Bible-Centre

La Bible pour les débutants pour le 16 octobre 2007

La Bible de Jérusalem (fr)

Actes des Apôtres, Chapitre 7,  vers 1-59

II. Les premières missions> 1 Le discours d’Étienne., 55 Lapidation d’Étienne. Saul persécuteur.
Le grand prêtre demanda : « En est-il bien ainsi ? »
Il répondit :
« Frères et pères, écoutez. Le Dieu de la gloire apparut à notre père Abraham, encore en Mésopotamie avant de s’établir à Harân,
et lui dit : Quitte ton pays et ta parenté, et va dans le pays que je te montrerai.
Il quitta alors le pays des Chaldéens pour s’établir à Harân. C’est de là, après la mort de son père, que Dieu le fit passer dans ce pays dans lequel vous-même habitez maintenant.
Il ne lui donna aucune propriété dans ce pays, pas même de quoi poser le pied, mais il promit de lui en donner la possession, ainsi qu’à sa postérité après lui quoiqu’il n’eût pas d’enfant.
Et Dieu lui déclara que sa postérité séjournerait en terre étrangère, qu’on la réduirait en servitude et qu’on la maltraiterait durant quatre cents ans.
Mais la nation dont ils auront été les esclaves, je la jugerai, moi, dit Dieu. Après quoi, ils s’en iront et me rendront leur culte en ce lieu même.
Il lui donna ensuite l’alliance de la circoncision ; c’est ainsi qu’étant devenu père d’Isaac, Abraham le circoncit le huitième jour. Et Isaac fit de même pour Jacob, et Jacob pour les douze patriarches.
« Les patriarches, jaloux de Joseph, le vendirent pour être emmené en Égypte. Mais Dieu était avec lui :
10 il le tira de toutes ses tribulations et lui donna grâce et sagesse devant Pharaon, roi d’Égypte, qui l’établit gouverneur de l’Égypte et de toute sa maison.
11 Survinrent alors dans toute l’Égypte et en Canaan famine et grande détresse ; nos pères ne trouvaient rien à manger.
12 Apprenant qu’il y avait des vivres en Égypte, Jacob y envoya nos pères une première fois ;
13 la deuxième fois, Joseph se fit reconnaître de ses frères, et son origine fut révélée à Pharaon.
14 Joseph envoya chercher alors son père Jacob et toute sa parenté, qui comptait soixante-quinze personnes.
15 Jacob descendit donc en Égypte, et il y mourut, ainsi que nos pères.
16 Leurs corps furent transportés à Sichem et déposés dans le tombeau qu’Abraham avait acheté à prix d’argent aux fils d’Emmor, père de Sichem.
17 « Comme approchait le temps où devait s’accomplir la promesse que Dieu avait faite solennellement à Abraham, le peuple s’accrut et se multiplia en Égypte,
18 jusqu’à l’avènement d’un nouveau roi qui ne se souvint pas de Joseph.
19 Usant d’astuce envers notre race, ce roi maltraita nos pères, jusqu’à leur faire exposer leurs nouveau-nés pour qu’ils ne puissent pas vivre.
20 C’est à ce moment que naquit Moïse, qui était beau devant Dieu. Il fut nourri trois mois dans la maison de son père ;
21 puis, comme il avait été exposé, la fille de Pharaon le recueillit et l’éleva comme son propre fils.
22 Ainsi Moïse fut-il instruit dans toute la sagesse des Égyptiens, et il était puissant en paroles et en œuvres.
23 « Comme il atteignait la quarantaine, la pensée lui vint de visiter ses frères, les Israélites.
24 Voyant maltraiter l’un d’eux, il prit sa défense et vengea l’opprimé en tuant l’Égyptien.
25 Ses frères, supposait-il, comprendraient que c’était Dieu qui, par sa main, leur apportait le salut ; mais ils ne le comprirent pas.
26 Le lendemain, il parut au milieu d’eux comme ils se battaient, et il tentait de les remettre en paix. « Mes amis, leur dit-il, vous êtes frères : pourquoi vous maltraiter l’un l’autre ? »
27 Alors celui qui maltraitait son compagnon le repoussa en disant : “Qui t’a établi chef et juge sur nous ?
28 Voudrais-tu me tuer comme hier tu as tué l’Égyptien ?
29 À ces mots, Moïse s’enfuit et alla se réfugier au pays de Madian, où il eut deux fils.
30 « Au bout de quarante ans, un ange lui apparut au désert du mont Sinaï, dans la flamme d’un buisson en feu.
