Le début du vingt-troisième chapitre de l'Évangile selon Matthieu est un texte très joyeux. Il y a au moins deux raisons à cela. La première immense joie tient à ce que la force de la Vérité est si grande que notre état de péché, ressenti de manière particulièrement aiguë et douloureuse lorsqu'il est question...
Le début du vingt-troisième chapitre de l'Évangile selon Matthieu est un texte très joyeux. Il y a au moins deux raisons à cela. La première immense joie tient à ce que la force de la Vérité est si grande que notre état de péché, ressenti de manière particulièrement aiguë et douloureuse lorsqu'il est question des ministres de l'Église, ne lui fait pas obstacle. Quelle nouvelle pourrait être plus joyeuse ? Car d'où viennent toute la tristesse et toute l'angoisse des athées et des apostats de tous les temps et de tous les peuples ? Ils ne peuvent croire ce qui sort de la bouche de prêtres injustes et transfèrent donc leur rejet de la personne à ce qu'elle dit. C'est un phénomène psychologique très puissant, contre lequel il est parfois tout simplement impossible de lutter ; d'où l'angoisse, la déception, l'absurde et tout le reste.
Mais en réalité, il n'en est rien. Nous devons détruire ce terrible cliché de notre conscience selon lequel les prêtres seraient une sorte de peuple élu de Dieu, supérieur aux anges. D'un côté, par exemple, Syméon le Nouveau Théologien écrit souvent que le prêtre s'approche d'un Sacrement devant lequel même les anges tremblent : « cela me montrera semblable aux anges de Dieu, et peut-être me rendra plus grand qu'eux, ô mon Maître ». Et il en est ainsi. Mais d'un autre côté, le prêtre prononce des paroles très importantes dans la prière d'absolution après la confession : « Et moi, qui ne suis qu'un prêtre indigne, par Son autorité qui m'a été donnée, je te pardonne et t'absous... » Et c'est aussi une prière sanctifiée par l'Église. Autrement dit, le miracle dont nous parle aujourd'hui l'Évangile est que la Vérité n'est pas altérée par notre état de péché. Bien que nous soyons tous des gens, tous des êtres humains, la Vérité descend le fleuve des générations comme dans une arche, sans subir de dommage. Véritablement, c'est un miracle et une joie.
Et voici la seconde joie. Nous désirons très souvent un « guide spirituel », et les gens prient sans fin pour en avoir un. Mais n'y a-t-il pas là le désir que quelqu'un prenne enfin sur lui notre propre fardeau de responsabilité ? Nous nous croyons si humbles, prêts à être des disciples : que quelqu'un vienne nous apprendre comment vivre, et nous obéirons. Mais l'Apôtre nous dit le contraire : « Frères, ne soyez pas des enfants sous le rapport du jugement ; soyez de petits enfants pour ce qui est du mal, mais, pour le jugement, soyez des hommes faits » (1 Co 14:20). Soyez adultes par le jugement, soyez vous-mêmes responsables de vos actes. C'est précisément ce qu'expriment ces paroles très importantes, « n'appelez personne sur la terre votre père », que le Seigneur nous adresse aujourd'hui. Au fond, nous les enfreignons ; toute l'organisation de l'Église les enfreint. Ne détruisons pas l'organisation de l'Église, mais comprenons au moins cela.
Alors il y aura tant de joie dans la relation avec un père spirituel : il n'est pour toi ni un maître ni un père, mais un frère, peut-être un frère aîné, mais un frère, tandis que votre Père est aux Cieux. Il y a tant de joie à être tous égaux, afin que personne n'étouffe la personnalité d'autrui, que personne ne punisse personne, n'interdise rien à personne, mais seulement conseille et aide. Oui, nous avons tous une expérience différente et une sagesse différente, mais le Seigneur est tellement plus parfait que nous que devant Lui nous sommes tous égaux. Il est impossible de le comprendre tant que l'on reste seulement sur la terre ; mais dès que l'on élève son esprit vers les Cieux, les petites maisons comme les hauts clochers paraissent presque identiques de là-haut. De même, nous sommes tous égaux devant le Seigneur, et cela est merveilleux.
22:46 g) La juste réponse eût été que, tout en descendant de David par ses origines humaines, cf. 1.1-17, le Messie avait aussi un caractère divin qui le rendait supérieur à David et que celui-ci avait prophétisé.
