Devant les habitants de la Judée, et devant nous aussi, se pose la question des priorités, et elle ne paraît ni simple ni univoque. Ceux qui estiment que le temps n'est pas encore venu de construire le Temple avancent leurs arguments. Car le peuple...
Devant les habitants de la Judée, et devant nous aussi, se pose la question des priorités, et elle ne paraît ni simple ni univoque. Ceux qui estiment que le temps n'est pas encore venu de construire le Temple avancent leurs arguments. Car le peuple n'a commencé que tout récemment à revenir de l'exil: la vie interrompue par l'invasion ennemie vient seulement de commencer à renaître, toutes les maisons ne sont pas encore rebâties, le dommage n'est pas réparé. Où prendre les forces et les moyens pour restaurer le Temple?
Telle est la logique des raisonnements humains, apparemment correcte, mais qui manifeste une fois encore sa limitation. Ceux qui pensent ainsi comptent sur eux-mêmes, sur leur travail et leurs compétences, et ce serait excellent si, derrière l'espérance en leurs propres forces, ne se dessinait pas une nouvelle tentative de se passer de Dieu. Et bien que la voix des prophètes ait déjà retenti plus d'une fois, même aujourd'hui, après les leçons amères des invasions et de l'exil, tous ne tirent pas les conclusions nécessaires: il est impossible d'obtenir quoi que ce soit sans lui.
Ces dernières années, on entend de plus en plus souvent des plaintes disant que les temps changent, tandis que les malheurs autour de nous ne font que se multiplier. Il faudrait réfléchir: mettons-nous souvent nos désirs en relation avec sa volonté? Sommes-nous prêts à commencer par la restauration des temples, dont le plus proche est appelé à devenir nous-mêmes?
1 a) Août 520.
2 b) « encore arrivé » `atta ba’ versions ; « le moment de venir » `et bo’ hébr.
7 c) Ce v. ne semble pas à sa place ici. Les vv. 1-11 pourraient réunir deux ensembles distincts, tous deux authentiques vv. 1.1-6, 8 et 1.7, 9-11.
8 d) Sans doute la montagne de Juda.
12 e) L’expression « reste du peuple » désigne chez Aggée et Zacharie le peuple fidèle, groupé autour de Jérusalem, cf. Isa 4.3.
Avec Aggée commence la dernière période prophétique, celle d’après l’Exil. Le changement est frappant. Avant l’Exil, le mot d’ordre des prophètes avait été Punition. Pendant l’Exil, il était devenu Consolation. Il est maintenant Restauration. Aggée arrive à un moment décisif dans la formation du Judaïsme : la naissance de la nouvelle communauté de Palestine. Ses brèves exhortations sont exactement datées de la fin d’août au milieu de décembre 520. Les premiers Juifs rentrés de Babylonie pour reconstruire le Temple se sont vite découragés. Mais les prophètes Aggée et Zacharie réveillèrent les énergies et poussèrent le gouverneur Zorobabel et le grand prêtre Josué à reprendre les travaux du Temple, ce qui se fit en septembre 520, 1.15, cf. Esd 5.1.
C’est tout l’objet des quatre petits discours qui composent le livre : parce que le Temple reste en ruines, Yahvé a frappé les produits de la terre, mais sa reconstruction amènera une ère de prospérité ; malgré son apparence modeste, ce nouveau Temple éclipsera la gloire de l’ancien, et la puissance est promise à Zorobabel, le choisi de Dieu.
La construction du Temple est présentée comme la condition de la venue de Yahvé et de l’établissement de son règne ; l’ère du salut eschatologique va s’ouvrir. Ainsi se cristallise autour du sanctuaire et du descendant de David l’espérance messianique que Zacharie va exprimer plus nettement.