31 Moïse était étonné à la vue de cette apparition. Comme il s’avançait pour mieux voir, la voix du Seigneur se fit entendre :
32 “Je suis le Dieu de tes pères, le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob.” Tout tremblant, Moïse n’osait regarder.
33 Alors le Seigneur lui dit : “Ôte les sandales de tes pieds, car l’endroit où tu te tiens est une terre sainte.
34 Oui, j’ai vu l’affliction de mon peuple en Égypte, j’ai entendu son gémissement et je suis descendu pour le délivrer. Viens donc, que je t’envoie en Égypte.
35 « Ce Moïse qu’ils avaient renié en disant : Qui t’a établi chef et juge ? Voici que Dieu le leur envoyait comme chef et rédempteur, par l’entremise de l’ange qui lui était apparu dans le buisson.
36 C’est lui qui les fit sortir, en opérant prodiges et signes au pays d’Égypte, à la mer Rouge et au désert pendant quarante ans.
37 C’est lui, Moïse, qui dit aux Israélites : Dieu vous suscitera d’entre vos frères un prophète comme moi.
38 C’est lui qui, lors de l’assemblée au désert, était avec l’ange qui lui parlait sur le mont Sinaï, tout en restant avec nos pères, lui qui reçut les paroles de vie pour nous les donner.
39 Voilà celui à qui nos pères refusèrent d’obéir. Bien plus, ils le repoussèrent et, retournant de cœur en Égypte,
40 ils dirent à Aaron : « Fais-nous des dieux qui marchent devant nous ; car ce Moïse qui nous a fait sortir du pays d’Égypte, nous ne savons ce qui lui est arrivé.
41 Ils fabriquèrent un veau en ces jours-là et offrirent un sacrifice à l’idole, et ils célébraient joyeusement l’œuvre de leurs mains.
42 Alors Dieu se détourna d’eux et les livra au culte de l’armée du ciel, ainsi qu’il est écrit au livre des Prophètes :M’avez-vous donc offert victimes et sacrifices,
pendant quarante ans au désert, maison d’Israël ?
43 Mais vous avez porté la tente de Moloch
et l’étoile du dieu Rephân,
les figures que vous aviez faites pour les adorer ;
aussi vous déporterai-je par-delà Babylone.
44 « Nos pères au désert avaient la Tente du Témoignage, ainsi que l’avait prescrit Celui qui parlait à Moïse, lui enjoignant de la faire suivant le modèle qu’il avait vu.
45 Après l’avoir reçue, nos pères l’introduisirent, sous la conduite de Josué, dans le pays conquis sur les nations que Dieu chassa devant eux ; ainsi en fut-il jusqu’aux jours de David.
46 Celui-ci trouva grâce devant Dieu et sollicita la faveur de trouver une résidence pour la maison de Jacob.
47 Ce fut Salomon toutefois qui lui bâtit une maison.
48 Mais le Très-Haut n’habite pas dans des demeures faites de main d’homme ; ainsi le dit le prophète :
49 Le ciel est mon trône
et la terre l’escabeau de mes pieds :
quelle maison me bâtirez-vous, dit le Seigneur,
et quel sera le lieu de mon repos ?
50 N’est-ce pas ma main qui a fait tout cela ?
51 « Nuques raides, oreilles et cœurs incirconcis, toujours vous résistez à l’Esprit Saint ! Tels furent vos pères, tels vous êtes !
52 Lequel des prophètes vos pères n’ont-ils point persécuté ? Ils ont tué ceux qui prédisaient la venue du Juste, celui-là même que maintenant vous venez de trahir et d’assassiner,
53 vous qui avez reçu la Loi par le ministère des anges et ne l’avez pas observée. »
54 À ces mots, leurs cœurs frémissaient de rage, et ils grinçaient des dents contre Étienne.
55 Tout rempli de l’Esprit Saint, il fixa son regard vers le ciel ; il vit alors la gloire de Dieu et Jésus debout à la droite de Dieu.
56 « Ah ! dit-il, je vois les cieux ouverts et le Fils de l’homme debout à la droite de Dieu. »
57 Jetant alors de grands cris, ils se bouchèrent les oreilles et, comme un seul homme, se précipitèrent sur lui,
58 le poussèrent hors de la ville et se mirent à le lapider. Les témoins avaient déposé leurs vêtements aux pieds d’un jeune homme appelé Saul.
59 Et tandis qu’on le lapidait, Étienne faisait cette invocation : « Seigneur Jésus, reçois mon esprit. »
Notes:
Commentaire sur le fragment en cours
Commentaire sur le livre
Notes sur la partie

