Abordant le thème des ministères ecclésiaux, Paul accorde une importance particulière à deux d'entre eux : le ministère de diacre et le ministère d'évêque...
Abordant le thème des ministères ecclésiaux, Paul accorde une importance particulière à deux d'entre eux : le ministère de diacre et le ministère d'évêque. Ce n'est évidemment pas un hasard : les deux ministères mentionnés occupaient une place centrale dans l'Église des premiers chrétiens. Aux diacres était confiée la responsabilité d'organiser et de conduire les assemblées ecclésiales, y compris celles au cours desquelles avait lieu la fraction du pain. Ce sont eux, en premier lieu, qui répondaient devant Dieu et devant l'Église de l'état spirituel de la communauté ecclésiale. C'est pourquoi l'apôtre leur demande précisément de « garder le mystère de la foi dans une conscience pure » (v. 9). Et pour cela, ils devaient conserver la pureté spirituelle et morale non seulement dans la vie ecclésiale et publique, mais aussi dans la vie familiale et personnelle (v. 8, 10-12).
Une vie ecclésiale normale exige que le président de la communauté en soit le visage devant Dieu et un exemple pour chacun dans la vie spirituelle ; la justice n'y était pas seulement souhaitable, mais directement nécessaire, et Paul le rappelle à Timothée, car il lui était sans doute arrivé plus d'une fois de résoudre les questions et les problèmes des Églises qu'il visitait. Les exigences envers les évêques étaient quelque peu différentes, ce qui n'a rien d'étonnant : leur rôle dans l'Église du temps de Paul n'était pas du tout le même qu'aujourd'hui. Leur fonction principale dans l'Église primitive était administrative et économique, ce qui déterminait les exigences formulées par Paul envers les candidats à l'épiscopat (v. 1-7). L'apôtre prêtait une attention particulière, comme on le voit, à l'état de la propre maison du candidat, estimant avec raison qu'un homme incapable de mettre de l'ordre chez lui saurait encore moins le faire dans l'Église. En outre, l'évêque devait avoir, selon l'expression de Paul, « un bon témoignage de ceux du dehors », c'est-à-dire de la population locale et, semble-t-il, aussi des représentants de l'autorité : c'est sur lui que reposait la responsabilité de tout ce qui touchait au côté juridique de l'existence de la communauté ecclésiale.
Mais l'essentiel auquel l'apôtre prête attention est l'appel de Dieu au ministère que porte le serviteur ; autrement, il ne peut évidemment être question d'aucun « rang honorable » (« degré supérieur », v. 13) du serviteur dans le Royaume. Or, comme on le voit, pour Paul l'essentiel n'est pas l'« utilité » de l'Église envisagée comme organisation, ni même comme communauté ecclésiale, mais l'enracinement dans le Royaume de ceux qui portent les ministères ecclésiaux. Car l'Église n'a et ne peut avoir de tâche plus importante que le témoignage du Royaume. Et si ceux qui sont les plus visibles dans la communauté ecclésiale parviennent à devenir un exemple vivant du Royaume dans toute sa plénitude, ce sera le meilleur témoignage pour quiconque vient dans l'Église à la recherche d'une vie nouvelle.
1 t) L’« évêque » et les « presbytres » ne sont pas mentionnés. Voir Tt 1.5.
2 u) Cette liste de qualités, et la suivante, vv. 8-12, n’ont rien de spécifique ; elles s’inspirent de listes classiques des qualités requises de ceux qui exercent une charge dans l’Église.
11 v) Probablement les femmes remplissant les fonctions de diaconesses, cf. Rm 16.1, et non les épouses des diacres.
