Les paroles du prophète sur la vengeance contre ses ennemis peuvent paraître un exemple de ce qu'on appelle parfois « l'esprit de vengeance de l'Ancien Testament ». Pourtant Jérémie n'a nullement l'intention de se venger. Il ne fait que remettre toute sa situation, entièrement et complètement, entre les mains de Dieu. Il comprend parfaitement que l'affaire que Dieu lui a confiée n'est pas son affaire, mais l'affaire de Dieu. Et lui-même, Jérémie, n'est dans cette affaire qu'un instrument, un exécutant, de qui il n'est demandé ni d'évaluer les personnes qui y participent, ni encore moins de les punir ou de se venger d'elles. Le prophète doit seulement faire son travail: aller là où Dieu l'envoie, dire ce qu'il lui a confié de dire, et lui laisser le reste.
Mais il y a autour de lui des gens qui empêchent Jérémie de faire l'œuvre de Dieu. C'est une réalité objective. On peut avoir n'importe quelle attitude envers les personnes qui l'entravent, mais objectivement elles sont les ennemies de Dieu. Ici, il n'y a ni vengeance ni haine, mais la simple constatation d'un fait évident. Il serait stupide d'ignorer l'évidence, et le prophète ne tente pas de le faire: il s'adresse à Dieu pour que la situation soit résolue.
Ses paroles au sujet des ennemis ne témoignent pas de la haine et ne manifestent pas un désir de vengeance au sens humain où on les interprète souvent. Car la vengeance de Dieu n'est pas ce qu'est la vengeance de l'homme, de même que le châtiment de Dieu n'est pas un châtiment humain. Le châtiment humain est une sanction pour la violation d'une norme; la vengeance humaine est le témoignage d'un triomphe sur l'ennemi. Le châtiment de Dieu, lui, n'est que le triomphe de son amour sur le péché humain, et la douleur causée par le péché qui cherche à empêcher ce triomphe; la vengeance de Dieu est le triomphe de sa volonté sur ceux qui s'y opposent et l'accomplissement de ses desseins malgré ses adversaires. Ce n'est pas le désir d'humilier ou d'écraser l'ennemi pour son propre triomphe: Dieu n'a pas besoin de s'affirmer aux dépens d'un adversaire vaincu. Il remet simplement tout à sa place, y compris ceux qui s'opposent à lui.
Mais Dieu ne veut pas leur perte. Il veut que ces hommes se convertissent et trouvent cette plénitude de vie qu'il peut leur donner. Et ce désir ne devient vengeance que pour ceux qui le refusent. Mais alors ce n'est déjà plus la vengeance de Dieu: c'est le choix de l'homme.
