La législation du Deutéronome prévoit une seule peine pour l'apostasie : la peine de mort. Est alors considéré comme apostasie aussi bien la participation aux cultes païens que la prédication...
La législation du Deutéronome prévoit une seule peine pour l'apostasie : la peine de mort. Est alors considéré comme apostasie aussi bien la participation aux cultes païens que la prédication de n'importe quels autres dieux en dehors de Yahvé, qu'il s'agisse d'une prédication ordinaire ou prophétique. Personne, à cette époque, ne doutait de l'existence de prophètes païens, mais les suivre signifiait trahir Yahvé et le yahvisme. Pourquoi donc la législation que nous trouvons dans le Deutéronome se montre-t-elle si dure envers les apostats ? Le Livre de l'Exode, par exemple, admet dans ce cas ce que l'on appelle par le mot hébreu « herem », qui signifie littéralement « interdit » ou « tabou ». Il pouvait alors s'agir soit d'une expulsion, soit d'une exclusion de la communauté, comme cela se fit habituellement dans les siècles suivants, jusqu'à aujourd'hui.
La dureté du Deutéronome pourrait s'expliquer par des conditions historiques concrètes : il fut écrit à une époque où la menace du paganisme était très grande. À cette époque, les autorités du Royaume du Nord, où apparut la première version ancienne du Deutéronome, soutenaient officiellement une double croyance, et parfois même le paganisme comme tel, dont cette double croyance n'était au fond pas si éloignée. Les partisans d'un yahvisme pur étaient persécutés, ce qui ne faisait que radicaliser leurs vues. Il y avait cependant encore autre chose, qui ne se réduisait déjà plus au seul contexte historique du livre. Cela tenait à la prise de conscience de la valeur absolue des relations qui unissent l'homme à Dieu.
Peu à peu, dans la communauté yahviste, se formait la compréhension que la vie sans communion avec Dieu ne vaut rien, que les relations avec Dieu sont plus importantes et plus précieuses que la vie comme telle. Il ne s'agissait pas d'une idée religieuse quelconque, mais d'une expérience qui confirmait visiblement à chacun de ceux qui l'avaient vécue qu'une vie pleinement accomplie n'est possible précisément et uniquement que dans le contexte de la communion avec Dieu, de ces relations de l'homme avec Dieu hors desquelles il y a, sinon la mort instantanée, du moins un lent dépérissement, la perte de la force et de la vie même. Les relations avec Dieu furent donc estimées plus haut que la vie comme telle : elles en étaient la condition et le sens. La religiosité, si fortement exprimée dans le Deutéronome, étendit ces représentations à tout le peuple comme à un tout spirituel unique ; et si quelqu'un devenait responsable de la rupture de cette unité, il devait mourir, car sa vie perdait son sens et sa valeur pour Dieu et pour les hommes. Mesurer la vie spirituelle de l'homme à l'aune religieuse était bien sûr un tribut payé à l'histoire, au lieu et au temps où le livre fut écrit ; mais le système de priorités qui se trouve derrière cette législation correspond pleinement au Décalogue et à la Torah dans son ensemble.