Les paroles de Paul sur la mort et la résurrection du Sauveur, accompagnées de la précision « selon les Écritures », sont fort curieuses. De quelles « écritures » s'agit-il ? Le mot hébreu correspondant désigne la troisième partie du canon juif des Saintes Écritures, qui s'est constituée bien plus tard. Au temps de Paul, ce canon comprenait...
Les paroles de Paul sur la mort et la résurrection du Sauveur, accompagnées de la précision « selon les Écritures », sont fort curieuses. De quelles « écritures » s'agit-il ? Le mot hébreu correspondant désigne la troisième partie du canon juif des Saintes Écritures, qui s'est constituée bien plus tard. Au temps de Paul, ce canon comprenait la Torah, les Premiers Prophètes (nos livres historiques, à l'exception des Livres des Chroniques) et les Derniers Prophètes (nos livres prophétiques, à l'exception du Livre de Daniel, qui n'en fait pas partie dans le canon juif).
Dans les livres du Nouveau Testament, le canon juif est généralement appelé « la Loi et les Prophètes » : il s'agit précisément de la Torah (le Pentateuque) et des livres prophétiques (les Premiers et les Derniers Prophètes). Quant à la troisième partie, désignée par le mot « Écrits », elle n'a pris sa forme définitive qu'aux IIIe et IVe siècles après Jésus-Christ. Elle comprenait nos livres sapientiaux, ainsi que les Livres des Chroniques, le Livre des Psaumes et le Livre de Daniel. Ces livres étaient apparus bien plus tôt, avant même la venue du Christ, mais à cette époque la Synagogue les considérait comme des livres faisant autorité et utiles à lire, sans toutefois les inclure dans le canon. Le contenu des « Écrits » n'était donc pas encore précisément défini : il variait selon les régions et les traditions locales, comprenant souvent des livres écrits non seulement en hébreu, mais aussi en grec.
Il n'est pas exclu que les chrétiens de la première génération aient eux aussi eu leur propre version des « Écrits ». Il ne s'agissait évidemment pas encore des Évangiles que nous connaissons, mais leur noyau avait peut-être déjà été mis par écrit. En effet, le récit de la résurrection du Sauveur est au fondement des quatre Évangiles, ce qui est tout naturel : la Résurrection constitue le témoignage le plus éclatant et sans équivalent de la messianité de Jésus et de la vérité de Ses paroles sur le Royaume qu'Il a apporté au monde. La prédication de Paul, comme celle de tous les autres apôtres, était fondée sur les témoignages de la Résurrection. Or le récit de la Résurrection est, par sa forme, un ensemble de témoignages, et ceux-ci doivent être consignés avec la plus grande exactitude possible. Il n'est donc pas étonnant que les témoignages liés à la Résurrection aient commencé à être recueillis et ordonnés très tôt, du vivant même de la première génération chrétienne.
Ces récits écrits étaient probablement bien connus des premiers chrétiens, et Paul pouvait s'y référer en étant certain que ses auditeurs savaient ce qu'il voulait dire. Le témoignage personnel était ainsi complété par des sources écrites, qui confirmaient la fiabilité de la Résurrection en tant qu'événement historique réel. Et l'expérience vivante de personnes telles que Paul lui-même démontrait qu'elle n'est pas seulement de l'histoire, mais aussi une réalité de la vie de chaque chrétien, quels que soient le lieu et l'époque où il vit.
1 r) Certains chrétiens de Corinthe rejetaient la résurrection des morts, 15.12. Les Grecs la considéraient comme une conception grossière, Ac 17.32, tandis que les Juifs l’avaient peu à peu pressentie, Ps 16.10 ; Jb 19.25 ; Ez 37.10, puis explicitement enseignée, Dn 12.2, 3 ; 2 M 7.9. Pour combattre l’erreur des Corinthiens, Paul part de l’affirmation fondamentale de la proclamation évangélique, le mystère pascal du Christ mort et ressuscité, vv. 3-5 (cf. Rm 1.4 ; Ga 1.2-4 ; 1 Th 1.10, etc.), qu’il développe en énumérant les apparitions du Ressuscité vv. 6-11, cf. Ac 1.8. À partir de là, il montre l’absurdité de l’opinion qu’il combat vv. 12-34, cf. 15.13. Le Christ est les prémices et la cause efficace de la résurrection des morts, vv. 20-28, cf. Rm 8.11. Enfin Paul répond aux objections sur le « comment » de la résurrection des morts, vv. 35-53, et termine par un hymne d’action de grâces, vv. 54-57.
