Ecclésiastique (or Siracide), Chapitre 47, vers 2-9
II. La gloire de Dieu> 1 Natân., 2 David.Marc, Chapitre 6, vers 14-29
II. Le ministère de Jésus en Galilée> 14 Hérode et Jésus., 17 Exécution de Jean-Baptiste.14 s) Var. « il disait ».
20 t) Var. (Vulg.) « il faisait beaucoup de choses ». — Autre traduction (moins probable) de toute la phrase « ... le protégeait ; il l’écoutait, lui posait toutes sortes de questions et aimait à l’entendre ».
L’évangile de Marc se divise en deux parties complémentaires. Dans la première (1.2-9 10), nous apprenons qui est Jésus de Nazareth : le Christ, le Roi du nouveau peuple de Dieu, d’où la profession de foi de Pierre en 8.29. Mais comment Jésus peut-il être ce Roi, puisqu’il fut mis à mort à l’instigation des chefs du peuple juif ? C’est qu’il était « fils de Dieu », ce qui impliquait une protection de Dieu sur lui pour l’arracher à la mort. La seconde partie (9.14-16.8) nous oriente peu à peu vers la mort de Jésus, mais culmine dans la profession de foi du centurion : « Cet homme était vraiment fils de Dieu » (15.39), confirmée par la découverte du tombeau vide, et par l’annonce de la résurrection de Jésus. Ce plan est indiqué dès la première phrase écrite par Marc : « Commencement de l’évangile de Jésus, Christ, fils de Dieu. »
Le texte de l’évangile de Marc sera présenté non selon cette structure théologique en deux grandes étapes (Jésus-Messie et Jésus-Fils de Dieu), mais selon un plan plus géographique, qui en facilitera la lecture.
À part quelques pièces plus ou moins aberrantes, la première partie de l’évangile est fort bien construite. Comme en une sorte de prologue (1.2-20), le lecteur assiste d’abord à l’investiture royale de Jésus, après que le Baptiste eut annoncé sa venue (1.2-11). La voix céleste s’adresse à lui en fusionnant Ps 2.7 et Isa 42.1 : Jésus est institué Roi (Ps 2.6) et reçoit la mission du Serviteur de Dieu, à savoir enseigner le droit aux nations (Isa 42.1-4). Toute la première partie de l’évangile sera conditionné par ces deux thèmes (cf. infra). Pour compléter la scène, Jésus reçoit l’Esprit, et comme Roi (1 S 16.13) et comme Serviteur de Dieu (Isa 42.1) : il est « oint » de l’Esprit (Isa 61.1 ; Ac 10.38), il est le « Christ » par excellence (Ps 2.2). Mais Satan exerçait déjà son pouvoir maléfique sur le monde (cf. 1 Jn 5.19). En conséquence, Jésus devra entrer en lutte avec lui pour établir sa propre royauté ; il le fait dès le lendemain du baptême, mené au combat par l’Esprit (1.12-13). En tant que Serviteur de Dieu, Jésus va enseigner les foules ; pour établir sa royauté, il va exorciser les esprits impurs, suppôts de Satan. Ce double thème va courir tout au long de l’évangile (1.27 ; 1.39 ; 2.2 ; 3.11 ; 3.14-15 ; 6.2 ; 6.12-13 ; 6.34). Pour clore ce prologue, Marc décrit, d’une façon très générale, le ministère de Jésus : il proclame l’Évangile, la Bonne Nouvelle (cf. Isa 61.1), il annonce que le Royaume de Dieu est proche (1.14-15) ; prédication et royauté, c’est bien la perspective des scènes précédentes. Finalement, Jésus appelle à sa suite ses quatre premiers disciples (1.16-20). Qu’il soit le Christ, Jésus est le seul à le savoir (avec les esprits impurs), comme le laisse entendre la scène du baptême. Il devra donc en persuader les autres. Ce sera difficile et en partie voué à l’échec comme va le montrer la suite de l’évangile. – 1.21-39 décrit une « journée type » de Jésus, à Capharnaüm. Comme Serviteur de Dieu, il enseigne dans la synagogue. Comme Roi, il expulse ses adversaires, les