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La Bible pour les débutants pour le 7 octobre 2009

La Bible de Jérusalem (fr)

Isaïe, Chapitre 65

III. Troisième partie du livre d’Isaïe> 1 Le jugement futur.
Je me suis laissé approcher par qui ne me questionnait pas,
je me suis laissé trouver par qui ne me cherchait pas.
J’ai dit : « Me voici ! me voici ! »
à une nation qui n’invoquait pas mon nom.
J’ai tendu les mains, chaque jour,
vers un peuple rebelle,
des gens qui suivent une voie mauvaise,
au gré de leur fantaisie.
Un peuple qui me provoque sans cesse en face,
qui sacrifie dans les jardins,
qui brûle de l’encens sur des briques,
qui habite dans les tombeaux,
passe la nuit dans les recoins,
mange de la viande de porc
et met dans ses plats des morceaux impurs.
Ils disent : « Retire-toi,
ne me touche pas, je te sanctifierai. »
Ces mots sont comme une fumée qui m’étouffe,
un feu toujours brûlant.
Voici, c’est écrit devant moi :
je ne me tairai pas que je n’aie réglé leur compte,
réglé à pleine mesure,
puni vos fautes et les fautes de vos pères, toutes ensemble, dit Yahvé,
eux qui ont brûlé des parfums sur les montagnes
et m’ont outragé sur les collines ;
je mesurerai à pleine mesure leurs œuvres anciennes.
Ainsi parle Yahvé :
Quand on trouve du jus dans une grappe,
on dit : « Ne la détruisez pas,
car elle contient une bénédiction »
ainsi ferai-je en faveur de mes serviteurs,
je ne détruirai pas tout.
Je ferai sortir de Jacob une race,
je ferai de Juda l’héritier de mes montagnes,
mes élus les posséderont,
mes serviteurs y habiteront.
10 Le pays de Saron deviendra un pâturage de brebis,
la vallée d’Akor un pacage de bœufs,
pour mon peuple qui m’aura cherché.
11 Quant à vous tous qui abandonnez Yahvé,
qui oubliez ma montagne sainte,
qui dressez à Gad une table,
qui versez à pleine coupe des mixtures pour Meni,
12 je vous destinerai à l’épée,
tous, vous courberez l’échine pour être massacrés,
car j’ai appelé et vous n’avez pas répondu,
j’ai parlé et vous n’avez pas écouté ;
vous avez fait ce qui est mal à mes yeux,
vous avez choisi ce qui me déplaît.
13 C’est pourquoi, ainsi parle le Seigneur Yahvé :
Voici : mes serviteurs mangeront,
mais vous, vous aurez faim ;
voici : mes serviteurs boiront,
mais vous, vous aurez soif ;
voici : mes serviteurs seront dans la joie,
et vous, dans la honte ;
14 voici : mes serviteurs crieront,
dans la joie de leur cœur,
et vous, vous pousserez des cris, dans la douleur de votre cœur,
vous hurlerez dans l’accablement de votre esprit.
15 Et vous laisserez votre nom comme imprécation pour mes élus :
« Que le Seigneur Yahvé te fasse mourir ! »
mais à ses serviteurs il donnera un autre nom.
16 Ceux qui se béniront sur terre se béniront par le Dieu de vérité,
et ceux qui jureront sur terre jureront par le Dieu de vérité ;
on oubliera les angoisses anciennes,
elles auront disparu de mes yeux.
17 Car voici que je vais créer des cieux nouveaux et une terre nouvelle,
on ne se souviendra plus du passé,
il ne reviendra plus à l’esprit.
18 Mais soyez pleins d’allégresse et exultez éternellement
de ce que moi, je vais créer :
car voici que je vais faire de Jérusalem une exultation
et de mon peuple une allégresse.
19 J’exulterai en Jérusalem,
en mon peuple je serai plein d’allégresse,
et l’on n’y entendra plus retentir les pleurs et les cris.
20 Là, plus de nouveau-né qui ne vive que quelques jours,
ni de vieillard qui n’accomplisse son temps ;
car le plus jeune mourra à l’âge de cent ans,
c’est à cent ans que le pécheur sera maudit.
21 Ils bâtiront des maisons et les habiteront,
ils planteront des vignes et en mangeront les fruits.
22 Ils ne bâtiront plus pour qu’un autre habite,
ils ne planteront plus pour qu’un autre mange.
Car les jours de mon peuple égaleront les jours des arbres,
et mes élus useront ce que leurs mains auront fabriqué.
23 Ils ne peineront pas en vain, ils n’enfanteront plus pour la terreur,
mais ils seront une race de bénis de Yahvé,
et leur descendance avec eux.
24 Ainsi, avant qu’ils n’appellent, moi je répondrai,
ils parleront encore que j’aurai déjà entendu.
25 Le loup et l’agnelet paîtront ensemble,
le lion comme le bœuf mangera de la paille,
et le serpent se nourrira de poussière.
On ne fera plus de mal ni de violence sur toute ma montagne sainte,
dit Yahvé.
Lire la suite:Isaïe, Chapitre 66
Notes:
Commentaire sur le fragment en cours
Commentaire sur le livre
Notes sur la partie

