Bible-Centre

Lecture en trois ans pour le 5 avril 2008

La Bible de Jérusalem (fr)

Luc, Chapitre 22,  vers 1-30

VI. La passion> 1 Complot contre Jésus et trahison de Judas., 7 Préparatifs du repas pascal., 14 Le repas pascal., 19 Institution de l’Eucharistie., 21 Annonce de la trahison de Judas., 24 Qui est le plus grand ?, 28 Récompense promise aux apôtres.
La fête des Azymes, appelée la Pâque, approchait.
Et les grands prêtres et les scribes cherchaient comment le tuer, car ils avaient peur du peuple.
Or Satan entra dans Judas, appelé Iscariote, qui était du nombre des Douze.
Il s’en alla conférer avec les grands prêtres et les chefs des gardes sur le moyen de le leur livrer.
Ils se réjouirent et convinrent de lui donner de l’argent.
Il acquiesça, et il cherchait une occasion favorable pour le leur livrer à l’insu de la foule.
Vint le jour des Azymes, où devait être immolée la pâque,
et il envoya Pierre et Jean en disant : « Allez nous préparer la pâque, que nous la mangions. »
Ils lui dirent : « Où veux-tu que nous préparions ? »
10 Il leur dit : « Voici qu’en entrant dans la ville, vous rencontrerez un homme portant une cruche d’eau. Suivez-le dans la maison où il pénétrera,
11 et vous direz au propriétaire de la maison : « Le Maître te fait dire : Où est la salle où je pourrai manger la pâque avec mes disciples ? »
12 Et celui-ci vous montrera, à l’étage, une grande pièce garnie de coussins ; faites-y les préparatifs. »
13 S’en étant donc allés, ils trouvèrent comme il leur avait dit, et ils préparèrent la pâque.
14 Lorsque l’heure fut venue, il se mit à table, et les apôtres avec lui.
15 Et il leur dit : « J’ai ardemment désiré manger cette pâque avec vous avant de souffrir ;
16 car je vous le dis, jamais plus je ne la mangerai jusqu’à ce qu’elle s’accomplisse dans le Royaume de Dieu. »
17 Puis, ayant reçu une coupe, il rendit grâces et dit : « Prenez ceci et partagez entre vous ;
18 car, je vous le dis, je ne boirai plus désormais du produit de la vigne jusqu’à ce que le Royaume de Dieu soit venu. »
19 Puis, prenant du pain, il rendit grâces, le rompit et le leur donna, en disant : « Ceci est mon corps, donné pour vous ; faites cela en mémoire de moi. »
20 Il fit de même pour la coupe après le repas, disant : « Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang, versé pour vous.
21 « Cependant, voici que la main de celui qui me livre est avec moi sur la table.
22 Le Fils de l’homme, certes, va son chemin selon ce qui a été arrêté, mais malheur à cet homme-là par qui il est livré ! »
23 Et eux se mirent à se demander entre eux quel était donc parmi eux celui qui allait faire cela.
24 Il s’éleva aussi entre eux une contestation : lequel d’entre eux pouvait être tenu pour le plus grand ?
25 Il leur dit : « Les rois des nations dominent sur elles, et ceux qui exercent le pouvoir sur elles se font appeler Bienfaiteurs.
26 Mais pour vous, il n’en va pas ainsi. Au contraire, que le plus grand parmi vous se comporte comme le plus jeune, et celui qui gouverne comme celui qui sert.
27 Quel est en effet le plus grand, celui qui est à table ou celui qui sert ? N’est-ce pas celui qui est à table ? Et moi, je suis au milieu de vous comme celui qui sert !
28 « Vous êtes, vous, ceux qui sont demeurés constamment avec moi dans mes épreuves ;
29 et moi je dispose pour vous du Royaume, comme mon Père en a disposé pour moi :
30 vous mangerez et boirez à ma table en mon Royaume, et vous siégerez sur des trônes pour juger les douze tribus d’Israël.
Lire la suite:Luc, Chapitre 22
Notes:
Commentaire sur le fragment en cours
Commentaire sur le livre
Notes sur la partie

1 v) Dans tout le récit de la Passion, dépend beaucoup moins que précédemment de Mc. En revanche il a de nombreux points de contact avec Jn ; sans doute disposent-ils d’une source commune.


