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La Bible en cinq ans pour le 17 décembre 2016

La Bible de Jérusalem (fr)

Juges, Chapitre 18

D. LA ROYAUTÉ D’ABIMÉLEK> 1 Les Danites à la recherche d’un territoire., 11 La migration des Danites., 27 Prise de Laïsh. Fondation de Dan et de son sanctuaire.
1 En ce temps-là, il n’y avait pas de roi en Israël. Or, en ce temps-là, la tribu de Dan cherchait un territoire pour y habiter, car, jusqu’à ce jour, il ne lui était pas échu de territoire parmi les tribus d’Israël.
2 Les Danites envoyèrent cinq hommes de leur clan, des guerriers de chez eux, depuis Çoréa et Eshtaol pour reconnaître le pays et l’explorer. Ils leur dirent : « Allez explorer le pays. » Les cinq hommes arrivèrent dans la montagne d’Éphraïm jusqu’à la maison de Mika et ils y passèrent la nuit.
3 Comme ils étaient près de la maison de Mika, ils reconnurent la voix du jeune lévite et, s’approchant de là, ils lui dirent : « Qui t’a fait venir ici ? Qu’y fais-tu ? Et qu’est-ce que tu as ici ? »
4 Il leur répondit : « Mika a fait pour moi telle et telle chose. Il m’a pris à gages et je lui sers de prêtre. » —
5 « Consulte donc Dieu, lui répliquèrent-ils, afin que nous sachions si le voyage que nous entreprenons réussira. » —
6 « Allez en paix, leur répondit le prêtre, le voyage que vous entreprenez est sous le regard de Yahvé. »
7 Les cinq hommes partirent donc et ils arrivèrent à Laïsh. Ils virent que les gens qui l’habitaient vivaient en sécurité, à la manière des Sidoniens, tranquilles et confiants. Il n’y avait personne parlant avec autorité dans le pays, personne y détenant un pouvoir. Ils étaient éloignés des Sidoniens et ils n’avaient d’accord avec qui que ce soit.
8 Ils s’en revinrent alors vers leurs frères, à Çoréa et à Eshtaol, et ceux-ci leur demandèrent : « Que nous rapportez-vous ? »
9 Ils dirent : « Debout ! montons contre eux, car nous avons vu le pays, il est excellent. Mais vous demeurez sans rien dire ! N’hésitez pas à partir pour aller prendre possession du pays.
10 En arrivant, vous trouverez un peuple confiant. Le pays est étendu, et Dieu l’a mis entre vos mains ; c’est un lieu où rien ne manque de ce qu’on peut avoir sur la terre. »
11 Ils partirent donc de là, du clan des Danites, de Çoréa et d’Eshtaol, six cents hommes équipés pour la guerre.
12 Ils montèrent camper à Qiryat-Yéarim en Juda. C’est pourquoi, encore aujourd’hui, on nomme cet endroit le Camp de Dan. Il se trouve à l’ouest de QiryatYéarim.
13 De là, ils s’engagèrent dans la montagne d’Éphraïm et ils parvinrent à la maison de Mika.
14 Or les cinq hommes qui étaient allés reconnaître le pays prirent la parole et dirent à leurs frères : « Savez-vous qu’il y a ici dans ces maisons un éphod, des téraphim, une image taillée et une idole de métal fondu ? Et maintenant, voyez ce que vous avez à faire. »
15 Faisant un détour par là, ils allèrent à la maison du jeune lévite, à la maison de Mika, et ils le saluèrent.
16 Pendant que les six cents hommes des Danites, équipés pour la guerre, se tenaient sur le seuil de la porte,
17 les cinq hommes qui étaient allés reconnaître le pays vinrent, et, étant entrés, ils prirent l’image taillée, l’éphod, les téraphim et l’idole de métal fondu, tandis que le prêtre se tenait sur le seuil de la porte avec les six cents hommes équipés pour la guerre.
18 Ceux-là donc, étant entrés dans la maison de Mika, prirent l’image taillée, l’éphod, les téraphim et l’idole de métal fondu. Mais le prêtre leur dit : « Que faites-vous là ? » —
19 « Tais-toi ! lui répondirent-ils. Mets ta main sur ta bouche et viens avec nous. Tu seras pour nous un père et un prêtre. Vaut-il mieux pour toi être le prêtre de la maison d’un seul homme que d’être le prêtre d’une tribu et d’un clan d’Israël ? »
20 Le prêtre en fut réjoui, il prit l’éphod, les téraphim ainsi que l’image taillée et s’en alla au milieu de la troupe.
21 Reprenant alors leur direction, ils partirent, ayant placé en tête les non-combattants, les troupeaux et les bagages.
22 Ils étaient déjà loin de la demeure de Mika quand les gens qui habitaient les maisons voisines de celle de Mika donnèrent l’alarme et se mirent à la poursuite des Danites.
23 Comme ils criaient après les Danites, ceux-ci, se retournant, dirent à Mika : « Qu’as-tu à crier ainsi ? » —
24 « Vous m’avez pris mon dieu que je m’étais fabriqué, leur répondit-il, ainsi que le prêtre. Vous partez, et que me reste-t-il ? Comment pouvez-vous me dire : Qu’as-tu ? »
25 Les Danites lui répliquèrent : « Ne nous fais plus entendre ta voix ! Sinon des hommes exaspérés pourraient bien tomber sur vous. Tu risques de causer ta perte et celle de ta maison ! »
26 Les Danites poursuivirent leur chemin, et Mika, voyant qu’ils étaient les plus forts, s’en retourna et revint chez lui.
27 Ainsi, après avoir pris le dieu qu’avait fabriqué Mika, et le prêtre qu’il avait à lui, les Danites marchèrent contre Laïsh, contre un peuple tranquille et confiant. Ils le passèrent au fil de l’épée et ils livrèrent la ville aux flammes.
28 Il n’y eut personne pour la secourir, car elle était loin de Sidon et elle n’avait pas d’accord avec qui que ce soit. Elle se situait dans la vallée qui s’étend vers Bet-Rehob. Ils rebâtirent la ville, s’y établirent,
29 et ils l’appelèrent Dan, du nom de Dan leur père qui était né d’Israël. À l’origine pourtant la ville s’appelait Laïsh.
30 Les Danites dressèrent pour eux l’image taillée. Yehonatân, fils de Gershom, fils de Moïse, et ensuite ses fils, ont été prêtres de la tribu de Dan jusqu’au jour où la population du pays fut emmenée en exil.
31 Ils installèrent pour leur usage l’image taillée que Mika avait faite, et elle demeura là aussi longtemps que subsista la maison de Dieu à Silo.
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Notes:
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Commentaire sur le livre
Notes sur la partie