2 z) Le discours résume d’abord l’histoire d’Abraham et de Joseph, vv. 2-16 ; il développe davantage l’histoire de Moïse, vv. 17-43 (cf. l’accusation portée contre Étienne, 6.11). Étienne oppose à la haute mission de salut dont Dieu chargea Moïse l’attitude des Israélites rejet, refus d’obéir, infidélité. Les thèmes sont traditionnels (cf. Dt), mais développés ici en fonction du fait chrétien en parlant de Moïse, Étienne songe au Christ dont il est la figure ; l’attitude des Israélites à son égard reste celle des Juifs à l’égard du Christ. Dans l’histoire d’Israël, Étienne souligne ce qui va contre l’attachement à un pays particulier, vv. 2-6, contre les sacrifices, vv. 39-43, et contre la construction d’un Temple matériel, vv. 44-50 ; cf. l’accusation de 6.13. On sent l’esprit du judaïsme hellénisé de la Diaspora. Le discours s’achève par une invective passionnée, vv. 51-53, qui reprend un thème primitif de la prédication chrétienne, cf. 2.23.


2 a) D’après Gn 11.31 cette apparition eut lieu à Harân. Étienne dépend ici d’une tradition extra-biblique.


7 b) Au mont Horeb, Étienne substitue « ce lieu » le Temple de Jérusalem.


16 c) « père de Sichem » explicité d’après Gn 33.19. — Var. « aux fils de Hémor, fils de Sichem », « aux fils d’Emmor à Sichem », « aux fils d’Emmor (habitants) de Sichem ». — Le v. 16 suit une tradition non conforme à la Bible ; d’où les corrections tentées par diverses variantes.


23 d) Selon les traditions juives.


27 e) Dieu, en ressuscitant Jésus, l’a établi « chef », cf. 5 31, et « juge », cf. 10.42 ; 17.31.


29 f) D’après Ex 2.15, Moïse s’enfuit par crainte de Pharaon ; ici, parce qu’il est rejeté par les siens.


35 g) La Bible n’emploie pas ce verbe à propos de Moïse, mais on le trouve en 3.13-14 à propos de Jésus. De même le titre de « rédempteur » n’est pas donné par la Bible à Moïse. L’image du Christ, dont il est la figure, se projette sur celle de Moïse.)


37 h) Texte messianique déjà cité à 3.22. Un autre — le Messie — devait donc avoir un rôle analogue à celui de Moïse, Mt 16.14 ; Jn 1.21.


38 i) Le grec ekklèsia est devenu notre mot « église », cf. 5.11 ; Mt 16.18. Il désignait en Dt 4.10 l’assemblée du peuple saint au désert. Cf. la « convocation sainte », Ex 12.16 ; Lv 23.3 ; Nb 29.1. L’Église, nouveau peuple des saints, 9.13, hérite du peuple ancien.


38 j) Moïse faisait office de médiateur entre « l’ange » et le peuple. Dans les textes anciens, « l’Ange de Yahvé » n’est autre que Yahvé lui-même se manifestant, Gn 16.7, cf. Mt 1.20. À une époque plus récente, on a souligné la transcendance divine en distinguant de Yahvé son ange. Ainsi Moïse n’aurait pas été en relation immédiate avec Dieu, mais avec un ou plusieurs anges. Traces de cette conception en Ga 3.19 ; He 2.2.