23:1 h) Le discours eschatologique de combine l’annonce de la ruine de Jérusalem avec celle de la fin de l’âge. Pour cela le discours de Mc, qui ne concernait que le premier événement, est complété d’une triple façon : 1° addition des vv. 26-28, 37-41, pris d’un discours sur le Jour du Fils de l’homme, que Luc utilise de son côté, Lc 17.22-37 ; 2° retouches qui introduisent les thèmes de la « Parousie », vv. 3, 27, 37, 39 (jamais ailleurs dans les Évangiles, cf. 24.3 ; 1 Co 15.23), de la « Fin de l’âge », v. 3 ; cf. 13.39, 40, 49, et du « signe du Fils de l’homme » qui touche toutes les races de la terre, v. 30 ; 3° addition, en fin du discours, de plusieurs paraboles sur la vigilance, 24.42—25.30, qui préparent le retour de Jésus et le grand Jugement eschatologique, 25.31-46. La ruine de Jérusalem marque la fin d’une ère et en inaugure une nouvelle de l’histoire ?
23:3 i) En tant qu’ils transmettent la doctrine traditionnelle reçue de Moïse. Ceci n’engage pas leurs interprétations personnelles, dont Jésus a montré par ailleurs ce qu’il faut penser, cf. 15.1-20 ; 16.6 ; 19.3-9.
23:5 j) Phylactères petites boîtes renfermant les paroles essentielles de la Loi, que les Juifs attachaient à leur bras ou à leur front, en obéissance aux injonctions de cette même Loi, voir Ex 13.9, 16 ; Dt 6.8 ; 11.18. Franges houppes attachées aux coins du manteau, cf. Nb 15.38 ; 9.20.
23:7 k) Mot hébreu signifiant « mon grand », « mon Seigneur », modelé sur l’araméen « ribboni, rabbouni », titre respectueux comme « monseigneur », puis, après 70, titre habituel des docteurs juifs, comme ici. Pour l’usage ancien, voir Mc 9.5 p.
23:8 l) Les vv. 8-12, adressés aux seuls disciples, n’appartiennent sans doute pas primitivement au même discours.
23:9 m) En araméen Abba, autre titre honorifique.
23:10 n) Jésus fait peut-être allusion au chef religieux de la communauté de Qumrân, le « Directeur juste », appelé communément « Maître de justice ».
Les grandes lignes de la vie de Jésus que nous rencontrons chez saint Marc se retrouvent dans l’évangile de saint Matthieu, mais l’accent est mis de façon différente. Le plan d’abord est autre. Récits et discours alternent : 1-4, récit : enfance et début du ministère ; 5-7, discours : sermon sur la montagne (béatitudes, entrée dans le Royaume) ; 8-9, récit : dix miracles montrant l’autorité de Jésus, invitation aux disciples ; 10 : discours missionnaire ; 11-12, récit : Jésus rejeté par « cette génération »; 13, discours : sept paraboles sur le Royaume ; 14-17, récit : Jésus reconnu par les disciples ; 18, discours : la vie communautaire dans l’Église ; 9-22, récit : autorité de Jésus, dernière invitation ; 23-25, discours apocalyptique : malheurs, venue du Royaume ; 26-28, récit : mort et résurrection. On remarquera la correspondance des récits (nativité et vie nouvelle, autorité et invitation, refus et reconnaissance), et le rapport entre le premier et le cinquième discours, et entre le deuxième et le quatrième ; le troisième discours forme le centre de la composition. Comme par ailleurs Matthieu reproduit beaucoup plus complètement que Marc l’enseignement de Jésus (qu’il a en grande partie en commun avec Luc) et insiste sur le thème du « Royaume des Cieux », 3.2 ; 4.17, on peut caractériser son évangile comme une instruction narrative sur la venue du Royaume des Cieux.
Ce Royaume de Dieu (= des Cieux), qui doit rétablir parmi les hommes l’autorité souveraine de Dieu comme Roi enfin reconnu, servi et aimé, avait été préparé et annoncé par l’Ancienne Alliance. Aussi Matthieu, écrivant pour une communauté de chrétiens venus du judaïsme et sans doute discutant avec les rabbins, s’attache-t-il particulièrement à montrer dans la personne et l’œuvre de Jésus l’accomplissement des Écritures. À chaque tournant de son œuvre, il se réfère à l’AT pour prouver comment la Loi et les Prophètes sont « accomplis », c’est-à-dire non seulement réalisés dans leur attente, mais encore menés à une perfection qui les couronne et les dépasse. Il le fait pour la personne de Jésus, confirmant de textes scripturaires sa race davidique, 1.1-17, sa naissance d’une vierge, 1.23, à Bethléem, 2.6, son séjour en Égypte, son établissement à Capharnaüm, 4.14-16, son entrée messianique à Jérusalem, 21.5, 16 ; il le fait pour son œuvre, de guérisons miraculeuses, 11.4-5, d’enseignement qui « accomplit » la Loi, 5.17, en lui donnant une interprétation nouvelle et plus intérieure, 5.21-48 ; 19.3-9, 16-21. Et il ne souligne pas moins fortement comment l’humilité de cette personne et l’échec apparent de cette œuvre se trouvent aussi accomplir les Écritures : le massacre des Innocents, 2.17s, l’enfance cachée de Nazareth, 2.23, la mansuétude compatissante du « Serviteur », 12.17-21 ; cf. 8.17 ; 11.29 ; 12.7, l’abandon des disciples, 26.31, le prix dérisoire de la trahison, 27.9-10, l’arrestation, 26.54, l’ensevelissement durant trois jours, 12.40, tout cela était le dessein de Dieu annoncé par l’Écriture. Et de même l’incrédulité des foules, 13.13-15, et surtout des disciples des pharisiens, attachés à leurs traditions humaines, 15.7-9 et auxquels ne peut être donné qu’un enseignement mystérieux en paraboles, 13.14-15, 35, ceci encore était annoncé par les Écritures. Sans doute les autres synoptiques utilisent-ils aussi cet argument scripturaire, mais Matthieu le renforce notablement, au point d’en faire un trait marquant de son évangile. Ceci, joint à la construction systématique de son exposé, fait de son ouvrage la charte de l’économie nouvelle qui accomplit les desseins de Dieu dans le Christ.
