Il n’arrive pas souvent dans notre vie que nous connaissions exactement la volonté de Dieu pour nous, le chemin sur lequel Il nous a Lui-même placés...
Il n’arrive pas souvent dans notre vie que nous connaissions exactement la volonté de Dieu pour nous, le chemin sur lequel Il nous a Lui-même placés et sur lequel Il nous aidera. Mais cela arrive parfois. Dans la vie de chacun, au moins une fois, une telle compréhension survient. Il arrive que nous n’osions pas suivre ce chemin. Les raisons peuvent être diverses, et, dans la vie d’une même personne, elles peuvent toutes s’entremêler. Nous pouvons ne pas nous aimer nous-mêmes et, à cause de ce manque d’amour, sombrer dans une fausse humilité et conclure : « Je suis trop pécheur », « Je ne suis pas assez bon pour accomplir cette volonté de Dieu à mon égard. » Ce peut être la peur des autres, la crainte qu’ils n’acceptent pas ce chemin. Mais à la base de toutes ces raisons d’hésiter, il y a en réalité un seul problème : le manque de foi.
Il apparaît que nous ne croyons pas que Dieu nous a créés assez bons pour pouvoir accomplir Sa volonté, ni qu’Il a créé les autres assez bons pour accepter notre chemin, même très inhabituel. Nous ne croyons pas non plus que, même si nous rencontrons de graves difficultés et des épreuves, notamment à la suite de conflits avec d’autres personnes, cela fait aussi partie du chemin. Au fond, nous ne croyons pas que Dieu nous soutiendra dans un moment difficile, qu’Il sera avec nous dans ces épreuves. Il est toujours proche, mais si nous suivons le chemin qu’Il a préparé spécialement pour nous, il nous est plus facile de ressentir Sa présence et Son aide. Parfois, pourtant, le manque de foi, les peurs et les doutes nous assourdissent à tel point que, comme Jonas, nous choisissons la fuite. Alors, il ne reste à Dieu qu’à nous envoyer dans le ventre d’une baleine. Ce n’est pas une punition. C’est le seul moyen de nous atteindre. Car à l’intérieur de la « baleine », il n’y a pas d’influences extérieures : il fait sombre, tout est silencieux, il n’y a personne d’autre que soi-même, et même Dieu semble très lointain. Pourtant, on ne peut pas non plus périr à l’intérieur de la « baleine » : on ne se noiera pas, la baleine nage bien, on est au chaud et en sécurité… Une telle « baleine » peut être une maladie grave et longue, mais non mortelle, ou une dépression. Bref, une situation où nous éprouvons très peu de sentiments, où nous sommes extrêmement seuls et où nous sommes obligés de regarder honnêtement ce que nous sommes et ce qu’est notre vie.
Alors, on peut voir que l’on s’est égaré, comprendre que le Seigneur aimant nous attendait sur le chemin abandonné, L’appeler à l’aide comme Jonas l’a fait, trouver la résolution de Le suivre — et devenir libre.
1 f) Sur ce poisson, et plus généralement sur les prodiges accumulés par l’auteur de Jonas, voir l’Introduction.
Ce petit livre diffère de tous les autres livres prophétiques. C’est uniquement un récit : il raconte l’histoire d’un prophète désobéissant qui veut d’abord se dérober à sa mission et qui ensuite se plaint à Dieu du succès inattendu de sa prédication. Le héros à qui est attribuée cette aventure un peu ridicule est un prophète contemporain de Jéroboam II, mentionné en 2 R 14.25. Mais le livret ne se présente pas comme étant son œuvre et effectivement ne peut pas être de lui. La « grande ville » de Ninive, détruite en 612, n’est plus qu’un lointain souvenir, la pensée et l’expression empruntent aux livres de Jérémie et d’Ézéchiel, la langue est tardive. Tout invite à placer la composition après l’Exil, dans le courant du Ve siècle. Le psaume, 2.3-10, qui est d’un genre littéraire différent et qui n’a aucun rapport avec la situation concrète de Jonas ni avec l’enseignement du livre, a été ajouté après coup.
Cette date basse doit déjà mettre en garde contre une interprétation historique. Celle-ci est écartée aussi par d’autres arguments : Dieu peut changer les cœurs, mais la subite conversion au Dieu d’Israël du roi de Ninive et de tout son peuple aurait laissé des traces dans les documents assyriens et dans la Bible. Dieu est aussi maître des lois de la nature, mais les prodiges sont ici accumulés comme autant de « bons tours » joués par Dieu au prophète : la tempête subite, Jonas désigné par le sort, le poisson monstrueux, le ricin qui pousse en une nuit et qui sèche en une heure, et le tout est raconté avec une ironie non déguisée, bien étrangère au style de l’histoire.
Le livre est destiné à plaire, et aussi à instruire : c’est un récit didactique, et son enseignement marque l’un des sommets de l’Ancien Testament. Brisant avec une interprétation étroite des prophéties, il affirme que les menaces, même les plus catégoriques, sont l’expression d’une volonté miséricordieuse de Dieu, qui n’attend que la manifestation du repentir pour accorder son pardon. Si l’oracle de Jonas ne se réalise pas, c’est qu’en effet les décrets de destruction sont toujours conditionnels. Ce que Dieu veut, c’est la conversion, et la mission du prophète est donc parfaitement réussie, cf. Jr 18.7-8.
Brisant avec le particularisme dans lequel la communauté postexilique était tentée de s’enfermer, ce livre prêche un universalisme extraordinairement ouvert. Ici, tout le monde est sympathique, les marins païens du naufrage, le roi, les habitants et jusqu’aux animaux de Ninive, tout le monde sauf le seul Israélite qui soit en scène, et c’est un prophète, Jonas ! Dieu sera indulgent pour son prophète rebelle, mais surtout, sa miséricorde s’étend même à l’ennemie la plus honnie d’Israël.
On est tout près du Nouveau Testament : Dieu n’est pas seulement le Dieu des Juifs, il est aussi le Dieu des païens, car il n’y a qu’un seul Dieu, Rm 3.29. Dans Mt 12.41 et Lc 11.29-32, Notre Seigneur donnera en exemple la conversion des Ninivites, et Mt 12.40 verra dans Jonas enfermé dans le ventre du monstre la figure du séjour du Christ au tombeau. Cet emploi de l’histoire de Jonas ne doit pas être invoqué comme une preuve de son historicité : Jésus utilise cet apologue de l’Ancien Testament comme les prédicateurs chrétiens utilisent les paraboles du Nouveau ; c’est le même souci d’enseigner par des images familières aux auditeurs, sans qu’un jugement soit porté sur la réalité des faits.