38 k) L’observance de la Loi procure la vie, Dt 4.1 ; 8.1, 3 ; 30.15-16, 19-20 ; 32.46-47 ; Lv 18.5, cité en Ga 3.12 ; Rm 10.5 ; on parlait donc de la Loi comme de « préceptes de vie », Ez 33.15 ; Ba 3.9. Pour les chrétiens, c’est la prédication évangélique qui sera la « parole de vie », Ph 2.16 ; cf. 5.20, c’est-à-dire la « parole du salut », 13.26. Source de vie, la parole de Dieu est elle-même « vivante » cf. He 4.12 ; 1 P 1.23. Enfin, Jésus Christ est lui-même la « Parole de vie »:1 Jn 1.1.


39 l) Cf. Nb 14.3 et Ex 16.3. Comp. Ez 20.8-14.


42 m) Désignation biblique des astres, souvent divinisés, cf. Dt 4.19 ; 17.3 ; 2 R 21.3-5 ; Jr 8.2 ; 19.13 ; So 1.5.


46 n) Var. « pour le Dieu ».


51 o) Qui parlait par Moïse et par les prophètes.


56 p) Debout et non pas assis comme en Lc 22.69 ; peut-être en qualité de témoin du martyr.


56 q) La vision d’Étienne doit se rattacher à sa transfiguration, 6.15.


58 r) Au lieu d’un jugement en règle rendu par le Sanhédrin, on assiste à un lynchage populaire. Peut-être est-ce la réalité historique, que Luc aura présentée comme un procès régulier, pour assimiler la mort du premier martyr à celle de Jésus.


58 s) Les faux témoins mentionnés, 6.13-14. Il revenait aux témoins de l’accusation d’exécuter les premiers la sentence, Dt 17.7.


58 t) Le futur apôtre Paul, 13.9.


59 u) Bel exemple de « l’invocation du nom du Seigneur », 2.21. Luc souligne de deux traits, vv. 59-60, la ressemblance entre Étienne mourant et Jésus dans sa passion.


Le troisième évangile et le livre des Actes étaient primitivement les deux parties d’un seul ouvrage, que nous intitulerions aujourd’hui une « Histoire des origines chrétiennes ». Très tôt le deuxième livre fut connu sous le titre « Actes des Apôtres » ou « Actes d’Apôtres », selon la mode de la littérature hellénistique qui connaissait les « Actes » d’Annibal, les « Actes » d’Alexandre, etc. ; dans le canon du NT, il est séparé de l’évangile de Luc par celui de Jean qui est interposé. La relation originelle de ces deux livres du NT est indiquée par leurs Prologues et par leur parenté littéraire. Le Prologue des Actes, qui s’adresse comme celui du troisième évangile, Lc 1.1-4, à un certain Théophile, 1.1, renvoie à cet évangile comme à un « premier livre », dont il résume l’objet et reprend les derniers événements (apparitions du Ressuscité et Ascension) pour leur enchaîner la suite du récit. La langue est un autre lien qui rattache étroitement les deux livres l’un à l’autre. Non seulement ses caractéristiques (de vocabulaire, de grammaire et de style) se retrouvent tout au long des Actes, établissant l’unité littéraire de cet ouvrage, mais encore elles se reconnaissent dans le troisième évangile, ce qui ne permet guère de douter qu’un même auteur est à l’œuvre, ici et là.

Cet auteur, la tradition de l’Église s’accorde à le reconnaître en saint Luc. Ni dans l’Antiquité ni de nos jours, on n’a jamais avancé sérieusement un autre nom. Déjà vers 175 l’ensemble des Églises juge ainsi, comme le montre l’accord du document romain qu’on appelle le Canon de Muratori, du Prologue « antimarcionite », de saint Irénée, des Alexandrins et de Tertullien. De fait, ce jugement est confirmé par les vraisemblances internes. D’après ses écrits, l’auteur doit être un chrétien de la génération apostolique, Juif très hellénisé ou mieux Grec de bonne éducation connaissant à fond les choses juives et la Bible grecque. Or ce que nous savons de Luc à partir des lettres pauliniennes s’accorde bien avec ces données. Il est présenté par l’Apôtre comme un compagnon très cher qui est à ses côtés durant sa captivité, Col 4.14 ; Phm 24 ; 2 Tm 4.11. Selon Col 4.10-14 Luc est d’origine païenne (d’Antioche en Syrie d’après une vieille tradition), et médecin, ce qui impliquerait une certaine culture, même s’il est loin d’être certain que Luc emploie dans ses écrits un vocabulaire spécifiquement médical.

