Il semble que l'auteur du Livre des Lamentations ait été lui-même témoin des événements de 587, ou qu'il en ait entendu un récit détaillé...
Il semble que l'auteur du Livre des Lamentations ait été lui-même témoin des événements de 587, ou qu'il en ait entendu un récit détaillé ; quoi qu'il en soit, il décrit la dévastation de la ville et du Temple de manière vive et précise (v. 5-9). Et l'événement le plus terrible pour lui fut sans aucun doute la destruction totale, jusqu'aux fondations, du Temple de Jérusalem : car il s'agissait de la maison de Dieu, du lieu où Yahvé manifestait au peuple sa présence, de sorte que maintenant, avec la fin du Temple, devait aussi prendre fin l'histoire du peuple juif comme peuple de Dieu. Car si Dieu a abandonné sa maison, cela ne signifie-t-il pas qu'il a aussi abandonné le peuple qui lui avait construit cette maison ?
À première vue, tout se présentait exactement ainsi, et il n'y avait rien à espérer. Et pourtant l'espérance demeurait ; mais, bien entendu, elle n'était pas liée à ce qu'espéraient les organisateurs de la révolte antibabylonienne qui mena Jérusalem et toute la Judée à la catastrophe définitive. Leur calcul était purement politique : ils espéraient l'aide de l'Égypte, qu'ils attendirent en vain, pour toute une série de raisons.
L'auteur du Livre des Lamentations comprend, lui, que la destruction du Temple n'est pas fortuite, que Dieu se détourne de Jérusalem parce que, plus tôt encore, Jérusalem s'était détournée de Dieu, en écoutant non pas les véritables serviteurs de Dieu, tel Jérémie, à qui la tradition attribue la composition du livre, mais des « prophètes » dont tout le mérite consistait à flatter le peuple en disant aux gens ce qu'ils voulaient entendre (v. 14). Et tout cela avait été prédit dans la Torah, dans le Livre du Deutéronome, dont l'auteur parle clairement de l'exil comme d'un châtiment pour l'apostasie (Dt 29:22-28). Visiblement, le châtiment ne consiste pas en ce que Dieu fasse lui-même tomber des fléaux sur la tête de son peuple, mais en ce qu'il le laisse à son sort ; cela suffit pour que le peuple soit frappé d'une véritable catastrophe, non seulement spirituelle, mais aussi politique.
Cependant, en même temps, la Torah donnait aussi une espérance : en cas de repentir et de conversion, Dieu pouvait de nouveau ramener les exilés sur la terre des pères (Dt 30:1-10). Les prophètes disaient la même chose, y compris Jérémie : l'exil et la destruction de Jérusalem ne sont pas encore la fin ; tout ce qui suit dépend entièrement de l'état spirituel du peuple, de sa disposition à comprendre ce qui est arrivé, à se repentir des péchés commis et à se tourner de nouveau vers Celui en qui l'on peut espérer et qui ne décevra pas comme les Égyptiens ont déçu les insurgés de Jérusalem.
2 Jeremiah laments the misery of Jerusalem, and its causes, and their enemies derision, Lam 2:1-17.
An exhortation to true sorrow and repentance, and a fervent prayer, Lam 2:18-22.
2:1 His footstool - His temple; but suffered the Chaldeans to destroy it. Cast down - That is, thrown them down from the highest glory and honour, to the meanest degree of servitude.
2:2 Polluted - Dealt with them as with a polluted thing; cast them off, brake them in pieces.
2:3 The horn - All their beauty and strength. Drawn back - God hath drawn back his assistance which he was wont to give the Jews against their enemies. Round about - God consumed them, not in this or that part, but round about, as a fire seizing an house at once on all sides.
2:4 He - That is, God, (whom by their sins they had provoked and made their enemy) behaved himself as an enemy. And slew - All their young men, and maidens who were pleasant to look upon.
2:6 His tabernacle - His temple. The places - The synagogues.The king - By the king and the priests are meant persons of greatest rank and eminency, though it is thought here is a special reference to Zedekiah the king of Judah, and Seraiah who was the high priest; the former of which was miserably handled, the latter slain.
2:7 They - The enemies with their triumphs and blasphemies, made as great a noise, as those that sang holy songs, or played on instruments, were wont to make to the glory of God.
2:8 The wall - The strength and security of the Jews.A line - Artificers used with lines not only to mark out places for building, but also for destruction, to direct them what to cut off; and such a line is here meant.
2:9 Among the Gentiles - In miserable captivity. The law - Is no more read, opened or observed. Her prophets - They had but very few prophets, from this time to the time of the gospel, and very few of those at this time alive had any revelation from God.
2:10 The virgins - The whole city is in a mournful posture.
