Quiconque connaît un peu la vie spirituelle connaît des définitions d'états spirituels comme la «sécheresse» et quelque chose d'opposé à cette sécheresse, pour quoi l'on n'a justement pas trouvé de définition univoque, parce que, dans la vie spirituelle, le négatif nous est en général beaucoup plus compréhensible que le positif. Ce n'est pas un hasard si nous trouvons si facilement des mots pour parler du péché et de la lutte contre lui, et si difficilement pour parler de la grâce et des hauts exploits spirituels: pour le premier, les mots se trouvent facilement dans notre langue; pour le second, très difficilement.
Il en est ainsi pour l'hymnographe: il définit son état présent par le mot «sécheresse», parlant d'une «âme sèche», tandis qu'il n'ose pas définir d'une manière univoque ce vers quoi il tend; il dit seulement qu'il a besoin de Dieu comme la terre sèche de la steppe a besoin de l'humidité de la pluie. Qu'est donc cette sécheresse? D'où vient-elle?
Il est question ici, bien sûr, d'un homme qui vit une vie spirituelle pleine et qui cherche à suivre le chemin de la justice. Or le chemin de la justice suppose, premièrement, des relations avec Dieu, sans lesquelles aucune vie spirituelle n'est possible, et deuxièmement, l'observance de la Torah, des lois et des commandements donnés par Dieu, sans quoi il ne peut y avoir de relations normales avec Dieu.
L'homme qui vit une vie spirituelle pleine estime nécessaire pour lui d'observer la Torah toujours et en tout cas; pourtant la nature humaine déchue, abîmée par la chute, s'y oppose de toutes les manières, non seulement au niveau spirituel, mais aussi à tous les autres. Cette lutte de l'homme contre lui-même, si bien décrite notamment par Paul dans ses lettres, détourne parfois complètement l'homme de Dieu, déplaçant le foyer principal de l'attention de celui qui cherche le chemin juste de Dieu vers lui-même, de sorte qu'au centre de son attention se trouve non Dieu, mais sa propre humanité abîmée par le péché.
La concentration sur ses propres péchés, lorsque leur opposition devient, peut-être sans que l'homme lui-même s'en aperçoive, une fin en soi, déforme les relations de l'homme avec Dieu. Les relations normales avec Lui ne sont possibles que lorsque Lui-même est au centre, et non ce qui favorise ou, au contraire, empêche les relations avec Lui. Il suffit de concentrer l'attention non sur Lui, mais sur quoi que ce soit d'autre, même lié à Lui, pour que la vie spirituelle normale prenne fin.
C'est alors que l'homme vit la sécheresse comme un manque de cette vie de Dieu, de ce souffle vivifiant dont l'acquisition est le but et le sens de la vie spirituelle, sans lequel le chemin de la justice est impossible et l'observance même des commandements perd son sens. Et l'hymnographe cherche ce souffle, demande à Dieu ce sans quoi il ne peut vivre, ce sans quoi sa vie perd tout sens.
