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La Bible en cinq ans pour le 19 novembre 2013

La Bible de Jérusalem (fr)

Ezéchiel, Chapitre 8

I. Avant le siège de Jérusalem> 1 Vision des péchés de Jérusalem.
La sixième année, au sixième mois, le cinq du mois, j’étais assis chez moi et les anciens de Juda étaient assis devant moi ; c’est là que la main du Seigneur Yahvé s’abattit sur moi.
Je regardai : il y avait un être qui avait l’apparence d’un homme. Depuis ce qui paraissait être ses reins et au-dessous, c’était du feu, et depuis ses reins et au-dessus, c’était quelque chose comme une lueur, comme l’éclat du vermeil.
Il étendit une forme de main et me prit par une mèche de cheveux ; l’esprit m’enleva entre ciel et terre et m’emmena à Jérusalem, en des visions divines, à l’entrée du porche intérieur qui regarde le nord, là où se trouve le siège de l’idole de la jalousie, qui provoque la jalousie.
Or voici que la gloire du Dieu d’Israël était là ; elle avait l’aspect de ce que j’avais vu dans la vallée.
Il me dit : « Fils d’homme, lève les yeux vers le nord. » Je levai les yeux vers le nord, et voici qu’au nord du porche de l’autel il y avait cette idole de la jalousie, à l’entrée.
Il me dit : « Fils d’homme, vois-tu ce qu’ils font ? toutes les abominations affreuses que la maison d’Israël pratique ici pour m’éloigner de mon sanctuaire ? Et tu verras encore d’autres abominations affreuses. »
Il me conduisit à l’entrée du parvis. Je regardai : il y avait un trou dans le mur.
Il me dit : « Fils d’homme, fais un trou dans le mur. » Je fis un trou dans le mur et il y eut une ouverture.
Il me dit : « Entre et regarde les misérables abominations qu’ils pratiquent ici. »
10 J’entrai et je regardai : c’étaient toutes sortes d’images de reptiles et de bêtes répugnantes, et toutes les ordures de la maison d’Israël gravées sur le mur, tout autour.
11 Soixante-dix hommes, des anciens de la maison d’Israël, étaient debout devant les idoles — et Yaazanyahu fils de Shaphân était debout parmi eux — ayant chacun son encensoir à la main ; et le parfum du nuage d’encens montait.
12 Il me dit : « As-tu vu, fils d’homme, ce que font dans l’obscurité les anciens de la maison d’Israël, chacun dans sa chambre ornée de peintures ? Ils disent : « Yahvé ne nous voit pas, Yahvé a quitté le pays ». »
13 Et il me dit : « Tu verras encore d’autres abominations affreuses qu’ils pratiquent. »
14 Il m’emmena à l’entrée du porche du Temple de Yahvé qui regarde vers le nord, et voici que les femmes y étaient assises, pleurant Tammuz.
15 Il me dit : « As-tu vu, fils d’homme ? Tu verras encore d’autres abominations plus affreuses que celles-ci. »
16 Il m’emmena vers le parvis intérieur du Temple de Yahvé. Et voici qu’à l’entrée du sanctuaire de Yahvé, entre le vestibule et l’autel, il y avait environ vingt-cinq hommes, tournant le dos au sanctuaire de Yahvé, regardant vers l’orient. Ils se prosternaient vers l’orient, devant le soleil.
17 Et il me dit : « As-tu vu, fils d’homme ? N’est-ce pas assez pour la maison de Juda de pratiquer les abominations auxquelles ils se livrent ici ? Or ils emplissent le pays de violence, ils provoquent encore ma colère : les voici qui approchent le rameau de leur nez.
18 Moi aussi, j’agirai avec fureur ; je n’aurai pas un regard de pitié et je n’épargnerai pas. Ils auront beau crier d’une voix forte à mes oreilles, je ne les écouterai pas. »