esprits impurs. Ce second aspect de sa mission est développé dans le récit de la guérison de la belle-mère de Pierre (toute maladie était due à l’influence des esprits mauvais, cf. Lc 4.39), et dans le sommaire de 1.32-34. Enseignement et exorcismes provoquent l’étonnement des foules et posent le problème de la véritable identité de Jésus (1.27 ; Jn 15.22, 24). Les foules sont conquises (1.28, 37). Mais Jésus s’en va pour enseigner et exorciser les démons dans toute la Galilée (1.38-39). – En contraste avec l’enthousiasme des foules (cf. 1.45), Marc nous présente un premier groupe de gens qui refusent de croire en Jésus : les scribes et les pharisiens. C’est le bloc des cinq controverses racontées en 2.1-3 6, qui se termine par la décision de perdre Jésus. Cet ensemble commence par un appel de l’enseignement du Christ (2.2, 13) et se prolonge par un sommaire montrant Jésus expulsant les esprits impurs (3.7-12). Scribes et pharisiens haïssent le Christ à cause de son enseignement et de ses exorcismes : ils sont jaloux (cf. 1.22). – Dans la section suivante (3.13-35), Marc va de nouveau opposer deux groupes de personnages : les Douze, auxquels il transmet son pouvoir d’enseigner et d’expulser les démons (3.13-19), et ses proches qui le prennent pour un illuminé (3.20-21 ; cf. Jn 7.5) et auxquels le Christ oppose sa vraie parenté : ceux qui font la volonté de Dieu (3.31-35). En 3.22-29, Marc fait intervenir les scribes qui accusent Jésus de pratiquer les exorcismes grâce à Beelzeboul afin de rappeler que c’est l’Esprit-Saint qui fait agir Jésus (3.29). On retrouve encore ici les deux composantes de l’activité du Christ : les exorcismes et l’enseignement (cf. 3.31-35 ; plus clair en Lc 8.21). – Le centre de cette première partie est formé par la longue section qui va de 4.1 à 5.43. Jusqu’ici, Marc a montré le Christ enseignant et expulsant les démons, mais sans donner beaucoup de détails. Il va le faire ici. Il explique d’abord comment le Christ enseignait (4.1-2) : sous forme de paraboles concernant le Royaume de Dieu, dont il donne cinq exemples (4.3-34). Il s’étend ensuite sur quatre miracles effectués par Jésus : la tempête apaisée (4.35-41) assimilée à un exorcisme (comparer 4.39, 41 et 1.25, 27), l’exorcisme du possédé de Gérasa (5.1-20), la résurrection de la fille de Jaïre, épisode dans lequel s’insère le récit de la guérison de l’hémorroïsse (5.21-43). Ces miracles provoquent l’étonnement et obligent à se poser le problème de la véritable identité de Jésus (4.41 ; cf. 5.20, 42). On notera une première « pointe » portée contre les disciples : ils ont manqué de foi (4.40), contrairement à l’hémorroïsse (5.34) et à Jaïre (5.36). – La section suivante (6.1-30) reprend, en ordre inversé, les thèmes de 3.13-35 : Marc y souligne l’opposition entre le manque de foi des proches de Jésus, malgré son enseignement et ses exorcismes (6.1-5 ; cf. .20-21, 31-35) et le groupe des vrais disciples qu’il envoie prêcher et expulser les esprits impurs (6.7-13 ; cf. 3.13-19). Le retour des disciples sera mentionné en 6.30 : ils racontent tout ce qu’ils ont fait (exorcismes et guérisons) et ce qu’ils ont enseigné. Pour meubler l’intervalle de temps entre leur départ et leur retour, Marc place ici l’opinion d’Hérode sur Jésus (6.17-20), ce qui lui donne l’occasion de souligner que, même si les foules étaient frappées par l’activité de Jésus, elles n’avaient qu’une opinion approximative de sa vraie personnalité. Le récit de l’exécution du Baptiste par Hérode, se