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Lecture en trois ans pour le 25 mai 2011

La Bible de Jérusalem (fr)

Jéremie, Chapitre 34

III. Les prophéties de bonheur> 1 5. DIVERS, 1 Le sort final de Sédécias. v, 8 L’affaire de la libération des esclaves. x
Parole qui fut adressée à Jérémie de la part de Yahvé, à l’époque où Nabuchodonosor, roi de Babylone, et toute son armée, tous les royaumes de la terre soumis à sa domination et tous les peuples étaient en lutte contre Jérusalem et contre toutes ses villes.
Ainsi parle Yahvé, le Dieu d’Israël : Va ! Tu parleras à Sédécias, roi de Juda, et tu lui diras : Ainsi parle Yahvé. Voici que moi, je vais livrer cette ville aux mains du roi de Babylone et il l’incendiera.
Et toi, tu n’échapperas pas à sa main, mais tu seras bel et bien capturé et remis entre ses mains. Tu pourras regarder le roi de Babylone les yeux dans les yeux et lui pourra te parler face à face. Puis tu iras à Babylone.
Toutefois, écoute la parole de Yahvé, Sédécias, roi de Juda ! Ainsi parle Yahvé à ton sujet : tu ne mourras pas par l’épée,
c’est en paix que tu mourras. Et comme il y eut des parfums pour tes ancêtres, les rois de jadis qui furent avant toi, de même on en brûlera en ton honneur, et pour toi on récitera la lamentation : « Hélas ! Seigneur ! » C’est moi qui le déclare, oracle de Yahvé.
Le prophète Jérémie rapporta toutes ces paroles à Sédécias, roi de Juda, à Jérusalem ;
l’armée du roi de Babylone menait alors le combat contre Jérusalem et contre toutes les villes de Juda qui tenaient encore, à savoir Lakish et Azéqa, car parmi les villes de Juda, celles-ci restaient des places fortes.
Parole qui fut adressée à Jérémie de la part de Yahvé, après que le roi Sédécias eut conclu avec tout le peuple de Jérusalem une alliance pour proclamer un affranchissement :
chacun devait renvoyer libres ses esclaves hébreux, hommes et femmes, personne ne devait plus tenir en servitude un Judéen, son frère.
10 Tous les princes et tout le peuple qui avaient participé à cette alliance avaient accepté de renvoyer libres chacun ses esclaves, hommes et femmes, et de ne plus les tenir en servitude ; ils avaient accepté et les avaient renvoyés.
11 Mais après cela, changeant d’avis, ils avaient repris les esclaves, hommes et femmes, qu’ils avaient libérés, et les avaient de nouveau réduits en servitude.
12 Alors la parole de Yahvé fut adressée à Jérémie de la part de Yahvé en ces termes :
13 Ainsi parle Yahvé, le Dieu d’Israël. J’ai conclu avec vos pères, quand je les fis sortir du pays d’Égypte, de la maison de servitude, une alliance en disant :
14 « Au bout de sept années, chacun de vous libérera son frère hébreu qui se sera vendu à toi ; six ans il sera ton esclave, puis tu le renverras libre de chez toi. » Mais vos pères ne m’ont pas écouté et n’ont pas prêté l’oreille.
15 Or aujourd’hui vous vous étiez convertis, vous aviez fait ce qui est juste à mes yeux en proclamant l’affranchissement de votre prochain ; vous aviez conclu une alliance devant moi, dans le Temple qui porte mon nom.
16 Puis vous avez changé d’avis et, profanant mon nom, vous avez repris chacun son esclave, homme ou femme, que vous aviez renvoyés libres de leur personne, et les avez forcés à redevenir vos esclaves.
17 C’est pourquoi, ainsi parle Yahvé. Vous ne m’avez pas obéi en rendant la liberté chacun à son frère, chacun à son prochain. Eh bien, moi, je vais rendre la liberté contre vous — oracle de Yahvé — à l’épée, à la peste et à la famine, et faire de vous un objet d’épouvante pour tous les royaumes de la terre.
18 Et ces hommes qui ont trahi mon alliance, qui n’ont pas observé les termes de l’alliance conclue par eux en ma présence, je vais les rendre pareils au veau qu’ils ont coupé en deux pour passer entre ses morceaux.
19 Les princes de Juda et ceux de Jérusalem, les eunuques, les prêtres et tout le peuple du pays, qui sont passés entre les morceaux du veau,
20 je les livrerai aux mains de leurs ennemis et aux mains de ceux qui en veulent à leur vie : leurs cadavres serviront de nourriture aux oiseaux du ciel et aux bêtes de la terre.
21 Je livrerai aussi Sédécias, roi de Juda, et ses princes aux mains de leurs ennemis, aux mains de ceux qui en veulent à leur vie et aux mains de l’armée du roi de Babylone qui vient de se replier loin de vous.
22 Voici, je vais donner un ordre — oracle de Yahvé — et les ramener vers cette ville pour qu’ils l’attaquent, la prennent et l’incendient. Et je ferai des villes de Juda une solitude où personne n’habite.
Lire la suite:Jéremie, Chapitre 35
Notes:
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Commentaire sur le livre
Notes sur la partie

1 v) Cet épisode doit dater du début du siège de 588-587, la guerre n’étant pas encore concentrée à Jérusalem, mais continuant au sud et au sud-ouest, v. 7. Sédécias pourrait donc encore conjurer la catastrophe en se soumettant, comme Joiaquim en 605.