Ezéchiel, Chapitre 9

I. Avant le siège de Jérusalem> 1 Le châtiment.
C’est alors que d’une voix forte il cria à mes oreilles : « Ils approchent les fléaux de la ville, chacun son instrument de destruction à la main. »
Et voici que six hommes s’avancèrent, venant du porche supérieur qui regarde le nord, chacun son instrument pour frapper à la main. Au milieu d’eux, il y avait un homme vêtu de lin, qui portait à la ceinture une écritoire de scribe. Ils entrèrent et s’arrêtèrent devant l’autel de bronze.
La gloire du Dieu d’Israël s’éleva de sur le chérubin sur lequel elle était, vers le seuil du Temple, et il appela l’homme vêtu de lin qui avait une écritoire de scribe à la ceinture ;
et Yahvé lui dit : « Parcours la ville, parcours Jérusalem et marque d’un signe au front les hommes qui gémissent et qui pleurent sur toutes les abominations qui se pratiquent au milieu d’elle. »
Je l’entendis dire aux autres : « Parcourez la ville à sa suite et frappez. N’ayez pas un regard de pitié, n’épargnez pas ;
vieillards, jeunes gens, vierges, enfants, femmes, tuez et exterminez tout le monde. Mais quiconque portera le signe au front, ne le touchez pas. Commencez à partir de mon sanctuaire. » Ils commencèrent donc par les vieillards qui étaient dans le Temple.
Et il leur dit : « Souillez le Temple, emplissez les parvis de victimes, sortez. » Ils sortirent et frappèrent à travers la ville.
Or pendant qu’ils frappaient, je fus laissé seul et je tombai face contre terre. Je criai : « Ah ! Seigneur Yahvé, vas-tu exterminer tout ce qui reste d’Israël en déversant ta fureur contre Jérusalem ? »
Il me dit : « La faute de la maison d’Israël et de Juda est immense, le pays est plein de sang, la ville pleine de perversité. Car ils disent : « Yahvé a quitté le pays, Yahvé ne voit pas. »
10 Eh bien ! moi non plus je n’aurai pas un regard de pitié, je n’épargnerai pas. Je leur demande compte de leur conduite. »
11 C’est alors que l’homme vêtu de lin, portant une écritoire à la ceinture, vint rendre compte en ces termes : « J’ai exécuté ce que tu m’as ordonné. »

Ezéchiel, Chapitre 10

I. Avant le siège de Jérusalem> 1 Le châtiment., 18 La gloire de Yahvé quitte le Temple.
Je regardai : voici que sur la voûte qui était sur la tête des chérubins, au-dessus d’eux, apparut comme une pierre de saphir dont l’aspect était semblable à un trône.
Et il dit à l’homme vêtu de lin : « Va au milieu du char, sous le chérubin, prends à pleines mains des charbons du milieu des chérubins et répands-les sur la ville. » Et il y alla sous mes yeux.
Les chérubins se tenaient à droite du Temple lorsque l’homme entra, et la nuée emplissait le parvis intérieur.
La gloire de Yahvé s’éleva de dessus le chérubin vers le seuil du Temple, le Temple fut rempli de la nuée et le parvis fut rempli de la lueur de la gloire de Yahvé.
Et le bruit des ailes des chérubins s’entendit jusqu’au parvis extérieur, comme la voix du Dieu tout-puissant lorsqu’il parle.
Lorsqu’il donna cet ordre à l’homme vêtu de blanc : « Prends du feu au milieu du char, du milieu des chérubins », l’homme vint et se tint près de la roue.
Le chérubin étendit la main d’entre les chérubins, vers le feu qui était au milieu des chérubins ; il le prit et le mit dans la main de l’homme vêtu de lin. Celui-ci le saisit et sortit.
Alors apparut une forme de main humaine sous les ailes des chérubins.
Je regardai : il y avait quatre roues à côté des chérubins, chaque roue à côté de chaque chérubin, et l’aspect des roues était comme l’éclat de la chrysolithe.
10 Elles semblaient avoir le même aspect toutes les quatre, comme si une roue était au milieu de l’autre.
11 Elles avançaient vers les quatre directions et ne se tournaient pas en marchant, car elles avançaient du côté où était dirigée la tête et ne se tournaient pas en marchant.
12 Et tout leur corps, leur dos, leurs mains et leurs ailes ainsi que les roues, étaient pleins de reflets tout autour (leurs roues à tous les quatre).
13 À ces roues on donna — je l’entendis — le nom de « galgal. »
14 Chacun avait quatre faces : la première était la face du chérubin, la seconde une face humaine, la troisième une face de lion et la quatrième une face d’aigle.
15 Les chérubins s’élevèrent : c’était l’animal que j’avais vu sur le fleuve Kebar.
16 Lorsque les chérubins avançaient, les roues avançaient à côté d’eux ; lorsque les chérubins levaient les ailes pour s’élever de terre, les roues ne se tournaient pas non plus à côté d’eux.
17 Lorsqu’ils s’arrêtaient, elles s’arrêtaient, et lorsqu’ils s’élevaient, elles s’élevaient avec eux, car l’esprit de l’animal était en elles.
18 La gloire de Yahvé sortit de sur le seuil du Temple et s’arrêta sur les chérubins.
19 Les chérubins levèrent leurs ailes et s’élevèrent de terre à mes yeux, en sortant, les roues avec eux. Ils s’arrêtèrent à l’entrée du porche oriental du Temple de Yahvé, et la gloire du Dieu d’Israël était sur eux, au-dessus.
20 C’était l’animal que j’avais vu sous le Dieu d’Israël au fleuve Kebar, et je sus que c’étaient des chérubins.
21 Chacun avait quatre faces et chacun quatre ailes, avec des formes de mains humaines sous leurs ailes.
22 Leurs faces étaient semblables aux faces que j’avais vues près du fleuve Kebar. Chacun allait droit devant soi.
Lire la suite:Ezéchiel, Chapitre 11
Notes:
Commentaire sur le fragment en cours
Commentaire sur le livre
Notes sur la partie

