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La Bible en cinq ans pour le 9 décembre 2011

La Bible de Jérusalem (fr)

Juges, Chapitre 10

D. LA ROYAUTÉ D’ABIMÉLEK> 1 JEPTHÉ ET LES « PETITS JUGES », 1 6. TOLA, 3 7. YAIR, 6 8. JEPTHÉ, 6 Oppression des Ammonites.
Après Abimélek, se leva pour sauver Israël Tola, fils de Pua, fils de Dodo. Il était d’Issachar et il habitait Shamir dans la montagne d’Éphraïm.
Il jugea en Israël pendant vingt-trois ans, puis il mourut et fut enseveli à Shamir.
Après lui se leva Yaïr de Galaad, qui jugea Israël pendant vingt-deux ans.
Il avait trente fils qui montaient trente ânons et ils possédaient trente villes, qu’on appelle encore aujourd’hui les Douars de Yaïr, au pays de Galaad.
Puis Yaïr mourut et il fut enseveli à Qamôn.
Les Israélites recommencèrent à faire ce qui est mal aux yeux de Yahvé. Ils servirent les Baals et les Astartés, ainsi que les dieux d’Aram et de Sidon, les dieux de Moab, ceux des Ammonites et des Philistins. Ils abandonnèrent Yahvé et ne le servirent plus.
Alors la colère de Yahvé s’enflamma contre Israël et il le livra aux mains des Philistins et aux mains des Ammonites.
Ceux-ci écrasèrent et opprimèrent les Israélites à partir de cette année-là pendant dix-huit ans, tous les Israélites qui habitaient au-delà du Jourdain, dans le pays amorite en Galaad.
Les Ammonites passèrent le Jourdain pour combattre aussi Juda, Benjamin et la maison d’Éphraïm et la détresse d’Israël devint extrême.
10 Alors les Israélites crièrent vers Yahvé, disant : « Nous avons péché contre toi, car nous avons abandonné notre Dieu pour servir les Baals. »
11 Et Yahvé dit aux Israélites : « Quand des Égyptiens et des Amorites, des Ammonites et des Philistins,
12 quand les Sidoniens, Amaleq et Maôn vous opprimaient et que vous avez crié vers moi, ne vous ai-je pas sauvés de leurs mains ?
13 Mais vous, vous m’avez abandonné et vous avez servi d’autres dieux. C’est pourquoi je ne vous sauverai plus.
14 Allez ! Criez vers les dieux que vous avez choisis ! Qu’ils vous sauvent, eux, au temps de votre détresse ! »
15 Les Israélites répondirent à Yahvé : « Nous avons péché ! Agis envers nous comme il te semblera bon, seulement, aujourd’hui délivre-nous ! »
16 Ils firent disparaître de chez eux les dieux de l’étranger et ils servirent Yahvé. Alors Yahvé ne supporta pas plus longtemps la souffrance d’Israël.
17 Les Ammonites se réunirent et campèrent à Galaad. Les Israélites se rassemblèrent et campèrent à Miçpa.
18 Alors le peuple, les chefs de Galaad, se dirent les uns aux autres : « Quel est l’homme qui entreprendra d’attaquer les fils d’Ammon ? Celui-là sera le chef de tous les habitants de Galaad. »
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Notes:
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Commentaire sur le livre
Notes sur la partie

1 c) Sur les « petits juges », cf. 3.7.


3 d) On a pensé que ce « petit juge » avait été inventé à partir du clan de Yaïr installé en Galaad du nord, Nb 32.41, mais rien n’empêche qu’il y ait eu un individu de ce nom qui ait réellement rempli la fonction de « juge ». Seule la mention des « Douars de Yaïr » serait une addition provenant de Nb 32.41.


4 e) « (trente) villes » versions ; l’hébr. répète « ânons ». — Allitération entre `aïr. « ânon », `ïr « ville » et Yaïr.


6 f) Jephté est un « petit juge » comme ceux qui le précèdent et le suivent, et l’on donne à son propos le même genre d’indications sur sa famille, 11.1-2, sur le temps de sa judicature et sur son tombeau, 12.7. Mais on avait à raconter sur Jephté une histoire de délivrance qui l’assimile aux « grands juges ». — L’introduction à cette histoire, 10.6-18, a été très étendue par un rédacteur deutéronomiste, dans la même ligne que 2.6-19. Le récit de la guerre de libération contre les Ammonites, 11.1-11, 29, 32-33, a été surchargé par l’addition pseudohistorique du message de Jephté au roi des Ammonites, 11.12-28, et par l’histoire du vœu de Jephté, 11.19-31, 34-40. On y a ajouté le conflit entre Éphraïm et Galaad, 12.1-6.


