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La Bible en cinq ans pour le 17 décembre 2011

La Bible de Jérusalem (fr)

Juges, Chapitre 17

D. LA ROYAUTÉ D’ABIMÉLEK> 1 Appendices, 1 1. LE SANCTUAIRE DE MIKA ET LE SANCTUAIRE DE DAN, 1 Le sanctuaire privé de Mika.
Il y avait un homme de la montagne d’Éphraïm appelé Mikayehu.
Il dit à sa mère : « Les onze cents sicles d’argent qu’on t’avait pris, et au sujet desquels tu avais prononcé une malédiction — et même tu me l’avais fait entendre... — eh bien, cet argent, le voici, c’est moi qui l’avais pris. » Sa mère dit : « Que mon fils soit béni de Yahvé ! »
Il rendit les onze cents sicles à sa mère, qui dit : « J’avais bien voué cet argent à Yahvé, de ma propre main, pour mon fils, pour faire une image taillée et une idole de métal fondu, mais maintenant je veux te le rendre. » Il rendit donc l’argent à sa mère.
Alors sa mère prit deux cents sicles d’argent et les remit au fondeur. Celui-ci en fit une image taillée et une idole de métal fondu qui fut placée dans la maison de Mikayehu.
Cet homme, Mika, avait une maison de Dieu ; il fit un éphod et des téraphim, et il donna l’investiture à l’un de ses fils qui devint son prêtre.
En ce temps-là il n’y avait pas de roi en Israël et chacun faisait ce qui lui plaisait.
Il y avait un jeune homme de Bethléem en Juda, du clan de Juda, qui était lévite et résidait là comme étranger.
Cet homme quitta la ville de Bethléem en Juda, pour s’établir comme étranger là où il pourrait. Au cours de son voyage, il arriva dans la montagne d’Éphraïm à la maison de Mika.
Mika lui demanda : « D’où viens-tu ? » — « Je suis lévite de Bethléem en Juda, lui répondit l’autre. Je voyage afin de m’établir comme étranger là où je pourrai » —
10 « Fixe-toi chez moi, lui dit Mika, sois pour moi un père et un prêtre et je te donnerai dix sicles d’argent par an, l’habillement et la nourriture. » Le lévite s’en alla.
11 Puis, le lévite consentit à se fixer chez cet homme et le jeune homme fut pour lui comme l’un de ses fils.
12 Mika donna l’investiture au lévite ; le jeune homme devint son prêtre et il demeura dans la maison de Mika.
13 « Et maintenant, dit Mika, je sais que Yahvé me fera du bien, puisque j’ai ce lévite pour prêtre. »
Lire la suite:Juges, Chapitre 18
Notes:
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Commentaire sur le livre
Notes sur la partie

1 r) Les deux récits de 17-18 et 19-21, qui ont des origines différentes, ont été ajoutés ici parce qu’ils se rapportaient à des événements antérieurs à la monarchie. Le rattachement de ces anciens récits au livre des juges est peut-être postérieur à l’Exil.


1 s) Le sujet principal des chap. 17-18 est l’histoire de la fondation du sanctuaire de Dan et de l’origine de son sacerdoce. Cette tradition est certainement d’origine danite, et cependant le jugement porté est négatif l’idole du sanctuaire est le produit d’un double vol ; le sacerdoce remonte à un lévite gyrovague qui abandonne son premier employeur pour aller gagner davantage. Il est possible que ce jugement ait été porté par des desservants du sanctuaire royal de Dan, établi par le roi Jérobam I qui y plaça peut-être des prêtres d’une autre lignée, 1 R 12.28-31. C’est à cette autorité du roi sur le culte que se rapporteraient les notices de 17.6 ; 18.1, qui expriment sur la royauté une opinion favorable étrangère à l’esprit deutéronomiste. — Cette histoire est liée à celle de la migration des Danites, cf. 18.1.


1 t) Mikayehû « Qui est comme Yahvé ? » abrégé partout ailleurs en Mika.


2 u) Les paroles d’une malédiction, étant efficaces par elles-mêmes, ne sont pas répétées, et leur action est contrecarrée par la bénédiction qui suit, et peut-être par la consécration d’une partie de l’argent. — Les vv. 2-3, traduits littéralement, restent assez obscurs.


4 v) On peut concevoir qu’il s’agit d’une seule idole, cf. 18.20, 30, 31, en bois taillé revêtue d’argent, et la distinction en 18.17 et 18 serait rédactionnelle ; il est possible que l’une des deux ait été ajoutée d’après Dt 27.15. — C’est le seul exemple clair d’une image cultuelle de Yahvé, contrairement à la loi du Décalogue plusieurs fois répétée, cf. Ex 20.4. Cependant elle n’est pas condamnée, pas plus que l’éphod et les téraphim, v. 5, qui deviendront des objets suspects dans le Yahvisme officiel.


