L'apôtre Paul part de la représentation anthropomorphique de Dieu, répandue aussi bien dans l'Antiquité qu'aujourd'hui. On ne peut pas dire que, sur ce chemin, on ne puisse rien trouver de valable...
L'apôtre Paul part de la représentation anthropomorphique de Dieu, répandue aussi bien dans l'Antiquité qu'aujourd'hui. On ne peut pas dire que, sur ce chemin, on ne puisse rien trouver de valable : certains jugements sensés y sont tout de même possibles. Ainsi, en partant de notre faible puissance, nous pensons la toute-puissance de Dieu ; en comparant avec notre intelligence, nous nous représentons Sa sagesse et Son omniscience. La comparaison avec nos limites nous aide à toucher la vérité de Son absence de limites et de Sa transcendance.
Mais cette méthode de pensée théologique cache en elle un danger sérieux : nous pensons que Dieu nous ressemble et nous Le représentons comme un homme, seulement très « grand ». Instinctivement, il nous semble que là où un faible petit homme n'arrivera à rien, Dieu réussira tout. Là où nous souffrons et mourons, Dieu sortira vainqueur. C'est bien ce qui se produit en réalité, mais pas du tout comme nous nous le représentons.
Dans la logique ordinaire, il aurait été naturel qu'au jardin de Gethsémani le Christ « mobilise » ces douze légions d'anges dont Il parlait à Pierre, que les anges dispersent les gardes et mettent les grands prêtres « à nu ». Mais il se produit quelque chose de tout à fait autre, d'absurde, selon la parole de l'apôtre Paul (la « folie » des traductions synodale et slavonne correspond au moria du texte grec, qui signifie « sottise, absurdité, folie »). Ou bien la force de Dieu ne consiste pas en ce que nous pensons, ou bien Sa victoire ne s'obtient pas du tout par la force, comme le dit le prophète Zacharie. Et le Seigneur accepte la mort sur la Croix.
Les Hellènes et les Juifs, auditeurs de l'apôtre Paul, dès qu'ils entendaient dire que Dieu avait souffert sur la Croix, se détournaient de lui. Dieu ne peut pas souffrir : telle était la conviction commune de tout le monde antique, d'où procèdent tous les raisonnements théologiques sur l'impassibilité de la divinité. L'absurdité, de ce point de vue, des événements évangéliques a engendré toute une série de conflits et d'hérésies à l'époque du Nouveau Testament : les chrétiens n'arrivaient pas à unir l'assurance helléno-juive de l'impassibilité de Dieu avec la foi en Jésus crucifié. Ce ne sont pas des années, comme on aurait pu s'y attendre, mais des siècles et des siècles qui s'y consacrent... Parce que derrière la parole de la Croix se tient le plus grand mystère de l'amour de Dieu, fondement incompréhensible de la Révélation biblique.
18 o) Dans tout ce passage, folie est très péjoratif non la folie de l’héroïsme, mais la folie de la sottise, de la stupidité.
Tandis qu’il écrivait les épîtres aux Thessaloniciens, Paul évangélisait Corinthe durant plus de dix-huit mois, Ac 18.1-18, du printemps 50 à la fin de l’été 51. Selon sa coutume d’agir dans les grands centres, il voulait implanter la foi au Christ dans ce port fameux très peuplé, d’où elle rayonnerait dans toute l’Achaïe, 2 Co 1.1 ; 9.2. De fait, il réussit à y établir, surtout dans les couches modestes de la population, 1 Co 1.26-28, une forte communauté. Mais cette grande ville était un foyer de culture grecque, où s’affrontaient des courants de pensée et de religion fort divers. Le contact de la jeune foi chrétienne avec cette capitale du paganisme devait poser pour les néophytes bien des problèmes délicats. C’est à les résoudre que s’emploie l’Apôtre dans les deux lettres qu’il leur écrit.