Pour Matthieu Jésus est le Fils de Dieu et Emmanuel, Dieu avec nous dès le début. À la fin de l’évangile, Jésus en tant que Fils de l’homme est doté de toute autorité divine sur le Royaume de Dieu, aux cieux comme sur la terre. Le titre Fils de Dieu revient aux moments décisifs du récit : le baptême, 3.17 ; la confession de Pierre, 16.16 ; la transfiguration, 17.5 ; le procès de Jésus et sa crucifixion, 26.63 ; 27.40, 43, 54. Lié à ce titre-là, on trouve celui de Fils de David (dix fois, ainsi 9.27), en vertu duquel Jésus est le nouveau Salomon, guérisseur et sage. En effet Jésus parle comme la Sagesse incarnée, 11.25-30 et 23.37-39. Le titre Fils de l’homme, qui parcourt l’évangile, culminant à la dernière scène majestueuse, 28.18-20, vient de Dn 7.13-14, où il se trouve en rapport étroit avec le thème du Royaume.
L’annonce de la venue du Royaume entraîne une conduite humaine qui dans Matthieu s’exprime surtout par la poursuite de la justice et l’obéissance à la Loi. La justice, thème préféré de Matthieu (3.15 ; 5.6, 10, 20 ; 6.1, 33 ; 21.32), est ici la réponse humaine d’obéissance à la volonté du Père, plutôt que le don divin du pardon qu’elle est pour saint Paul. La validité de la Loi (Torah) mosaïque est affirmée, 5.17-20, mais son développement par les pharisiens est rejeté en faveur de son interprétation par Jésus, qui insiste surtout sur les préceptes éthiques, sur le Décalogue et sur les grands commandements de l’amour de Dieu et du prochain, et qui parle d’autres sujets (le divorce, 5.31-32 ; 19.1-10) dans la mesure où ils revêtent un aspect moral.
Parmi les évangélistes Matthieu se distingue aussi par son intérêt explicite pour l’Église, 16.18 ; 18.18 (deux fois). Il cherche à donner à la communauté des croyants des principes de conduite et des chefs autorisés. Ces principes sont évoqués dans les grands discours, surtout au chap. 18 qui contient des principes en vue de prendre des décisions et de résoudre des conflits : la sollicitude pour la brebis égarée et pour les petits, le pardon et l’humilité. Matthieu n’a pas le triple ministère des évêques, des presbytres et des diacres, mais il mentionne les sages ou les chefs instruits, et en particulier les apôtres, avec Pierre à leur tête, 10.2, qui participent à l’autorité de Jésus lui-même, 10.40 ; 9.8 ; il mentionne aussi les prophètes, les scribes, les sages, 10.41 ; 13.52 ; 23.34. Comme juge de dernière instance il y a Pierre, 16.19. Puisque le pouvoir, bien que nécessaire, est dangereux, les chefs ont besoin de l’humilité, 18.1-9. Matthieu ne se fait aucune illusion au sujet de l’Église. N’importe qui peut échouer (même Pierre, 26.69-75) ; les prophètes peuvent dire le faux, 7.15 ; dans l’Église saints et pécheurs sont mélangés jusqu’au dernier tri, 13.36-43 ; 22.11-14 ; 25. Néanmoins, les portes de l’Hadès ne prévaudront pas contre elle, 16.18, et elle est envoyée en mission au monde entier, 28.18-20. Le style de vie apostolique ou missionnaire est décrit en 9.36-11.1. Tout l’évangile est encadré par le formulaire selon lequel Dieu est uni avec son peuple par Jésus Christ, Mt 1.23 ; 28.18-20. Les rejetés de l’ancien Israël, 21.31-32, unis aux païens convertis, deviennent de nouveau le peuple de Dieu, 21.43. On comprend que cet évangile si complet et si bien organisé, rédigé dans une langue moins savoureuse mais plus correcte que celle de Marc, ait été reçu et utilisé par l’Église naissante avec une faveur marquée.