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La Bible en cinq ans pour le 26 janvier 2018

La Bible de Jérusalem (fr)

Jéremie, Chapitre 23

I. Oracles contre Juda et Jérusalem> 1 Oracles messianiques. Le roi de l’avenir., 9 Livret contre les faux prophètes.
Malheur aux pasteurs qui perdent et dispersent les brebis de mon pâturage — oracle de Yahvé !
C’est pourquoi ainsi parle Yahvé, le Dieu d’Israël, contre les pasteurs qui ont à paître mon peuple : vous avez dispersé mes brebis, vous les avez chassées et ne vous en êtes pas occupés. Eh bien ! moi, je vais m’occuper de vous pour vos méfaits, oracle de Yahvé !
Je rassemblerai moi-même le reste de mes brebis de tous les pays où je les aurai dispersées, et je les ramènerai dans leur prairie : elles seront fécondes et se multiplieront.
Je susciterai pour elles des pasteurs qui les feront paître ; elles n’auront plus crainte ni terreur ; aucune ne se perdra, oracle de Yahvé !
Voici venir des jours — oracle de Yahvé —
où je susciterai à David un germe juste ;
un roi régnera et sera intelligent,
exerçant dans le pays droit et justice.
En ses jours, Juda sera sauvé
et Israël habitera en sécurité.
Voici le nom dont on l’appellera :
« Yahvé-notre-Justice. »
Aussi voici venir des jours — oracle de Yahvé — où l’on ne dira plus : « Yahvé est vivant, qui a fait monter les Israélites du pays d’Égypte »,
mais : « Yahvé est vivant, qui a fait monter et rentrer la race de la maison d’Israël du pays du Nord et de tous les pays où il les avait dispersés,
pour qu’ils demeurent sur leur propre sol. »
Sur les prophètes.Mon cœur en moi est brisé,
je tremble de tous mes membres.
Je suis comme un homme ivre,
comme quelqu’un que le vin a dompté,
à cause de Yahvé et de ses paroles saintes.
10 Car le pays est rempli d’adultères ;
oui, à cause d’une malédiction, le pays est en deuil
et les pacages du désert sont desséchés ;
les hommes courent au mal,
ils dépensent leur force pour l’injustice.
11 Oui, même le prophète et le prêtre sont des impies,
jusqu’en ma Maison j’ai trouvé leur iniquité,
oracle de Yahvé.
12 Aussi leur voie va se changer pour eux en fondrière ;
engagés là, dans les ténèbres,
ils y culbuteront.
Car je vais amener sur eux un malheur,
l’année de leur châtiment,
oracle de Yahvé.
13 Chez les prophètes de Samarie,
j’ai vu l’insanité ;
ils prophétisaient au nom de Baal
et égaraient mon peuple Israël.
14 Mais chez les prophètes de Jérusalem,
j’ai vu l’horreur :
l’adultère, l’obstination dans le mensonge,
le soutien donné aux méchants
pour que nul ne revienne de sa méchanceté.
Ils sont tous pour moi comme Sodome
et ses habitants comme Gomorrhe !
15 C’est pourquoi, ainsi parle Yahvé Sabaot contre les prophètes :
Voici, je vais leur faire manger de l’absinthe
et leur faire boire de l’eau empoisonnée,
car, venant des prophètes de Jérusalem,
l’impiété s’est répandue dans tout le pays.
16 Ainsi parle Yahvé Sabaot :
N’écoutez pas les paroles de ces prophètes qui vous prophétisent ;
ils vous dupent,
ils débitent les visions de leur cœur,
rien qui vienne de la bouche de Yahvé ;
17 ils osent dire à ceux qui me méprisent :
« Yahvé a parlé ; vous aurez la paix ! »
et à tous ceux qui suivent l’obstination de leur cœur :
« Aucun mal ne vous arrivera ! »
18 Mais qui donc a assisté au conseil de Yahvé pour voir et entendre sa parole ?
Qui a fait attention à sa parole et l’a entendue ?
