous les officiers, tous les preux et même tous les fils du roi David se soumirent au roi Salomon.
25 Sous les yeux de tout Israël, Yahvé porta à son faîte la grandeur de Salomon et lui donna un règne d’une splendeur que n’avait jamais connue aucun de ceux qui avaient régné avant lui sur Israël.
26 David, fils de Jessé, avait régné sur tout Israël.
27 Son règne sur Israël avait duré quarante ans ; à Hébron il avait régné sept ans et à Jérusalem il avait régné trente-trois ans.
28 Il mourut dans une heureuse vieillesse, rassasié de jours, de richesses et d’honneur. Puis Salomon son fils régna à sa place.
29 L’histoire du roi David, du début à la fin, n’est-ce pas écrit dans l’histoire de Samuel le voyant, l’histoire de Natân le prophète, l’histoire de Gad le voyant,
30 avec son règne entier, ses prouesses, et les heurs et malheurs qu’il dut traverser ainsi qu’Israël et tous les royaumes des pays ?
Notes:
Commentaire sur le fragment en cours
Commentaire sur le livre
Notes sur la partie

1 p) David donne pour le Temple tous les trésors qu’il a amassés à cette intention, et tous ses trésors personnels. Les grands du royaume y ajoutent leurs dons. Les chiffres fantastiques soulignent l’importance que David accorde au projet et la splendeur du Temple à venir. Pour le Chroniste, David a tout préparé et Salomon n’aura plus qu’à exécuter.


7 q) « dariques » monnaie de Darius la fiction du Chroniste de tout reporter à l’époque de David se révèle à cette précision.


10 r) Dans cette très belle prière, David rapporte à Dieu l’origine des dons qui viennent d’être faits pour son Temple. Ceux-ci lui sont rendus par une offrande dont la sincérité est agréable à Dieu, v. 17. C’est vraiment une prière d’« Offertoire ».


22 s) Comme après la première alliance, cf. Ex 24.5, 11.


22 t) Ces mots, absents du grec, semblent avoir été introduits pour harmoniser ce passage avec 23.1.


22 u) Le Chroniste rapporte à cette époque ancienne l’onction du grand prêtre, qui semble n’avoir été pratiquée qu’après l’Exil. — D’après 1 R 1.39, c’est Sadoq qui donna l’onction à Salomon.


23 v) Le trône n’est plus celui des rois, mais celui de Dieu c’est l’idéal théocratique du Chroniste.


29 w) Il semble que, du moins ici, ces sources prophétiques ne représentent pas autre chose que les livres canoniques de Samuel et des Rois qui, dans la Bible hébraïque, font partie des « Prophètes antérieurs ».


L’Ancien Testament comprend un second groupe de livres historiques, qui doublent en grande partie et ensuite prolongent l’histoire deutéronomiste qui s’étend de Josué à la fin des Rois. Ce sont les deux livres des Chroniques, puis celui d’Esdras et, selon l’opinion commune, celui de Néhémie. Les deux livres des Chroniques n’en formaient primitivement qu’un seul et les livres d’Esdras et de Néhémie faisaient partie du même ensemble, œuvre d’un seul auteur. Non seulement on y retrouve le même style et les mêmes idées fondamentales, mais la répétition, au début de Esd 1, des versets qui terminent 2 Ch 36 certifie l’unité de composition.

Les livres des Chroniques (d’après le titre hébreu ; la Bible grecque et la Vulgate les appellent « Paralipomènes », c’est-à-dire les livres qui donnent les « choses omises », qui apportent un complément) sont donc une œuvre du judaïsme postexilique, d’une époque où le peuple, privé de son indépendance politique, jouissait cependant d’une sorte d’autonomie reconnue par les maîtres de l’Orient : il vivait sous la direction de ses prêtres, selon les règles de sa loi religieuse. Le Temple et ses cérémonies étaient le centre de la vie nationale. Mais ce cadre légaliste et rituel est vivifié par un courant de piété personnelle, par les doctrines de sagesse, par le souvenir des gloires ou des défaillances du passé et la confiance dans les promesses des prophètes.

L’auteur des Chroniques, un lévite de Jérusalem, appartient profondément à ce milieu.

Il écrit après Esdras et Néhémie, notablement plus tard puisqu’il peut combiner à sa guise les sources qui les concernent. Le début de l’époque grecque, avant 300 av. J.-C., paraît être la date la plus vraisemblable. L’ouvrage reçut ensuite des additions, venant d’une ou de plusieurs mains, en particulier les tables généalogiques de 1 Ch 2-9 furent augmentées et des listes nominatives furent ajoutées, probablement celles des partisans de David, 12, celles des prêtres et des lévites, 15, et la longue addition de 1 Ch 23.3 – 27.34, qui recense le personnel cultuel et administratif de David.

Ces compléments, qui peuvent avoir utilisé de bons documents, restent dans la ligne de pensée du Chroniste.

