Michée relie la disposition de Dieu à pardonner les péchés de Son peuple (ou plutôt de son reste) à la miséricorde propre à Dieu. Ce lien, bien sûr, n'est pas fortuit, et il s'explique le plus simplement à partir de la compréhension de la miséricorde qui existait déjà chez Osée...
Michée relie la disposition de Dieu à pardonner les péchés de Son peuple (ou plutôt de son reste) à la miséricorde propre à Dieu. Ce lien, bien sûr, n'est pas fortuit, et il s'explique le plus simplement à partir de la compréhension de la miséricorde qui existait déjà chez Osée, et qui devint par la suite une partie de la tradition prophétique dans son ensemble. Du point de vue d'Osée, la miséricorde de Dieu était, en réalité, l'unique espérance pour un peuple qui, ayant violé la Torah à maintes reprises, avait depuis longtemps perdu les droits à ce à quoi il avait jadis droit selon l'alliance conclue au Sinaï.
Il ne restait qu'à espérer que Dieu n'abandonnerait malgré tout pas Son peuple et ferait pour lui ce qu'Il n'était tenu de faire par aucune loi ni aucun accord. Cependant, une telle possibilité ne pouvait s'ouvrir au peuple qu'après le repentir des péchés commis et une nouvelle conversion, qui rétablirait les relations d'autrefois. Mais il y avait ici une difficulté essentielle : le fait est que beaucoup des péchés commis par le peuple l'avaient été en toute conscience et librement.
Certes, il était possible de se repentir aussi d'un tel péché, mais se purifier de ses conséquences avant la venue du Christ dans le monde était impossible : aucun rite de purification ni aucun sacrifice n'y aidait. À proprement parler, toute l'histoire préexilique du peuple juif, qui s'est achevée par l'exil à Babylone, est une preuve visible de cette vérité. Certes, avec la venue du Christ, tout a changé, mais Michée prêchait, naturellement, encore dans un monde préchrétien.
Et pourtant Dieu manifesta Sa miséricorde à Son peuple. Le délivrer entièrement des conséquences des péchés commis durant la période préexilique était impossible ; l'exil était inévitable, et pour l'éviter, il aurait fallu recréer le monde à neuf. Mais faire croître un peuple nouveau, en substance, à partir de ce reste de fidèles qui gardèrent leur fidélité même lorsque celle-ci ne semblait plus avoir aucun sens, parce que tout était fini, cela était possible.
Dieu agit précisément ainsi, manifestant par là la miséricorde la plus authentique : car, en substance, Il donne à Son peuple une autre vie historique à la place de celle qui s'est terminée après la défaite de Jérusalem par l'armée babylonienne. Selon toutes les lois de l'histoire, le peuple juif, après l'écrasement babylonien, aurait dû disparaître comme disparurent dans le creuset babylonien beaucoup d'autres peuples qui habitaient la Palestine. Et le fait qu'il existe encore aujourd'hui ne peut s'expliquer que par la miséricorde de Dieu.
18 v) Cette prière est un psaume comme on en trouve dans les recueils prophétiques (Isa 12 ; 25.1-5 ; 26.1-6, 7-15, 16-19 ; 63.7—64.11, etc.).
Le prophète Michée (qu’il ne faut pas confondre avec Michée Ben Yimla qui vécut sous le règne d’Achab, 1 R 22) était un Judéen, originaire de Moréshèt, à l’ouest d’Hébron. Il a exercé son action sous les rois Achaz et Ézéchias, c’est-à-dire avant et après la prise de Samarie en 721 et peut-être jusqu’à l’invasion de Sennachérib en 701. Il fut donc en partie le contemporain d’Osée et, plus longuement, d’Isaïe. Par son origine campagnarde, il s’apparente à Amos, dont il partage l’aversion pour les grandes cités, le langage concret et parfois brutal, le goût des images rapides et des jeux de mots.
Le livre se divise en quatre parties qui font alterner la menace et la promesse : 1.2 – 3.12, procès d’Israël ; 4.1 – 5.14, promesses à Sion ; 6.1 – 7.7, nouveau procès d’Israël ; 7.8-20, espérances. Les promesses à Sion contrastent trop violemment avec les menaces qui les encadrent et cette composition balancée est un arrangement des éditeurs du livre. Il est difficile de déterminer l’étendue des remaniements qu’il a subis dans le milieu spirituel où se gardait le souvenir du prophète. On s’accorde à reconnaître que 7.8-20 se situe nettement à l’époque du retour de l’Exil. C’est dans ce temps aussi que se placeraient le mieux l’oracle de 2.12-13, perdu parmi des menaces, et les annonces de 4.6-7 ; 5.6-7. D’autre part, 4.1-5 se retrouve à peu près textuellement dans Isa 2.2-5, et ne semble être primitif dans aucun des deux contextes. Mais il ne faut pas s’autoriser de ces additions pour retrancher du message authentique de Michée toutes les promesses d’avenir. La collection d’oracles des chap. 4-5 a été constituée pendant ou après l’Exil, mais elle contient des pièces authentiques et, en particulier, il n’y a pas de raison décisive pour refuser à Michée l’annonce messianique de 5.1-5, qui concorde avec ce qu’Isaïe faisait espérer à la même époque, Isa 9.1s ; 11.1s.
Nous ne savons rien de la vie de Michée ni comment il fut appelé par Dieu. Mais il avait une conscience aiguë de sa vocation prophétique et c’est pour cela que, se distinguant des faux inspirés, il annonce avec assurance le malheur 2.6-11 ; 3.5-8. Il porte la parole de Dieu et celle-ci est d’abord une condamnation. Yahvé fait le procès de son peuple, 1.2 ; 6.1s, et le trouve coupable : fautes religieuses sans doute, mais surtout fautes morales, et Michée fustige les riches accapareurs, les créanciers impitoyables, les commerçants fraudeurs, les familles divisées, les prêtres et les prophètes cupides, les chefs tyranniques, les juges vénaux. C’est le contraire de ce que Yahvé réclamait : « accomplir la justice, aimer la bonté, et s’appliquer à marcher avec Dieu », 6.8, formule admirable, qui résume les revendications spirituelles des prophètes et rappelle surtout Osée. Le châtiment est décidé : dans un bouleversement du monde, 1.3-4, Yahvé viendra juger et punir son peuple, la ruine de Samarie est annoncée, 1.6-7, celle des villes du Bas-Pays où vit Michée, 1.8-15, celle même de Jérusalem, qui deviendra un monceau de décombres, 3.12.
Cependant le prophète garde une espérance, 7.7. Il reprend la doctrine du Reste, ébauchée par Amos, et il annonce la naissance en Éphrata du Roi pacifique qui fera paître le troupeau de Yahvé, 5.1-5.
L’influence de Michée fut durable : les contemporains de Jérémie connaissaient et citaient de lui un oracle contre Jérusalem, Jr 26.18. Le Nouveau Testament a surtout retenu le texte sur l’origine du Messie en Éphrata-Bethléem, Mt 2.6 ; Jn 7.42.