5 w) Selon l’ancien usage, qui autorisait les chefs de clan et de famille à remplir eux-mêmes l’office de prêtre et à choisir leurs prêtres. La suite du récit montre cependant que le privilège des lévites était reconnu.


7 x) Cette précision est problématique, car elle ne convient guère pour un homme qui appartient normalement à la tribu de Lévi. Le statut de cet homme est celui d’un « étranger résident » comme le souligne le texte, cf. Ex 12.48.


10 y) Le lévite n’accepte pas tout de suite la proposition, mais, après réflexion, il répond favorablement à la demande de Mika.


L’histoire des Juges est racontée dans la partie centrale, 2.6 – 16 31. Les modernes distinguent six « grands » juges, Otniel, Éhud, Baraq (et Débora), Gédéon, Jephté, Samson, dont les actions sont racontées d’une manière plus ou moins détaillée, et six « petits » juges, Shamgar, 3.31, Tola et Yaïr, 10.1-5, Ibçân, Élôn et Abdôn, 12.8-15, qui font seulement l’objet de brèves mentions. Mais cette distinction n’est pas faite dans le texte, il y a une différence beaucoup plus profonde entre les deux groupes et le titre commun de « juges » qui leur est donné est le résultat de la composition du livre, qui a joint des éléments d’abord étrangers entre eux. Les « grands juges » sont des héros libérateurs ; leur origine, leur caractère, leurs actions varient beaucoup, mais ils ont un trait commun : ils ont reçu une grâce spéciale, un charisme, ils ont été spécialement choisis par Dieu pour une mission de salut. Leurs histoires ont d’abord été racontées oralement, sous différentes formes, et elles se sont accrues d’éléments divers. Elles ont finalement été réunies dans un « livre des libérateurs », composé dans le royaume du Nord dans la première partie de l’époque monarchique. Il comprenait l’histoire d’Éhud, celle de Baraq et de Débora, peut-être déjà contaminée par le récit de Jos 11, concernant Yabîn de Haçor, l’histoire de Gédéon/Yerubbaal, à quoi l’on attacha l’épisode de la royauté d’Abimélek, l’histoire de Jephté augmentée de celle de sa fille. On recueillit deux vieilles pièces poétiques, le Cantique de Débora, 5, qui double le récit en prose, 4, et l’apologue de Yotam, 9.7-15, dirigé contre la royauté d’Abimélek. Dans ce livre, les héros de certaines tribus devenaient des figures nationales qui avaient mené les guerres de Yahvé pour tout Israël. Les « petits juges », Tola, Yaïr, Ibçan, Élôn, Abdôn, viennent d’une tradition différente. On ne leur attribue aucun acte sauveur, on donne seulement des informations sur leur origine, leur famille et le lieu de leur sépulture, et l’on dit qu’ils ont « jugé » Israël pendant un nombre précis et variable d’années. D’après les emplois du verbe shâphât, « juger », dans les langues sémitiques de l’Ouest apparentées à l’hébreu, à Mari au XVIIIe siècle av. J.-C., et à Ugarit au XIIIe siècle, jusque dans les textes phéniciens et puniques de l’époque gréco-romaine (les « suffètes » de Carthage), ces « juges » ne rendaient pas seulement la justice, ils gouvernaient. Leur autorité ne s’étendait pas au-delà de leur ville ou de leur district. Ce fut une institution politique intermédiaire entre le régime tribal et le régime monarchique. Les premiers rédacteurs deutéronomistes possédaient des renseignements authentiques sur ces juges, mais ils ont étendu leur pouvoir à tout Israël et les ont mis en succession chronologique. Ils ont transféré leur titre aux héros du « livre des libérateurs », qui sont ainsi devenus des « juges d’Israël ». Jephté servit de trait d’union entre les deux groupes : il avait été un libérateur mais il avait aussi été un juge : on connaissait et on donne à son propos les mêmes informations, 11.1-2 ; 12.7, que pour les « petits juges » au milieu desquels son histoire est insérée. On assimila aussi une figure qui n’avait primitivement rien à faire avec aucun des deux groupes : le singulier héros danite Samson, qui n’avait été ni un libérateur ni un juge mais dont on racontait en Juda les prouesses contre les Philistins, 13-16. On ajouta à la liste Otniel, 3.7-11, qui appartient à l’époque de la conquête, cf. Jos 15.16-19 ; 1.12-15, et, plus tard, Shamgar, 3.31, qui n’est même pas un Israélite, cf. Jg 5.6 ; on obtenait ainsi le chiffre de douze, symbolique de tout Israël. C’est également la rédaction deutéronomiste qui a donné au livre son cadre chronologique : retenant les informations authentiques sur les « petits juges », elle a ponctué les récits par des indications conventionnelles, où reviennent les chiffres de 40, durée d’une génération, ou de son multiple 80, ou de sa moitié 20, dans un effort pour obtenir un total qui, combiné avec d’autres données de la Bible, corresponde aux 480 ans que l’histoire deutéronomiste met entre la sortie d’Égypte et la construction du Temple, 1 R 6.1. Dans ce cadre, les histoires des Juges remplissent sans laisser de lacunes la période qui s’est écoulée entre la mort de Josué et le début du ministère de Samuel. Mais les rédacteurs deutéronomistes ont surtout donné au livre son sens religieux. Celui-ci s’exprime dans l’introduction générale de 2.6 – 3.6 et dans l’introduction particulière à l’histoire de Jephté, 10.6-16, ainsi que dans les formules rédactionnelles qui remplissent presque toute l’histoire d’Otniel, qui est une composition deutéronomiste, et qui encadrent les grandes histoires suivantes : les Israélites ont été infidèles à Yahvé et il les a livrés à des oppresseurs, les Israélites ont invoqué Yahvé et celui-ci leur a envoyé un sauveur, le juge. Mais les infidélités reprennent, et la série recommence. Ce livre deutéronomiste des Juges eut au moins deux éditions. Les indices les plus clairs sont : les deux éléments qui s’additionnent dans l’introduction, 2.11-19 et 2.6-10 + 2.20-3 6, et les deux conclusions à l’histoire de Samson, 15.20 et 16.30, qui signifient que le chap. 16 est une addition.