Il manifeste un grand intérêt pour le Temple. Le clergé joue dans son œuvre un rôle prééminent, non seulement les prêtres et les lévites, selon l’esprit du Deutéronome et des textes sacerdotaux du Pentateuque, mais les classes inférieures du clergé, les portiers et les chantres, désormais assimilés aux lévites. La sanctification du clergé s’étend aux laïcs par leur participation aux sacrifices de communion, qui retrouvent chez le Chroniste leur importance ancienne. Cette communauté sainte n’est pas restreinte aux seuls Judéens : par-delà l’apostasie du royaume d’Israël, dont il parle le moins possible, il retrouve les Douze Tribus unies sous le sceptre de David et, au-delà des circonstances présentes, il attend la réunion de tous les fils d’Israël. Les païens eux-mêmes ne sont pas exclus de la prière du Temple. « Israël » est pour lui tout le peuple fidèle, avec qui Dieu avait fait alliance autrefois, avec qui il a renouvelé cette alliance en la personne de David. C’est sous David que se sont le mieux réalisées les conditions du règne de Dieu sur la terre, de la théocratie ; c’est dans l’esprit de David que la communauté doit vivre, avec un constant souci de réforme qui est un retour aux traditions, pour que Dieu lui garde sa faveur et accomplisse les promesses.

Le centre permanent d’intérêt de cette longue histoire est le Temple de Jérusalem et son culte, depuis les préparations sous David jusqu’à la restauration accomplie par la communauté revenue de l’Exil.

Ces grandes pensées du Chroniste expliquent la composition de son ouvrage. Les premiers chapitres, 1 Ch 1-9, donnent des listes généalogiques qui s’attardent davantage sur la tribu de Juda et la descendance de David, sur les lévites, sur les habitants de Jérusalem. Cela sert d’introduction à l’histoire de David qui occupe toute la fin du premier livre, 10-29. Les démêlés avec Saül sont omis, comme la faute avec Bethsabée, les drames de famille et les révoltes, mais la prophétie de Natân est mise en relief, 1 Ch 17, et une place considérable est faite aux institutions religieuses : transport de l’arche et organisation du culte à Jérusalem, 13, 15-16, préparatifs pour la construction du Temple, 21-29. David a dressé le plan, assemblé les matériaux, réglé les fonctions du clergé jusque dans les détails, et il a laissé la réalisation à son fils Salomon. Dans l’histoire de celui-ci, 2 Ch 1-9, la construction du Temple, la prière du roi lors de la dédicace et les promesses que Dieu fait en réponse occupent la plus grande place. À partir du schisme, le Chroniste ne se préoccupe que du royaume de Juda et de la dynastie davidique. Les rois sont jugés d’après leur fidélité ou leur infidélité aux principes de l’alliance, selon qu’ils se rapprochent ou s’écartent du modèle donné par David, 2 Ch 10-36. Les désordres sont suivis de réformes, dont les plus profondes sont celles d’Ézéchias et de Josias ; ce dernier roi a des successeurs impies qui précipitent le désastre, mais les Chroniques s’achèvent par la permission donnée par Cyrus de reconstruire le Temple. On a dit qu’elles se continuaient par les livres d’Esdras et de Néhémie.

Pour écrire cette histoire, l’auteur s’est servi d’abord des livres canoniques, ceux de la Genèse et des Nombres pour les listes du début, surtout ceux de Samuel et des Rois. Il les utilise librement, il choisit ce qui va à son propos, il ajoute et retranche. Cependant il ne cite jamais ces sources essentielles que nous pouvons vérifier. En revanche, il se réfère à un certain nombre d’autres ouvrages, des « livres » des rois d’Israël ou des rois d’Israël et de Juda, un « midrash » du livre des Rois, des « paroles » ou des « visions » de tel ou tel prophète. Ces écrits nous sont inconnus et on discute sur leur contenu et leurs relations mutuelles. Ils décrivaient probablement les différents règnes à la lumière des interventions prophétiques. Il est douteux que le Chroniste ait utilisé aussi des traditions orales.

Puisque le Chroniste a eu des sources que nous ignorons et qui pouvaient être dignes de foi, il n’y a pas lieu de suspecter en principe tout ce qu’il ajoute aux livres canoniques que nous connaissons. Chaque cas doit être examiné pour lui-même et des recherches récentes ont, sur plusieurs points, vengé le Chroniste du discrédit où le tenaient beaucoup d’exégètes. Mais il arrive aussi qu’il donne des informations incompatibles avec le tableau que tracent Samuel ou les Rois, ou bien qu’il modifie sciemment ce que disent ces derniers livres. Ce procédé – qui serait inexcusable chez un historien moderne dont la mission est de raconter, en l’expliquant, l’enchaînement des faits – se justifie par l’intention de l’auteur : il n’est pas un historien, il est un théologien qui, à la lumière des expériences anciennes et d’abord de l’expérience davidique, « pense » les conditions du royaume idéal ; il fait confluer dans une synthèse le passé, le présent et l’avenir : il projette à l’époque de David toute l’organisation cultuelle qu’il a sous les yeux, il omet tout ce qui pourrait amoindrir son héros. En dehors des informations nouvelles qu’il contient et dont on peut éprouver la valeur, son ouvrage vaut moins pour une reconstitution du passé que comme un tableau de l’état et des préoccupations de son époque.

Car il écrit pour ses contemporains. Il leur rappelle que la vie de la nation dépend de sa fidélité à Dieu et que cette fidélité s’exprime par l’obéissance à la Loi et la régularité d’un culte animé par la vraie piété. Il veut faire de son peuple une communauté sainte, pour laquelle se réaliseront les promesses faites à David. Les hommes religieux du judaïsme contemporain du Christ vivront de son esprit, avec parfois des déviations qu’il n’avait pas prévues. Son enseignement sur la primauté du spirituel et sur la conduite par Dieu de tous les événements du monde a une valeur permanente.

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