7 w) Azéqa, localisée au Tell Zakariah, à une trentaine de km au sud-ouest de Jérusalem, et Lakish, Tell ed-Duweir à 20 km au sud-ouest d’Azéqa, furent en effet les deux villes fortifiées qui résistèrent le plus longtemps à Nabuchodonosor. Un ostracon de cette époque retrouvé à Tell ed-Duweir témoigne de cette résistance.


8 x) L’épisode se situe pendant l’interruption du siège, cf. vv. 21-22.


8 y) Ou plutôt un « pacte » ou un « traité », mais le même terme hébreu, berît , est employé pour un simple accord entre deux parties sur une question quelconque, cf. par exemple 2 R 11.4 ; Jb 31.1, et pour l’Alliance entre Dieu et son peuple, prise ici comme terme de comparaison, v. 13.


19 z) Sur ce vieux rite d’alliance, selon lequel les contractants passent entre les morceaux d’une victime, cf. Gn 15.17.


Un peu plus d’un siècle après Isaïe, vers 650 av. J.-C., Jérémie naissait d’une famille sacerdotale installée aux environs de Jérusalem. Mieux que pour aucun autre prophète, sa vie et son caractère nous sont connus par les récits biographiques à la troisième personne qui parsèment son livre et dont voici la suite chronologique : 19.1 – 20.6 ; 26 ; 36 ; 45 ; 28-29 ; 51.59-64 ; 34.8-22 ; 37-44. Les « Confessions de Jérémie », 11.18 – 12.6 ; 15.10-21 ; 17.14-18 ; 18.18-23 ; 20.7-18, proviennent du prophète lui-même. Elles ne constituent pas une autobiographie, mais elles sont un témoignage émouvant des crises intérieures qu’il a traversées et qui sont décrites dans le style des Psaumes de lamentation. Appelé tout jeune par Dieu, en 626, la treizième année de Josias, 1.2, il a vécu la période tragique où se prépara et s’accomplit la ruine du royaume de Juda. La réforme religieuse et la restauration nationale de Josias éveillèrent des espoirs qui furent anéantis par la mort du roi à Megiddo en 609 et par le bouleversement du monde oriental, la chute de Ninive en 612 et l’expansion de l’empire chaldéen. Dès 605, Nabuchodonosor a imposé sa domination à la Palestine, puis Juda s’est révolté à l’instigation de l’Égypte qui intriguera jusqu’à la fin et, en 597, Nabuchodonosor conquiert Jérusalem et déporte une partie de ses habitants. Une nouvelle révolte ramène les armées chaldéennes et, en 587, Jérusalem est prise, le Temple est incendié, une seconde déportation a lieu. Jérémie a traversé cette dramatique histoire, prêchant, menaçant, prédisant la ruine, avertissant en vain les rois incapables qui se succèdent sur le trône de David, accusé de défaitisme par les militaires, persécuté, incarcéré. Après la prise de Jérusalem, et bien qu’il vît dans les exilés l’espoir de l’avenir, Jérémie choisit de rester en Palestine auprès de Godolias, nommé gouverneur par les Chaldéens. Mais celui-ci fut assassiné et un groupe de Juifs, craignant les représailles, s’enfuit en Égypte, entraînant Jérémie. C’est probablement là qu’il mourut.

Le drame de cette vie n’est pas seulement dans les événements auxquels Jérémie fut mêlé, il est aussi dans le prophète lui-même. Il avait une âme tendre, faite pour aimer, et il a été envoyé « pour arracher et renverser, pour exterminer et démolir », 1.10, il a eu à prédire surtout le malheur, 20.8. Il était désireux de paix et il a eu toujours à lutter, contre les siens, contre les rois, les prêtres, les faux prophètes, tout le peuple, « homme de querelle et de discorde pour tout le pays », 15.10. Il a été déchiré par la mission à laquelle il ne pouvait pas se soustraire, 20.9. Ses dialogues intérieurs avec Dieu sont semés de cris de douleur : « Pourquoi ma souffrance est-elle continue ? » 15.18, et le passage poignant qui annonce Job : « Maudit soit le jour où je suis né... », 20.14 et la suite.

Mais cette souffrance a épuré son âme et l’a ouverte au commerce divin. Ce qui nous rend Jérémie si cher et si proche, c’est la religion intérieure et cordiale qu’il a pratiquée, avant de la formuler dans l’annonce de la Nouvelle Alliance, 31.31-34. Cette religion personnelle l’a conduit à un approfondissement de l’enseignement traditionnel : Dieu scrute les reins et les cœurs, 11.20, il rend à chacun selon ses actes, 31.29-30 ; l’amitié avec Dieu, 2.2, est rompue par le péché, qui sort du cœur mauvais, 4.4 ; 17.9 ; 18.12. Ce côté affectif l’apparente à Osée dont il a subi l’influence ; cette intériorisation de la Loi, ce rôle du cœur dans les rapports avec Dieu, ce souci de la personne individuelle le rapprochent du Deutéronome. Jérémie a certainement vu avec faveur la réforme de Josias qui s’inspirait de ce livre, mais il a été cruellement déçu par son inefficacité pour changer la vie morale et religieuse du peuple.