greffe ici (6.21-29) comme un excursus. – Le double épisode de la multiplication des pains (6.35-44) et de la tempête apaisée (6.45-52) est encadré par deux notices rappelant la double activité du Christ : il enseigne les foules qui accourent à lui (6.31-34) et il guérit leurs malades (6.53-56). Pour la deuxième fois, Marc note l’incompréhension des disciples malgré le miracle de la multiplication des pains (6.52). – La section suivante (7.1-8 9) ouvre un horizon nouveau : la diffusion de l’évangile auprès des païens. Ils étaient considérés comme impurs par les Juifs ; contre les pharisiens, Jésus affirme que compte seulement aux yeux de Dieu la pureté du cœur (7.1-23). Il se rend ensuite dans la région de Tyr où il guérit la fille d’une syro-phénicienne (7.24-30), puis en Décapole où il guérit un sourd-bègue (7.32-37). Dans le récit de la seconde multiplication des pains (8.1-9), certains détails évoquent le monde païen invité au festin messianique. Comme presque toutes les sections précédentes, celle-ci souligne une opposition fondamentale. Elle commence et se termine par une attaque des pharisiens contre Jésus (7.5 ; 8.11-13 ; cf. 2.1-3.6), lequel répond à la première en fustigeant leur hypocrisie (7.6-13). À cet aveuglement, Marc oppose la confiance d’une païenne puis la guérison d’un sourd-bègue, probablement un païen lui aussi. C’est insinuer que, devant l’attitude des autorités juives, ce sont les païens qui vont être appelés au salut. – La dernière section (8.14-9.10) est dramatique. Pour la troisième fois (cf. 6.52 ; 7.18), Jésus constate l’incompréhension de ses disciples (8.14-21) : ils n’ont compris le sens, ni des prodiges qu’il a accomplis, ni de son enseignement (8.18). Ils ne le reconnaissent donc, ni pour le Roi annoncé par Ps 2.7, ni pour le Serviteur dont parle Isa 42.1-4. Faut-il alors désespérer de tous ? Non, car, contre toute attente, Pierre se sépare de l’opinion de la foule (8.27-28 ; cf. 6.14-16) pour reconnaître : « Tu es le Christ » (8.29). Il n’a pu le faire qu’en vertu d’une révélation du Père, comme le comprendra Matthieu (16.17). C’est pour préparer cette « conversion » de Pierre que Marc raconte, juste avant, la guérison d’un aveugle (8.22-26) à laquelle il semble donner une portée symbolique : Pierre n’était-il pas aveugle lui aussi (cf. 8.18) ? Cette profession de foi va être confirmée par la scène de la Transfiguration (9.2-10), de même que, à la fin de la seconde partie, la profession de foi du centurion romain (15.39) sera confirmée par la découverte du tombeau vide (16.1-8). Cette scène de la Transfiguration répond à celle du baptême du Christ : Jésus avait entendu la voix céleste lui disant : « Tu es mon fils, le bien-aimé, en toi je me suis complu » (1.11) ; ici, ce sont Pierre, Jacques et Jean qui l’entendent : « Celui-ci est mon fils, le bien-aimé écoutez-le » (9.7). Sur le petit bloc constitué par 8.31-9.1, cf.infra.
La structure de cette première partie forme un chiasme un peu distordu :
A) Témoignage du Baptiste : 1.2-8
Baptême du Christ : 1.9-11
[Enseignement et exorcismes : 1.21-39]
B) Controverse avec les pharisiens : 2.1-3 6
C) Appel des Douze : 3.13-19
D) Incrédulité de la famille de Jésus : 3.20-35
E) Enseignement et exorcismes : 4.15
D’) Incrédulité des proches de Jésus : 6.1-6
C’) Mission des Douze : 6.7-13, 30
[Multiplication des pains : 6.34-44]
B’) Hostilité des pharisiens : 7.5-13 ; 8.11-13
Les païens appelés au salut : 7.14-8.9
A’) Profession de foi de Pierre : 8.27-30
Transfiguration : 9.2-10.
