Dans l'épisode de la guérison du lépreux, ce qu'il y a de plus remarquable est le dialogue entre Jésus et l'homme qu'Il guérit...
Dans l'épisode de la guérison du lépreux, ce qu'il y a de plus remarquable est le dialogue entre Jésus et l'homme qu'Il guérit. « Si Tu veux, Tu peux me purifier ». — « Je le veux, sois purifié ». Comment comprendre cela ? N'est-ce pas celui qui doit être guéri qui vient au Sauveur, cherchant auprès de Lui la guérison ? D'un côté, tout est effectivement ainsi. Mais le lépreux, comme on le voit, évalue son état non seulement du point de vue de la santé physique, mais aussi du point de vue de son état spirituel, du point de vue de la Torah, qui définit la lèpre non seulement comme une maladie, mais aussi comme un état d'impureté. Et, manifestement, ce qui inquiète surtout l'homme qui s'adresse à Jésus, c'est précisément son impureté. Bien sûr, l'impureté, entre autres, empêchait une vie spirituelle et religieuse pleine : le lépreux, demeurant impur tout le temps de sa maladie, ne pouvait participer au sacrifice, ne pouvait s'approcher de l'autel, et donc ne pouvait pas non plus être sanctifié.
Mais l'homme qui s'adressa à Jésus avait probablement compris son impureté non seulement dans l'aspect religieux, mais aussi dans l'aspect spirituel. Peut-être avait-il compris, à travers l'expérience de sa propre maladie, ce que Jean le Baptiste essayait de transmettre à ceux qui l'écoutaient : personne n'est prêt à entrer dans le Royaume ; tous ont besoin de conversion, de purification de leurs péchés et d'une nouvelle sanctification, d'une sanctification d'une mesure auparavant inaccessible. Et maintenant cet homme souillé par la lèpre comprenait : il ne pourrait se débarrasser de sa maladie et entrer dans le Royaume que si la porte lui était ouverte par le mystérieux Inconnu dont certains pensent qu'Il est le Messie promis par Dieu.
S'il en est ainsi, il faut Lui demander : veut-il ouvrir la porte au lépreux ? Veut-il le purifier ? Et le lépreux, s'adressant à Jésus, Lui pose la question principale : as-Tu besoin de moi dans Ton Royaume ? Veux-Tu me purifier ?
Il n'est pas étonnant qu'à une question posée ainsi Jésus réponde « oui ». Car Il est venu pour que puisse entrer dans le Royaume quiconque cherche ce Royaume. Et, dans une telle situation, il ne pouvait tout simplement pas y avoir d'autre réponse.
1 b) a groupé dans ce récit : 1° une description des lieux et une prédication de Jésus, vv. 1-3, qui rappellent Mc 4.1-2 et Mc 1.16, 19 ; 2° l’histoire d’une pêche miraculeuse, vv. 4-10a, qui ressemble à Jn 21.4-11 ; 3° l’appel de Simon, vv. 10b-11, apparenté à Mc 1.17, 20. En racontant la vocation des premiers disciples après une période d’enseignements et de miracles, a voulu rendre plus vraisemblable leur réponse immédiate à l’appel.
8 c) En fait, Jésus ne donnera à Simon le surnom de Pierre que plus tard, 6.14. C’est donc une anticipation littéraire, et de caractère johannique (comme la pêche miraculeuse ?), car l’expression « Simon-Pierre », sauf ce cas de et Mt 16.16, ne se rencontre que chez Jean, 17 fois, Jn 1.40 ; 6.8, 68, etc. ; Jn 21.2, 3, 7, 11.
10 d) Les « associés » du v. 7. Si André n’est pas nommé, c’est qu’il est dans la barque de Simon (voir les pluriels des vv. 5, 6, 7), lequel retient toute l’attention de Luc.
