Bible-Centre

La réflexion principale pour le 14 février 2017

À l'époque évangélique comme auparavant, dans le milieu synagogal et proche de la synagogue, l'une des questions les plus populaires et les plus discutées était de savoir ce que l'on peut et doit faire pour avoir le droit d'entrer dans le Royaume messianique, ou, autrement dit, que faire pour « hériter la vie éternelle », comme l'a formulé un homme en quête du chemin de la justice qui s'adressa à Jésus.

Une telle manière de poser la question supposait que l'on peut d'une manière ou d'une autre mériter le Royaume, que l'homme est en principe capable, sinon de créer ce Royaume par ses propres forces, chose qui, bien sûr, ne pouvait venir à l'esprit d'aucun Juif sensé, du moins d'apporter sa digne contribution à son édification quand viendra le Messie. Or il s'avéra que tout était complètement différent. Il s'avéra que personne ne peut aider le Messie en quoi que ce soit dans l'édification de son Royaume. Non seulement parce que le péché humain y fait obstacle, mais aussi parce que le Royaume ne peut être construit selon les lois du monde non transformé, et que nous, qui vivons entièrement de la vie de ce monde, ne saurions le construire selon d'autres lois.

En revanche, nous pouvons faire autre chose : recevoir le Royaume, apporté dans le monde non par nous, et le porter plus loin. C'est précisément à cela que Jean appelle les destinataires de son épître : il parle de « demeurer en lui », en ayant évidemment en vue le Sauveur. En effet, le Sauveur porte le Royaume en lui et avec lui ; en lui se trouve toute sa plénitude, qu'il peut et veut partager avec nous. Sous ce rapport, nous n'avons rien à apporter à l'édification du Royaume, nous ne pouvons le compléter en rien ; nous pouvons seulement le recevoir comme un don que nul homme ne peut mériter.

Même notre justice, qui au fond n'est qu'un reflet de la justice de Dieu, ne complète pas le Royaume : elle non plus, en réalité, n'est pas à nous ; elle ne nous appartient pas par nature. Si nous sommes justes, ce n'est pas par nos propres forces, et c'est malgré notre propre péché. Mais pour porter le Royaume plus loin dans le monde, nous pouvons être utiles, et là notre justice ne sera pas superflue. Bien sûr, il faut d'abord avoir part au Royaume et à sa vie, afin d'avoir quelque chose à porter. Mais, d'un autre côté, une fois qu'on y a eu part, il n'est plus possible de s'arrêter : dans notre monde en cours de transformation mais pas encore transformé, le Royaume ne peut exister que dans une dynamique ; ou bien il s'élargit, se répand dans le monde, gagne toujours de nouveaux cœurs, ou bien il disparaît en devenant invisible.

Et nous, habitants du Royaume vivant à la frontière qui le sépare du monde non transformé, nous nous trouvons sur la vague de ce souffle transformant qui fait irruption dans le monde. Si nous voulons demeurer habitants du Royaume, nous ne pouvons pas ne pas respirer ce souffle, et donc ne pas le porter plus loin. C'est seulement ainsi, selon la pensée de l'apôtre, en demeurant dans le Christ et en vivant de sa vie, que nous pourrons, au jour du retour du Sauveur, nous tenir devant lui comme les siens, comme participants de l'œuvre qu'il a commencée et à laquelle il nous a permis de participer. Une œuvre grâce à laquelle nous avons reçu la possibilité de vivre d'une vie qui, autrement, nous serait restée à jamais inaccessible.

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