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La Bible en cinq ans pour le 11 septembre 2007

La Bible de Jérusalem (fr)

1 Rois, Chapitre 12

III. Le schisme politique et religieux> 1 L’Assemblée de Sichem., 20 Le schisme politique., 26 Le schisme religieux.
Roboam se rendit à Sichem, car c’est à Sichem que tout Israël était venu pour le proclamer roi.
Dès que Jéroboam, fils de Nebat, fut informé — il était encore en Égypte, où il avait fui le roi Salomon —, il séjourna en Égypte.
On fit appeler Jéroboam et il vint, lui et toute l’assemblée d’Israël. Ils parlèrent ainsi à Roboam :
« Ton père a rendu pénible notre joug, allège maintenant le dur servage de ton père, la lourdeur du joug qu’il nous imposa, et nous te servirons ! »
Il leur dit : « Retirez-vous pour trois jours, puis revenez vers moi », et le peuple s’en alla.
Le roi Roboam prit conseil des anciens, qui avaient assisté son père Salomon pendant qu’il vivait, et demanda : « Quelle réponse conseillez-vous de faire à ce peuple ? »
Ils lui répondirent : « Si tu te fais aujourd’hui serviteur de ces gens, si tu te soumets et leur donnes de bonnes paroles, alors ils seront toujours tes serviteurs. »
Mais il repoussa le conseil que les anciens avaient donné et consulta des jeunes gens qui l’assistaient, ses compagnons d’enfance.
Il leur demanda : « Que conseillez-vous que nous répondions à ce peuple qui m’a parlé ainsi : « Allège le joug que ton père nous a imposé » ? »
10 Les jeunes gens, ses compagnons d’enfance, lui répondirent : « Voici ce que tu diras à ce peuple qui t’a dit : « Ton père a rendu pesant notre joug, mais toi allège notre charge », voici ce que tu leur répondras : « Mon petit doigt est plus gros que les reins de mon père !
11 Ainsi, mon père vous a fait porter un joug pesant, moi j’ajouterai encore à votre joug ; mon père vous a châtiés avec des lanières, moi je vous châtierai avec des fouets à pointes de fer ! » »
12 Jéroboam avec tout le peuple vint à Roboam le troisième jour, selon cet ordre qu’il avait donné : « Revenez vers moi le troisième jour. »
13 Le roi fit au peuple une dure réponse, il rejeta le conseil que les anciens avaient donné
14 et, suivant le conseil des jeunes, il leur parla ainsi : « Mon père a rendu pesant votre joug, moi j’ajouterai encore à votre joug ; mon père vous a châtiés avec des lanières, moi je vous châtierai avec des fouets à pointes de fer. »
15 Le roi n’écouta donc pas le peuple : c’était une intervention de Yahvé, pour accomplir la parole qu’il avait dite à Jéroboam fils de Nebat par le ministère d’Ahiyya de Silo.
16 Quand les Israélites virent que le roi ne les écoutait pas, ils lui répliquèrent :« Quelle part avons-nous sur David ?
Nous n’avons pas d’héritage sur le fils de Jessé.
À tes tentes, Israël !
Et maintenant, pourvois à ta maison, David. »
Et Israël s’en fut à ses tentes.
17 Quant aux Israélites qui habitaient les villes de Juda, Roboam régna sur eux.
18 Le roi Roboam dépêcha Adoram, le chef de la corvée, mais tout Israël le lapida et il mourut ; alors le roi Roboam se vit contraint de monter sur son char pour fuir vers Jérusalem.
19 Et Israël fut séparé de la maison de David, jusqu’à ce jour.
20 Lorsque tout Israël apprit que Jéroboam était revenu, ils l’appelèrent à l’assemblée et ils le firent roi sur tout Israël ; il n’y eut pour se rallier à la maison de David que la seule tribu de Juda.
21 Roboam se rendit à Jérusalem ; il convoqua toute la maison de Juda et la tribu de Benjamin, soit cent quatre-vingt mille guerriers d’élite, pour combattre la maison d’Israël et rendre le royaume à Roboam fils de Salomon.
22 Mais la parole de Dieu fut adressée à Shemaya l’homme de Dieu en ces termes :
23 « Dis ceci à Roboam fils de Salomon, roi de Juda, à toute la maison de Juda, à Benjamin et au reste du peuple :
24 Ainsi parle Yahvé. N’allez pas vous battre contre vos frères, les Israélites ; que chacun retourne chez soi, car cet événement vient de moi. » Ils écoutèrent la parole de Yahvé et prirent le chemin du retour comme avait dit Yahvé.
25 Jéroboam fortifia Sichem dans la montagne d’Éphraïm et y séjourna. Puis il sortit de là et fortifia Penuel.
26 Jéroboam se dit en lui-même : « Comme sont les choses, le royaume va retourner à la maison de David.
27 Si ce peuple continue de monter au Temple de Yahvé à Jérusalem pour offrir des sacrifices, le cœur du peuple reviendra à son seigneur, Roboam, roi de Juda, et on me tuera. Ils reviendront à Roboam, roi de Juda. »
28 Après avoir délibéré, il fit deux veaux d’or et dit au peuple : « Assez longtemps vous êtes montés à Jérusalem ! Israël, voici tes dieux qui t’ont fait monter du pays d’Égypte. »
29 Il dressa l’un à Béthel et il mit l’autre à Dan,
30 cette affaire mena au péché, et le peuple alla en procession devant l’autre jusqu’à Dan.
31 Il établit le temple des hauts lieux et il institua des prêtres pris du commun, qui n’étaient pas fils de Lévi.
32 Jéroboam célébra une fête le huitième mois, le quinzième jour du mois, comme la fête qu’on célébrait en Juda, et il monta à l’autel. Voilà comme il a agi à Béthel, sacrifiant aux veaux qu’il avait faits, et il établit à Béthel les prêtres des hauts lieux, qu’il avait institués.
33 Il monta à l’autel qu’il avait fait à Béthel, le quinzième jour du huitième mois, le mois qu’il avait arbitrairement choisi ; il institua une fête pour les Israélites et il monta à l’autel pour faire brûler de l’encens.
Lire la suite:1 Rois, Chapitre 13
Notes:
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Commentaire sur le livre
Notes sur la partie

