Bible-Centre

Lecture en trois ans pour le 21 juin 2016

La Bible de Jérusalem (fr)

Osée, Chapitre 12,  vers 2-15

II. Crimes et châtiment d’Israël> 1 Perversion religieuse et politique d’Israël., 3 Contre Jacob et Éphraïm., 10 Perspectives de réconciliation., 12 Nouvelles menaces.
Éphraïm se repaît de vent,
tout le jour il poursuit le vent d’est ;
il multiplie mensonge et fausseté :
on conclut alliance avec Assur,
on porte de l’huile à l’Égypte.
Yahvé est en procès avec Juda,
il va sévir contre Jacob selon sa conduite,
et lui rendre selon ses actions.
Dès le sein maternel il supplanta son frère,
dans sa vigueur il fut fort contre Dieu.
Il fut fort contre l’Ange et l’emporta,
il pleura et l’implora.
À Béthel il le rencontra.
C’est là qu’il parla avec nous.
Oui, Yahvé, le Dieu Sabaot, Yahvé est son titre.
Pour toi, grâce à ton Dieu, tu reviendras.
Garde l’amour et le droit
et espère en ton Dieu toujours.
Canaan a en main des balances trompeuses,
il aime à exploiter.
Éphraïm a dit : « Oui, je me suis enrichi,
je me suis acquis une fortune »;
de tous mes gains, on ne me retrouvera pas une faute qui soit un péché.
10 Je suis Yahvé ton Dieu, depuis le pays d’Égypte.
Je te ferai encore habiter sous les tentes
comme aux jours du Rendez-vous.
11 Je parlerai aux prophètes,
moi, je multiplierai les visions
et par le ministère des prophètes
je parlerai en paraboles.
12 Si Galaad n’est qu’iniquité,
eux ne sont que fausseté ;
à Gilgal ils sacrifient des taureaux,
c’est pourquoi leurs autels seront comme des monceaux de pierres
sur les sillons des champs.
13 Jacob s’enfuit aux campagnes d’Aram,
Israël servit pour une femme,
pour une femme, il garda les troupeaux.
14 Mais par un prophète, Yahvé fit monter Israël d’Égypte,
et par un prophète il fut gardé.
15 Éphraïm l’a offensé amèrement :
Yahvé rejettera sur lui le sang versé,
son Seigneur lui revaudra ses outrages.
Lire la suite:Osée, Chapitre 13
Notes:
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Commentaire sur le livre
Notes sur la partie

2 j) Vent brûlant, ici symbole de l’invasion assyrienne, cf. 13.15 ; Jr 18.17 ; Ez 17.10.


3 k) À la place de « Juda » il y avait sans doute primitivement « Israël ». Ce changement s’explique par le désir d’actualiser la prophétie d’Osée dans le royaume du Sud, cf. 1.7.


4 l) Présomption et orgueil. Pécheur dès le sein de sa mère, Jacob continue à pécher à l’âge d’homme. Les épisodes de la vie de Jacob sont, ici et vv. 13-14, repris par Osée en mauvaise part.


5 m) Gn 32.24-28 ne dit rien de ces pleurs et supplications de Jacob, où Osée ne voit probablement qu’une ruse.


5 n) Certains corrigent le texte d’après Gn 35.15 et lisent « parla avec lui », mais cette correction est inutile Osée applique à tout le peuple d’Israël ce qui est dit de Jacob, cf. v. 7.


7 o) Toujours la même perspective ces paroles de Yahvé à Jacob s’adressent en même temps au peuple issu de lui.


8 p) Israël est assimilé à Canaan maudit par Yahvé (Gn 9.25), et dont le nom est synonyme de trafiquant, Ez 17.4 ; Isa 23.8 ; Za 14.21, etc.


10 q) Allusion probable à la « tente du Rendez-vous » (Ex 33.7, etc.) et au séjour au Sinaï où Dieu avait fixé un rendez-vous à son peuple, Ex 3.12, etc.


11 r) Prophètes et visions sont un signe de la faveur de Yahvé, Dt 18.9-22 ; Ps 74.9 ; Lm 2.9 ; Nb 12.2-8 ; Ex 33.11.


Originaire du royaume du Nord, Osée est le contemporain d’Amos, puisqu’il a commencé de prêcher sous Jéroboam II ; son ministère s’est prolongé sous les successeurs de ce roi ; mais il ne paraît pas qu’il ait vu la ruine de Samarie en 721. C’est en Israël une sombre période : conquêtes assyriennes de 734-732, révoltes intérieures – quatre rois sont assassinés en quinze ans –, corruption religieuse et morale.