1 z) Les Danites, qui résidèrent un temps dans la région de Çoréa et d’Eshtaol, cf. 13.2, ne purent s’y maintenir, cf. Jos 19.40, et furent chassés par les Amorites, d’après 1.34-35. Leur migration vers le nord est précédée par une exploration qui rappelle celle de Caleb à partir de Cadès, Nb 13. La date est incertaine. L’absence de mention des Philistins, ici et à 1.34-35, indiquerait le tout début de la période des Juges ; de plus, la place que Dan tient à côté d’Asher dans le cantique de Débora, 5.17, semble indiquer qu’il est déjà installé dans le nord. Mais cet argument n’est pas sûr, et la facilité de la migration s’expliquerait mieux après la victoire de Débora et Baraq. — Nous avons ici un nouvel exemple d’action individuelle d’une tribu, cf. 1, et une preuve que les mouvements de tribus ont continué après la mort de Josué, comparer la demi-tribu de Manassé, Nb 32.1.


7 a) Le v., difficile à traduire, constate l’incapacité des habitants de Laïsh à réagir à une attaque, faute d’une autorité centrale et faute d’une alliance avec leurs voisins, cf. v. 28.


14 b) Hébr. ajoute « Laïsh », glose absente du grec.


16 c) « des Danites », accidentellement déplacé à la fin du v. dans l’hébr. — Le passage qui suit, avec ses répétitions, semble indiquer deux sources l’une raconte la visite des cinq émissaires au jeune lévite, tandis que les six cents Danites enlèvent l’image taillée, v. 18a ; selon l’autre, ce sont les émissaires qui s’emparent de l’image et le prêtre, resté sur le seuil avec le gros de la troupe, les interpelle, vv. 16-17, 18.


21 d) Ce terme englobe aussi bien les enfants que les femmes et les vieillards, tous ceux qui ne peuvent pas combattre. En les plaçant en tête, les Danites ont le souci de les protéger d’une réaction éventuelle après la découverte du vol.


30 e) Ce v. est une addition à un doublet de 31a, il ajoute une note sur le sacerdoce de ce premier sanctuaire danite. La descendance lévitique de son premier desservant est très vraisemblable ; elle a choqué les copistes qui ont ajouté un n au-dessus de la ligne pour transformer le nom de Moïse (mosheh) en celui de Manassé (manasheh). — L’exil mentionné ici est la déportation qui a suivi la campagne de Téglat-Phalasar, en 734.


31 f) La fin du v., en désaccord avec le v. 30, est une autre addition qui prend comme référence la fermeture du sanctuaire de Silo, après la prise de l’arche à l’époque de Samuel, 1 S 4.