Pour fixer la date où il écrit, nous ne trouvons rien de ferme dans l’ancienne tradition. Le livre se termine sur la captivité romaine de Paul, probablement en 61-63, et en tout cas sa composition doit être postérieure à celle du troisième évangile (avant 70 ? ou vers 80 ? mais rien n’impose une date après 70). Antioche et Rome ont été proposées comme lieu de composition.

Quelles sont les sources utilisées par Luc pour composer son récit ? L’auteur des Actes déclare qu’il « s’est informé soigneusement de tout depuis les origines » du côté de ceux qui avaient déjà « entrepris de composer un récit des événements qui se sont accomplis parmi nous » (Lc 1.1-4, qui forme le prologue général de son œuvre). De telles expressions font supposer, d’une part qu’il a cherché des renseignements précis, d’autre part qu’il a repris des récits déjà existants. L’examen du livre confirme cette attente. En dépit d’une activité littéraire toujours vigilante, qui a mis partout sa griffe et assure l’unité du livre, on dégage sans peine quelques courants principaux dans les traditions recueillies par Luc. Les douze premiers chapitres du livre des Actes racontent la vie de la première communauté rassemblée autour de Pierre après l’Ascension 1-5, et les débuts de son expansion à la suite des initiatives missionnaires de Philippe, 8.4-40, et des « héllénistes » 6.1 – 8.3 ; 11.19-30 ; 13.1-3, et enfin de Pierre lui-même 9.32- – 11.18 ; 12. Les traditions pétriniennes sous-jacentes seraient apparentées à « l’évangile de Pierre » qui est connu dans la littérature de l’Église ancienne. Pour la deuxième partie des Actes l’auteur aurait utilisé des récits de la conversion de Paul, de ses voyages missionnnaires, et de son voyage par mer à Rome comme prisonnier. En tout cas, Luc semble avoir disposé des lettres pauliniennes et pouvait se renseigner auprès de Paul lui-même, qu’il connaissait au moins à la période de sa captivité. D’autres personnes (Silas ou Timothée ?) auraient pu lui fournir des informations circonstanciées concernant tel ou tel épisode. À trois reprises dans son récit, 16.10-17 ; 20.5-21.18 ; 27.1-28.16 (aussi déjà 11.28 dans le texte Occidental), Luc emploie la première personne au pluriel. À la suite de saint Irénée, des exégètes ont vu dans les passages des Actes qui sont rédigés en style « nous » la preuve que Luc accompagna Paul lors de ses deuxième et troisième voyages missionnaires et de son voyage par mer à Rome. Cependant, il est remarquable que Luc n’est jamais mentionné par Paul comme compagnon de son œuvre d’évangélisation. Ce « nous » semble plutôt être la trace d’un Journal de voyage fait par un compagnon de Paul (Silas ?) et utilisé par l’auteur des Actes. Le voyage décrit par le Journal peut être associé à la collecte faite par les Églises de Macédoine et d’Achaïe pour l’Église de Jérusalem : voir 24.17 ; 1 Co 16.1-4 ; 2 Co 8-9 ; Rm 15.25-29. Cette riche matière qu’il avait rassemblée, Luc l’a habilement organisée en un tout, sériant pour le mieux les divers éléments et les reliant entre eux à l’aide de refrains rédactionnels, par exemple 6.7 ; 9.31 ; 12.24 ; etc.

