La crainte de Dieu, comme nous le voyons, n'exclut pas l'audace avec laquelle Habacuc pose ses questions au Créateur. À certains, elles pourraient paraître impies, car on peut même y voir Habacuc, exigeant une réponse du Seigneur, comme s'il lui lançait un défi. Or il ne rejette pas ces questions et y répond. Et ici nous découvrons soudain que le Seigneur ne se ferme pas à nous: il est prêt à donner des réponses à toutes nos questions difficiles, pourvu seulement que nous soyons prêts à les entendre et à les comprendre. Bien plus, non seulement il veut que nous saisissions et acceptions sa volonté, mais il ne rejette pas non plus notre désir d'entrer en dialogue avec lui. Après tout, c'est lui qui a doté l'homme de raison, et ses dons ne nous ont pas été donnés pour que nous les laissions pourrir dans un coin reculé du cellier.
Une autre chose est que la seule raison humaine ne suffit pas pour saisir la sagesse suprême; il faut la confiance envers Celui dont l'intelligence est infiniment plus élevée. Car ce que le Seigneur nous révèle est souvent difficile à assimiler pour notre conscience. La confiance en Dieu est d'autant plus nécessaire que la loi sur laquelle les pieux s'appuyaient jusqu'ici est déclarée avoir perdu sa force. La loi, bien sûr, n'en est pas devenue inconsistante, mais sa violation constante a beaucoup affaibli la possibilité de son action pleine et entière. Il faudra payer pour cela: à la place de l'ancien mal, devenu déjà habituel, les Chaldéens apporteront un nouveau mal. En eux, les transgresseurs de la loi affaiblie se heurteront à des « matérialistes élémentaires », qui n'adorent que les choses terrestres compréhensibles. Leur dieu est appelé la force: ils adorent tout ce qui sert à accroître leur puissance.
Les païens chaldéens sont comparés à des pêcheurs qui prennent les hommes dans leurs filets et les envoient en esclavage, et ici nous nous rappelons paradoxalement l'appel du Christ à devenir pêcheurs d'hommes, adressé aux pêcheurs galiléens. Mais ceux qui ont accepté d'être pris dans les filets des apôtres sont, au contraire, délivrés des filets de l'esclavage du péché.