Le mérite particulier du troisième évangile lui vient de la personnalité très attachante de son auteur, qui y transparaît sans cesse. Saint Luc est un écrivain de grand talent et une âme délicate. Il a mené son œuvre de façon originale, avec un souci d’information et d’ordre, 1.3. Ce n’est pas à dire qu’il ait pu donner aux matériaux reçus de la tradition un arrangement plus «sp;historique » que Matthieu et Marc ; son respect des sources et sa façon de les juxtaposer ne le lui permettaient pas. Son plan reprend les grandes lignes de celui de Marc avec quelques transpositions, ou omissions. Des épisodes sont déplacés, 3.19-20 ; 4.16-30 ; 5.1-11 ; 6.12-19 ; 22.31-34, etc., tantôt par soucis de clarté et de logique, tantôt par influence d’autres traditions, parmi lesquelles il faut noter celle qui se reflète également dans le quatrième évangile. D’autres épisodes sont omis, soit comme moins intéressants pour les lecteurs païens, cf. Mc 12.28-34, à comparer Lc 10.25-28. On remarquera surtout l’absence d’un correspondant à Mc 6.45-8.26. La différence la plus notable par rapport au deuxième évangile est la longue section médiane 9.51-18.14, qui est présentée sous la forme d’une montée vers Jérusalem à l’aide de notations répétées, 9.51 ; 13.22 ; 17.11, cf. Mc 10.1, et où l’on verra moins le souvenir réel de différents voyages que l’insistance voulue sur une idée théologique chère à Luc : la Ville sainte est le lieu où doit s’accomplir le salut 9.31 ; 13.33 ; 18.31 ; 19.11, c’est là que l’Évangile a commencé, 1.5s, et c’est là qu’il doit finir, 24.52s – par des apparitions et des entretiens qui n’ont pas lieu en Galilée, 24.13-51 ; et comp. 24.6 avec Mc 16.7, Mt 28.7, 16-20 – car c’est de là que doit partir l’évangélisation du monde, 24.47 ; Ac 1.8. Dans un sens plus large, c’est la montée de Jésus (et du chrétien) vers Dieu.
D’autres traits littéraires de Luc sont l’emploi des genres du symposium, 7.36-50 ; 11.37-54 ; 14.1-24, et du discours des adieux, 22.14-38, son goût des parallèles (Jean le Baptiste et Jésus, 1.5-2.52) et des inclusions, et le schéma promesse-accomplissement qui ponctue son récit.
Si l’on poursuit dans le détail la comparaison de Luc avec Marc et Matthieu, on observe sur le vif l’activité toujours en éveil d’un écrivain qui excelle à présenter les choses d’une façon qui lui est propre, évitant ou atténuant ce qui peut froisser sa sensibilité ou celle de ses lecteurs (8.43 comp. Mc 5.26 om. Mc 9.43-48 ; 13.32, etc.), ou bien leur être peu compréhensible (om. Mc 4.13 ; 8.32s ; 9.28s ; 14.50) ou les excluant (Lc 9.45 ; 18.24 ; 22.45), interprétant les termes obscurs (6.15) ou précisant la géographie (4.31 ; 19.28s, 37 ; 23.51), etc. Par ces nombreuses et fines touches, et surtout par le riche apport dû à son enquête personnelle, Luc nous livre les réactions et les tendances de son âme ; ou plutôt, par le moyen de cet instrument de choix, l’Esprit-Saint nous présente le message évangélique d’une façon originale, riche de doctrine. Il s’agit moins d’ailleurs de grandes thèses théologiques (les idées maîtresses sont les mêmes que chez Marc et Matthieu) que d’une psychologie religieuse où l’on trouve, mêlées à une influence très discrète de son maître Paul, les inclinations propres au tempérament de Luc. En vrai « scriba mansuetudinis Christi » (Dante), il aime à souligner la miséricorde de son Maître pour les pécheurs, 15.1s, 7, 10, et à raconter des scènes de pardon, 7.36-50 ; 15.11-32 ; 19.1-10 ; 23.34, 39-43. Il insiste volontiers sur la tendresse de Jésus pour les humbles et les pauvres, tandis que les orgueilleux et les riches jouisseurs sont sévèrement traités, 1.51-53 ; 6.20-26 ; 12.13-21 ; 14.7-11 ; 16.15, 19-31 ; 18.9-14. Cependant même la juste condamnation ne se fera qu’après les délais patients de la miséricorde, 13.6-9 ; comp. Mc 11.12-14. Il faut seulement qu’on se repente, qu’on se renonce, et ici la générosité exigeante de Luc tient à répéter l’exigences d’un détachement décidé et absolu, 14.25-34, notamment par l’abandon des richesses, 6.34s ; 12.33 ; 16.9-13. On notera encore les passages propres au troisième évangile sur la nécessité de la prière, 11.5-8 ; 18.1-8, et sur l’exemple qu’en a donné Jésus, 3.21 ; 5.16 ; 6.12 ; 9.28. Enfin, comme chez saint Paul et dans les Actes, l’Esprit Saint occupe une place de premier plan que Luc seul souligne en 1.15, 35, 41, 67 ; 2.25-27 ; 4.1, 14, 18 ; 10.21 ; 11.13 ; 24.49. Ceci, avec l’atmosphère de reconnaissance pour les bienfaits divins et d’allégresse spirituelle, qui enveloppe tout le troisième évangile, 2.14 ; 5.26 ; 10.17 ; 13.17 ; 18.43 ; 19.37 ; 24.51s, achève de donner à l’œuvre de Luc cette ferveur qui touche et réchauffe le cœur.