La valeur historique des Actes des Apôtres n’est pas égale. D’une part les sources dont Luc disposait n’étaient pas homogènes ; d’autre part, pour manier ses sources Luc jouissait d’une liberté assez large selon l’esprit de l’historiographie ancienne, en subordonnant ses données historiques à son dessein littéraire et surtout à ses intérêts théologiques. Les récits des voyages de saint Paul reflètent avec plus ou moins d’exactitude et d’ampleur le monde de la Méditerranée orientale au premier siècle : administration romaine, cités grecques, cultes, routes, géographie politique et topographie locale. Par contraste, dans la première partie du livre les récits sont en général beaucoup moins circonstanciés. Luc met un certain parallélisme entre les miracles de Pierre et ceux de Paul : comparer 3.1-10 ; 15.8-10 ; 5.15 ; 19.12 ; 5.19 ; 12.6-11, 17 et 16.23-26, 40 ; 8.15-17 ; 19.2-7 ; 8.18-24 ; 13 6-11 ; 9.36-42: 20: 7-12. En plus, quelques-uns de ces récits miraculeux ont leurs parallèles dans les évangiles : comparer 3.6-7 ; Lc 4.39 ; Mc 1.31 ; comparer 9.33-34 ; Lc 5 24b-25 ; 20.10, 12 ; Lc 8.52-55 ; il est aussi évident que les dernières paroles d’Étienne, 7.59-60, ressemblent à celles de Jésus, Lc 23.34, 46. Le discours de Paul à Antioche de Pisidie, 13.16-41, n’est pas sans des analogies avec ceux de Pierre à Jérusalem, 2.14-36 ; 3.12-26 ; 4.8-12 ; 5.29-32, d’Étienne, 7.1-53, et encore de Pierre à Césarée, 10.34-43. Il est donc raisonnable de supposer que Luc n’avait pas reçu ces discours tels quels, mais qu’il les a composés en utilisant quelques thèmes essentiels de la prédication primitive appuyés d’arguments devenus traditionnels et coulés dans des formules mémorisées : florilèges de textes scripturaires pour les Juifs, réflexions de philosophie commune pour les Grecs, et pour tous l’annonce essentielle (kérygme) du Christ mort et ressuscité, avec l’appel à la conversion et au baptême. Luc aura connu, d’abord par tradition et ensuite par expérience, ces schémas de la première propagande chrétienne et c’est ce qui lui a permis, avec son sens psychologique très fin, de mettre dans ces discours un enseignement de valeur authentique et d’importance capitale. On a souvent signalé des discordances entre le livre des Actes et les lettres pauliniennes, que Luc semble avoir utilisées mais sans minutie. Il est notoire que Luc ne s’est pas soucié d’harmoniser les cinq visites de saint Paul à Jérusalem dans les Actes avec les données de Ga 1.15-2 10. Sur un autre plan, on constate un certain contraste entre le portrait de Paul qui est dessiné dans les Actes et l’autroportrait que Paul fait dans sa correspondance. Paul à Athènes se montre nettement moins sévère envers les religions païennes que dans sa lettre aux Romains : comparer 17.22-31 avec Rm 1.18-32 (mais voir Sg 13.1-10, où l’auteur excuse ceux qui se trompent en cherchant Dieu en même temps qu’il condamne l’idolâtrie). En général Luc attribue à l’apôtre une attitude plus conciliante que celle des épîtres : comparer 21.20-26 avec Ga 2.12s ; 16.3 avec Ga 2.3 ; 5.1-12 ; mais les deux auteurs s’inspirent d’intérêts assez différents. Paul est un plaideur qui sait être intransigeant (mais voir aussi 1 Co 9.19-23), tandis que Luc veut démontrer l’unité profonde qui liait les premiers disciples entre eux.

En effet l’objectivité du livre des Actes a été attaquée par un autre biais, qui pose la question de son but. L’école de F. Ch. Baur a voulu y voir un écrit de compromis rédigé au IIe siècle pour concilier les tendances adverses du pétrinisme et du paulinisme. Ce système a le mérite de relever l’existence certaine des oppositions dans l’Église primitive ; mais il suppose une date beaucoup trop basse, et sous sa forme radicale il n’a plus aujourd’hui d’adhérents. En revanche il arrive encore fréquemment qu’on dénonce dans cet ouvrage un plaidoyer, avec tout ce que cela peut comporter de déformation des faits. Luc y ferait une apologie de Paul destinée à convaincre les autorités romaines qu’il n’était coupable d’aucun délit politique. Il est incontestable que Luc souligne le caractère purement religieux du conflit qui oppose les Juifs à Paul et l’indifférence des autorités romaines en face de ce conflit. Mais cela semble répondre à la vérité historique et en tout cas ce n’est qu’un aspect du livre des Actes. Celui-ci est tout autre chose qu’un placet à présenter au tribunal de Rome. Il ne vise à rien de moins qu’à raconter, pour elle-même, l’histoire des origines chrétiennes.