La deuxième partie de l’évangile n’est pas aussi bien structurée. Elle procède plutôt par touches successives pour développer deux thèmes connexes : le paradoxe de Jésus devant passer par la mort avant de régner ; les conditions requises pour entrer dans le Royaume. Elle se rattache à la première partie au moyen de deux « sections crochets ». L’une est insérée dans la finale de la première partie, en 8.31-9.1, et contient en germe les thèmes essentiels de la seconde : Jésus devra mourir avant de régner (première annonce de la passion : 8.31), mais son règne est imminent (9.1) ; pour y participer, il est nécessaire de « suivre » Jésus en se renonçant (8.34-38). Pour annoncer sa passion et sa résurrection, ici comme en 9.31-32 et 10.33-34, le Christ s’identifie au « Fils de l’homme » de Dn 7.13-14. Selon ce texte, en effet, ce Fils d’homme va recevoir l’investiture royale de Dieu, mais dans un contexte de persécution. La seconde « section-crochet » se lit après le récit de la Transfiguration. La voix céleste prescrivait « d’écouter » l’enseignement du Christ (9.7 ; cf. Dt 18.18) ; Jésus accomplit maintenant un exorcisme pour chasser l’esprit mauvais qui tourmente un enfant (9.14-29). Enseignement et exorcisme, c’étaient les deux activités essentielles du Christ dans la première partie de l’évangile. – Dans la section suivante (9.30-49) le Christ se consacre à l’enseignement de ses disciples (9.30-31). Il leur annonce à nouveau qu’il doit mourir et ressusciter (9.31-32), puis il leur donne un certain nombre de consignes éthiques : se faire le serviteur de tous, éviter de scandaliser ceux qui croient en lui, si un membre est une occasion de chute, le couper afin de pouvoir « entrer dans la vie » ou « dans le Royaume ». – Il enseigne de nouveau les foules à partir de 10 1. C’est pour donner quelques consignes éthiques : concernant le divorce (10.2-12), la nécessité de recevoir le Royaume comme un enfant (10.13-16) et surtout la nécessité de renoncer à ses richesses pour entrer dans le Royaume (10.17-31). – La section qui va de 10.32 à 11.10 décrit le voyage de Jésus vers Jérusalem. Elle est de plus en plus centrée sur la royauté du Christ. La troisième annonce de la passion (10.32-34) rappelle le paradoxe fondamental : Jésus doit mourir avant de régner. Jacques et Jean voudraient être ministres du Christ, mais Jésus leur rappelle la nécessité de le suivre en buvant le même calice que lui (10.35-45). L’aveugle de Jéricho est guéri parce qu’il le reconnaît pour le « fils de David », titre royal par excellence (10.46-52). Finalement, Jésus fait son entrée à Jérusalem selon le rite des entrées royales (11.1-10). – Jésus sera-t-il sacré « roi » à Jérusalem ? Non, car il va mourir. Le drame, et donc le paradoxe, va se nouer durant les jours suivants. Les grands prêtres et les scribes décident la mort de Jésus, ulcérés par l’expulsion des vendeurs du Temple (11.15-18). Jésus refuse de leur répondre lorsqu’ils lui demandent en vertu de quel pouvoir il agit ainsi (11 27-33). La parabole des envoyés à la vigne suscite à nouveau leur colère (12.1-12). Les pharisiens cherchent à le perdre, soit aux yeux du pouvoir romain, soit auprès de la foule, en lui demandant s’il est permis de payer le tribut à César (12.13-17). Nouvelle controverse avec les sadducéens au sujet de la résurrection (12.18-27). Une éclaircie dans l’orage qui gronde : un des scribes (les ennemis acharnés de Jésus) dialogue avec le Christ sur le plus grand commandement et s’entend dire qu’il n’est pas loin du Royaume de Dieu (12.28-34). Mais c’est une exception, et Jésus s’en prend à eux en ridiculisant leur enseignement (12.35-37) et en fustigeant leurs vices (12.38-40). – En annonçant la ruine du Temple (13.1-2), Jésus ne fait que précipiter les événements tragiques (cf. 14.58). Mais il donne aussi la solution du paradoxe : le Fils de l’homme reviendra pour rassembler les élus en vue de former le royaume nouveau (13.24-27). Pour raconter les événements qui vont mener le Christ jusqu’à la croix, Marc suit la tradition commune (14-15) mais il souligne comment Jésus va être abandonné de tous. Les autorités juives craignaient la foule qui lui était favorable (11.18 ; 12.12, 37), mais elles réussissent à la retourner grâce à l’épisode de Barabbas (15.6-15). Les disciples, qui n’ont rien compris au paradoxe de la mort de Jésus (8.32-33 ; 9.9-10 ; 9.32), sont effrayés dès l’approche de Jérusalem (10.32) et finalement, lors de l’arrestation du Christ, ils prennent tous la fuite (14.50 ; cf. 14.27) après un simulacre de résistance (14.47). – C’est comme un roi de mascarade que Jésus est livré à la mort par Pilate (cf. 15.2, 9, 12, 17-20), et, dérision suprême, il meurt sur la croix tandis qu’une inscription le proclame « Roi des Juifs » (15.26). Dieu n’est-il pas bafoué, qui l’avait sacré roi lors du baptême dans le Jourdain ? Non, le centurion romain le proclame juste après qu’il a expiré : « Vraiment, cet homme était le fils de Dieu » (15.39). Comme Luc l’a bien compris (Lc 23.47), c’est une allusion à Sg 2.18 : « Si le juste est fils de Dieu, Il l’assistera et le délivrera de la main de ses adversaires. » Au jour de Pâque, l’ange confirmera cette profession de foi du centurion : Jésus est ressuscité (16.6). Puisqu’il est le Fils de l’homme, il a reçu l’investiture royale auprès de Dieu (Dn 7.13-14) et il reviendra pour rassembler les élus (13.26) dans le Royaume de Dieu. C’est dans ce contexte général qu’il faut interpréter le « secret messianique » cher à Mc, que Jésus impose, soit aux esprits impurs (1.25, 34 ; 3.11-12), soit aux disciples après la Transfiguration (9.9), soit aux gens qu’il guérit (1.44 ; 5.43 ; 7.36 ; 8.26). Les Juifs attendaient un Christ qui les délivrerait de l’occupation romaine, Jésus veut donc éviter d’être l’occasion d’un soulèvement populaire contre les Romains, qui serait contraire à la mission qu’il a reçue de Dieu (cf. Jn 6.14-45).
Cette analyse de l’évangile de Marc remet en question la notice de Papias : Marc aurait mis par écrit la catéchèse de Pierre, telle qu’il la donnait selon les circonstances, et donc sans ordre. Ce ne serait donc pas lui qui aurait composé un évangile si bien structuré, surtout dans sa première partie. Mais le problème est sans doute plus complexe. On constate en effet chez Mc des doublets notés depuis longtemps. Enseignement de Jésus à Capharnaüm (1.21-22, 27) et « dans sa patrie » (6.1-2) racontés en termes analogues. Deux récits de multiplication des pains (6.35-44 ; 8.1-9) suivis par la remarque que les disciples n’en comprirent pas le sens (6.52 ; 8.14-20). Deux annonces de la passion suivies par la consigne de se faire le serviteur de tous (9.31, 35 ; 10.33-34, 43). Deux récits de la tempête apaisée (4.35-41 ; 6.45-52). Deux remarques sur l’attitude de Jésus envers les enfants (9.36 ; 10.16). Le Mc actuel aurait donc, soit fusionné deux documents différents, soit complété un document primitif au moyen de traditions parallèles. Le Mc dont parle Papias pourrait être alors un des deux documents de base, considérablement remanié dans le Mc actuel.