8:1 b) Septembre-octobre 592.


8:2 c) « d’un homme » grec ; « du feu » hébr.


8:2 d) Comme en 1.26-28, c’est Yahvé lui-même qui apparaît au prophète. Au v. 4 ce n’est plus que « la gloire de Yahvé », cf. encore 1.28.


8:3 e) Elles vont montrer au prophète la culpabilité de Jérusalem, mais non pour des péchés passés ou en vertu d’une solidarité juridique avec des pécheurs ce sont ses propres péchés et ses péchés présents qui provoquent le châtiment imminent, cf. 14.12.


8:3 f) La jalousie de Yahvé, irrité par toute pratique idolâtrique. Cette « idole de la jalousie » est peut-être la statue d’Astarté que Manassé avait introduite dans le Temple, 2 R 21.7.


8:14 g) Divinité assyro-babylonienne d’origine populaire, célèbre, sous le nom sémitique d’Adonis (« Mon Seigneur »), dans la mythologie méditerranéenne. Chaque année, au mois de Tammuz (juin-juillet), à l’occasion du séjour du dieu aux enfers, on célébrait son deuil.


8:17 h) On ne peut définir avec certitude le rite auquel il est fait allusion ici.


9:1 i) La vision va montrer que le châtiment ne frappera pas tout le monde indistinctement. Il épargnera les innocents, cf. 14.12.


9:4 j) Littéralement « d’un tav » (dernière lettre de l’alphabet hébreu), comme traduit la Vulg.


10:1 k) Après l’extermination des habitants, l’anéantissement de la cité.


10:13 l) Signification incertaine ; peut-être « char » (cf. 10.2, 6), ou « tourbillon ».


10:14 m) « la première », « la seconde » syr. ; « la face du premier », « la face du second » hébr.


10:19 n) « ils s’arrêtèrent » versions ; « il s’arrêta » hébr. — Le porche de l’orient est celui qui donne sur la vallée du Cédron et le mont des Oliviers, cf. 11.23.


10:22 o) Hébr. ajoute ici « leur apparence et eux » (?), omis par grec.


À la différence du livre de Jérémie, celui d’Ézéchiel se présente comme un tout bien ordonné. Après une introduction, 1.3, où le prophète reçoit de Dieu sa mission, le corps du livre se divise clairement en quatre parties : 1° les chap. 4-24 contiennent presque uniquement des reproches et des menaces contre les Israélites avant le siège de Jérusalem ; 2° les chap. 25-32 Sont des oracles contre les nations, où le prophète étend la malédiction divine aux complices et aux provocateurs de la nation infidèle ; 3° dans les chap. 33-39, pendant et après le siège, le prophète console son peuple en lui promettant un avenir meilleur ; 4° il prévoit enfin, chap. 40-48, le statut politique et religieux de la communauté future, rétablie en Palestine.