Il suffit, pour s’en convaincre, d’examiner son plan. On y voit mise en œuvre la parole initiale du Christ : « Vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux confins de la terre », 1.8. La foi s’implante d’abord solidement à Jérusalem, où la première communauté s’accroît en grâce et en nombre, 1-5. Bientôt l’expansion commence, préparée par la tendance universaliste des convertis du Judaïsme hellénistique et par leur expulsion à la suite du martyre d’Étienne, 6.1-8 3 : la Samarie est atteinte, 8.4-25, ainsi que la plaine côtière jusqu’à Césarée, où pour la première fois des païens entrent dans l’Église, 8.26-40 ; 9.32-11.18, cependant que la conversion de Paul nous apprend qu’il y a déjà des chrétiens à Damas et présage l’évangélisation de la Cilicie, 9.1-30. Des refrains comme 9.31 (qui ajoute la Galilée) soulignent bien la diffusion de la foi. Ensuite c’est Antioche qui reçoit le message de Jésus, 11.19-26, et qui va devenir un centre de rayonnement, non sans garder avec Jérusalem des relations où l’on se concerte sur les principaux problèmes missionnaires, 11.27-30 ; 15.1-35. En effet, il s’agit maintenant pour l’Évangile de passer chez les païens. Après la conversion de Corneille et l’incarcération à Jérusalem, Pierre est parti pour une destination inconnue, 12.17 ; et c’est Paul qui va désormais, dans le récit de Luc, être en vedette. Après un premier voyage avec Barnabé en Chypre et Asie Mineure avant le concile de Jérusalem, 13-14, deux autres voyages le mèneront jusqu’en Macédoine et en Grèce, 15.36-18.22, et à Éphèse, 18.23-21.17. Toujours il revient à Jérusalem, et son arrestation dans cette ville puis sa captivité à Césarée, 21.18-26.32, lui donneront de se faire conduire, prisonnier mais toujours missionnaire, jusqu’à Rome où, dans les chaînes, il annonce le Christ, 27-28. Vue de Jérusalem, cette capitale de l’empire représente bien « les confins de la terre » et Luc peut arrêter là son livre.

On regrettera peut-être qu’il n’ait rien dit de l’activité des autres apôtres, ni de la fondation de certaines Églises comme celle d’Alexandrie, ou même celle de Rome où la foi chrétienne fut certainement implantée avant l’arrivée de l’Apôtre (voir l’épître aux Romains, surtout Rm 15.22s). Même de l’apostolat de Pierre hors de la Palestine il ne dit rien, et il est certain que la personne de Paul occupe dans son œuvre une place prépondérante, jusqu’à en remplir seule toute la seconde moitié. Plus qu’une histoire matériellement complète, c’est un exposé de la force d’expansion spirituelle du christianisme qu’il a voulu donner ; et l’enseignement théologique qu’il a su tirer des faits dont il disposait possède une valeur universelle, et irremplaçable, qui fait tout le prix de son œuvre.