De la vie d’Osée pendant cette période troublée, nous ne connaissons que son drame personnel, 1-3, mais celui-ci fut décisif pour son action prophétique. Le sens de ces premiers chapitres est discuté. Voici l’interprétation la plus vraisemblable : Osée avait épousé une femme qu’il aimait et qui l’a quitté, mais il a continué de l’aimer et l’a reprise après l’avoir éprouvée. L’expérience douloureuse du prophète devient un symbole de la conduite de Yahvé envers son peuple et la conscience de ce symbolisme a pu modifier la présentation des faits. Le chap. 2 fait l’application et donne en même temps la clé de tout le livre : Israël a été épousée par Yahvé, elle s’est conduite comme une femme infidèle, comme une prostituée, et a provoqué la fureur et la jalousie de son époux divin. Celui-ci l’aime toujours, il la châtiera mais pour la ramener à lui et lui rendre les joies de leur premier amour.

Avec une audace qui étonne et une passion qui bouleverse, l’âme tendre et violente d’Osée a exprimé pour la première fois les rapports de Yahvé et d’Israël dans les termes d’un mariage. Tout son message a pour thème fondamental l’amour de Dieu méconnu par son peuple. Sauf une courte idylle au désert, Israël n’a répondu aux avances de Yahvé que par la trahison. Osée s’en prend surtout aux classes dirigeantes de la société. Les rois, choisis contre la volonté de Yahvé, ont, par leur politique séculière, dégradé le peuple élu au rang des autres peuples. Les prêtres, ignorants et rapaces, conduisent le peuple à sa perte. Comme Amos, Osée condamne les injustices et les violences, mais il s’appesantit plus que lui sur l’infidélité religieuse : Yahvé est à Béthel l’objet d’un culte idolâtrique, on l’associe à Baal et à Astarté dans le culte licencieux des hauts lieux. Osée proteste contre le titre de baal, au sens de « Seigneur », que l’on donnait à Yahvé, 2.18, et il revendique pour le Dieu d’Israël l’action bienfaisante que l’on était tenté d’attribuer à Baal, dieu de la fertilité, 2.7, 10 ; Yahvé est un Dieu jaloux, qui veut avoir sans partage le cœur de ses fidèles : « Ce que je veux, c’est l’amour, non les sacrifices, la connaissance de Dieu, non les holocaustes », 6.6. Le châtiment est donc inévitable : cependant, Dieu ne châtie que pour sauver. Israël dépouillé et humilié se souviendra du temps où il était fidèle, et Yahvé accueillera son peuple repentant, qui jouira du bonheur et de la paix.

Après avoir voulu retrancher du livre toute annonce de bonheur et tout ce qui concernait Juda, la critique revient à des jugements plus modérés. Ne faire d’Osée qu’un prophète de malheur serait fausser tout son message et il est naturel que son regard se soit étendu sur le royaume voisin de Juda. Il faut cependant admettre que la collection des oracles d’Osée, rassemblée en Israël, a été recueillie en Juda et y a été l’objet d’une ou de deux révisions. Les marques de ce travail d’édition se trouvent dans le titre, 1.1, et dans certains passages, par exemple 1.7 ; 5.5 ; 6.11 ; 12.3. Le verset final, 14.10, est la réflexion d’un sage de l’époque exilique ou postexilique sur l’enseignement principal du livre et sur sa profondeur. La difficulté de son interprétation est accrue pour nous par l’état déplorable du texte hébreu, qui est l’un des plus corrompus de tout l’Ancien Testament.

Le livre d’Osée a eu des résonances profondes dans l’Ancien Testament et on retrouve son écho dans les exhortations des prophètes suivants à une religion du cœur, inspirée par l’amour de Dieu. Jérémie a été profondément influencé par lui. Il n’est pas étonnant que le Nouveau Testament cite Osée ou s’en inspire assez souvent. L’image matrimoniale des relations entre Yahvé et son peuple a été reprise par Jérémie, Ézéchiel et la seconde partie d’Isaïe. Le Nouveau Testament et la communauté issue de lui l’ont appliquée aux rapports entre Jésus et son Église. Les mystiques chrétiens l’ont étendue à toutes les âmes fidèles.

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