L’histoire des Juges est racontée dans la partie centrale, 2.6 – 16 31. Les modernes distinguent six « grands » juges, Otniel, Éhud, Baraq (et Débora), Gédéon, Jephté, Samson, dont les actions sont racontées d’une manière plus ou moins détaillée, et six « petits » juges, Shamgar, 3.31, Tola et Yaïr, 10.1-5, Ibçân, Élôn et Abdôn, 12.8-15, qui font seulement l’objet de brèves mentions. Mais cette distinction n’est pas faite dans le texte, il y a une différence beaucoup plus profonde entre les deux groupes et le titre commun de « juges » qui leur est donné est le résultat de la composition du livre, qui a joint des éléments d’abord étrangers entre eux. Les « grands juges » sont des héros libérateurs ; leur origine, leur caractère, leurs actions varient beaucoup, mais ils ont un trait commun : ils ont reçu une grâce spéciale, un charisme, ils ont été spécialement choisis par Dieu pour une mission de salut. Leurs histoires ont d’abord été racontées oralement, sous différentes formes, et elles se sont accrues d’éléments divers. Elles ont finalement été réunies dans un « livre des libérateurs », composé dans le royaume du Nord dans la première partie de l’époque monarchique. Il comprenait l’histoire d’Éhud, celle de Baraq et de Débora, peut-être déjà contaminée par le récit de Jos 11, concernant Yabîn de Haçor, l’histoire de Gédéon/Yerubbaal, à quoi l’on attacha l’épisode de la royauté d’Abimélek, l’histoire de Jephté augmentée de celle de sa fille. On recueillit deux vieilles pièces poétiques, le Cantique de Débora, 5, qui double le récit en prose, 4, et l’apologue de Yotam, 9.7-15, dirigé contre la royauté d’Abimélek. Dans ce livre, les héros de certaines tribus devenaient des figures nationales qui avaient mené les guerres de Yahvé pour tout Israël. Les « petits juges », Tola, Yaïr, Ibçan, Élôn, Abdôn, viennent d’une tradition différente. On ne leur attribue aucun acte sauveur, on donne seulement des informations sur leur origine, leur famille et le lieu de leur sépulture, et l’on dit qu’ils ont « jugé » Israël pendant un nombre précis et variable d’années. D’après les emplois du verbe shâphât, « juger », dans les langues sémitiques de l’Ouest apparentées à l’hébreu, à Mari au XVIIIe siècle av. J.-C., et à Ugarit au XIIIe siècle, jusque dans les textes phéniciens et puniques de l’époque gréco-romaine (les « suffètes » de Carthage), ces « juges » ne rendaient pas seulement la justice, ils gouvernaient. Leur autorité ne s’étendait pas au-delà de leur ville ou de leur district. Ce fut une institution politique intermédiaire entre le régime tribal et le régime monarchique. Les premiers rédacteurs deutéronomistes possédaient des renseignements authentiques sur ces juges, mais ils ont étendu leur pouvoir à tout Israël et les ont mis en succession chronologique. Ils ont transféré leur titre aux héros du « livre des libérateurs », qui sont ainsi devenus des « juges d’Israël ». Jephté servit de trait d’union entre les deux groupes : il avait été un libérateur mais il avait aussi été un juge : on connaissait et on donne à son propos les mêmes informations, 11.1-2 ; 12.7, que pour les « petits juges » au milieu desquels son histoire est insérée. On assimila aussi une figure qui n’avait primitivement rien à faire avec aucun des deux groupes : le singulier héros danite Samson, qui n’avait été ni un libérateur ni un juge mais dont on racontait en Juda les prouesses contre les Philistins, 13-16. On ajouta à la liste Otniel, 3.7-11, qui appartient à l’époque de la conquête, cf. Jos 15.16-19 ; 1.12-15, et, plus tard, Shamgar, 3.31, qui n’est même pas un Israélite, cf. Jg 5.6 ; on obtenait ainsi le chiffre de douze, symbolique de tout Israël. C’est également la rédaction deutéronomiste qui a donné au livre son cadre chronologique : retenant les informations authentiques sur les « petits juges », elle a ponctué les récits par des indications conventionnelles, où reviennent les chiffres de 40, durée d’une génération, ou de son multiple 80, ou de sa moitié 20, dans un effort pour obtenir un total qui, combiné avec d’autres données de la Bible, corresponde aux 480 ans que l’histoire deutéronomiste met entre la sortie d’Égypte et la construction du Temple, 1 R 6.1. Dans ce cadre, les histoires des Juges remplissent sans laisser de lacunes la période qui s’est écoulée entre la mort de Josué et le début du ministère de Samuel. Mais les rédacteurs deutéronomistes ont surtout donné au livre son sens religieux. Celui-ci s’exprime dans l’introduction générale de 2.6 – 3.6 et dans l’introduction particulière à l’histoire de Jephté, 10.6-16, ainsi que dans les formules rédactionnelles qui remplissent presque toute l’histoire d’Otniel, qui est une composition deutéronomiste, et qui encadrent les grandes histoires suivantes : les Israélites ont été infidèles à Yahvé et il les a livrés à des oppresseurs, les Israélites ont invoqué Yahvé et celui-ci leur a envoyé un sauveur, le juge. Mais les infidélités reprennent, et la série recommence. Ce livre deutéronomiste des Juges eut au moins deux éditions. Les indices les plus clairs sont : les deux éléments qui s’additionnent dans l’introduction, 2.11-19 et 2.6-10 + 2.20-3 6, et les deux conclusions à l’histoire de Samson, 15.20 et 16.30, qui signifient que le chap. 16 est une addition.