1 e) Les chap. 65-66 forment un recueil apocalyptique qui peut dater, dans son ensemble, de l’époque postexilique. Le rythme est parfois indécis et on a pu considérer que certains passages étaient écrits en prose.


1 f) « qui n’invoquait pas (Littéralement « qui n’appelait pas ») mon nom » versions ; « qui n’était pas appelé par mon nom » hébr.


4 g) Littéralement « des miettes (collectif) de mets impurs » ou, en lisant avec le qeré et 1QIsa, « du jus de mets impurs ». — Comme à 66.17 et cf. Ez 8.7-13, il s’agit de rites païens qui se pratiquèrent en secret à Jérusalem pendant l’Exil et que la communauté eut à combattre à son retour. Ce ne sont pas encore les religions à mystères de l’époque hellénistique.


5 h) Paroles mises sur les lèvres des initiés, censés porteurs d’une « sainteté » que risquerait de transmettre un simple contact.


6 i) Littéralement « sur leur sein », cf. Jr 32.18 ; Ps 79.12. Les plis du manteau servaient de sac à provisions, comp. 2 R 4.39 ; Rt 3.15 ; Lc 6.38. L’expression est répétée à la fin du v. 7.


11 j) Gad, dieu araméen de la fortune. Meni, dieu inconnu, peut-être une divinité du destin. L’hébr. semble faire un jeu de mots avec le premier mot du v. suivant, manîtî, « je destinerai ».


15 k) Sous-entendu « comme ces méchants ».


17 l) Chez les prophètes anciens, le bonheur messianique annoncé pour l’avenir était plus ou moins décrit comme un retour au paradis, cf. 11.6. Mais dans les œuvres apocalyptiques, sans répudier absolument les anciennes représentations, cf. 65.25 citant 11.7, 9, le prophète envisage une rénovation totale. C’est un monde nouveau qui est annoncé et décrit à travers toute la littérature apocalyptique, cf. Ap 21.1 ; 2 P 3.13.


Le prophète Isaïe est né aux environs de 765 av. J.-C. L’année de la mort du roi Ozias, en 740, il reçut dans le Temple de Jérusalem sa vocation prophétique, la mission d’annoncer la ruine d’Israël et de Juda en punition des infidélités du peuple, 6.1-13. Il exerça son ministère pendant quarante ans, qui furent dominés par la menace grandissante que l’Assyrie fit peser sur Israël et sur Juda. On distingue quatre périodes entre lesquelles on peut, avec plus ou moins d’assurance, répartir les oracles du prophète.

Cette participation active aux affaires de son pays fait d’Isaïe un héros national. Il est aussi un poète de génie. L’éclat de son style, la nouveauté de ses images font de lui le grand « classique » de la Bible. Ses compositions ont une force concise, une majesté, une harmonie qui ne seront plus jamais atteintes. Mais sa grandeur est d’abord religieuse. Isaïe a été marqué pour toujours par la scène de sa vocation dans le Temple, où il a eu la révélation de la transcendance de Dieu et de l’indignité de l’homme. Son idée de Dieu a quelque chose de triomphal et d’effrayant aussi : Dieu est le Saint, le Fort, le Puissant, le Roi. L’homme est un être souillé par le péché, dont Dieu demande réparation. Car Dieu exige la justice dans les relations sociales et aussi la sincérité dans le culte qu’on lui rend. Il veut qu’on soit fidèle. Isaïe est le prophète de la foi et, dans les crises graves que traverse sa nation, il demande qu’on se confie en Dieu seul : c’est l’unique chance de salut. Il sait que l’épreuve sera sévère, mais il espère qu’un « reste » sera épargné, dont le Messie sera le roi. Isaïe est le plus grand des prophètes messianiques. Le Messie qu’il annonce est un descendant de David, qui fera régner sur terre la paix et la justice et répandra la connaissance de Dieu, 2.1-5 ; 7.10-17 ; 9.1-6 ; 11.1-9 ; 28.16-17.

