À première vue, la lecture d'aujourd'hui contient des reproches adressés au peuple pour son ingratitude, pour le fait qu'ayant reçu de Dieu tout...
À première vue, la lecture d'aujourd'hui contient des reproches adressés au peuple pour son ingratitude, pour le fait qu'ayant reçu de Dieu tout, il s'est finalement détourné de Dieu et L'a oublié (v. 10). Mais à une lecture plus attentive, il devient clair que tout n'est pas si simple. Ce n'est pas par hasard qu'Israël est ici opposé aux autres peuples (v. 1). Il semblerait que ces autres ne connaissent pas Dieu et ne L'adorent pas, tout comme Israël, qui a oublié son Dieu, ne L'adore pas. Mais ces autres peuples ne L'ont jamais connu.
Avec Israël, la situation est autre: l'existence même du peuple juif est liée à l'intervention directe de Dieu dans l'histoire. En effet, la nation juive s'est formée au cours de l'Exode, qui n'aurait pas eu lieu si Dieu ne l'avait pas organisé. Avec les autres peuples, tout était différent; leur existence est conditionnée par des causes naturelles (dans la mesure où l'on peut considérer les processus sociaux comme naturels). Bien sûr, Dieu ne les abandonne pas non plus, mais, dans l'ensemble, l'histoire de ces peuples se déroule naturellement. L'histoire du peuple de Dieu, elle, a été dès le commencement conçue par Dieu comme une histoire surnaturelle, qui serait conditionnée non par des causes sociales, mais par des causes spirituelles.
Bien sûr, cela n'aurait été possible que si le peuple y avait consenti et avait permis à Dieu de diriger sa vie. À la différence des processus naturels, qui se déroulent sans demander le consentement de l'homme, l'action spirituelle suppose toujours sa participation, et, s'il s'agit de l'action de Dieu, une participation volontaire. C'est pourquoi le peuple de Dieu a toujours la possibilité de refuser le chemin proposé par Dieu. Mais, dans ce cas, il perd aussi sa perspective historique. Car le peuple de Dieu ne devait pas exister selon les lois naturelles; il n'a jamais été dans les plans de Dieu comme l'un des nombreux peuples qui existent selon de telles lois. Il ne peut exister que de la manière dont Dieu lui propose d'exister. Le peuple de Dieu n'est pas adapté à une autre existence; il ne peut ni ne doit exister autrement, il n'y a pas de place pour lui dans l'histoire naturelle. Toute tentative de vivre «comme tout le monde» ne le conduit qu'à la dégénérescence spirituelle, à la décomposition morale et à la catastrophe nationale.
Mais, hélas, il y a eu en tout temps dans le peuple juif des gens qui ne le comprenaient pas. Au temps d'Osée, ils étaient majoritaires au Nord. Et Dieu ne reproche pas seulement à Son peuple son ingratitude: Il l'avertit qu'il n'a qu'une seule possibilité de survivre spirituellement et physiquement: se tourner vers son Dieu et Lui garder fidélité. Comme tout homme qui s'est engagé sur le chemin de Dieu. Un chemin dont on ne peut se détourner sans perdre à la fois Dieu et soi-même.
1 t) Oracle prononcé peut-être lors de quelque fête agricole.
1 u) « ne jubile pas » grec ; « vers la jubilation » hébr., à moins qu’il ne faille comprendre « jusqu’au délire ».
1 v) Les biens de la terre sont considérés comme le salaire des prostitutions d’Israël parce que le peuple les considère comme le résultat de son culte rendu aux Baals avec ses pratiques immorales, cf. 2.7.
2 w) La suite explique pourquoi ils ne seront plus là pour en profiter, car ils seront déportés. D’autres les mangeront, 8.7. — « les décevra » mss. hébr. et versions ; « la décevra » texte reçu.
3 x) Tout pays étranger est impur, souillé qu’il est par la présence des idoles, cf. Am 7.17 ; 1 S 26.19. Et en exil on n’aura pas la possibilité de s’abstenir d’aliments impurs.
4 y) La présence d’un mort rendait impurs les aliments préparés dans la maison mortuaire.
4 z) L’exil rendra impossible l’offrande des prémices au Temple, Dt 26.2.
5 a) Il s’agit sans doute de la fête des Tentes qu’on ne peut célébrer en exil, puisqu’il faut se présenter devant Yahvé, Ex 23.16s.
8 b) Texte très obscur, probablement corrompu, mais les diverses corrections proposées ne sont pas satisfaisantes.
10 c) L’épisode, raconté en Nb 25, se situe dans la plaine, à l’est de l’extrémité septentrionale de la mer Morte, cf. Nb 25.1 ; Jos 2.1. L’infidélité d’Israël s’est donc déjà manifestée aux portes de la Terre promise et a pesé sur toute son histoire.
10 d) Hébr. boshet, désignation méprisante des Baals, cf. 2 S 4.4.
13 e) V. très difficile, probablement corrompu ; litt. « Éphraïm, comme je vois pour Tyr, plantée dans une prairie ». Le prophète veut peut-être comparer la splendeur d’Éphraïm à celle de Tyr, cf. Isa 23.7s ; Ez 27, mais le mot est incertain. Le grec a lu çaîd, « du gibier », au lieu de çôr, « Tyr ».