Cependant, cette logique de la composition dissimule de sérieuses failles. Il y a de nombreux doublets, ainsi 3.17-21 = 33.7-9 ; 8.25-29 = 33.17-20, etc. Les indications sur le mutisme dont Ézéchiel est frappé par Dieu, 3.26 ; 24.27 ; 33.22, sont séparées par de longs discours. La vision du char divin, 1.4 – 3.15, est interrompue par celle du livre, 2.1 – 3.9. De même, la description des péchés de Jérusalem, 11.1-21, fait suite au chap. 8 et coupe manifestement le récit du départ du char divin qui, de 10.22, se continue en 11.22. Les dates données dans les chap. 26-33 ne se suivent pas. Ces maladresses sont difficilement imputables à un auteur écrivant son ouvrage d’un seul jet. Il est beaucoup plus vraisemblable qu’elles sont le fait de disciples travaillant sur des écrits ou des souvenirs, les combinant et les complétant. Le livre d’Ézéchiel a donc eu, dans une certaine mesure, le sort des autres livres prophétiques. Mais l’égalité de la forme et de la doctrine nous assure que ces disciples nous ont gardé fidèlement la pensée et, généralement, la parole même de leur maître. Leur travail rédactionnel est surtout sensible dans la dernière partie du livre, 40-48, dont le noyau remonte cependant à Ézéchiel lui-même.

D’après l’état actuel, Ézéchiel a exercé toute son activité parmi les exilés de Babylonie entre 593 et 571, les dates extrêmes données par le texte, 1.2 et 29.17. On s’est étonné que, dans ces conditions, les oracles de la première partie paraissent adressés aux habitants de Jérusalem et que parfois Ézéchiel ait l’air d’être corporellement présent dans la ville, surtout 11.13. On a donc émis l’hypothèse d’un double ministère d’Ézéchiel : il serait resté en Palestine et y aurait prêché jusqu’après la ruine de Jérusalem en 587. C’est seulement alors qu’il aurait rejoint les captifs de Babylonie. La vision du rouleau en 2.1–3.9 marquerait la vocation du prophète en Palestine, celle du char divin, 1.4-28 et 3.10-15, marquerait l’arrivée chez les exilés. Le transfert de cette vision au début du livre en aurait changé toute la perspective. Cette hypothèse sert à répondre à certaines difficultés, mais elle en soulève d’autres. Elle entraîne de sérieux remaniements du texte, elle doit admettre que, même pendant son ministère « palestinien », Ézéchiel vivait ordinairement en dehors de la ville, puisqu’il y est « transporté », 8.3, et il est curieux que, si Ézéchiel et Jérémie ont prêché ensemble à Jérusalem, ni l’un ni l’autre ne fasse allusion au ministère de son confrère. D’autre part, les difficultés de la thèse traditionnelle ne doivent pas être exagérées : les reproches adressés aux gens de Jérusalem servaient de leçon aux exilés et, lorsque Ézéchiel paraît être dans la Ville Sainte, le texte dit explicitement qu’il y est transporté « en vision », 8.3, comme il en est ramené « en vision », 11.24. L’hypothèse d’un double ministère ne garde que peu de partisans.

Quelle que soit la solution adoptée, la même grande figure se dégage du livre. Ézéchiel est un prêtre, 1.3. Le Temple est sa préoccupation majeure, qu’il s’agisse du Temple présent qui est souillé par des rites impurs, 8, et que quitte la Gloire de Yahvé, 10, ou du Temple futur, dont il décrit minutieusement le plan, 40-42, et où il voit revenir Dieu, 43. Il a le culte de la Loi et, dans son histoire des infidélités d’Israël, 20, le reproche d’avoir « profané les sabbats » revient comme un refrain. Il a horreur des impuretés légales, 4.14, et un grand souci de séparer le sacré du profane, 45.1-6. En qualité de prêtre, il réglait des cas de droit ou de morale, et son enseignement prend de ce fait un tour casuistique, 18. Sa pensée et son vocabulaire s’apparentent à la Loi de Sainteté, Lv 17-26. Cependant on ne peut démontrer ni qu’il s’en soit inspiré ni que la Loi de Sainteté dépende de lui, et les contacts les plus frappants se trouvent dans des passages rédactionnels. Il reste que les deux ensembles ont été transmis dans des milieux de pensée très voisins. L’œuvre d’Ézéchiel s’intègre au courant « sacerdotal » comme celle de Jérémie appartenait au courant « deutéronomiste ».

Mais ce prêtre est aussi un prophète d’action. Plus qu’aucun autre, il a multiplié les gestes symboliques. Il mime le siège de Jérusalem, 4.1 – 5.4, le départ des émigrants, 12.1-7, le roi de Babylone à la croisée des chemins, 21.23s, l’union de Juda et d’Israël, Ez 37.15s. Jusque dans les épreuves personnelles que Dieu lui envoie, il est un « signe » pour Israël, 24.24, comme avaient été Osée, Isaïe et Jérémie. Mais la complexité de ses actions symboliques contraste avec la simplicité des gestes de ses prédécesseurs.