La genèse de ces deux épîtres est assez claire, en dépit de quelques points douteux. Une première lettre « précanonique », 1 Co 5.9-13, de date incertaine, n’a pas été conservée. Plus tard, durant le séjour qu’il fit à Éphèse au cours du troisième voyage, durant juste un peu plus de deux ans (52-54), Ac 19.1 ; 20.1, des questions apportées par une délégation de Corinthiens, 1 Co 16.17, auxquelles s’ajoutaient des informations reçues par le moyen d’Apollos, Ac 18.27s ; 1 Co 16.12, et des « gens de Chloé », 1 Co 1.11, poussèrent Paul à écrire une nouvelle lettre, qui est notre 1 Co, aux environs de Pâques 54 (1 Co 5.7s ; 16.5-9). Peu après, une crise dut se produire à Corinthe, où Timothée joua probablement un rôle, (1 Co 4.17 ; 16.10-11) et qui l’obligea à y faire une visite rapide et pénible, 2 Co 1.23–2.1, au cours de laquelle il promit de revenir bientôt, 2 Co 1.15-16. En fait, il ne revint pas et remplaça cette visite par une lettre sévère et écrite « parmi bien des larmes », 2 Co 2.3s, 9, qui produisit un effet salutaire, 2 Co 7.8-13. C’est en Macédoine, après avoir quitté Éphèse à la suite de crises très graves mal connues de nous, 1 Co 15.32 ; 2 Co 1.8-10 ; Ac 19.23-40, que Paul apprit de Tite cet heureux résultat, 2 Co 1.12s ; 7.5-16 ; et c’est alors qu’il écrivit les deux parties de 2 Co, pendant le printemps et l’été de 55. Il devait ensuite repasser par Corinthe, Ac 20.1s, cf. 2 Co 9.5 ; 12.14 ; 13.1, 10, pour de là remonter à Jérusalem et y être fait prisonnier.
Selon certains, 2 Co serait une compilation de plusieurs lettres – jusqu’à cinq – envoyées par Paul à Corinthe en différentes occasions. D’autres, moins impressionnés par les transitions difficiles que cette théorie cherche à expliquer, admettent cependant que les chap. 10-13 ne peuvent être la suite de 1-9. Il est psychologiquement impossible que Paul passe brutalement de la célébration de la réconciliation des chap. 1-9 à l’admonestation amère et aux justifications sarcastiques des chap. 10-13. On a suggéré que les chap. 10-13 pourraient être l’épître écrite dans les larmes, à cause de leur ton sévère, mais cela ne convient guère au contexte. L’épître écrite dans les larmes a été provoquée par la conduite d’un individu, 2 Co :2.5-8, or il n’y est même pas fait allusion dans les chap. 10-13, qui parlent du tort fait aux communautés par les faux apôtres. Il est donc plus probable que ces chapitres ont été déterminés par une détérioration de la situation à Corinthe après l’envoi des chap. 1-9.
Si ces épîtres apportent sur l’âme de Paul et sur ses relations avec ses convertis des lumières d’un extrême intérêt, leur importance doctrinale n’est pas moindre. Nous y trouvons, surtout dans 1 Co, des informations et des décisions sur bien des problèmes cruciaux du christianisme primitif, aussi bien dans sa vie intérieure : pureté des mœurs, 1 Co :5.1-13 ; 6.12-20, mariage et virginité, 1 Co 7.1-40, tenue des assemblées religieuses et célébration de l’eucharistie, 11-12, usage des charismes, 1 Co 12.1–14.40, – que dans ses rapports avec le monde païen : appel aux tribunaux, 1 Co 6.1-11, viandes offertes aux idoles 8-10. Ce qui aurait pu n’être que cas de conscience ou règlements de liturgie devient, grâce au génie de Paul, occasion de vues profondes sur la vraie liberté de la vie chrétienne, la sanctification du corps, le primat de la charité, l’union au Christ. La défense de son apostolat, 2 Co 10-13, lui inspire des pages splendides sur la grandeur du ministère apostolique, 2 Co 2.12 – 6.10 ; et le sujet très concret de la collecte, 2 Co 8-9, est illuminé par l’idéal de l’union entre les Églises. L’horizon eschatologique est toujours présent et sous-tend tout l’exposé sur la résurrection de la chair, 1 Co 15. Mais les descriptions apocalyptiques de 1 Th et 2 Th font place à une discussion plus rationnelle qui justifie cette espérance difficile pour des esprits grecs. Cette adaptation de l’Évangile au monde nouveau où il pénètre se manifeste surtout dans l’opposition de la folie de la Croix à la sagesse hellénique. Aux Corinthiens qui se divisent en s’opposant leurs différents maîtres et leurs talents humains, Paul rappelle qu’il n’y a qu’un seul maître, le Christ, un seul message, le salut par sa croix, et que là est la seule et vraie Sagesse, 1 Co 1.10 – 4.13. Ainsi, par la force des choses et sans renier les perspectives eschatologiques, il est amené à insister davantage sur la vie chrétienne présente, comme union au Christ dans la vraie connaissance qui est celle de la foi. Cette vie que donne la foi, il va l’approfondir encore, et, cette fois, par rapport au judaïsme, à la suite de la crise galate.