Au cours du séder pascal qui devint la Cène, Jésus montra plus clairement que jamais à Ses disciples ce qu'est le christianisme. C'est précisément la Cène qui est devenue pour les chrétiens l'événement sur lequel la vie de l'Église devait ensuite être fondée...
Au cours du séder pascal qui devint la Cène, Jésus montra plus clairement que jamais à Ses disciples ce qu'est le christianisme. C'est précisément la Cène qui est devenue pour les chrétiens l'événement sur lequel la vie de l'Église devait ensuite être fondée, jusqu'au retour du Christ dans la gloire. Toute fraction chrétienne du pain, toute eucharistie, devient en réalité la continuation de cette même Cène qui, tout en appartenant à l'éternité, se réfracte en même temps encore et encore dans l'histoire, devenant ce que l'Église appelle habituellement un sacrement.
Mais qu'était la Cène ? Extérieurement, un séder pascal ordinaire, le repas rituel et festif traditionnel juif célébré le premier jour, ou plus précisément la première nuit, de la fête de Pessa'h. À cet égard, Jésus n'invente rien de nouveau. Il n'a pas l'intention d'élaborer pour Ses disciples un rite religieux particulier. Et cela se comprend : Jésus n'avait pas l'intention de créer une nouvelle religion. Il parle d'autre chose : de Son corps et de Son sang. Que veut-Il dire ?
Dans l'usage juif traditionnel, qu'il s'agisse de l'hébreu ou de l'araméen, le corps et le sang désignent la personne, la nature humaine, la vie humaine. Mais la vie dans toute sa plénitude, tant naturelle que spirituelle. Dans le cas du Christ, cela représente énormément. On pourrait dire : immensément, car Il porte en Lui la vie du Royaume dans toute sa plénitude. Et les repas rituels juifs avaient toujours été un lieu de rencontre, non seulement de Dieu avec la personne, mais aussi des personnes rassemblées à une même table les unes avec les autres. La présence de Dieu les unissait et les sanctifiait comme un tout unique, un seul organisme, un seul corps spirituel. Aux temps évangéliques, tout le peuple juif était précisément perçu de cette manière, comme un unique organisme spirituel et non pas seulement comme une communauté ethnique. Les repas rituels jouaient un rôle immense dans son existence comme corps spirituel unique : avant tout, bien sûr, les repas du shabbat, mais aussi ceux des autres fêtes juives, qui reposaient sur la fraction du pain comme moment de rencontre des participants avec Dieu et entre eux.
Jésus S'introduit Lui-même dans cette communion. Il y apporte la plénitude de Sa vie, et donc de la vie du Royaume qu'Il a apporté au monde. Il l'y apporte pour tous les temps à venir, jusqu'au jour où Il reviendra comme Roi triomphant de Son Royaume pleinement révélé. Le christianisme est précisément la participation à cette vie du Christ, le fait d'avoir part à la vie de Son Royaume. Tout le reste n'est que son cadre, un contexte historique qui peut prendre n'importe quelle forme, pourvu qu'il ne contredise pas la tâche principale. À la rigueur, on peut même s'en passer complètement, pourvu que demeure ce qui a commencé lors de la Cène. C'est en effet cela qui fait de l'Église l'Église. Le reste sera donné par surcroît, s'il est nécessaire.
1 v) Dans tout le récit de la Passion, dépend beaucoup moins que précédemment de Mc. En revanche il a de nombreux points de contact avec Jn ; sans doute disposent-ils d’une source commune.
2 w) Luc ne raconte pas l’onction de Béthanie ; en 7.36-50, il a déjà présenté un fait de même genre.
4 x) Officiers de la police du Temple. Ils se recrutaient parmi les Lévites. Cf. Ac 4.1.
15 y) Luc adopte la convention hellénistique d’un repas des adieux du Maître avec ses disciples. Les paroles prononcées par Jésus à la Cène tiennent chez une place plus importante que chez Mt et Mc ; les entretiens de Jn 13.31 seront encore plus développés. Luc semble avoir conçu ces discours à la lumière des assemblées eucharistiques primitives.
16 z) Elle s’accomplira d’une manière initiale par l’institution de l’Eucharistie, centre de la vie spirituelle du Royaume fondé par Jésus, d’une manière totale et sans voile à la fin des temps.
17 a) Luc a distingué la pâque et la coupe des vv. 15-18 du Pain et de la Coupe des vv. 19-20, pour mettre en parallèle le rite ancien de la Pâque juive et le rite nouveau de l’Eucharistie chrétienne. Ne comprenant pas cette construction théologique et s’étonnant de trouver deux coupes, des témoins anciens ont omis le v. 20 ou même la fin du v. 19 (à partir de « qui va être donné pour vous »).
19 b) On remarquera la parenté du texte de Luc avec celui de Paul.
20 c) On peut comprendre « qui va être donné/versé » ou « qui doit être donné/versé ».
24 d) Luc transpose ici, sous une forme d’ailleurs assez différente, des paroles que Mt Mc placent après la demande des fils de Zébédée, Mt 20.25-28 ; Mc 10.42-45. Dans leur nouveau contexte, ces enseignements de Jésus éclairent les questions de préséance et de service des tables qui devaient se poser dans les assemblées liturgiques primitives, cf. Ac 6.1 ; 1 Co 11.17-19 ; Jc 2.2-4.