19 Voici un ouragan de Yahvé, sa fureur qui éclate,
un ouragan se déchaîne,
sur la tête des impies, il fait irruption ;
20 la colère de Yahvé ne se détournera pas
qu’il n’ait accompli et réalisé
les desseins de son cœur :
à la fin des jours, vous comprendrez cela clairement !
21 Je n’ai pas envoyé ces prophètes,
et ils courent !
Je ne leur ai rien dit,
et ils prophétisent !
22 S’ils avaient assisté à mon conseil,
ils auraient fait entendre mes paroles à mon peuple,
ils les auraient fait revenir de leur voie mauvaise
et de la perversité de leurs actions !
23 Ne serais-je un Dieu que de près — oracle de Yahvé —,
de loin ne serais-je plus un Dieu ?
24 Un homme peut-il se terrer dans des
lieux cachés
sans que je le voie ? — oracle de Yahvé.
Est-ce que le ciel et la terre
je ne les remplis pas ? — oracle de Yahvé.
25 J’ai entendu comment parlent les prophètes qui prophétisent en mon nom le mensonge en disant : « J’ai eu un songe ! J’ai eu un songe ! »
26 Jusqu’à quand y aura-t-il au sein des prophètes des gens qui prophétisent le mensonge et annoncent l’imposture de leur cœur ?
27 Avec les songes qu’ils se racontent l’un à l’autre, ils s’ingénient à faire oublier mon Nom à mon peuple ; ainsi leurs pères ont-ils oublié mon Nom au profit de Baal !
28 Le prophète qui a eu un songe, qu’il raconte un songe ! Et celui qui tient de moi une parole, qu’il délivre fidèlement ma parole !Qu’ont de commun la paille et le froment ?
— oracle de Yahvé.
29 Ma parole n’est-elle pas comme un feu ?
— oracle de Yahvé.
N’est-elle pas comme un marteau qui fracasse le roc ?
30 Aussi vais-je m’en prendre aux prophètes — oracle de Yahvé — qui se dérobent mutuellement mes paroles.
31 Je vais m’en prendre aux prophètes — oracle de Yahvé — qui agitent la langue pour émettre des oracles.
32 Je vais m’en prendre à ceux qui prophétisent des songes mensongers — oracle de Yahvé — qui les racontent et égarent mon peuple par leurs mensonges et leur vantardise. Moi, je ne les ai pas envoyés, je ne leur ai pas donné d’ordres, et ils ne sont d’aucune utilité à ce peuple, oracle de Yahvé.
33 Et quand ce peuple, ou un prophète, ou un prêtre, te demandera : « Quel est le fardeau de Yahvé ? » tu leur répondras : « C’est vous le fardeau, vous dont je vais me délester, oracle de Yahvé ! »
34 Et le prophète, le prêtre ou celui du peuple qui dira : « Fardeau de Yahvé », je le visiterai cet homme-là, ainsi que sa maison.
35 Ainsi parlerez-vous entre vous, entre frères : « Qu’a répondu Yahvé ? » Ou : « Qu’a dit Yahvé ? »
36 mais vous ne mentionnerez plus le « Fardeau de Yahvé », car le fardeau est pour chacun sa propre parole. Et vous pervertissez les paroles du Dieu vivant, Yahvé Sabaot, notre Dieu !
37 Tu parleras ainsi au prophète : « Que t’a répondu Yahvé ? » ou « Qu’a dit Yahvé ? »
38 Mais si vous dites « Fardeau de Yahvé », alors, ainsi parle Yahvé : Puisque vous employez cette expression « Fardeau de Yahvé » alors que je vous ai fait avertir de ne plus dire « Fardeau de Yahvé »,
39 à cause de cela je vous soulèverai et je vous jetterai loin de ma face, vous et la Ville que j’avais donnée à vous et à vos pères.
40 Et je mettrai sur vous un opprobre éternel, une confusion éternelle et inoubliable !
Lire la suite:Jéremie, Chapitre 24
Notes:
Commentaire sur le fragment en cours
Commentaire sur le livre
Notes sur la partie

