En appelant les chrétiens d'Éphèse à une vie spirituelle normale et pleine, Paul parle de la nécessité pour eux d'être renouvelés par le «souffle («l'esprit») de l'intelligence», afin de devenir autres, des hommes nouveaux, capables de vivre une vie juste conformément au dessein de Dieu sur l'homme et sur sa vocation. Cette vie nouvelle, l'apôtre la considère comme chrétienne au sens propre du mot (v. 20-24). Un tel appel correspond pleinement aux conceptions de la vie spirituelle généralement admises dans le milieu rabbinique au temps de Paul. Leur quintessence est exprimée par le célèbre appel à aimer Dieu «de tout son coeur, de tout son être («de toute son âme») et de toutes ses forces» (Dt 6:5). La vie spirituelle de l'homme est déterminée par le choix de son coeur, qui, dans la langue de la Bible, désigne ce centre de la personne humaine où se fait le choix et où se prennent les décisions qui déterminent les relations de l'homme avec Dieu et avec les hommes, ainsi que le système de valeurs qui détermine toute sa vie. En grec, depuis l'Antiquité déjà, on a commencé à l'appeler «intelligence»; et les philosophes grecs rattachaient à la notion d'«intelligence» ce que les auteurs bibliques écrivant en hébreu mettaient dans la notion de «coeur». C'est précisément l'action spirituelle («l'esprit») de cette «intelligence-coeur» qui renouvelait l'homme, et avant tout son monde intérieur, ce que la Bible appelle ordinairement «l'âme», par quoi il faut entendre ici non pas le principe personnel auquel nous sommes habitués, mais la force vitale intérieure.
Paul parle en ce sens du «renouvellement de l'homme intérieur», ce qui n'a rien d'étonnant: le renouvellement spirituel de l'homme commence toujours de l'intérieur, même si, dans un cas normal, il ne se limite jamais à son seul monde intérieur. Et l'apôtre, en parlant du renouvellement de «l'homme intérieur», estime lui aussi que celui-ci doit être suivi d'un changement de toute la vie du converti. Ce n'est pas par hasard qu'il oppose deux modes de vie: l'ancien, que beaucoup de chrétiens d'Éphèse menaient manifestement auparavant, avant leur conversion (v. 17-19), et le nouveau, auquel Paul les appelle (v. 25-32). Mais si autrefois, avant la venue du Christ dans le monde, il s'agissait de choisir ou de rejeter le chemin de la justice, il s'agit désormais de choisir ou de rejeter le Royaume et le salut. Et l'apôtre appelle de nouveau les fidèles à rester fidèles jusqu'au bout, après avoir choisi le Royaume.