15 f) Il s’agit sans doute des désobéissances de Saül à Gilgal, 1 S 13.7-14 ; 1 S 15.12-33, continuées actuellement par la rébellion des chefs (fins du v.).
16 g) « fruit » perî, jeu de mots avec Éphraïm, cf. aussi 8.9, 13.15, 14 9.
Originaire du royaume du Nord, Osée est le contemporain d’Amos, puisqu’il a commencé de prêcher sous Jéroboam II ; son ministère s’est prolongé sous les successeurs de ce roi ; mais il ne paraît pas qu’il ait vu la ruine de Samarie en 721. C’est en Israël une sombre période : conquêtes assyriennes de 734-732, révoltes intérieures – quatre rois sont assassinés en quinze ans –, corruption religieuse et morale.
De la vie d’Osée pendant cette période troublée, nous ne connaissons que son drame personnel, 1-3, mais celui-ci fut décisif pour son action prophétique. Le sens de ces premiers chapitres est discuté. Voici l’interprétation la plus vraisemblable : Osée avait épousé une femme qu’il aimait et qui l’a quitté, mais il a continué de l’aimer et l’a reprise après l’avoir éprouvée. L’expérience douloureuse du prophète devient un symbole de la conduite de Yahvé envers son peuple et la conscience de ce symbolisme a pu modifier la présentation des faits. Le chap. 2 fait l’application et donne en même temps la clé de tout le livre : Israël a été épousée par Yahvé, elle s’est conduite comme une femme infidèle, comme une prostituée, et a provoqué la fureur et la jalousie de son époux divin. Celui-ci l’aime toujours, il la châtiera mais pour la ramener à lui et lui rendre les joies de leur premier amour.
Avec une audace qui étonne et une passion qui bouleverse, l’âme tendre et violente d’Osée a exprimé pour la première fois les rapports de Yahvé et d’Israël dans les termes d’un mariage. Tout son message a pour thème fondamental l’amour de Dieu méconnu par son peuple. Sauf une courte idylle au désert, Israël n’a répondu aux avances de Yahvé que par la trahison. Osée s’en prend surtout aux classes dirigeantes de la société. Les rois, choisis contre la volonté de Yahvé, ont, par leur politique séculière, dégradé le peuple élu au rang des autres peuples. Les prêtres, ignorants et rapaces, conduisent le peuple à sa perte. Comme Amos, Osée condamne les injustices et les violences, mais il s’appesantit plus que lui sur l’infidélité religieuse : Yahvé est à Béthel l’objet d’un culte idolâtrique, on l’associe à Baal et à Astarté dans le culte licencieux des hauts lieux. Osée proteste contre le titre de baal, au sens de « Seigneur », que l’on donnait à Yahvé, 2.18, et il revendique pour le Dieu d’Israël l’action bienfaisante que l’on était tenté d’attribuer à Baal, dieu de la fertilité, 2.7, 10 ; Yahvé est un Dieu jaloux, qui veut avoir sans partage le cœur de ses fidèles : « Ce que je veux, c’est l’amour, non les sacrifices, la connaissance de Dieu, non les holocaustes », 6.6. Le châtiment est donc inévitable : cependant, Dieu ne châtie que pour sauver. Israël dépouillé et humilié se souviendra du temps où il était fidèle, et Yahvé accueillera son peuple repentant, qui jouira du bonheur et de la paix.
Après avoir voulu retrancher du livre toute annonce de bonheur et tout ce qui concernait Juda, la critique revient à des jugements plus modérés. Ne faire d’Osée qu’un prophète de malheur serait fausser tout son message et il est naturel que son regard se soit étendu sur le royaume voisin de Juda. Il faut cependant admettre que la collection des oracles d’Osée, rassemblée en Israël, a été recueillie en Juda et y a été l’objet d’une ou de deux révisions. Les marques de ce travail d’édition se trouvent dans le titre, 1.1, et dans certains passages, par exemple 1.7 ; 5.5 ; 6.11 ; 12.3. Le verset final, 14.10, est la réflexion d’un sage de l’époque exilique ou postexilique sur l’enseignement principal du livre et sur sa profondeur. La difficulté de son interprétation est accrue pour nous par l’état déplorable du texte hébreu, qui est l’un des plus corrompus de tout l’Ancien Testament.
Le livre d’Osée a eu des résonances profondes dans l’Ancien Testament et on retrouve son écho dans les exhortations des prophètes suivants à une religion du cœur, inspirée par l’amour de Dieu. Jérémie a été profondément influencé par lui. Il n’est pas étonnant que le Nouveau Testament cite Osée ou s’en inspire assez souvent. L’image matrimoniale des relations entre Yahvé et son peuple a été reprise par Jérémie, Ézéchiel et la seconde partie d’Isaïe. Le Nouveau Testament et la communauté issue de lui l’ont appliquée aux rapports entre Jésus et son Église. Les mystiques chrétiens l’ont étendue à toutes les âmes fidèles.