Le mérite particulier du troisième évangile lui vient de la personnalité très attachante de son auteur, qui y transparaît sans cesse. Saint Luc est un écrivain de grand talent et une âme délicate. Il a mené son œuvre de façon originale, avec un souci d’information et d’ordre, 1.3. Ce n’est pas à dire qu’il ait pu donner aux matériaux reçus de la tradition un arrangement plus «sp;historique » que Matthieu et Marc ; son respect des sources et sa façon de les juxtaposer ne le lui permettaient pas. Son plan reprend les grandes lignes de celui de Marc avec quelques transpositions, ou omissions. Des épisodes sont déplacés, 3.19-20 ; 4.16-30 ; 5.1-11 ; 6.12-19 ; 22.31-34, etc., tantôt par soucis de clarté et de logique, tantôt par influence d’autres traditions, parmi lesquelles il faut noter celle qui se reflète également dans le quatrième évangile. D’autres épisodes sont omis, soit comme moins intéressants pour les lecteurs païens, cf. Mc 12.28-34, à comparer Lc 10.25-28. On remarquera surtout l’absence d’un correspondant à Mc 6.45-8.26. La différence la plus notable par rapport au deuxième évangile est la longue section médiane 9.51-18.14, qui est présentée sous la forme d’une montée vers Jérusalem à l’aide de notations répétées, 9.51 ; 13.22 ; 17.11, cf. Mc 10.1, et où l’on verra moins le souvenir réel de différents voyages que l’insistance voulue sur une idée théologique chère à Luc : la Ville sainte est le lieu où doit s’accomplir le salut 9.31 ; 13.33 ; 18.31 ; 19.11, c’est là que l’Évangile a commencé, 1.5s, et c’est là qu’il doit finir, 24.52s – par des apparitions et des entretiens qui n’ont pas lieu en Galilée, 24.13-51 ; et comp. 24.6 avec Mc 16.7, Mt 28.7, 16-20 – car c’est de là que doit partir l’évangélisation du monde, 24.47 ; Ac 1.8. Dans un sens plus large, c’est la montée de Jésus (et du chrétien) vers Dieu.
D’autres traits littéraires de Luc sont l’emploi des genres du symposium, 7.36-50 ; 11.37-54 ; 14.1-24, et du discours des adieux, 22.14-38, son goût des parallèles (Jean le Baptiste et Jésus, 1.5-2.52) et des inclusions, et le schéma promesse-accomplissement qui ponctue son récit.
Si l’on poursuit dans le détail la comparaison de Luc avec Marc et Matthieu, on observe sur le vif l’activité toujours en éveil d’un écrivain qui excelle à présenter les choses d’une façon qui lui est propre, évitant ou atténuant ce qui peut froisser sa sensibilité ou celle de ses lecteurs (8.43 comp. Mc 5.26 om. Mc 9.43-48 ; 13.32, etc.), ou bien leur être peu compréhensible (om. Mc 4.13 ; 8.32s ; 9.28s ; 14.50) ou les excluant (Lc 9.45 ; 18.24 ; 22.45), interprétant les termes obscurs (6.15) ou précisant la géographie (4.31 ; 19.28s, 37 ; 23.51), etc. Par ces nombreuses et fines touches, et surtout par le riche apport dû à son enquête personnelle, Luc nous livre les réactions et les tendances de son âme ; ou plutôt, par le moyen de cet instrument de choix, l’Esprit-Saint nous présente le message évangélique d’une façon originale, riche de doctrine. Il s’agit moins d’ailleurs de grandes thèses théologiques (les idées maîtresses sont les mêmes que chez Marc et Matthieu) que d’une psychologie religieuse où l’on trouve, mêlées à une influence très discrète de son maître Paul, les inclinations propres au tempérament de Luc. En vrai « scriba mansuetudinis Christi » (Dante), il aime à souligner la miséricorde de son Maître pour les pécheurs, 15.1s, 7, 10, et à raconter des scènes de pardon, 7.36-50 ; 15.11-32 ; 19.1-10 ; 23.34, 39-43. Il insiste volontiers sur la tendresse de Jésus pour les humbles et les pauvres, tandis que les orgueilleux et les riches jouisseurs sont sévèrement traités, 1.51-53 ; 6.20-26 ; 12.13-21 ; 14.7-11 ; 16.15, 19-31 ; 18.9-14. Cependant même la juste condamnation ne se fera qu’après les délais patients de la miséricorde, 13.6-9 ; comp. Mc 11.12-14. Il faut seulement qu’on se repente, qu’on se renonce, et ici la générosité exigeante de Luc tient à répéter l’exigences d’un détachement décidé et absolu, 14.25-34, notamment par l’abandon des richesses, 6.34s ; 12.33 ; 16.9-13. On notera encore les passages propres au troisième évangile sur la nécessité de la prière, 11.5-8 ; 18.1-8, et sur l’exemple qu’en a donné Jésus, 3.21 ; 5.16 ; 6.12 ; 9.28. Enfin, comme chez saint Paul et dans les Actes, l’Esprit Saint occupe une place de premier plan que Luc seul souligne en 1.15, 35, 41, 67 ; 2.25-27 ; 4.1, 14, 18 ; 10.21 ; 11.13 ; 24.49. Ceci, avec l’atmosphère de reconnaissance pour les bienfaits divins et d’allégresse spirituelle, qui enveloppe tout le troisième évangile, 2.14 ; 5.26 ; 10.17 ; 13.17 ; 18.43 ; 19.37 ; 24.51s, achève de donner à l’œuvre de Luc cette ferveur qui touche et réchauffe le cœur.