Dans la tradition yahviste, puis dans la tradition juive, les relations entre Dieu et le peuple de Dieu ont souvent été comparées à des relations familiales, conjugales. À première vue, une telle approche peut paraître trop libre, presque familière...
Dans la tradition yahviste, puis dans la tradition juive, les relations entre Dieu et le peuple de Dieu ont souvent été comparées à des relations familiales, conjugales. À première vue, une telle approche peut paraître trop libre, presque familière: Dieu semble être abaissé jusqu’au niveau humain, presque quotidien. Mais si l’on y réfléchit, c’est précisément ainsi, et seulement ainsi, que l’on peut préserver l’union-alliance conclue au Sinaï.
En effet, les relations entre Dieu et une personne particulière, comme entre Dieu et le peuple de Dieu, ne peuvent être pleinement vivantes que si elles sont non formelles et inconditionnelles. Bien sûr, dans les relations conjugales aussi, il y a place pour des formalités juridiques, des contrats de mariage, connus aussi dans l’ancien Israël. Mais, comme on le sait, le contrat de mariage est plutôt conclu pour régler les questions patrimoniales et autres formalités juridiques en cas de divorce.
Lorsque les relations entre époux sont normales, il ne vient à l’esprit de personne d’exiger de l’autre l’observation de contrats: tout se règle par amour et consentement mutuel. Il en va de même de l’alliance entre Dieu et son peuple, qui s’étend à chacun de ceux qui entrent dans ce peuple: le Décalogue est certes la condition de l’alliance; la violation consciente de l’un des dix commandements signifie sa rupture.
Le Décalogue n’est pas simplement un code moral; c’est la description du chemin qui conduit à Dieu ou, en cas de violation des commandements qu’il contient, qui éloigne de Dieu. Et il devient actuel, comme la Torah en général, précisément lorsque l’homme pèche, s’éloigne de Dieu, rompt ses relations avec lui, comme le dit l’apôtre Paul. Par la Torah, selon la parole de l’apôtre, le péché est connu. Ainsi, il apparaît que, dans les relations entre Dieu et l’homme aussi, la loi devient actuelle lorsque les relations vont vers la rupture. Mais lorsque les relations sont normales, la Torah devient intérieurement organique à l’homme et n’est pas perçue comme quelque chose qui le limite de l’extérieur.
Osée parle de relations entre Dieu et son peuple qui ressemblent aux relations au sein d’une famille solide, n’ayant pas besoin de régulation formelle. C’était d’ailleurs pour le peuple la seule chance de salut, la seule chance que Dieu l’accueille: car l’union-alliance, si l’on parle des temps d’Osée, avait déjà été violée plus d’une fois, et il ne restait plus qu’à espérer que Dieu pardonnerait à son peuple comme un mari aimant pardonne à son épouse infidèle sans divorcer d’elle, bien qu’il ait tous les droits et toutes les raisons de le faire.
Mais le pardon n’est possible que si les relations du peuple avec Dieu se renouvellent et acquièrent une nouvelle qualité spirituelle. Il est impossible de revenir simplement en arrière, à ce qui existait auparavant, tout comme il est impossible de recoller les morceaux d’un vase brisé. Et dans cette espérance se trouve déjà le pressentiment du Royaume: en entrant dans le Royaume, l’homme ne revient pas à l’état qui était le sien avant la chute; il acquiert quelque chose de nouveau et de plus grand. Il acquiert une plénitude de vie qui dépasse tout péché commis auparavant.
2 The prophet charges the people with their idolatry, and threatens them with the judgments of God, Hos 2:1-13.
Promises of mercy, Hos 2:14-23.
20 h) Chez Osée la « connaissance de Yahvé » accompagne la hesed, ici vv. 21-22 et 4.2 ; 6.6. Il ne s’agit donc pas d’une simple connaissance intellectuelle. De même que Dieu « se fait connaître » à l’homme en se liant à lui par une alliance, en lui manifestant par ses bienfaits son amour (hesed), de même l’homme « connaît Dieu » par une attitude qui implique la fidélité à son alliance, la reconnaissance de ses bienfaits, l’amour. Cf. Jb 21.14 ; Pr 2.5 ; Isa 11.2 ; 58.2. Dans la littérature de sagesse, la « connaissance » est à peu près synonyme de « sagesse ».