2:11 Mine eyes - This whole verse is but expressive of the prophets great affliction for the miseries come upon the Jews. He wept himself almost blind. Bowels - His passion had disturbed his bodily humours, that his bowels were troubled. Liver - His gall lying under his liver.All these are expressions of great affliction and sorrow. Swoon - During the famine, occasioned by the long siege.
2:12 Bosom - When they died in their mother's arms.
2:13 Who - There was no people whose condition was in any degree parallel to the misery of the Jews: nor was there any cure for them, their breach was like a sea breach where the waters come in with such a torrent, that there is no making any defence against them.
2:14 The prophets - False prophets told you vain stories.Not discovered - Whereas they ought to have made you sensible of your sins, and this might have prevented your captivity.False burdens - False stories to encourage you in sin, and so cause your banishment.
2:18 O wall - That is, those that are upon it.
2:20 Whom - Not the Heathen, but to thy own people.Women - Wilt thou suffer women to satisfy their hunger with the fruit of their own bodies?
2:22 My terrors - As my people were wont to be called together from all parts in a solemn day, so now my terrible enemies, or terrible things are by thee called together.
1 j) Après avoir décrit le désastre et le sort des rois, des prêtres, des prophètes, des anciens, des enfants, vv. 1-12, le poète interpelle Sion, vv. 13-17, en lui rappelant le mensonge des faux prophètes, et l’invite à la lamentation, vv. 18-22.
1 k) Le Temple, cf. Ez 43.7 ; Ps 99.5 ; 132.7.
4 l) Comme en Jr 12.7 ; 30.14, Yahvé est présenté tragiquement comme l’ennemi de son peuple.
6 m) Au lieu de « comme un jardin » (gan) la leçon primitive était peut-être « comme un voleur » (gannab), corrigée par respect pour Dieu.
7 n) Mais c’était le cri de guerre de l’ennemi.
12 o) L’hébr. ajoute « et du vin ».
13 p) « À quoi te comparer » Vulg. ; « Que témoignerai-je pour toi » hébr. — « Qui pourra... consoler » grec ; « À quoi t’assimiler pour te consoler » hébr.
14 q) « clinquant », litt. « crépi, badigeon », allusion à Ez 13.10. — « changer ton sort », expression fréquente chez Jérémie, qui signifie également « faire revenir les captifs ». — « Ils t’ont servi », litt. « Ils ont vu pour toi ».
18 r) « Crie donc » ça`aqî lâk conj. ; « leur cœur crie » ça`aq libbam hébr. — L’image du rempart, dans la suite du v., ne semble pas très cohérente et on propose parfois de lire « gémis, fille de Sion » (hemî au lieu de homat) mais cette conj. est sans appui textuel.
19 s) Les deux derniers stiques qui rompent le rythme sont une addition inspirée du v. 11 ; elle se trouve également dans le grec.
22 t) « les terreurs » conj. ; « mes terreurs » hébr.
La Bible hébraïque range ce petit livre avec les Hagiographes et le compte parmi les cinq « megillôt », les « rouleaux » qu’on lit aux grandes fêtes. La Bible grecque et la Vulgate le placent à la suite de Jérémie, avec un titre qui en attribue la composition à ce prophète. La tradition se fondait sur 2 Ch 35.25 et était appuyée par le contenu des poèmes, qui convient en effet à l’époque de Jérémie. Mais cette attribution ne peut être maintenue. Jérémie, tel que nous le connaissons par ses oracles authentiques, n’a pas pu dire que l’inspiration prophétique était tarie, 2.9, ni louer Sédécias, 4.20, ni espérer dans le secours égyptien, 4.17. Son génie spontané se serait difficilement astreint au genre érudit de ces poèmes dont les quatre premiers sont alphabétiques, chaque strophe commençant par une des lettres de l’alphabet prises dans leur ordre, et dont le cinquième a juste vingt-deux vers, le nombre des lettres de l’alphabet hébreu.
Les Lamentations 1, 2 et 4 sont dans le genre littéraire des complaintes funèbres, 3 est une lamentation individuelle, 5 est une lamentation collective (dans le latin : Prière de Jérémie). Elles ont probablement été composées en Palestine après la ruine de Jérusalem en 587. Elles sont vraisemblablement l’œuvre d’un seul auteur qui décrit en termes poignants le deuil de la ville et de ses habitants mais, de ces plaintes douloureuses, jaillit un sentiment de confiance invincible en Dieu et de repentir profond qui fait la valeur permanente du livret. Les Juifs le récitent au grand jeûne commémoratif de la destruction du Temple et l’Église en fait usage, pendant la Semaine Sainte, pour rappeler le drame du Calvaire.