3 s) La parole vivante de l’Évangile est transmise, reçue et gardée, mots empruntés au vocabulaire technique de la tradition rabbinique, cf. 11.23. Mais surtout cet Évangile est annoncé, vv. 1, 2, proclamé (v. 11, le « kérygme »), cf. Mt 4.23, etc., objet de foi, vv. 2, 11, cf. Mc 1.15, et porteur de salut, v. 2, cf. Ac 11.14 ; 16.17.
3 t) Le caractère salutaire de la mort du Christ fait donc partie de la proclamation évangélique antérieure à Paul, cf. Rm 6.3.
4 u) Ces expression, vv. 3-4, déjà fixées dans leur formulation, sont le germe des futures professions de foi (Credo).
6 v) Paul sous-entend ils peuvent encore témoigner aujourd’hui de ce qu’ils ont vu, votre foi en la résurrection du Christ repose sur un témoignage sûr.
6 w) C’est-à-dire « sont morts ». Même expression aux vv. 18, 20, 51, cf. 1 Th 4.13.
7 x) Les apôtres apparaissent comme formant un groupe plus large que celui des Douze du v. 5.
8 y) Allusion au caractère anormal, violent, « chirurgical » de sa vocation. — Paul ne fait aucune différence entre l’apparition du chemin de Damas et les apparitions de Jésus de la Résurrection à l’Ascension.
13 z) Si l’on nie la résurrection des morts, on nie aussi le cas particulier qu’est la résurrection du Christ. Autre interprétation la résurrection du Christ n’a de sens que comme prémices de la nôtre. Si celle-ci est niée, celle du Christ n’a plus de sens. Mais cette considération n’intervient qu’au v. 20.
14 a) Tous les aspects du message chrétien et de la foi qui lui correspond n’ont de sens que par rapport à la réalité centrale le Christ ressuscité. Sans elle, tout s’effondre.
17 b) Car ce qui fait disparaître le péché, c’est la vie nouvelle, participation à la vie du Christ ressuscité cf. Rm 6.8-10 ; 8.2.
19 c) Renoncer aux jouissances du temps présent est une duperie, si la mort est une fin définitive. L’immortalité de l’âme n’est pas envisagée hors de la perspective de la résurrection de la chair.
Tandis qu’il écrivait les épîtres aux Thessaloniciens, Paul évangélisait Corinthe durant plus de dix-huit mois, Ac 18.1-18, du printemps 50 à la fin de l’été 51. Selon sa coutume d’agir dans les grands centres, il voulait implanter la foi au Christ dans ce port fameux très peuplé, d’où elle rayonnerait dans toute l’Achaïe, 2 Co 1.1 ; 9.2. De fait, il réussit à y établir, surtout dans les couches modestes de la population, 1 Co 1.26-28, une forte communauté. Mais cette grande ville était un foyer de culture grecque, où s’affrontaient des courants de pensée et de religion fort divers. Le contact de la jeune foi chrétienne avec cette capitale du paganisme devait poser pour les néophytes bien des problèmes délicats. C’est à les résoudre que s’emploie l’Apôtre dans les deux lettres qu’il leur écrit.
