Bible-Centre

Lectionnaire catholique pour le 9 juin 2007

La Bible de Jérusalem (fr)

Tobie, Chapitre 12,  vers 1, 5-15, 20

1 XI. Raphaël
À la fin des noces, Tobit appela son fils Tobie, et lui dit : « Mon enfant, pense à régler ce qui est dû à ton compagnon, tu dépasseras le prix convenu. »
...
Tobie fit donc venir son compagnon, et lui dit : « Prends la moitié de ce que tu as ramené, pour prix de tes services, et va en paix. »
Alors Raphaël les prit tous les deux à l’écart, et il leur dit : « Bénissez Dieu, célébrez-le devant tous les vivants, pour le bien qu’il vous a fait. Bénissez et chantez son Nom. Faites connaître à tous les hommes les actions de Dieu comme elles le méritent, et ne vous lassez pas de le remercier.
Il convient de garder le secret du roi, tandis qu’il convient de révéler et de publier les œuvres de Dieu. Remerciez-le dignement. Faites ce qui est bien, et le malheur ne vous atteindra pas.
Mieux vaut la prière avec le jeûne, et l’aumône avec la justice, que la richesse avec l’iniquité. Mieux vaut pratiquer l’aumône, que thésauriser de l’or.
L’aumône sauve de la mort et elle purifie de tout péché. Ceux qui font l’aumône sont rassasiés de jours ;
10 ceux qui font le péché et le mal se font du tort à eux-mêmes.
11 Je vais vous dire toute la vérité, sans rien vous cacher : je vous ai déjà enseigné qu’il convient de garder le secret du roi, tandis qu’il convient de révéler dignement les œuvres de Dieu.
12 Vous saurez donc que, lorsque vous étiez en prière, toi et Sarra, c’était moi qui présentais vos suppliques devant la Gloire du Seigneur et qui les lisais ; et de même lorsque tu enterrais les morts.
13 Quand tu n’as pas hésité à te lever, et à quitter la table, pour aller ensevelir un mort, j’ai été envoyé pour éprouver ta foi,
14 et Dieu m’envoya en même temps pour te guérir, ainsi que ta belle-fille Sarra.
15 Je suis Raphaël, l’un des sept Anges qui se tiennent toujours prêts à pénétrer auprès de la Gloire du Seigneur. »
...
20 Alors, bénissez le Seigneur sur la terre, et rendez grâces à Dieu. Je vais remonter à Celui qui m’a envoyé. Écrivez tout ce qui est arrivé. »
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Notes:
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Notes sur la partie

Le livre de Tobie est une histoire familiale. À Ninive, Tobit, un déporté de la tribu de Nephtali, pieux, observant, charitable, est devenu aveugle. À Ecbatane, son parent Ragouël a une fille, Sarra, qui a vu mourir successivement sept fiancés, tués au soir des noces par le démon Asmodée. Tobit et Sarra demandent l’un et l’autre à Dieu d’être délivrés de la vie. De ces deux infortunes et de ces deux prières, Dieu va faire une grande joie : il envoie son ange Raphaël, qui conduit Tobie, fils de Tobit, chez Ragouël, lui fait épouser Sarra et lui donne le remède qui guérira l’aveugle. C’est un récit d’édification, où les devoirs envers les morts et le conseil de l’aumône ont une place marquante. Le sens de la famille s’y exprime avec un charme prenant. Il développe une notion très élevée du mariage. L’ange Raphaël manifeste et masque tout à la fois l’action de Dieu, dont il est l’instrument. C’est cette Providence quotidienne, cette proximité d’un Dieu bienveillant, que le livre invite à reconnaître.

Le livre s’inspire de modèles bibliques, surtout des récits patriarcaux de la Genèse, il se place littérairement entre Job et Esther, entre Zacharie et Daniel. Il offre des points de contact avec la Sagesse d’Ahikar (cf. Tb 1.22 ; 2.10 ; 11.18 ; 14.10), ouvrage apocryphe dont le fond remonte au moins au Ve siècle av. J.-C., voir Tb 1.22. Le livre de Tobie semble avoir été écrit vers 200 av. J.-C., peut-être en Palestine et probablement en araméen.