Un tel génie religieux a profondément marqué son époque et a fait école. On conserva ses paroles et on y ajouta. Le livre qui porte son nom est le résultat d’un long travail de composition dont il est impossible de restituer toutes les étapes. Le plan définitif rappelle celui de Jérémie (d’après le grec) et d’Ézéchiel : 1-12, oracles contre Jérusalem et Juda ; 13-23, oracles contre les nations ; 24-35, promesses. Mais ce plan n’est pas rigide ; d’autre part, l’analyse a montré que le livre ne suivait qu’imparfaitement l’ordre chronologique de la carrière d’Isaïe. Il a été formé à partir de plusieurs collections d’oracles. Certains groupements remontent au prophète lui-même, cf. 8.16 ; 30.8. Ses disciples, immédiats ou lointains, ont réuni d’autres ensembles, glosant parfois les paroles du maître ou y ajoutant. Les oracles contre les nations, groupés dans 13-23, ont accueilli des pièces postérieures, en particulier 13-14 contre Babylone (exilique). Des additions plus étendues sont : « l’Apocalypse d’Isaïe », 24-27, que son genre littéraire et sa doctrine ne permettent pas de mettre plus haut que le Ve siècle av. J.-C. ; une liturgie prophétique d’après l’Exil, 33 ; une « petite Apocalypse », 34-35, qui dépend du Second Isaïe. Enfin, on a mis en appendice le récit de l’action d’Isaïe lors de la campagne de Sennachérib, 36-39, emprunté à 2 R 18-19 avec l’insertion d’un psaume post-exilique mis dans la bouche d’Ézéchias, 38 9-20.

Le livre a reçu des additions encore plus considérables. Les chap. 40-55 ne peuvent pas être l’œuvre du prophète du VIIIe siècle. Non seulement son nom n’y est jamais mentionné, mais le cadre historique est postérieur d’environ deux siècles : Jérusalem est prise, le peuple est captif en Babylonie, Cyrus est déjà en scène et il sera l’instrument de la délivrance. Certes, la toute-puissance divine pourrait transporter un prophète dans un avenir éloigné, le couper du présent et changer ses images et ses pensées. Mais cela suppose un dédoublement de sa personnalité et un oubli de ses contemporains – vers lesquels il a été envoyé – qui sont sans exemple dans la Bible et contraires à la notion même de la prophétie, qui ne fait intervenir l’avenir que comme un enseignement pour le présent. Ces chapitres contiennent la prédication d’un anonyme, un continuateur d’Isaïe et un grand prophète comme lui, que, faute de mieux, nous appelons le Deutéro-Isaïe ou le Second Isaïe. Il a prêché en Babylonie entre les premières victoires de Cyrus, en 550 av. J.-C., qui laissaient présager la ruine de l’empire babylonien, et l’édit libérateur de 538, qui permit les premiers retours. Le recueil, sans être réellement composé, offre plus d’unité que les chap. 1-39. Il s’ouvre par l’équivalent d’un récit de vocation prophétique, 40.1-11, et il s’achève par une conclusion, 55.6-13. D’après ses premiers mots : « Consolez, consolez mon peuple », 40.1, on l’appelle le « livre de la Consolation d’Israël ».