5 u) « Germe » sera un jour un nom propre, désignation du Messie, cf. Za 3.8 ; 6.12.


6 v) Ce nom symbolique donné au Messie, cf. Isa 1.26, fait contraste avec celui de Sédécias, qui signifie « Yahvé-ma-justice ».


8 w) « il les avait » grec ; « je les avais » hébr.


9 x) Titre (comme 21.11) d’un livret composite et surchargé, vv. 9-40. Le premier morceau, vv. 9-12, où Jérémie semble découvrir la perversité des faux prophètes, pourrait dater du temps de Josias. Les morceaux suivants conviennent aussi bien au temps de Joiaqim qu’à celui de Sédécias. Sur cette polémique contre les faux prophètes, voir l’Introduction.


9 y) C’est ici Jérémie qui parle, mais aux vv. 10-12 la parole est à Yahvé lui-même.


18 z) Ce v. est peut-être une glose sur le v. 22, mal insérée.


22 a) Sur les critères du vrai prophétisme, voir l’Introduction, pp. 1263-1264.


25 b) Certes les songes peuvent être le moyen d’une communication divine, Nb 12.6 ; mais il faut en discerner le contenu et l’origine.


33 c) « C’est vous le fardeau » grec ; « Quel fardeau » hébr. (vocalisation et coupure des mots fautives). — Jérémie refuse le terme reçu massa’ , « fardeau », « charge » et, au sens figuré, « oracle » (pesant sur quelqu’un), cf. Isa 13.1 ; 14.28 ; 19.1 ; Za 9.1 ; 12.1 ; Ml 1.1.


39 d) Avec les versions et 5 mss hébr. ; ce verbe (en hébr. nasa’ d’où vient massa’) continue le jeu de mots avec fardeau. Le TM a le verbe nashah « oublier » ou « prêter à gage ».


Un peu plus d’un siècle après Isaïe, vers 650 av. J.-C., Jérémie naissait d’une famille sacerdotale installée aux environs de Jérusalem. Mieux que pour aucun autre prophète, sa vie et son caractère nous sont connus par les récits biographiques à la troisième personne qui parsèment son livre et dont voici la suite chronologique : 19.1 – 20.6 ; 26 ; 36 ; 45 ; 28-29 ; 51.59-64 ; 34.8-22 ; 37-44. Les « Confessions de Jérémie », 11.18 – 12.6 ; 15.10-21 ; 17.14-18 ; 18.18-23 ; 20.7-18, proviennent du prophète lui-même. Elles ne constituent pas une autobiographie, mais elles sont un témoignage émouvant des crises intérieures qu’il a traversées et qui sont décrites dans le style des Psaumes de lamentation. Appelé tout jeune par Dieu, en 626, la treizième année de Josias, 1.2, il a vécu la période tragique où se prépara et s’accomplit la ruine du royaume de Juda. La réforme religieuse et la restauration nationale de Josias éveillèrent des espoirs qui furent anéantis par la mort du roi à Megiddo en 609 et par le bouleversement du monde oriental, la chute de Ninive en 612 et l’expansion de l’empire chaldéen. Dès 605, Nabuchodonosor a imposé sa domination à la Palestine, puis Juda s’est révolté à l’instigation de l’Égypte qui intriguera jusqu’à la fin et, en 597, Nabuchodonosor conquiert Jérusalem et déporte une partie de ses habitants. Une nouvelle révolte ramène les armées chaldéennes et, en 587, Jérusalem est prise, le Temple est incendié, une seconde déportation a lieu. Jérémie a traversé cette dramatique histoire, prêchant, menaçant, prédisant la ruine, avertissant en vain les rois incapables qui se succèdent sur le trône de David, accusé de défaitisme par les militaires, persécuté, incarcéré. Après la prise de Jérusalem, et bien qu’il vît dans les exilés l’espoir de l’avenir, Jérémie choisit de rester en Palestine auprès de Godolias, nommé gouverneur par les Chaldéens. Mais celui-ci fut assassiné et un groupe de Juifs, craignant les représailles, s’enfuit en Égypte, entraînant Jérémie. C’est probablement là qu’il mourut.

Le drame de cette vie n’est pas seulement dans les événements auxquels Jérémie fut mêlé, il est aussi dans le prophète lui-même. Il avait une âme tendre, faite pour aimer, et il a été envoyé « pour arracher et renverser, pour exterminer et démolir », 1.10, il a eu à prédire surtout le malheur, 20.8. Il était désireux de paix et il a eu toujours à lutter, contre les siens, contre les rois, les prêtres, les faux prophètes, tout le peuple, « homme de querelle et de discorde pour tout le pays », 15.10. Il a été déchiré par la mission à laquelle il ne pouvait pas se soustraire, 20.9. Ses dialogues intérieurs avec Dieu sont semés de cris de douleur : « Pourquoi ma souffrance est-elle continue ? » 15.18, et le passage poignant qui annonce Job : « Maudit soit le jour où je suis né... », 20.14 et la suite.

Mais cette souffrance a épuré son âme et l’a ouverte au commerce divin. Ce qui nous rend Jérémie si cher et si proche, c’est la religion intérieure et cordiale qu’il a pratiquée, avant de la formuler dans l’annonce de la Nouvelle Alliance, 31.31-34. Cette religion personnelle l’a conduit à un approfondissement de l’enseignement traditionnel : Dieu scrute les reins et les cœurs, 11.20, il rend à chacun selon ses actes, 31.29-30 ; l’amitié avec Dieu, 2.2, est rompue par le péché, qui sort du cœur mauvais, 4.4 ; 17.9 ; 18.12. Ce côté affectif l’apparente à Osée dont il a subi l’influence ; cette intériorisation de la Loi, ce rôle du cœur dans les rapports avec Dieu, ce souci de la personne individuelle le rapprochent du Deutéronome. Jérémie a certainement vu avec faveur la réforme de Josias qui s’inspirait de ce livre, mais il a été cruellement déçu par son inefficacité pour changer la vie morale et religieuse du peuple.