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Sujets:

Tobie, Chapitre 13

1 XII. Sion
Et il dit :Béni soit Dieu qui vit à jamais,
car son règne dure dans tous les siècles !
Car tour à tour il châtie et il pardonne,
il fait descendre aux profondeurs des enfers
et il retire de la grande Perdition :
personne n’échappe à sa main.
Célébrez-le en face des nations,
vous, enfants d’Israël !
Car s’il vous a dispersés parmi elles,
c’est là qu’il vous a montré sa grandeur.
Exaltez-le en face de tous les vivants,
c’est lui notre Seigneur
et c’est lui notre Dieu
et c’est lui notre Père
et il est Dieu dans tous les siècles !
S’il vous châtie pour vos iniquités,
il aura pitié de vous tous,
il vous rassemblera de toutes les nations
où vous aurez été dispersés.
Si vous revenez à lui
du fond du cœur et de toute votre âme,
pour agir dans la vérité devant lui,
alors il reviendra vers vous,
et ne vous cachera plus sa face.
Regardez donc comme il vous a traités,
rendez-lui grâces à haute voix.
Bénissez le Seigneur de justice,
et exaltez le Roi des siècles.
Pour moi, je le célèbre
sur ma terre d’exil,
je fais connaître sa force et sa grandeur
au peuple des pécheurs.
Pécheurs, revenez à lui,
pratiquez la justice devant lui ;
peut-être vous sera-t-il favorable
et vous fera-t-il miséricorde !
Pour moi, j’exalte Dieu
et mon âme se réjouit
dans le Roi du Ciel.
Que sa grandeur soit sur toutes les lèvres,
et qu’on le célèbre à Jérusalem !
Jérusalem, cité sainte,
Dieu te frappa pour les œuvres de tes mains
et il aura encore pitié des fils des justes.
10 Remercie dignement le Seigneur
et bénis le Roi des siècles,
pour qu’en toi son Temple
soit rebâti dans la joie
et qu’en toi il réjouisse tous les exilés,
et qu’en toi il aime tous les malheureux,
pour toutes les générations à venir.
11 Une vive lumière illuminera
toutes les contrées de la terre ;
des peuples nombreux viendront de loin,
de toutes les extrémités de la terre,
séjourner près du saint Nom du Seigneur Dieu,
les mains portant des présents au Roi du Ciel.
En toi des générations de générations
manifesteront leur allégresse,
et le nom de l’Élue durera
dans les générations à venir.
12 Maudit soit qui t’insultera,
maudit soit qui te détruira,
qui renversera tes murs,
qui abattra tes tours,
qui brûlera tes maisons !
Et béni éternellement qui te bâtira !
13 Alors tu exulteras et tu te réjouiras
sur les fils des justes,
car ils seront tous rassemblés
et ils béniront le Seigneur des siècles.
14 Bienheureux ceux qui t’aiment !
heureux ceux qui se réjouiront de ta paix !
heureux ceux qui se seront lamentés
sur tous tes châtiments !
Car ils vont se réjouir en toi,
et ils verront tout ton bonheur à l’avenir.
15 Mon âme bénit le Seigneur, le grand Roi,
16 parce que Jérusalem sera rebâtie,
et sa Maison pour tous les siècles !
Quel bonheur, s’il reste quelqu’un de ma race,
pour voir ta gloire et louer le Roi du Ciel !
Les portes de Jérusalem seront bâties
de saphir et d’émeraude,
et tous tes murs de pierre précieuse ;
les tours de Jérusalem seront bâties en or,
et leurs remparts en or pur.
17 Les rues de Jérusalem seront pavées
de rubis et de pierres d’Ophir ;
les portes de Jérusalem retentiront
de cantiques d’allégresse ;
18 et toutes ses maisons diront :
Alleluia ! Béni soit le Dieu d’Israël
En toi l’on bénira le saint Nom,
dans les siècles des siècles !
Lire la suite:Tobie, Chapitre 14
Notes:
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Notes sur la partie

1 c) Le cantique final (cf. Ex 15 ; Jdt 16) comprend deux parties. La première, vv. 1-8, est un chant d’action de grâces utilisant des motifs d’hymnes et de psaumes du Règne ; la seconde, vv. 9-17, est une adresse à Jérusalem dans le style des prophètes elle traduit les espérances des exilés en une Jérusalem idéale. — Le texte présente selon les témoins de notables divergences et des lacunes, et la restitution est parfois conjecturale.