Cet apport doctrinal est multiple et l’on ne peut qu’en évoquer les chefs principaux. La foi au Christ, base du kérygme apostolique, y est exposée. Nous connaissons, par les discours, les principaux textes scripturaires qui servirent, sous la conduite de l’Esprit, à la formulation de la christologie et à l’argumentation auprès des Juifs ; on remarque particulièrement les thèmes du Serviteur, 3.13, 26 ; 4.27, 30 ; 8.32-33, et de Jésus nouveau Moïse, 3.22s ; 7.20s, et nouvel Élie, 1.9-11 ; 3.20-21. La résurrection est prouvée par le Ps 16.8-11 (2.24-32 ; 13.34-37). L’histoire du peuple élu doit mettre les Juifs en garde contre la résistance à la grâce, 7.2-53 ; 13.16-41. Pour les païens, on invoque des arguments d’une théodicée plus générale, 14.15-17 ; 17.22-31. Mais les apôtres sont surtout des « témoins », et Luc nous résume leur « kérygme », 2.22, comme il nous raconte leurs « signes » thaumaturgiques. Le problème crucial de l’Église naissante devait être l’accès des païens au salut, et le livre des Actes nous apporte sur ce point des lumières, même s’il ne nous révèle pas toute l’étendue des difficultés et des controverses occasionnées par cette question dans l’Église et même entre ses dirigeants (voir Ga 2.11) : les frères de Jérusalem, groupés autour de Jacques, restent fidèles à la Loi juive, 15.1, 5 ; 21.20s ; mais les « hellénistes », dont Étienne est le porte-parole, sentent le besoin de rompre avec le culte du Temple ; et Pierre, puis surtout Paul, font triompher au concile de Jérusalem le principe du salut par la foi au Christ, qui dispense les païens de la circoncision et des observances mosaïques. Il n’en reste pas moins vrai que Luc nous montre Paul commençant toujours par s’adresser aux Juifs, pour se tourner ensuite vers les païens quand il est rejeté par ses frères de race, 13.5. Sur la vie des communautés chrétiennes il nous esquisse un tableau qui est sans doute idéalisé, voire utopique, mais qui est inspiré des souvenirs des premières années aussi bien que des réalités ecclésiales d’une époque plus tardive : vie de prière et partage des biens dans la jeune Église de Jérusalem ; administration du baptême de l’eau et du baptême d’Esprit, 1.5 ; célébration de l’Eucharistie, 2.42 ; ébauches d’organisation ecclésiastique dans les « prophètes » et les « docteurs », 13.1, ou encore dans les « presbytres » qui président à l’Église de Jérusalem, 11.30, et que Paul établit dans les Églises qu’il fonde, 14.23. Le tout baigné, dirigé, emporté par un souffle invincible de l’Esprit Saint. Cet Esprit, sur lequel Luc avait déjà insisté dans son évangile, Lc 4.1, il le montre sans cesse à l’œuvre dans l’expansion de l’Église, 1.8, au point qu’on a pu appeler les Actes « l’évangile du Saint-Esprit ». C’est ce qui donne à cet ouvrage ce parfum d’allégresse spirituelle, de merveilleux surnaturel dont ne s’étonneront que ceux qui ne comprennent pas ce phénomène unique au monde que fut la naissance du Christianisme. Si l’on ajoute à toutes ces richesses théologiques le précieux apport de tant de détails concrets qui autrement nous eussent été inconnus, si l’on sait goûter les portraits d’une fine psychologie où Luc excelle, des morceaux piquants et habiles comme le discours devant Agrippa, 26, des pages émouvantes comme l’adieu aux anciens d’Éphèse, 20.17-38, des récits vifs et réalistes comme l’émeute des orfèvres, 19.23-40, on conviendra que ce livre unique en son genre dans le NT représente un trésor dont l’absence eût appauvri singulièrement notre connaissance des origines chrétiennes.

Le texte des Actes, comme celui du reste du NT, nous est parvenu avec bien des variantes de détail. Mais plus qu’ailleurs, les leçons qui relèvent du texte dit « occidental » (attesté par des variantes dans le codex Bezae, dans des versions latine, syriaque et copte, et dans des citations faites par certains écrivains ecclésiastiques) méritent de retenir l’attention. Elles donnent un texte qui est souvent plus concis que le texte alexandrin, mais qui contient aussi des détails concrets et pittoresques que l’autre ignore. En fait ces deux traditions textuelles semblent représenter des rédactions successives du livre des Actes. La traduction qui suit est faite le plus souvent sur le texte alexandrin, mais de nombreuses variantes du texte occidental ont été signalées en note ou même adoptées dans le texte traduit.

Réduire

Après votre inscription, vous pourrez vous abonner à l’envoi des textes de n’importe quel plan de lecture de la Bible.

Nous prévoyons d’ajouter progressivement des paramètres personnalisés ainsi que d’autres services pour les utilisateurs inscrits. Nous vous conseillons donc de vous inscrire dès maintenant. C’est gratuit.