La mission de Jérémie a échoué de son vivant, mais sa figure n’a cessé de grandir après sa mort. Par sa doctrine d’une Alliance nouvelle, fondée sur la religion du cœur, il a été le père du Judaïsme dans sa ligne la plus pure, et l’on relève son influence dans Ézéchiel, la seconde partie d’Isaïe et plusieurs Psaumes. L’époque maccabéenne le compte parmi les protecteurs du peuple, 2 M 2.1-8 ; 15.12-16. En mettant les valeurs spirituelles au premier plan, en dévoilant les rapports intimes que l’âme doit avoir avec Dieu, il a préparé la Nouvelle Alliance chrétienne, et sa vie d’abnégation et de souffrance au service de Dieu, après avoir pu fournir des traits à l’image du Serviteur dans Isa 53, fait de Jérémie une figure du Christ.

Cette influence durable suppose que les enseignements de Jérémie ont été souvent lus, médités et commentés. Cette action de toute une lignée spirituelle se reflète dans la composition de son livre. Il ne se présente pas, loin de là, comme une œuvre d’un seul jet. En dehors des oracles poétiques et des récits biographiques, il contient des discours en prose dans un style proche de celui du Deutéronome. Leur authenticité a été contestée et on les a attribués à des rédacteurs « deutéronomistes » d’après l’Exil. En fait, leur style est celui de la prose judéenne du VIIe et du début du VIe siècle av. J.-C., leur théologie est celle du courant religieux auquel appartiennent aussi bien Jérémie que le Deutéronome. Ils sont l’écho authentique de la prédication de Jérémie, recueillie par ses auditeurs. Toute cette tradition jérémienne ne s’est pas transmise sous une forme unique. La version grecque offre une recension qui est notablement plus courte (un huitième) que le texte massorétique et souvent différente dans le détail ; les découvertes de Qumrân prouvent que les deux recensions existaient en hébreu. De plus, le grec met les oracles contre les nations après 25.13 et dans un autre ordre que l’hébreu, qui les rejette à la fin du livre, 46-51. Ces prophéties ont peut-être formé d’abord une collection particulière et elles ne proviennent pas toutes de Jérémie : au moins, les oracles contre Moab et Édom ont été fortement retravaillés et le long oracle contre Babylone, 50-51, date de la fin de l’Exil. Le chap. 52 Se donne lui-même comme un appendice historique, qui est parallèle à 2 R 24.18 – 25.30. D’autres compléments de moindre étendue ont été insérés dans le cours du livre et témoignent de l’usage qu’en faisaient et de l’estime qu’en avaient les captifs de Babylone et la communauté renaissante après l’Exil. Il y a aussi une abondance de doublets, qui supposent un travail rédactionnel. Enfin, les indications chronologiques, qui sont nombreuses, ne se suivent pas. Le désordre actuel du livre est le résultat d’un long travail de composition, dont il est bien difficile de retracer toutes les étapes.

Le chap. 36 nous donne cependant les indications précieuses : en 605, Jérémie dicta à Baruch les oracles qu’il avait prononcés depuis le début de son ministère, 36.2, c’est-à-dire depuis 626. Ce rouleau, brûlé par Joiaqim, fut récrit et complété, 36.32. Sur le contenu de ce recueil, on ne peut faire que des hypothèses. Il semble avoir été introduit par 25.1-12 et groupait les pièces antérieures à 605 qu’on trouve dans les chap. 1-18, mais il contenait aussi, d’après 36.2, des oracles anciens contre les nations, auxquels se réfère 25.13-38. Les compléments qui y furent ajoutés ensuite sont, dans les mêmes sections, des pièces postérieures à 605 et d’autres oracles contre les nations. On y inséra les feuillets des « Confessions », dont le détail a été donné plus haut. On y joignit deux petits livrets, sur les rois, 21.11 – 23.8, et sur les prophètes, 23.9-40, qui ont pu avoir existé d’abord à part.

On isole déjà ainsi deux parties dans le livre : l’une contient des menaces contre Juda et Jérusalem, 1.1 – 25.13, l’autre des prophéties contre les nations, 25.13-38 et 46-51. Une troisième partie est constituée par 26-35, où l’on a rassemblé dans un ordre arbitraire des morceaux qui ont un ton plus optimiste. Ces pièces sont presque toutes en prose et proviennent en grande partie d’une biographie de Jérémie, qu’on attribue à Baruch. Il faut mettre à part les chap. 30-31 qui sont un livret poétique de consolation. La quatrième partie, 36-44, en prose, continue la biographie de Jérémie et donne le récit de ses souffrances pendant et après le siège de Jérusalem. Elle se termine par 45.1-5, qui est comme la signature de Baruch.

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