L’histoire des Juges est racontée dans la partie centrale, 2.6 – 16 31. Les modernes distinguent six « grands » juges, Otniel, Éhud, Baraq (et Débora), Gédéon, Jephté, Samson, dont les actions sont racontées d’une manière plus ou moins détaillée, et six « petits » juges, Shamgar, 3.31, Tola et Yaïr, 10.1-5, Ibçân, Élôn et Abdôn, 12.8-15, qui font seulement l’objet de brèves mentions. Mais cette distinction n’est pas faite dans le texte, il y a une différence beaucoup plus profonde entre les deux groupes et le titre commun de « juges » qui leur est donné est le résultat de la composition du livre, qui a joint des éléments d’abord étrangers entre eux. Les « grands juges » sont des héros libérateurs ; leur origine, leur caractère, leurs actions varient beaucoup, mais ils ont un trait commun : ils ont reçu une grâce spéciale, un charisme, ils ont été spécialement choisis par Dieu pour une mission de salut. Leurs histoires ont d’abord été racontées oralement, sous différentes formes, et elles se sont accrues d’éléments divers. Elles ont finalement été réunies dans un « livre des libérateurs », composé dans le royaume du Nord dans la première partie de l’époque monarchique. Il comprenait l’histoire d’Éhud, celle de Baraq et de Débora, peut-être déjà contaminée par le récit de Jos 11, concernant Yabîn de Haçor, l’histoire de Gédéon/Yerubbaal, à quoi l’on attacha l’épisode de la royauté d’Abimélek, l’histoire de Jephté augmentée de celle de sa fille. On recueillit deux vieilles pièces poétiques, le Cantique de Débora, 5, qui double le récit en prose, 4, et l’apologue de Yotam, 9.7-15, dirigé contre la royauté d’Abimélek. Dans ce livre, les héros de certaines tribus devenaient des figures nationales qui avaient mené les guerres de Yahvé pour tout Israël. Les « petits juges », Tola, Yaïr, Ibçan, Élôn, Abdôn, viennent d’une tradition différente. On ne leur attribue aucun acte sauveur, on donne seulement des informations sur leur origine, leur famille et le lieu de leur sépulture, et l’on dit qu’ils ont « jugé » Israël pendant un nombre précis et variable d’années. D’après les emplois du verbe shâphât, « juger », dans les langues sémitiques de l’Ouest apparentées à l’hébreu, à Mari au XVIIIe siècle av. J.-C., et à Ugarit au XIIIe siècle, jusque dans les textes phéniciens et puniques de l’époque gréco-romaine (les « suffètes » de Carthage), ces « juges » ne rendaient pas seulement la justice, ils gouvernaient. Leur autorité ne s’étendait pas au-delà de leur ville ou de leur district. Ce fut une institution politique intermédiaire entre le régime tribal et le régime monarchique. Les premiers rédacteurs deutéronomistes possédaient des renseignements authentiques sur ces juges, mais ils ont étendu leur pouvoir à tout Israël et les ont mis en succession chronologique. Ils ont transféré leur titre aux héros du « livre des libérateurs », qui sont ainsi devenus des « juges d’Israël ». Jephté servit de trait d’union entre les deux groupes : il avait été un libérateur mais il avait aussi été un juge : on connaissait et on donne à son propos les mêmes informations, 11.1-2 ; 12.7, que pour les « petits juges » au milieu desquels son histoire est insérée. On assimila aussi une figure qui n’avait primitivement rien à faire avec aucun des deux groupes : le singulier héros danite Samson, qui n’avait été ni un libérateur ni un juge mais dont on racontait en Juda les prouesses contre les Philistins, 13-16. On ajouta à la liste Otniel, 3.7-11, qui appartient à l’époque de la conquête, cf. Jos 15.16-19 ; 1.12-15, et, plus tard, Shamgar, 3.31, qui n’est même pas un Israélite, cf. Jg 5.6 ; on obtenait ainsi le chiffre de douze, symbolique de tout Israël. C’est également la rédaction deutéronomiste qui a donné au livre son cadre chronologique : retenant les informations authentiques sur les « petits juges », elle a ponctué les récits par des indications conventionnelles, où reviennent les chiffres de 40, durée d’une génération, ou de son multiple 80, ou de sa moitié 20, dans un effort pour obtenir un total qui, combiné avec d’autres données de la Bible, corresponde aux 480 ans que l’histoire deutéronomiste met entre la sortie d’Égypte et la construction du Temple, 1 R 6.1. Dans ce cadre, les histoires des Juges remplissent sans laisser de lacunes la période qui s’est écoulée entre la mort de Josué et le début du ministère de Samuel. Mais les rédacteurs deutéronomistes ont surtout donné au livre son sens religieux. Celui-ci s’exprime dans l’introduction générale de 2.6 – 3.6 et dans l’introduction particulière à l’histoire de Jephté, 10.6-16, ainsi que dans les formules rédactionnelles qui remplissent presque toute l’histoire d’Otniel, qui est une composition deutéronomiste, et qui encadrent les grandes histoires suivantes : les Israélites ont été infidèles à Yahvé et il les a livrés à des oppresseurs, les Israélites ont invoqué Yahvé et celui-ci leur a envoyé un sauveur, le juge. Mais les infidélités reprennent, et la série recommence. Ce livre deutéronomiste des Juges eut au moins deux éditions. Les indices les plus clairs sont : les deux éléments qui s’additionnent dans l’introduction, 2.11-19 et 2.6-10 + 2.20-3 6, et les deux conclusions à l’histoire de Samson, 15.20 et 16.30, qui signifient que le chap. 16 est une addition.