2 l) Ou mieux, avec les versions, « il revint d’Égypte ».


3 m) Comme dans les textes historiques anciens, « tout Israël » désigne les tribus du Nord, distinguées de Juda. À Jérusalem, les Judéens ont reconnu Roboam. À Sichem, les Israélites, désavantagés par Salomon au profit de Juda, réclament une charte. La crise se préparait depuis longtemps.


28 n) Jéroboam poursuivait une fin politique, il n’entendait pas changer de divinité. À l’arche d’alliance qui était à Jérusalem le symbole de la présence de Yahvé, il oppose le jeune taureau, symbole du piédestal de Yahvé invisible. Il s’appuie sur une tradition, qui apparaît aussi dans l’épisode du « veau d’or », Ex 32. Les deux récits ont été transformés par la polémique. Mais, en choisissant le même symbole que pour Baal, Jéroboam ouvrait la porte aux pires compromissions, cf. Os 13.2. Ce sera le « péché de Jéroboam », qui reviendra comme un refrain dans la condamnation des rois d’Israël par l’historien deutéronomiste.


29 o) Dan, près d’une source du Jourdain, et Béthel, sur la route de Jérusalem, encadrent le nouveau royaume. C’étaient déjà des sanctuaires vénérés, Gn 12.8, etc. ; Jg 17-18.


32 p) Le nouveau temple de Béthel est dédié en la fête des Tentes, comme le Temple de Salomon.


Comme ceux de Samuel, les livres des Rois ne formaient d’abord qu’un ouvrage de la Bible hébraïque. Ils correspondent aux deux derniers livres des Règnes dans la traduction grecque et des Rois dans la Vulgate.