Ce livre ne contenait pas encore les appendices, 17-21. Ceux-ci ne racontent pas l’histoire d’un juge, mais ils rapportent des événements qui se sont passés avant l’institution de la monarchie, et c’est pourquoi ils ont été ajoutés à la fin du livre après le retour de l’Exil. Ils reproduisent d’anciennes traditions et ils ont eu une longue histoire littéraire ou prélittéraire avant d’être insérés ici. Les chap. 17-18 ont pour origine une tradition danite sur la migration de la tribu et la fondation du sanctuaire de Dan, qui a été transformée dans un sens péjoratif. Les chap. 19-21 Combinent deux traditions des sanctuaires de Miçpa et de Béthel, qui furent étendues à tout Israël ; peut-être d’origine benjaminite, ces traditions furent révisées en Juda dans un sens hostile à la royauté de Saül à Gibéa.

Le livre est à peu près notre seule source pour la connaissance de l’époque des Juges. Il ne permet pas d’en écrire une histoire suivie. La chronologie qu’il donne est artificielle, nous l’avons dit. Elle additionne des périodes qui ont pu se chevaucher dans le temps, les oppressions comme les libérations n’affectant jamais qu’une partie du territoire, et l’époque des Juges ne s’est pas étendue sur plus d’un siècle et demi.

Les principaux événements dont le souvenir nous est conservé ne peuvent être datés qu’approximativement à l’intérieur de cette période. La victoire de Tanak sous Débora et Baraq, 4-5, peut avoir été remportée vers le milieu du XIIe siècle, elle est antérieure à l’invasion madianite (Gédéon) et à l’expansion des Philistins hors de leur territoire propre (Samson). Il ressort surtout que, pendant cette période troublée, les Israélites n’eurent pas seulement à lutter contre les Cananéens premiers possesseurs du pays, ainsi ceux de la plaine de Yizréel battus par Débora et Baraq, mais contre les peuples voisins, Moabites (Éhud), Ammonites (Jephté), Madianites (Gédéon), et contre les Philistins nouvellement arrivés (Samson). Dans ces dangers, chaque groupe défend son territoire. Il arrive qu’on s’unisse aux groupes voisins, 7.23, ou inversement qu’une tribu puissante proteste parce qu’elle n’a pas été invitée à partager le butin, 8.1-3 ; 12.1-6. Le Cantique de Débora, 5, stigmatise les tribus qui n’ont pas répondu à l’appel et, chose remarquable, Juda et Siméon ne sont même pas nommés.

Ces deux tribus vivaient au Sud, séparées par la barrière formée par les villes non israélites de Gézer et de Jérusalem, et leur isolement prépare leur rupture avec les tribus du Nord, rupture qui surviendra après la mort de Salomon. En revanche, la victoire de Tanak, en donnant aux Israélites la plaine de Yizréel, permet l’union de la Maison de Joseph et des tribus du Nord. Cependant l’unité entre les différentes fractions était assurée par la participation à la même foi religieuse : tous les Juges furent des Yahvistes convaincus et le sanctuaire de l’arche à Silo devint un centre où tous les groupes se retrouvaient. De plus, ces luttes ont forgé l’âme nationale et préparé le moment où, devant un danger général, tous s’uniront contre l’ennemi commun, sous Samuel.

Le livre enseignait aux Israélites que l’oppression est un châtiment de l’impiété et que la victoire est une conséquence du retour à Dieu. L’Ecclésiastique loue les Juges pour leur fidélité, Sir 46.11-12, l’épître aux Hébreux présente leurs succès comme la récompense de leur foi ; ils font partie de cette « nuée de témoins » qui encouragent le chrétien à rejeter le péché et à courir avec endurance l’épreuve qui lui est proposée, He 11.32-34 ; 12.1.

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