Ce livre ne contenait pas encore les appendices, 17-21. Ceux-ci ne racontent pas l’histoire d’un juge, mais ils rapportent des événements qui se sont passés avant l’institution de la monarchie, et c’est pourquoi ils ont été ajoutés à la fin du livre après le retour de l’Exil. Ils reproduisent d’anciennes traditions et ils ont eu une longue histoire littéraire ou prélittéraire avant d’être insérés ici. Les chap. 17-18 ont pour origine une tradition danite sur la migration de la tribu et la fondation du sanctuaire de Dan, qui a été transformée dans un sens péjoratif. Les chap. 19-21 Combinent deux traditions des sanctuaires de Miçpa et de Béthel, qui furent étendues à tout Israël ; peut-être d’origine benjaminite, ces traditions furent révisées en Juda dans un sens hostile à la royauté de Saül à Gibéa.

Le livre est à peu près notre seule source pour la connaissance de l’époque des Juges. Il ne permet pas d’en écrire une histoire suivie. La chronologie qu’il donne est artificielle, nous l’avons dit. Elle additionne des périodes qui ont pu se chevaucher dans le temps, les oppressions comme les libérations n’affectant jamais qu’une partie du territoire, et l’époque des Juges ne s’est pas étendue sur plus d’un siècle et demi.

Les principaux événements dont le souvenir nous est conservé ne peuvent être datés qu’approximativement à l’intérieur de cette période. La victoire de Tanak sous Débora et Baraq, 4-5, peut avoir été remportée vers le milieu du XIIe siècle, elle est antérieure à l’invasion madianite (Gédéon) et à l’expansion des Philistins hors de leur territoire propre (Samson). Il ressort surtout que, pendant cette période troublée, les Israélites n’eurent pas seulement à lutter contre les Cananéens premiers possesseurs du pays, ainsi ceux de la plaine de Yizréel battus par Débora et Baraq, mais contre les peuples voisins, Moabites (Éhud), Ammonites (Jephté), Madianites (Gédéon), et contre les Philistins nouvellement arrivés (Samson). Dans ces dangers, chaque groupe défend son territoire. Il arrive qu’on s’unisse aux groupes voisins, 7.23, ou inversement qu’une tribu puissante proteste parce qu’elle n’a pas été invitée à partager le butin, 8.1-3 ; 12.1-6. Le Cantique de Débora, 5, stigmatise les tribus qui n’ont pas répondu à l’appel et, chose remarquable, Juda et Siméon ne sont même pas nommés.

Ces deux tribus vivaient au Sud, séparées par la barrière formée par les villes non israélites de Gézer et de Jérusalem, et leur isolement prépare leur rupture avec les tribus du Nord, rupture qui surviendra après la mort de Salomon. En revanche, la victoire de Tanak, en donnant aux Israélites la plaine de Yizréel, permet l’union de la Maison de Joseph et des tribus du Nord. Cependant l’unité entre les différentes fractions était assurée par la participation à la même foi religieuse : tous les Juges furent des Yahvistes convaincus et le sanctuaire de l’arche à Silo devint un centre où tous les groupes se retrouvaient. De plus, ces luttes ont forgé l’âme nationale et préparé le moment où, devant un danger général, tous s’uniront contre l’ennemi commun, sous Samuel.

Le livre enseignait aux Israélites que l’oppression est un châtiment de l’impiété et que la victoire est une conséquence du retour à Dieu. L’Ecclésiastique loue les Juges pour leur fidélité, Sir 46.11-12, l’épître aux Hébreux présente leurs succès comme la récompense de leur foi ; ils font partie de cette « nuée de témoins » qui encouragent le chrétien à rejeter le péché et à courir avec endurance l’épreuve qui lui est proposée, He 11.32-34 ; 12.1.

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