Qu'est-ce qui fait du peuple de Dieu le peuple de Dieu ? Des qualités particulières ? À peine : le peuple juif, à cet égard, ressemble à tous les autres. Il a bien sûr son visage national propre, toujours et partout facilement reconnaissable ; mais quel peuple n'en a pas ? Alors, peut-être, un destin particulier...
Qu'est-ce qui fait du peuple de Dieu le peuple de Dieu ? Des qualités particulières ? À peine : le peuple juif, à cet égard, ressemble à tous les autres. Il a bien sûr son visage national propre, toujours et partout facilement reconnaissable ; mais quel peuple n'en a pas ? Alors, peut-être, un destin particulier ? En un certain sens, oui : tous les peuples ne peuvent pas se vanter de tournants aussi abrupts dans leur histoire.
Mais cela reste une affaire humaine : on sait bien quels méandres l'histoire peut produire lorsqu'il s'agit de quatre millénaires. En revanche, la présence de Dieu au milieu de Son peuple est une affaire de Dieu ; elle ne dépend ni des hommes ni de l'histoire. Bien sûr, cette indépendance est relative : car garder et protéger la présence de Dieu est précisément une tâche humaine, confiée au peuple de Dieu, appelé à témoigner du Dieu qui demeure au milieu de lui. Mais alors il est vrai aussi que le peuple de Dieu ne le reste que tant qu'il y a en lui une place pour Dieu.
Ce n'est pas un hasard si la Torah et les prophètes ne parlent pas de la possession, par le peuple, de la terre que Dieu lui a donnée, mais plutôt de son usage, limité par les conditions de l'alliance conclue avec Dieu. Si l'alliance est rompue, il peut très bien arriver que le peuple perde à la fois sa terre et le Temple. Mais cela ne peut devenir possible que dans un seul cas : si Dieu s'en va, s'Il quitte la terre, la ville et le Temple qu'Il avait autrefois bénis et sanctifiés par Sa présence.
Après cela, la destruction de la ville et du Temple, la désolation de la terre ne deviennent que l'expression extérieure de ce nouvel état spirituel, une sorte d'anti-témoignage, la preuve que, du moins à cette étape historique, le peuple n'a pas accompli sa mission spirituelle. En revanche, le retour du peuple sur la terre des pères, la restauration de la ville et du Temple signifient justement qu'après le repentir et une nouvelle conversion, le peuple est de nouveau prêt pour la mission que Dieu lui a confiée. Et donc une nouvelle étape commence dans son destin historique. Une étape qui le mène tout droit au seuil de la Nouvelle Alliance.
Le livre de Zacharie se compose de deux parties bien distinctes : 1-8 et 9-14. Après une introduction, datée d’octobre-novembre 520, deux mois après la première prophétie d’Aggée, le livre rapporte huit visions du prophète datées de février 519, 1.7 – 6.8, suivies du couronnement symbolique de Zorobabel (les réviseurs ont substitué le nom du grand prêtre Josué lorsque se fut évanoui l’espoir qu’on avait mis en Zorobabel et que le sacerdoce détint tout le pouvoir), 6.9-14. Le chap. 7 fait un retour sur le passé national et le chap. 8 ouvre des perspectives de salut messianique, l’un et l’autre à propos d’une question sur le jeûne, posée en novembre 518.
Cet ensemble bien daté et de pensée homogène est certainement authentique ; il porte cependant les marques d’une révision, faite par le prophète lui-même ou par ses disciples. Par exemple, les annonces universalistes de 8.20-23 ont été ajoutées après 8.18-19 qui est une conclusion.
Comme Aggée, Zacharie se préoccupe de la reconstruction du Temple. Mais il fait une part plus large à la restauration nationale et à ses exigences de pureté et de moralité, et l’attente eschatologique est plus pressante. Cette restauration doit ouvrir une ère messianique où le sacerdoce représenté par Josué sera exalté, 3.1-7, mais où la royauté sera exercée par le « Germe », 3.8, terme messianique que 6.12 applique à Zorobabel. Les deux Oints, 4.14, gouverneront en parfait accord, 6.13. Ainsi Zacharie fait renaître la vieille idée du messianisme royal mais l’associe aux préoccupations sacerdotales d’Ézéchiel, dont l’influence se marque sur bien des points : rôle prépondérant des visions, tendance apocalyptique, souci de la pureté. Les mêmes traits et la part faite aux anges préludent à Daniel.
La deuxième partie, 9-14, qui s’ouvre d’ailleurs par un nouveau titre, 9.1, est toute différente. Les pièces sont sans date et anonymes. Il n’est plus question ni de Zacharie, ni de Josué, ni de Zorobabel, ni de la construction du Temple. Le style est différent et fait un fréquent usage des livres antérieurs, surtout Jr et Ez. L’horizon historique n’est plus le même ; Assur et l’Égypte viennent comme les noms symboliques de tous les oppresseurs.
Ces chapitres ont très vraisemblablement été composés dans les dernières décennies du IVe siècle av. J.-C., après la conquête d’Alexandre. Malgré les efforts récemment renouvelés pour prouver leur unité, il faut admettre qu’ils sont disparates. On distingue deux sections introduites chacune par un titre, 9-11 et 12-14 ; la première est presque entièrement en vers, la seconde est presque entièrement en prose. On parle d’un Deutéro-Zacharie et d’un Trito-Zacharie. En fait ce sont deux collections elles-mêmes composites. La première utilise peut-être d’anciens morceaux poétiques, préexiliques, et se réfère à des faits d’histoire qu’il est difficile de préciser (l’application de 9.1-8 à la conquête d’Alexandre reste la plus vraisemblable). La seconde partie, 12-14, décrit en termes d’apocalypse les épreuves et les gloires de la Jérusalem des derniers temps. Mais l’eschatologie n’est pas absente de la première partie et certains thèmes se retrouvent dans les deux sections, ainsi celui des « pasteurs » du peuple, 10.2-3 ; 11.4-14 ; 13.7-9.
Cette partie du livre est importante surtout par sa doctrine messianique, d’ailleurs peu unifiée : relèvement de la maison de David, 12 Passim, attente d’un Roi messie humble et pacifique, 9.9-10, mais annonce mystérieuse du Transpercé, 12.10, théocratie guerrière, 10.3 – 11.3, mais aussi cultuelle à la manière d’Ézéchiel, 14. Ces traits s’harmoniseront dans la personne du Christ et le Nouveau Testament cite souvent ces chapitres de Zacharie ou au moins y fait allusion, ainsi Mt 21.4-5 ; 27.9 (combiné avec Jérémie) ; Mt 26.31 = Mc 14.27 ; Jn 19.37.