Les lettres à Timothée et à Tite sont adressées à deux des plus fidèles disciples de Paul, Ac 16.14 ; 2 Co 2.13. Elles donnent des directives pour l’organisation et la conduite des communautés qui leur ont été confiées. C’est pourquoi l’on a coutume, depuis le XVIIIe siècle, de les appeler « pastorales ». Par rapport aux autres lettres de Paul, celles-ci présentent des divergences significatives. On note par exemple une différence considérable dans le vocabulaire. Nombre de mots fréquents dans les autres épîtres ont disparu ici et on trouve une forte proportion de mots qui n’apparaissent nulle part ailleurs. Le style n’est plus passionné et enthousiaste mais terne et bureaucratique. La façon d’aborder les problèmes a changé. Paul se contente de condamner les faux enseignements au lieu de s’y opposer en argumentant de manière persuasive. Enfin on a du mal à situer ces lettres dans le cours de la vie de Paul, tel que les Actes nous le font connaître. On comprendra donc que l’authenticité des Pastorales soit discutée. On explique souvent ces différences en invoquant l’âge avancé de Paul, qui aurait peut-être laissé plus de latitude à un secrétaire (peut-être Luc, 2 Tm 4.11) et en rappelant que nous ignorons tout de la vie de Paul après qu’il eut été relâché de prison à Rome. Mais des critiques en aussi grand nombre rejettent ces arguments qu’ils jugent trop subjectifs et maintiennent que les Pastorales ont été composées par un disciple de Paul, à la fin du Ier siècle pour résoudre les problèmes d’une Église très différente. Cette hypothèse n’est nullement impossible mais aucun témoignage n’indique que les lettres pseudépigraphes existaient et représentaient quelque chose d’acceptable. 2 Th 2.2 et Ap 22.18 montrent que les premiers chrétiens voyaient la nécessité de distinguer les écrits authentiques des faux. Une minorité de critiques défend une position intermédiaire entre ces deux extrêmes : selon elle un fidèle disciple de Paul aurait hérité de trois lettres que Timothée et Tite avaient conservées jusqu’à leur mort. Il compléta alors ces lettres en y ajoutant ce qu’il pensait que Paul aurait pu dire pour répondre aux problèmes nouveaux que rencontrait l’Église. Les Pastorales ne seraient donc pas de l’Apôtre mais contiendraient des fragments authentiques : par exemple 2 Tm 1.15-18 ; 4.9-15 ; Tt 3.12-14. L’absence d’accord sur l’étendue et le nombre de ces fragments affaiblit gravement cette hypothèse, qui est également incapable de fournir la moindre preuve à l’appui d’une telle pratique éditoriale à cette époque.
Le fait que toutes les hypothèses actuelles soient insatisfaisantes fait penser qu’on a peut-être eu tort de traiter les Pastorales comme un ensemble unifié ; car alors les observations qui semblent justes pour une des lettres sont appliquées également aux deux autres ce qui provoque la confusion. Or, l’examen détaillé fait apparaître une plus grande proximité entre 1 Tm et Tt qu’entre l’une ou l’autre de celles-ci et 2 Tm. Si l’on considère cette dernière séparément, il n’y a aucune objection convaincante à ce qu’elle ait été écrite par Paul. Adressée à un individu, elle diffère des épîtres adressées à des Églises de la même manière que l’épître d’Ignace à l’Église de Smyrne diffère de son épître à Polycarpe, évêque de la même Église. Si l’on admet que 2 Tm 4.6 n’est pas une allusion à la mort qui approche, 2 Tm s’inscrit naturellement dans le cadre de la fin de l’emprisonnement de Paul à Rome, Ac 28.16s, alors qu’il espérait sa libération. Si l’on accepte l’authenticité de 2 Tm, le caractère hétérogène de 1 Tm et de Tt dans le corpus paulinien devient encore plus évident. En particulier, la vision de ministère qui y est développée contraste vivement avec la dynamique missionnaire qui est de règle chez Paul. Ce qui domine ici, c’est un souci d’intégration à la société ambiante, 1 Tm 2.1-2, 6.1-2 ; Tt 3.1-2 et les qualités requises pour les ministres sont celles de n’importe quel bureaucrate, 1 Tm 3.1-13, Tt 1.5-9. Il y a donc eu une nette évolution dans les Églises pauliniennes. Une Église enthousiaste, enflammée par l’Esprit est devenue une communauté douillette. Mais si le chef charismatique a cédé la place à une direction institutionnelle, il n’y a pas trace du type d’épiscopat monarchique attesté par Ignace d’Antioche. L’autorité dans l’Église est collégiale et les « évêques » 1 Tm 3.2-5, ont la même fonction que les « anciens » 1 Tm 5.17. Chaque ancien doit avoir les qualités d’un « évêque », Tt 1.6-9, il ne faut donc pas assigner à 1 Tm et à Tt une date trop tardive dans le Ier siècle.