La genèse de ces deux épîtres est assez claire, en dépit de quelques points douteux. Une première lettre « précanonique », 1 Co 5.9-13, de date incertaine, n’a pas été conservée. Plus tard, durant le séjour qu’il fit à Éphèse au cours du troisième voyage, durant juste un peu plus de deux ans (52-54), Ac 19.1 ; 20.1, des questions apportées par une délégation de Corinthiens, 1 Co 16.17, auxquelles s’ajoutaient des informations reçues par le moyen d’Apollos, Ac 18.27s ; 1 Co 16.12, et des « gens de Chloé », 1 Co 1.11, poussèrent Paul à écrire une nouvelle lettre, qui est notre 1 Co, aux environs de Pâques 54 (1 Co 5.7s ; 16.5-9). Peu après, une crise dut se produire à Corinthe, où Timothée joua probablement un rôle, (1 Co 4.17 ; 16.10-11) et qui l’obligea à y faire une visite rapide et pénible, 2 Co 1.23–2.1, au cours de laquelle il promit de revenir bientôt, 2 Co 1.15-16. En fait, il ne revint pas et remplaça cette visite par une lettre sévère et écrite « parmi bien des larmes », 2 Co 2.3s, 9, qui produisit un effet salutaire, 2 Co 7.8-13. C’est en Macédoine, après avoir quitté Éphèse à la suite de crises très graves mal connues de nous, 1 Co 15.32 ; 2 Co 1.8-10 ; Ac 19.23-40, que Paul apprit de Tite cet heureux résultat, 2 Co 1.12s ; 7.5-16 ; et c’est alors qu’il écrivit les deux parties de 2 Co, pendant le printemps et l’été de 55. Il devait ensuite repasser par Corinthe, Ac 20.1s, cf. 2 Co 9.5 ; 12.14 ; 13.1, 10, pour de là remonter à Jérusalem et y être fait prisonnier.
Selon certains, 2 Co serait une compilation de plusieurs lettres – jusqu’à cinq – envoyées par Paul à Corinthe en différentes occasions. D’autres, moins impressionnés par les transitions difficiles que cette théorie cherche à expliquer, admettent cependant que les chap. 10-13 ne peuvent être la suite de 1-9. Il est psychologiquement impossible que Paul passe brutalement de la célébration de la réconciliation des chap. 1-9 à l’admonestation amère et aux justifications sarcastiques des chap. 10-13. On a suggéré que les chap. 10-13 pourraient être l’épître écrite dans les larmes, à cause de leur ton sévère, mais cela ne convient guère au contexte. L’épître écrite dans les larmes a été provoquée par la conduite d’un individu, 2 Co :2.5-8, or il n’y est même pas fait allusion dans les chap. 10-13, qui parlent du tort fait aux communautés par les faux apôtres. Il est donc plus probable que ces chapitres ont été déterminés par une détérioration de la situation à Corinthe après l’envoi des chap. 1-9.
Si ces épîtres apportent sur l’âme de Paul et sur ses relations avec ses convertis des lumières d’un extrême intérêt, leur importance doctrinale n’est pas moindre. Nous y trouvons, surtout dans 1 Co, des informations et des décisions sur bien des problèmes cruciaux du christianisme primitif, aussi bien dans sa vie intérieure : pureté des mœurs, 1 Co :5.1-13 ; 6.12-20, mariage et virginité, 1 Co 7.1-40, tenue des assemblées religieuses et célébration de l’eucharistie, 11-12, usage des charismes, 1 Co 12.1–14.40, – que dans ses rapports avec le monde païen : appel aux tribunaux, 1 Co 6.1-11, viandes offertes aux idoles 8-10. Ce qui aurait pu n’être que cas de conscience ou règlements de liturgie devient, grâce au génie de Paul, occasion de vues profondes sur la vraie liberté de la vie chrétienne, la sanctification du corps, le primat de la charité, l’union au Christ. La défense de son apostolat, 2 Co 10-13, lui inspire des pages splendides sur la grandeur du ministère apostolique, 2 Co 2.12 – 6.10 ; et le sujet très concret de la collecte, 2 Co 8-9, est illuminé par l’idéal de l’union entre les Églises. L’horizon eschatologique est toujours présent et sous-tend tout l’exposé sur la résurrection de la chair, 1 Co 15. Mais les descriptions apocalyptiques de 1 Th et 2 Th font place à une discussion plus rationnelle qui justifie cette espérance difficile pour des esprits grecs. Cette adaptation de l’Évangile au monde nouveau où il pénètre se manifeste surtout dans l’opposition de la folie de la Croix à la sagesse hellénique. Aux Corinthiens qui se divisent en s’opposant leurs différents maîtres et leurs talents humains, Paul rappelle qu’il n’y a qu’un seul maître, le Christ, un seul message, le salut par sa croix, et que là est la seule et vraie Sagesse, 1 Co 1.10 – 4.13. Ainsi, par la force des choses et sans renier les perspectives eschatologiques, il est amené à insister davantage sur la vie chrétienne présente, comme union au Christ dans la vraie connaissance qui est celle de la foi. Cette vie que donne la foi, il va l’approfondir encore, et, cette fois, par rapport au judaïsme, à la suite de la crise galate.