Originaire du royaume du Nord, Osée est le contemporain d’Amos, puisqu’il a commencé de prêcher sous Jéroboam II ; son ministère s’est prolongé sous les successeurs de ce roi ; mais il ne paraît pas qu’il ait vu la ruine de Samarie en 721. C’est en Israël une sombre période : conquêtes assyriennes de 734-732, révoltes intérieures – quatre rois sont assassinés en quinze ans –, corruption religieuse et morale.
De la vie d’Osée pendant cette période troublée, nous ne connaissons que son drame personnel, 1-3, mais celui-ci fut décisif pour son action prophétique. Le sens de ces premiers chapitres est discuté. Voici l’interprétation la plus vraisemblable : Osée avait épousé une femme qu’il aimait et qui l’a quitté, mais il a continué de l’aimer et l’a reprise après l’avoir éprouvée. L’expérience douloureuse du prophète devient un symbole de la conduite de Yahvé envers son peuple et la conscience de ce symbolisme a pu modifier la présentation des faits. Le chap. 2 fait l’application et donne en même temps la clé de tout le livre : Israël a été épousée par Yahvé, elle s’est conduite comme une femme infidèle, comme une prostituée, et a provoqué la fureur et la jalousie de son époux divin. Celui-ci l’aime toujours, il la châtiera mais pour la ramener à lui et lui rendre les joies de leur premier amour.
Avec une audace qui étonne et une passion qui bouleverse, l’âme tendre et violente d’Osée a exprimé pour la première fois les rapports de Yahvé et d’Israël dans les termes d’un mariage. Tout son message a pour thème fondamental l’amour de Dieu méconnu par son peuple. Sauf une courte idylle au désert, Israël n’a répondu aux avances de Yahvé que par la trahison. Osée s’en prend surtout aux classes dirigeantes de la société. Les rois, choisis contre la volonté de Yahvé, ont, par leur politique séculière, dégradé le peuple élu au rang des autres peuples. Les prêtres, ignorants et rapaces, conduisent le peuple à sa perte. Comme Amos, Osée condamne les injustices et les violences, mais il s’appesantit plus que lui sur l’infidélité religieuse : Yahvé est à Béthel l’objet d’un culte idolâtrique, on l’associe à Baal et à Astarté dans le culte licencieux des hauts lieux. Osée proteste contre le titre de baal, au sens de « Seigneur », que l’on donnait à Yahvé, 2.18, et il revendique pour le Dieu d’Israël l’action bienfaisante que l’on était tenté d’attribuer à Baal, dieu de la fertilité, 2.7, 10 ; Yahvé est un Dieu jaloux, qui veut avoir sans partage le cœur de ses fidèles : « Ce que je veux, c’est l’amour, non les sacrifices, la connaissance de Dieu, non les holocaustes », 6.6. Le châtiment est donc inévitable : cependant, Dieu ne châtie que pour sauver. Israël dépouillé et humilié se souviendra du temps où il était fidèle, et Yahvé accueillera son peuple repentant, qui jouira du bonheur et de la paix.
Après avoir voulu retrancher du livre toute annonce de bonheur et tout ce qui concernait Juda, la critique revient à des jugements plus modérés. Ne faire d’Osée qu’un prophète de malheur serait fausser tout son message et il est naturel que son regard se soit étendu sur le royaume voisin de Juda. Il faut cependant admettre que la collection des oracles d’Osée, rassemblée en Israël, a été recueillie en Juda et y a été l’objet d’une ou de deux révisions. Les marques de ce travail d’édition se trouvent dans le titre, 1.1, et dans certains passages, par exemple 1.7 ; 5.5 ; 6.11 ; 12.3. Le verset final, 14.10, est la réflexion d’un sage de l’époque exilique ou postexilique sur l’enseignement principal du livre et sur sa profondeur. La difficulté de son interprétation est accrue pour nous par l’état déplorable du texte hébreu, qui est l’un des plus corrompus de tout l’Ancien Testament.
Le livre d’Osée a eu des résonances profondes dans l’Ancien Testament et on retrouve son écho dans les exhortations des prophètes suivants à une religion du cœur, inspirée par l’amour de Dieu. Jérémie a été profondément influencé par lui. Il n’est pas étonnant que le Nouveau Testament cite Osée ou s’en inspire assez souvent. L’image matrimoniale des relations entre Yahvé et son peuple a été reprise par Jérémie, Ézéchiel et la seconde partie d’Isaïe. Le Nouveau Testament et la communauté issue de lui l’ont appliquée aux rapports entre Jésus et son Église. Les mystiques chrétiens l’ont étendue à toutes les âmes fidèles.