Ce livre ne contenait pas encore les appendices, 17-21. Ceux-ci ne racontent pas l’histoire d’un juge, mais ils rapportent des événements qui se sont passés avant l’institution de la monarchie, et c’est pourquoi ils ont été ajoutés à la fin du livre après le retour de l’Exil. Ils reproduisent d’anciennes traditions et ils ont eu une longue histoire littéraire ou prélittéraire avant d’être insérés ici. Les chap. 17-18 ont pour origine une tradition danite sur la migration de la tribu et la fondation du sanctuaire de Dan, qui a été transformée dans un sens péjoratif. Les chap. 19-21 Combinent deux traditions des sanctuaires de Miçpa et de Béthel, qui furent étendues à tout Israël ; peut-être d’origine benjaminite, ces traditions furent révisées en Juda dans un sens hostile à la royauté de Saül à Gibéa.

Le livre est à peu près notre seule source pour la connaissance de l’époque des Juges. Il ne permet pas d’en écrire une histoire suivie. La chronologie qu’il donne est artificielle, nous l’avons dit. Elle additionne des périodes qui ont pu se chevaucher dans le temps, les oppressions comme les libérations n’affectant jamais qu’une partie du territoire, et l’époque des Juges ne s’est pas étendue sur plus d’un siècle et demi.

Les principaux événements dont le souvenir nous est conservé ne peuvent être datés qu’approximativement à l’intérieur de cette période. La victoire de Tanak sous Débora et Baraq, 4-5, peut avoir été remportée vers le milieu du XIIe siècle, elle est antérieure à l’invasion madianite (Gédéon) et à l’expansion des Philistins hors de leur territoire propre (Samson). Il ressort surtout que, pendant cette période troublée, les Israélites n’eurent pas seulement à lutter contre les Cananéens premiers possesseurs du pays, ainsi ceux de la plaine de Yizréel battus par Débora et Baraq, mais contre les peuples voisins, Moabites (Éhud), Ammonites (Jephté), Madianites (Gédéon), et contre les Philistins nouvellement arrivés (Samson). Dans ces dangers, chaque groupe défend son territoire. Il arrive qu’on s’unisse aux groupes voisins, 7.23, ou inversement qu’une tribu puissante proteste parce qu’elle n’a pas été invitée à partager le butin, 8.1-3 ; 12.1-6. Le Cantique de Débora, 5, stigmatise les tribus qui n’ont pas répondu à l’appel et, chose remarquable, Juda et Siméon ne sont même pas nommés.

Ces deux tribus vivaient au Sud, séparées par la barrière formée par les villes non israélites de Gézer et de Jérusalem, et leur isolement prépare leur rupture avec les tribus du Nord, rupture qui surviendra après la mort de Salomon. En revanche, la victoire de Tanak, en donnant aux Israélites la plaine de Yizréel, permet l’union de la Maison de Joseph et des tribus du Nord. Cependant l’unité entre les différentes fractions était assurée par la participation à la même foi religieuse : tous les Juges furent des Yahvistes convaincus et le sanctuaire de l’arche à Silo devint un centre où tous les groupes se retrouvaient. De plus, ces luttes ont forgé l’âme nationale et préparé le moment où, devant un danger général, tous s’uniront contre l’ennemi commun, sous Samuel.

Le livre enseignait aux Israélites que l’oppression est un châtiment de l’impiété et que la victoire est une conséquence du retour à Dieu. L’Ecclésiastique loue les Juges pour leur fidélité, Sir 46.11-12, l’épître aux Hébreux présente leurs succès comme la récompense de leur foi ; ils font partie de cette « nuée de témoins » qui encouragent le chrétien à rejeter le péché et à courir avec endurance l’épreuve qui lui est proposée, He 11.32-34 ; 12.1.

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