Les paroles de Jésus sur le blasphème contre l'Esprit paraissent mystérieuses. Mais elles nous paraissent probablement telles parce que des modèles théologiques se superposent souvent à notre perception du texte évangélique, en particulier les modèles trinitaires, surtout lorsque le texte mentionne l'Esprit Saint. Or, aux temps évangéliques, aucune théologie trinitaire n'existait évidemment, et l'Esprit de Dieu était considéré plutôt d'un point de vue spirituel et pratique: comme un élément d'une expérience spirituelle et mystique concrète, avant tout de l'expérience prophétique. Dans le contexte de l'expérience prophétique, l'Esprit est vécu comme le souffle parfaitement réel de Dieu qui pénètre dans le cœur humain et renouvelle l'homme de l'intérieur. Ici, il était impossible de se tromper: ou bien Dieu respirait dans le cœur, ou bien il n'y respirait pas. Puisqu'il en était ainsi, il ne pouvait être question d'aucune confusion ni d'aucun malentendu.
Lorsqu'il s'agit de théories et de conceptions théologiques, les erreurs sont évidemment possibles. On peut même ne pas reconnaître le Messie dans le Messie; cela peut aussi arriver en principe, et pas nécessairement par mauvaise volonté de l'homme: les raisons peuvent être très diverses. Mais lorsqu'il s'agit du souffle de Dieu, de son action évidente pour tous, aucune erreur n'est possible. Seul celui qui ne veut pas voir peut ne pas voir cette action.
Et si le refus de voir devient aussi agressif, au point que l'homme se met à insulter Dieu et ses œuvres, une telle position devient naturellement pour lui une impasse spirituelle. Le problème n'est pas que Dieu soit susceptible, mais que le refus du souffle de Dieu signifie automatiquement le refus du Royaume que ce souffle pénètre de son centre jusqu'à ses limites les plus lointaines. Et le refus du Royaume mène manifestement au refus de la vie et du salut, un refus contre lequel on ne peut rien, puisqu'il est accompli librement, sans aucune contrainte.