C’est en effet son thème principal. Les oracles des chap. 1-39 étaient généralement menaçants et pleins d’allusions aux événements des règnes d’Achaz et d’Ézéchias ; ceux des chap. 40-55 sont détachés de ce contexte historique et ils sont consolants. Le jugement a été accompli par la ruine de Jérusalem, le temps de la restauration est proche. Ce sera un complet renouveau et cet aspect est souligné par l’importance donnée au thème de Dieu créateur joint à celui de Dieu sauveur. Un nouvel Exode, plus merveilleux que le premier, ramènera le peuple à une nouvelle Jérusalem, plus belle que la première. Cette distinction entre deux temps, celui des « choses passées » et celui des « choses à venir », marque le début de l’eschatologie. Par rapport au premier Isaïe, la pensée est plus théologiquement construite. Le monothéisme est affirmé doctrinalement et la vanité des faux dieux est démontrée par leur impuissance. La sagesse et la providence insondables de Dieu sont mises en relief. L’universalisme religieux s’exprime clairement pour la première fois. Ces vérités sont dites sur un ton enflammé et avec un rythme bref, qui manifestent l’urgence du salut.

Dans le livre sont enclavées quatre pièces lyriques, les « chants du Serviteur », 42.1-4 (5-9) ; 49.1-6 ; 50.4-9 (10-11) ; 52.13–53.12. Ils présentent un parfait serviteur de Yahvé, rassembleur de son peuple et lumière des nations, qui prêche la vraie foi, qui expie par sa mort les péchés du peuple et est glorifié par Dieu. Ces passages sont parmi les plus étudiés de l’Ancien Testament et l’on ne s’accorde ni sur leur origine ni sur leur signification. L’attribution des trois premiers chants au Second Isaïe reste très vraisemblable ; il est possible que le quatrième soit l’œuvre d’un de ses disciples. L’identification du Serviteur est très discutée. On y a souvent vu une figure de la communauté d’Israël, à laquelle d’autres passages du Second Isaïe donnent effectivement le titre de « serviteur ». Mais les traits individuels sont trop marqués et c’est pourquoi d’autres exégètes, qui forment actuellement la majorité, reconnaissent dans le Serviteur un personnage historique du passé ou du présent ; dans cette perspective, l’opinion la plus attrayante est celle qui identifie le Serviteur avec le Second Isaïe lui-même ; le quatrième chant aurait été ajouté après sa mort. On a combiné aussi les deux interprétations en considérant le Serviteur comme un individu incorporant les destinées de son peuple.

De toute manière, une interprétation qui se limiterait au passé ou au présent ne rend pas suffisamment compte des textes. Le Serviteur est le médiateur du salut à venir et cela justifie l’interprétation messianique qu’une partie de la tradition juive elle-même a donnée de ces passages, moins l’aspect de la souffrance. Ce sont au contraire les textes sur le Serviteur souffrant et son expiation vicaire que Jésus a retenus en les appliquant à lui-même et à sa mission, Lc 22.19-20, 37 ; Mc 10.45, et la première prédication chrétienne a reconnu en lui le Serviteur parfait annoncé par le Second Isaïe, Mt 12.17-21 ; Jn 1.29.

La dernière partie du livre, chap. 56-66, a été considérée comme l’œuvre d’un autre prophète qu’on a appelé le « Trito-Isaïe », le Troisième Isaïe. On reconnaît généralement aujourd’hui que c’est un recueil composite. Le Psaume de 63.7–64.11 paraît antérieur à la fin de l’Exil ; l’oracle de 66.1-4 est contemporain de la reconstruction du Temple vers 520 av. J.-C. La pensée et le style des chap. 60-62 les apparentent de très près au Second Isaïe. Les chap. 56-59, dans leur ensemble, peuvent dater du Ve siècle av. J.-C. Les chap. 65-66 (sauf 66.1-4), qui ont une forte saveur apocalyptique, ont été datés de l’époque grecque par certains exégètes, mais d’autres les placent au lendemain du retour de l’Exil. Prise en général, cette troisième partie du livre apparaît comme l’œuvre des continuateurs du Second Isaïe ; c’est le dernier produit de la tradition isaïenne qui a prolongé l’action du grand prophète du VIIIe siècle.

On a retrouvé dans une grotte du bord de la mer Morte un manuscrit complet d’Isaïe datant probablement du IIe siècle avant notre ère. Il s’écarte du texte massorétique par une orthographe particulière et par des variantes dont certaines sont utiles pour l’établissement du texte. Elles sont indiquées dans les notes par le sigle 1 QIsa.

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