Ézéchiel est surtout un visionnaire. Son livre ne contient que quatre visions proprement dites, mais elles occupent une place considérable : 1-3 ; 8-11 ; 37 ; 40-48. Elles ouvrent un monde fantastique : les quatre animaux du char de Yahvé, la sarabande cultuelle du Temple avec son grouillement de bêtes et d’idoles, la plaine d’ossements qui s’animent, un Temple futur dessiné comme sur un plan d’architecte, d’où jaillit un fleuve de rêve dans une géographie utopique. Ce pouvoir d’imaginer s’étend aux tableaux allégoriques que trace le prophète : les deux sœurs Ohola et Oholiba, 23, le Naufrage de Tyr, 27, le Pharaon-Crocodile, 29 et 32, l’Arbre Géant, 31, la Descente aux Enfers, 32.

En contraste avec cette puissance visuelle, peut-être comme sa rançon et comme si l’intensité des images étouffait l’expression, le style d’Ézéchiel est monotone et gris, froid et dilué, d’une indigence rare quand on le compare à celui des grands classiques, à la pureté vigoureuse d’Isaïe, à la chaleur émouvante de Jérémie. L’art d’Ézéchiel vaut par ses dimensions et son relief, qui créent comme une atmosphère d’horreur sacrée devant le mystère du divin.

On voit que, si par bien des traits Ézéchiel se relie à ses prédécesseurs, il ouvre néanmoins une voie nouvelle. Et cela est vrai aussi de sa doctrine. Ézéchiel rompt avec le passé de sa nation. Le souvenir des promesses faites aux Pères et de l’Alliance conclue au Sinaï apparaît sporadiquement mais, si Dieu a sauvé jusqu’ici son peuple souillé dès sa naissance, 16.3s, ce n’est pas pour accomplir les promesses, c’est pour défendre l’honneur de son nom, 20 ; s’il doit remplacer l’Alliance ancienne par une Alliance éternelle, 16.60 ; 37.26s, ce n’est pas en récompense d’un « retour » du peuple vers lui, c’est par une bienveillance pure, nous dirions une grâce prévenante, et le repentir viendra après, 16.62-63. Le messianisme d’Ézéchiel, d’ailleurs peu exprimé, n’est plus royal et glorieux : il annonce bien un futur David mais celui-ci ne sera que le « berger » de son peuple, 34.23 ; 37.24, un « prince », 24.24, et non plus un roi, pour lequel il n’y a pas de place dans la vision théocratique de l’avenir, 45.7s. Il rompt avec la tradition de la solidarité dans le châtiment et affirme le principe de la rétribution individuelle, 18 ; cf. 33. Solution théologique provisoire qui, trop souvent contredite par les faits, conduira lentement à l’idée d’une rétribution outre-tombe. Prêtre si attaché à son Temple, il rompt, comme avait déjà fait Jérémie, avec l’idée que Dieu est lié à son sanctuaire. En lui se marient l’esprit prophétique et l’esprit sacerdotal qui étaient restés souvent opposés : les rites – qui subsistent – sont valorisés par les sentiments qui les inspirent. Toute la doctrine d’Ézéchiel est centrée sur le renouvellement intérieur : il faut se faire un cœur nouveau et un esprit nouveau, 18.31, ou plutôt Dieu lui-même donnera un « autre » cœur, un cœur « nouveau », et mettra dans l’homme un esprit « nouveau », 11.19 ; 36.26. Comme pour la bienveillance divine qui prévient le repentir, on est ici au seuil de la théologie de la grâce, que développeront saint Jean et saint Paul.

Cette spiritualisation de toutes les données religieuses est le grand apport d’Ézéchiel. Quand on l’appelle le père du Judaïsme, on se réfère souvent à son souci de séparation du profane, de pureté légale, à ses minuties rituelles, et l’on pense aux Pharisiens. Cela est tout à fait injuste : Ézéchiel, comme Jérémie mais d’une autre manière, est à l’origine du courant spirituel très pur qui a traversé le judaïsme et débouche dans le Nouveau Testament. Jésus est le Bon Pasteur qu’Ézéchiel avait annoncé et il a inauguré le culte en esprit que celui-ci avait appelé.

Par un autre de ses aspects, Ézéchiel est à l’origine du courant apocalyptique. Ses visions grandioses préludent à celles de Daniel et il n’est pas étonnant que dans l’Apocalypse de saint Jean on retrouve si souvent son influence.

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