2 w) Luc ne raconte pas l’onction de Béthanie ; en 7.36-50, il a déjà présenté un fait de même genre.


4 x) Officiers de la police du Temple. Ils se recrutaient parmi les Lévites. Cf. Ac 4.1.


15 y) Luc adopte la convention hellénistique d’un repas des adieux du Maître avec ses disciples. Les paroles prononcées par Jésus à la Cène tiennent chez une place plus importante que chez Mt et Mc ; les entretiens de Jn 13.31 seront encore plus développés. Luc semble avoir conçu ces discours à la lumière des assemblées eucharistiques primitives.


16 z) Elle s’accomplira d’une manière initiale par l’institution de l’Eucharistie, centre de la vie spirituelle du Royaume fondé par Jésus, d’une manière totale et sans voile à la fin des temps.


17 a) Luc a distingué la pâque et la coupe des vv. 15-18 du Pain et de la Coupe des vv. 19-20, pour mettre en parallèle le rite ancien de la Pâque juive et le rite nouveau de l’Eucharistie chrétienne. Ne comprenant pas cette construction théologique et s’étonnant de trouver deux coupes, des témoins anciens ont omis le v. 20 ou même la fin du v. 19 (à partir de « qui va être donné pour vous »).


19 b) On remarquera la parenté du texte de Luc avec celui de Paul.


20 c) On peut comprendre « qui va être donné/versé » ou « qui doit être donné/versé ».


24 d) Luc transpose ici, sous une forme d’ailleurs assez différente, des paroles que Mt Mc placent après la demande des fils de Zébédée, Mt 20.25-28 ; Mc 10.42-45. Dans leur nouveau contexte, ces enseignements de Jésus éclairent les questions de préséance et de service des tables qui devaient se poser dans les assemblées liturgiques primitives, cf. Ac 6.1 ; 1 Co 11.17-19 ; Jc 2.2-4.


Le mérite particulier du troisième évangile lui vient de la personnalité très attachante de son auteur, qui y transparaît sans cesse. Saint Luc est un écrivain de grand talent et une âme délicate. Il a mené son œuvre de façon originale, avec un souci d’information et d’ordre, 1.3. Ce n’est pas à dire qu’il ait pu donner aux matériaux reçus de la tradition un arrangement plus «sp;historique » que Matthieu et Marc ; son respect des sources et sa façon de les juxtaposer ne le lui permettaient pas. Son plan reprend les grandes lignes de celui de Marc avec quelques transpositions, ou omissions. Des épisodes sont déplacés, 3.19-20 ; 4.16-30 ; 5.1-11 ; 6.12-19 ; 22.31-34, etc., tantôt par soucis de clarté et de logique, tantôt par influence d’autres traditions, parmi lesquelles il faut noter celle qui se reflète également dans le quatrième évangile. D’autres épisodes sont omis, soit comme moins intéressants pour les lecteurs païens, cf. Mc 12.28-34, à comparer Lc 10.25-28. On remarquera surtout l’absence d’un correspondant à Mc 6.45-8.26. La différence la plus notable par rapport au deuxième évangile est la longue section médiane 9.51-18.14, qui est présentée sous la forme d’une montée vers Jérusalem à l’aide de notations répétées, 9.51 ; 13.22 ; 17.11, cf. Mc 10.1, et où l’on verra moins le souvenir réel de différents voyages que l’insistance voulue sur une idée théologique chère à Luc : la Ville sainte est le lieu où doit s’accomplir le salut 9.31 ; 13.33 ; 18.31 ; 19.11, c’est là que l’Évangile a commencé, 1.5s, et c’est là qu’il doit finir, 24.52s – par des apparitions et des entretiens qui n’ont pas lieu en Galilée, 24.13-51 ; et comp. 24.6 avec Mc 16.7, Mt 28.7, 16-20 – car c’est de là que doit partir l’évangélisation du monde, 24.47 ; Ac 1.8. Dans un sens plus large, c’est la montée de Jésus (et du chrétien) vers Dieu.

