Peu d'entre nous réfléchissent aujourd'hui au caractère paradoxal d'un événement évangélique comme le baptême du Sauveur. Ce que nous appelons habituellement baptême était un bain purificateur qui délivrait celui qui s'y lavait...
Peu d'entre nous réfléchissent aujourd'hui au caractère paradoxal d'un événement évangélique comme le baptême du Sauveur. Ce que nous appelons habituellement baptême était un bain purificateur qui délivrait celui qui s'y lavait des conséquences du péché qu'il avait commis. Dans le contexte de l'appel de Jean le Baptiste, ce bain devenait quelque chose de plus qu'une simple purification ; mais même alors, il s'agissait tout de même de délivrance du péché et d'une conversion nouvelle, dont chacun avait besoin selon la parole du prophète.
De quelle purification et de quelle conversion pouvait donc avoir besoin Celui qui n'était pas soumis au péché, Celui qui a apporté le Royaume dans le monde ? De quelle purification pouvait-il être question dans ce cas ? Jean lui-même comprend parfaitement tout cela et dit à Jésus : c'est Toi qui dois me laver et me purifier, et non moi Toi. Jésus lui répond par des paroles peu compréhensibles : laisse faire, car c'est ainsi que nous devons manifester la plénitude de la vérité. Par « plénitude de la vérité », Il entend le Royaume qu'Il a apporté dans le monde et qui, maintenant, avec le commencement de Son ministère terrestre, doit être manifesté au monde.
Pourquoi cela se produit-il donc par un bain purificateur dont Lui-même n'a nullement besoin, du moins au sens où un pécheur a besoin d'un tel bain ? Si les bains mentionnés dans les livres de l'Ancien Testament ne s'étaient en rien distingués de ceux que le monde païen connaissait depuis les temps les plus anciens, il n'y aurait sans doute tout simplement pas de réponse à cette question. Avant la venue du Sauveur dans le monde, ils n'étaient déjà plus un rite magique à la manière des bains païens, mais une manifestation de la puissance de Dieu. L'eau ne servait que d'intermédiaire physique, de conducteur naturel de ses effets sur l'homme que Dieu voulait purifier des conséquences du péché qu'il avait commis.
La manifestation du Royaume est aussi la manifestation de la puissance de Dieu, et cela dans une plénitude que le monde n'avait pas connue auparavant. L'action purificatrice de cette puissance se révélait désormais qualitativement autre, incomparablement plus profonde, si profonde qu'elle surmontait les conséquences de tout péché commis par l'homme, pourvu que l'homme se repente de ce qu'il avait fait, même si le péché avait été commis consciemment — chose inconnue auparavant, quand on ne pouvait être purifié que des conséquences d'un péché commis involontairement, par faiblesse ou par ignorance.
Jésus appelle plénitude de la vérité la force purificatrice du Royaume, qui libère le monde du pouvoir du péché. La purification du monde est le premier pas vers sa transfiguration, qui ne s'achèvera que lorsque le monde deviendra une partie intégrante et organique du Royaume. Sans ce premier pas, il n'y aura pas les suivants : le péché est incompatible avec le Royaume. Le bain du monde, sa libération du péché, commence par le bain du Sauveur Lui-même, lorsque l'eau dont Il s'est lavé est devenue un fleuve d'eau vive qui ouvre le Royaume au monde.