5 s) Littéralement « la corne », métaphore biblique courante (surtout dans les Ps) pour exprimer la force physique ou morale.
7 t) Hébr. « 6 Aussi les filles chantèrent pour lui et le surnommèrent du nom de « dix-mille ». Quand il eut ceint le diadème, il combattit 7 et tout alentour soumit l’ennemi. Il mit chez les Philistins des villes et jusqu’à ce jour il brisa leur corne. »
8 u) Les Psaumes, cf. 2 S 23.1.
Ce livre est transmis dans les Bibles grecque, latine et syriaque, mais il ne figure pas dans le canon hébreu. Il a cependant été composé en hébreu ; Jérôme dit l’avoir vu dans sa langue originale et des rabbins, jusqu’au IVe siècle, l’ont cité : le Talmud en a gardé le témoignage. Environ les deux tiers de ce texte hébreu, perdu depuis des siècles, ont été retrouvés, depuis 1896, dans six manuscrits médiévaux fragmentaires, provenant d’une vieille synagogue du Caire. Plus récemment, quelques fragments sont sortis des grottes de Qumrân et, en 1964, on découvrit à Massada une copie également fragmentaire (39.27 – 44.17) dans une écriture du début du Ier siècle av. J.-C. Les variantes d’un témoin à l’autre et par rapport aux traductions grecque, latine et syriaque indiquent que le livre a connu très tôt plusieurs recensions.
Au début du IIe siècle av. J.-C., Jésus Ben Sira, maître de sagesse à Jérusalem–voir les souscriptions de 50.27 et 51.30 – réunit en un livre le meilleur de son enseignement, voir Prologue 7-14. Son petit-fils, arrivé en Égypte très probablement en 132 av. J.-C., entreprit de traduire en grec l’œuvre de son aïeul, voir Prologue 27s. Cette traduction reste le meilleur témoin du livre de Ben Sira ; elle est transmise par les trois principaux manuscrits, Vaticanus, Sinaïticus et Alexandrinus, qui forment ce qu’on appelle le « texte reçu ».
Cependant le livre a connu, probablement dès le Ier siècle av. J.-C., une révision et l’insertion de nombreuses additions. Cette seconde édition a en effet laissé des traces dans les fragments hébreux retrouvés et dans la version syriaque Peshitta, mais elle est surtout transmise dans plusieurs manuscrits grecs, qu’on désigne ici par le sigle Gr II, et dans l’ancienne version latine passée dans la Vulgate.
L’Église a reçu et conservé les deux éditions du livre de Ben Sira : les Pères grecs citent tantôt l’une tantôt l’autre, les Pères latins utilisent normalement le texte long. L’Église catholique reconnaît ce livre comme canonique, sans en préciser la langue, sans exclure non plus la seconde édition.
La traduction que l’on donne ici suit la version grecque établie par le petit-fils de Ben Sira : c’est actuellement le témoin le plus sûr de l’original. Des notes indiquent les passages où l’on s’en sépare. Toutefois, à la suite de l’édition critique de J. Ziegler en 1965, on insère à leur place dans le texte, mais en italiques, les additions de la seconde édition transmises par des manuscrits grecs. Quelques autres additions et variantes transmises en hébreu, en latin ou en syriaque sont portées en notes. L’ordre des chapitres est celui du texte hébreu et des versions latine et syriaque, alors que tous les manuscrits grecs mettent 33.16b – 36.13a avant 30.25 – 33.16a.
Le titre du livre en grec est donné dans la souscription de 51.30 : « Sagesse de Jésus, fils de Sira ». Son titre latin Ecclesiasticus (liber) apparaît déjà chez saint Cyprien au IIIe siècle : il souligne sans doute l’usage officiel qu’en faisait l’Église ; on l’a maintenu ici.