D’autres traits littéraires de Luc sont l’emploi des genres du symposium, 7.36-50 ; 11.37-54 ; 14.1-24, et du discours des adieux, 22.14-38, son goût des parallèles (Jean le Baptiste et Jésus, 1.5-2.52) et des inclusions, et le schéma promesse-accomplissement qui ponctue son récit.

Si l’on poursuit dans le détail la comparaison de Luc avec Marc et Matthieu, on observe sur le vif l’activité toujours en éveil d’un écrivain qui excelle à présenter les choses d’une façon qui lui est propre, évitant ou atténuant ce qui peut froisser sa sensibilité ou celle de ses lecteurs (8.43 comp. Mc 5.26 om. Mc 9.43-48 ; 13.32, etc.), ou bien leur être peu compréhensible (om. Mc 4.13 ; 8.32s ; 9.28s ; 14.50) ou les excluant (Lc 9.45 ; 18.24 ; 22.45), interprétant les termes obscurs (6.15) ou précisant la géographie (4.31 ; 19.28s, 37 ; 23.51), etc. Par ces nombreuses et fines touches, et surtout par le riche apport dû à son enquête personnelle, Luc nous livre les réactions et les tendances de son âme ; ou plutôt, par le moyen de cet instrument de choix, l’Esprit-Saint nous présente le message évangélique d’une façon originale, riche de doctrine. Il s’agit moins d’ailleurs de grandes thèses théologiques (les idées maîtresses sont les mêmes que chez Marc et Matthieu) que d’une psychologie religieuse où l’on trouve, mêlées à une influence très discrète de son maître Paul, les inclinations propres au tempérament de Luc. En vrai « scriba mansuetudinis Christi » (Dante), il aime à souligner la miséricorde de son Maître pour les pécheurs, 15.1s, 7, 10, et à raconter des scènes de pardon, 7.36-50 ; 15.11-32 ; 19.1-10 ; 23.34, 39-43. Il insiste volontiers sur la tendresse de Jésus pour les humbles et les pauvres, tandis que les orgueilleux et les riches jouisseurs sont sévèrement traités, 1.51-53 ; 6.20-26 ; 12.13-21 ; 14.7-11 ; 16.15, 19-31 ; 18.9-14. Cependant même la juste condamnation ne se fera qu’après les délais patients de la miséricorde, 13.6-9 ; comp. Mc 11.12-14. Il faut seulement qu’on se repente, qu’on se renonce, et ici la générosité exigeante de Luc tient à répéter l’exigences d’un détachement décidé et absolu, 14.25-34, notamment par l’abandon des richesses, 6.34s ; 12.33 ; 16.9-13. On notera encore les passages propres au troisième évangile sur la nécessité de la prière, 11.5-8 ; 18.1-8, et sur l’exemple qu’en a donné Jésus, 3.21 ; 5.16 ; 6.12 ; 9.28. Enfin, comme chez saint Paul et dans les Actes, l’Esprit Saint occupe une place de premier plan que Luc seul souligne en 1.15, 35, 41, 67 ; 2.25-27 ; 4.1, 14, 18 ; 10.21 ; 11.13 ; 24.49. Ceci, avec l’atmosphère de reconnaissance pour les bienfaits divins et d’allégresse spirituelle, qui enveloppe tout le troisième évangile, 2.14 ; 5.26 ; 10.17 ; 13.17 ; 18.43 ; 19.37 ; 24.51s, achève de donner à l’œuvre de Luc cette ferveur qui touche et réchauffe le cœur.

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