La mission de Jérémie a échoué de son vivant, mais sa figure n’a cessé de grandir après sa mort. Par sa doctrine d’une Alliance nouvelle, fondée sur la religion du cœur, il a été le père du Judaïsme dans sa ligne la plus pure, et l’on relève son influence dans Ézéchiel, la seconde partie d’Isaïe et plusieurs Psaumes. L’époque maccabéenne le compte parmi les protecteurs du peuple, 2 M 2.1-8 ; 15.12-16. En mettant les valeurs spirituelles au premier plan, en dévoilant les rapports intimes que l’âme doit avoir avec Dieu, il a préparé la Nouvelle Alliance chrétienne, et sa vie d’abnégation et de souffrance au service de Dieu, après avoir pu fournir des traits à l’image du Serviteur dans Isa 53, fait de Jérémie une figure du Christ.

Cette influence durable suppose que les enseignements de Jérémie ont été souvent lus, médités et commentés. Cette action de toute une lignée spirituelle se reflète dans la composition de son livre. Il ne se présente pas, loin de là, comme une œuvre d’un seul jet. En dehors des oracles poétiques et des récits biographiques, il contient des discours en prose dans un style proche de celui du Deutéronome. Leur authenticité a été contestée et on les a attribués à des rédacteurs « deutéronomistes » d’après l’Exil. En fait, leur style est celui de la prose judéenne du VIIe et du début du VIe siècle av. J.-C., leur théologie est celle du courant religieux auquel appartiennent aussi bien Jérémie que le Deutéronome. Ils sont l’écho authentique de la prédication de Jérémie, recueillie par ses auditeurs. Toute cette tradition jérémienne ne s’est pas transmise sous une forme unique. La version grecque offre une recension qui est notablement plus courte (un huitième) que le texte massorétique et souvent différente dans le détail ; les découvertes de Qumrân prouvent que les deux recensions existaient en hébreu. De plus, le grec met les oracles contre les nations après 25.13 et dans un autre ordre que l’hébreu, qui les rejette à la fin du livre, 46-51. Ces prophéties ont peut-être formé d’abord une collection particulière et elles ne proviennent pas toutes de Jérémie : au moins, les oracles contre Moab et Édom ont été fortement retravaillés et le long oracle contre Babylone, 50-51, date de la fin de l’Exil. Le chap. 52 Se donne lui-même comme un appendice historique, qui est parallèle à 2 R 24.18 – 25.30. D’autres compléments de moindre étendue ont été insérés dans le cours du livre et témoignent de l’usage qu’en faisaient et de l’estime qu’en avaient les captifs de Babylone et la communauté renaissante après l’Exil. Il y a aussi une abondance de doublets, qui supposent un travail rédactionnel. Enfin, les indications chronologiques, qui sont nombreuses, ne se suivent pas. Le désordre actuel du livre est le résultat d’un long travail de composition, dont il est bien difficile de retracer toutes les étapes.

Le chap. 36 nous donne cependant les indications précieuses : en 605, Jérémie dicta à Baruch les oracles qu’il avait prononcés depuis le début de son ministère, 36.2, c’est-à-dire depuis 626. Ce rouleau, brûlé par Joiaqim, fut récrit et complété, 36.32. Sur le contenu de ce recueil, on ne peut faire que des hypothèses. Il semble avoir été introduit par 25.1-12 et groupait les pièces antérieures à 605 qu’on trouve dans les chap. 1-18, mais il contenait aussi, d’après 36.2, des oracles anciens contre les nations, auxquels se réfère 25.13-38. Les compléments qui y furent ajoutés ensuite sont, dans les mêmes sections, des pièces postérieures à 605 et d’autres oracles contre les nations. On y inséra les feuillets des « Confessions », dont le détail a été donné plus haut. On y joignit deux petits livrets, sur les rois, 21.11 – 23.8, et sur les prophètes, 23.9-40, qui ont pu avoir existé d’abord à part.

On isole déjà ainsi deux parties dans le livre : l’une contient des menaces contre Juda et Jérusalem, 1.1 – 25.13, l’autre des prophéties contre les nations, 25.13-38 et 46-51. Une troisième partie est constituée par 26-35, où l’on a rassemblé dans un ordre arbitraire des morceaux qui ont un ton plus optimiste. Ces pièces sont presque toutes en prose et proviennent en grande partie d’une biographie de Jérémie, qu’on attribue à Baruch. Il faut mettre à part les chap. 30-31 qui sont un livret poétique de consolation. La quatrième partie, 36-44, en prose, continue la biographie de Jérémie et donne le récit de ses souffrances pendant et après le siège de Jérusalem. Elle se termine par 45.1-5, qui est comme la signature de Baruch.

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