L’auteur se nomme en hébreu Ben Sira et, en grec, le Siracide, d’après la forme grecque Sirach. Né probablement au milieu du IIIe siècle av. J.-C., il a vu Jérusalem passer de la domination des Lagides à celle des Séleucides en 198 av. J.-C. ; il a connu le grand prêtre Simon le Juste, 50.1-20, qui ne mourut qu’après 200 av. J.-C.
À l’époque, l’hellénisation, avec l’adoption des mœurs étrangères, était favorisée par une partie de la classe dirigeante ; à ces nouveautés menaçantes, Ben Sira oppose toutes les forces de la tradition. C’est un scribe qui unit l’amour de la Sagesse à celui de la Loi, 24. Pour lui, la révélation biblique est une sagesse authentique qui n’a pas à rougir devant celle de la Grèce. Il est rempli de ferveur pour le Temple et ses cérémonies, plein de respect pour le sacerdoce héritier d’Aaron et de Sadoq, mais il est aussi nourri des livres saints, surtout des livres sapientiaux antérieurs.
Lorsque son petit-fils traduit son ouvrage, la situation a changé. Le sacerdoce n’est plus héréditaire, mais s’achète, 2 M 4. Pire encore, Antiochus IV Épiphane (175-163) a voulu imposer l’hellénisme par la force et le Temple a été profané, provoquant la révolte des Maccabées, 2 M 5-6. Le traducteur tient compte de ce nouvel état de choses, cf. 50.24.
Moins d’un siècle plus tard, sous la pression des événements, certaines idées religieuses ont évolué, spécialement en ce qui touche la destinée humaine et la rétribution. Ben Sira et son petit-fils ont les mêmes incertitudes que Job et l’Ecclésiaste : cf. 7.17, 36 ; 17.23 ; 40.3-4 ; 50.24. Ils croient en la rétribution, sentent l’importance tragique de la mort, mais ne savent pas encore comment Dieu rendra à chacun selon ses actes. La lumière nouvelle apparaît dans quelques additions, dont les auteurs sont inconnus ; leur théologie s’apparente à celle des Pharisiens et des Esséniens : cf. 12.6 ; 16.22 ; 19.19 ; les ajouts latins à 24.22, 32 et l’ajout syriaque à 1.22. L’amour envers le Seigneur fait aussi plus explicitement partie de l’attitude religieuse : 1.10, 18 ; 11.15 ; 17.18 ; 24.18 ; 25.12.
Dans sa forme, le livre est dans la ligne de ses devanciers et de ses modèles. L’écriture met en œuvre toutes les ressources de la poétique des sages. On trouve chez Ben Sira le proverbe ou une suite de proverbes sans lien apparent entre eux, comme on en lisait dans les recueils anciens du livre des Proverbes, 10s. Mais le plus souvent il expose son enseignement en des passages plus développés où une argumentation sert de charpente ; en cela il se rapproche de Pr 1-9, de Jb et de Qo. Bien qu’il ne donne pas à son livre une structure ferme, comme Jb, Qo ou Sg, il rattache souvent plusieurs péricopes qui en viennent à former de véritables petits traités ; ainsi 14.11-16.23 et 16.24-18.14, sur la liberté, le péché, la conversion et l’abandon à la miséricorde divine ; 22.27-23.6 est une prière qui ouvre un enseignement sur le bon usage de la parole et sur la luxure ; 25-26 concerne le mariage ; 34.18-36.17 traite de l’acte cultuel authentique et de la prière du pauvre ; 36.18-37.26 insiste sur le discernement dans le choix de relations privilégiées.
Il reste que la plus grande partie de l’œuvre n’offre pas de structure ferme ; on lui donne ici le titre de Recueil de sentences, 1.1 à 42.14. Cependant quelques passages consacrés à la Sagesse, 1.1-10 ; 4.11-19 ; 6.18-36 ; 14.20 – 15.10 ; 24, en rythment la première moitié, tandis que d’autres, centrés sur le sage, 24.30-34 ; 37.16-26 ; 39.1-11, scandent la seconde. Les derniers chapitres du livre chantent de façon beaucoup plus homogène la Gloire de Dieu dans la nature, 42.15-43.33, et dans l’histoire, 44-50. Le chapitre final unit une action de grâces après l’épreuve, 51.1-12 ; cf. 2, et un ultime portrait du sage, 51.13s (dont le début a été retrouvé en hébreu à Qumrân) ; cf. 1.