Ils font immédiatement suite aux livres de Samuel et 1 R 1-2 contient la fin du grand document de 2 S 9-20. Le long récit du règne de Salomon, 1 R 3-11, détaille l’excellence de sa sagesse, la splendeur de ses constructions, surtout du Temple de Jérusalem, l’étendue de ses richesses. C’est une époque glorieuse, certes, mais l’esprit conquérant du règne de David a disparu : on conserve, on organise, surtout on exploite. L’opposition entre les deux fractions du peuple se maintient et, à la mort de Salomon, en 931, le royaume se divise : les dix tribus du Nord font une sécession aggravée d’un schisme religieux, 1 R 12-13. L’histoire parallèle des deux royaumes d’Israël et de Juda se développe de 1 R 14 à 2 R 17 : c’est souvent l’histoire des luttes entre ces royaumes frères, c’est aussi celle des assauts extérieurs de l’Égypte contre Juda et des Araméens dans le Nord. Le danger devient plus pressant quand les armées assyriennes interviennent dans la région, d’abord au IXe siècle, plus fortement au VIIIe siècle, où Samarie tombe sous leurs coups en 721, cependant que Juda s’est déjà déclaré vassal. L’histoire de Juda seul se continue jusqu’à la ruine de Jérusalem en 587 dans 2 R 18-25.21. Le récit s’étend surtout sur deux règnes, celui d’Ézéchias, 2 R 18-20, et celui de Josias 2 R 22-23, marqués par un réveil national et une réforme religieuse. Les grands événements politiques sont alors l’invasion de Sennachérib sous Ézéchias en 701, en réponse au refus du tribut assyrien, et, sous Josias, la ruine de l’Assyrie et la formation de l’empire chaldéen. Juda dut se soumettre aux nouveaux maîtres de l’Orient, mais se révolta bientôt. Le châtiment ne tarda pas : en 597, les armées de Nabuchodonosor prirent Jérusalem et déportèrent une partie de ses habitants ; dix ans après, un sursaut d’indépendance amena une nouvelle intervention de Nabuchodonosor, qui s’acheva en 587 par la ruine de Jérusalem et une seconde déportation. Les Rois s’achèvent par deux courts appendices, 2 R 25.22-30.

L’ouvrage cite nommément trois de ses sources, une Histoire de Salomon, les Annales des rois d’Israël et les Annales des rois de Juda, mais il en eut d’autres : outre la fin du grand document davidique, 1 R 1-2, une description du Temple, d’origine sacerdotale, 1 R 6-7, surtout une histoire d’Élie composée vers la fin du IXe siècle et une histoire d’Élisée un peu postérieure ; ces deux histoires sont à la base des cycles d’Élie, 1 R 172 R 1, et d’Élisée, 2 R 2-13. Les récits du règne d’Ézéchias qui mettent en scène Isaïe, 2 R 18.17-20.19, proviennent des disciples de ce prophète.

Lorsque l’utilisation des sources n’y contrevient pas, les événements sont enfermés dans un cadre uniforme : chaque règne est traité pour lui-même et entièrement, le début et la fin des règnes sont marqués par des formules à peu près constantes, où ne manque jamais un jugement sur la conduite religieuse du roi. Tous les rois d’Israël sont condamnés à cause du « péché originel » de ce royaume, la fondation du sanctuaire de Béthel ; parmi les rois de Juda, huit seulement sont loués pour leur fidélité générale aux prescriptions de Yahvé. Mais cette louange est six fois restreinte par la remarque que « les hauts lieux ne disparurent pas »; seuls Ézéchias et Josias reçoivent une approbation sans réserve.

Ces jugements s’inspirent évidemment de la loi du Deutéronome sur l’unité du sanctuaire. Il y a davantage : la découverte du Deutéronome sous Josias et la réforme religieuse qu’elle inspira marquent le point culminant de toute cette histoire, et l’ouvrage entier est une démonstration de la thèse fondamentale du Deutéronome, qui est reprise dans 1 R 8 et 2 R 17 : si le peuple observe l’alliance conclue avec Dieu, il sera béni, s’il la transgresse, il sera châtié. Cette influence deutéronomiste se retrouve dans le style, chaque fois que le rédacteur développe ou commente ses sources.

Il est vraisemblable qu’une première rédaction deutéronomiste fut faite avant l’Exil, avant la mort de Josias à Megiddo en 609, et la louange décernée à ce roi, 2 R 23.25 (moins les derniers mots), serait la conclusion de l’ouvrage primitif. Une seconde édition, également deutéronomiste, fut donnée pendant l’Exil, après 562 Si on lui attribue la fin actuelle du livre, 2 R 25.22-30, un peu plus tôt si on l’arrête après le récit de la seconde déportation, 2 R 25.21, qui a l’allure d’une conclusion. Il y eut enfin quelques additions, pendant et après l’Exil.

Les livres des Rois doivent être lus dans l’esprit où ils ont été écrits, comme une histoire du salut. L’ingratitude du peuple élu, la ruine successive des deux fractions de la nation paraissent tenir en échec le plan de Dieu, mais il y a toujours pour sauvegarder l’avenir du groupe de fidèles qui n’ont pas plié le genou devant Baal, un reste de Sion qui garde l’Alliance. La stabilité des résolutions divines se manifeste dans la permanence étonnante de la lignée davidique, dépositaire des promesses messianiques, et le livre, sous sa forme dernière, se clôt sur la grâce fait à Joiakîn, comme sur l’aurore d’une rédemption.

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