Nous avons l'habitude de percevoir les désordres dans les relations humaines comme une donnée, et si nous en souffrons...
Nous avons l'habitude de percevoir les désordres dans les relations humaines comme une donnée, et si nous en souffrons, c'est souvent simplement parce qu'ils nous font perdre notre équilibre. Or, chez l'apôtre, nos disputes et nos sentiments sombres envers le prochain qui a un peu mieux réussi que nous sont du même ordre que les festins, l'ivresse et la débauche. Précisément parce que l'ivresse comme les querelles sont le résultat de notre volonté propre, le résultat du fait que nos soucis pour nous-mêmes, dans le corporel comme dans le psychique, soumettent à eux notre aspiration au bien.
Paul ne répète pas par hasard, un peu plus haut, les paroles du Christ sur le commandement principal qui embrasse tous les autres: aimer son prochain comme soi-même. Les querelles et l'envie, c'est-à-dire les péchés contre le prochain, ont pour source notre manque d'amour envers le prochain, ce qui est assez évident, mais aussi envers nous-mêmes, ce qui n'est pas moins important. Cette seconde partie du commandement n'est pas toujours pleinement comprise. Or l'amour est accueil, et son fondement est l'accueil de soi-même, une représentation juste de ses possibilités et de leurs limites. Pour s'accueillir soi-même, il est très important de comprendre que nous ne sommes pas des surhommes et que nous ne le serons jamais, que nos possibilités ne sont pas sans limites, que souvent nous prenons parfois trop sur nous et que, de fatigue, nous commençons à blesser nos proches. Beaucoup de querelles peuvent être évitées en reconnaissant simplement sa fatigue et en comprenant qu'il vaut mieux remettre une conversation constructive à plus tard. Notre chair éprouve souvent de nombreux besoins qui demandent satisfaction. Mais pour que la nourriture ne se transforme pas en gourmandise, il est important de bien se comprendre soi-même et ses besoins, de comprendre qu'en réalité une nourriture simple nous suffit. C'est ce dont parle Paul: «ne transformez pas les soins de la chair en convoitises».
Et si nous nous aimons tels que nous sommes, si nous accueillons et reconnaissons nos péchés sans transformer le repentir en autoflagellation, il deviendra beaucoup plus facile d'aimer le prochain. Car eux aussi sont exactement comme nous, tout aussi imparfaits. Et Dieu ne nous donne qu'un seul moyen de faire face à notre limitation humaine: l'amour.