La doctrine de Ben Sira est une reprise, mais sapientielle, de toute la tradition biblique antérieure ; cf. 39.1. La Sagesse en est le nœud : don de Dieu toujours offert à ceux qu’il a choisis et éprouvés, elle comble de biens celui qui l’accueille docilement et fait du sage un porteur de Sagesse. En fait, la Sagesse de Dieu s’est manifestée en Israël et la Loi, comprise comme la révélation biblique, en est la meilleure expression, 24.23. La condition pour recevoir la Sagesse, c’est la crainte de Dieu, attitude de vénération et même d’amour, 2.15-16, par laquelle l’homme s’ouvre au don de Dieu et se soumet aux appels de sa Loi, 1.11-30 ; 2 ; 10.19-25 ; 25.7-11 ; 40.18-27.
Sur ces bases, Ben Sira relève tout ce qui fait l’homme accompli. La maîtrise de soi en est une caractéristique fondamentale, dans les relations interpersonnelles d’abord. Il s’attardera sur le contrôle nécessaire de la parole, 18.15-20.21 ; 21.1-22.26 ; 22.27-23.1, 7-15 ; 28.13-26. Écrivant pour des jeunes hommes, il rappelle les dangers de la luxure qui détruit le mariage, 9.1-9 ; 23.2-6, 16-27 ; 36.27-31 ; 42.12-14 ; il apprécie l’harmonie conjugale, mais décrit aussi avec sévérité les misères du couple mal assorti, 25.1-26.27. Il vante l’amitié et en rappelle les conditions, 6.5-17 ; 12.8-18 ; 22.19-26 ; 27.16-21 ; 37.1-6. Avec plus de cœur, il invite à aider son prochain, les pauvres en particulier, 3.30-4.10 ; 7.32-36 ; 18.15-18 ; 29.1-20. Pour lui, l’orgueil n’est pas digne, 3.26-28 ; 10.7-18 ; la richesse a ses risques et, de soi, ne fait pas le sage, 5.1-7 ; 31.1-11. Parmi les vertus, il recommande l’humilité, 3.17-24 ; 10.26-11.6, la confiance en Dieu seul, 2 ; 11.12-28, il appelle à la conversion, 17.25-32 ; 21.1-3, au pardon, 27.28-28 7. Pour lui, l’acte cultuel, le sacrifice, va de pair avec la justice, 34.18-35.24, et dans l’épreuve le Seigneur seul sauve, 2 ; 36.1-22.
Ben Sira a montré le lien qui unit la Sagesse à la révélation biblique, 24. Dans cette ligne, il est le premier à relire l’Histoire sainte, d’Adam à Néhémie, auxquels il joint le grand prêtre Simon, 44-50. Cette galerie des ancêtres, suivant leur ordre chronologique, n’offre pas que des modèles : hormis David, Ézéchias et Josias, les rois sont condamnés, comme le faisait 1-2 Rois. Par contre, la place d’honneur revient au sacerdoce aaronique. En ces héros, il voit ceux qui ont assuré jusqu’à son époque la permanence de l’authentique Sagesse. Sur un point, pourtant, la tradition ancienne ne trouve chez lui aucun écho : il connaît la promesse faite à David, 45.25 ; 47.11, mais l’attente du Messie ne l’anime pas, cf. 24.24 ; 36.20-22.
Ben Sira est le dernier témoin canonique de la sagesse biblique en Terre sainte. Il est le représentant par excellence de ces hassidim, ces « pieux » du judaïsme, cf. 1 M 2.42, qui bientôt défendront leur foi dans la persécution d’Antiochus IV Épiphane et qui maintiendront en Israël des îlots fidèles où germera la prédication du Christ.