5 d) « il vous rassemblera » Vet. Lat. ; omis par grec.


6 e) À partir d’ici, S a une lacune jusqu’à 10c ; on restitue d’après B, Vet. Lat. et syr., en corrigeant 7-8 d’après Ps 145.6, 11.


11 f) D’après Vet. Lat. ; « près de ton saint Nom » S.


12 g) « qui te bâtira » Vet. Lat. ; « qui te craint » S.


16 h) Après « rebâtie », on omet « en cité » avec Vet. Lat. et B.


Le livre de Tobie est une histoire familiale. À Ninive, Tobit, un déporté de la tribu de Nephtali, pieux, observant, charitable, est devenu aveugle. À Ecbatane, son parent Ragouël a une fille, Sarra, qui a vu mourir successivement sept fiancés, tués au soir des noces par le démon Asmodée. Tobit et Sarra demandent l’un et l’autre à Dieu d’être délivrés de la vie. De ces deux infortunes et de ces deux prières, Dieu va faire une grande joie : il envoie son ange Raphaël, qui conduit Tobie, fils de Tobit, chez Ragouël, lui fait épouser Sarra et lui donne le remède qui guérira l’aveugle. C’est un récit d’édification, où les devoirs envers les morts et le conseil de l’aumône ont une place marquante. Le sens de la famille s’y exprime avec un charme prenant. Il développe une notion très élevée du mariage. L’ange Raphaël manifeste et masque tout à la fois l’action de Dieu, dont il est l’instrument. C’est cette Providence quotidienne, cette proximité d’un Dieu bienveillant, que le livre invite à reconnaître.

Le livre s’inspire de modèles bibliques, surtout des récits patriarcaux de la Genèse, il se place littérairement entre Job et Esther, entre Zacharie et Daniel. Il offre des points de contact avec la Sagesse d’Ahikar (cf. Tb 1.22 ; 2.10 ; 11.18 ; 14.10), ouvrage apocryphe dont le fond remonte au moins au Ve siècle av. J.-C., voir Tb 1.22. Le livre de Tobie semble avoir été écrit vers 200 av. J.-C., peut-être en Palestine et probablement en araméen.

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Marc, Chapitre 12,  vers 38-44

IV. Le ministère de Jésus à Jérusalem.> 38 Les scribes jugés par Jésus., 41 L’obole de la veuve.
38 Il disait encore dans son enseignement : « Gardez-vous des scribes qui se plaisent à circuler en longues robes, à recevoir les salutations sur les places publiques,
39 à occuper les premiers sièges dans les synagogues et les premiers divans dans les festins,
40 qui dévorent les biens des veuves, et affectent de faire de longues prières. Ils subiront, ceux-là, une condamnation plus sévère. »
41 S’étant assis face au Trésor, il regardait la foule mettre de la petite monnaie dans le Trésor, et beaucoup de riches en mettaient abondamment.
42 Survint une veuve pauvre qui y mit deux piécettes, soit un quart d’as.
43 Alors il appela à lui ses disciples et leur dit : « En vérité, je vous le dis, cette veuve, qui est pauvre, a mis plus que tous ceux qui mettent dans le Trésor.
44 Car tous ont mis de leur superflu, mais elle, de son indigence, a mis tout ce qu’elle possédait, tout ce qu’elle avait pour vivre. »
Lire la suite:Marc, Chapitre 13
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Notes sur la partie

41 g) La salle du Trésor, dans l’enceinte du Temple, avait donc un tronc extérieur pour recevoir les offrandes.


L’évangile de Marc se divise en deux parties complémentaires. Dans la première (1.2-9 10), nous apprenons qui est Jésus de Nazareth : le Christ, le Roi du nouveau peuple de Dieu, d’où la profession de foi de Pierre en 8.29. Mais comment Jésus peut-il être ce Roi, puisqu’il fut mis à mort à l’instigation des chefs du peuple juif ? C’est qu’il était « fils de Dieu », ce qui impliquait une protection de Dieu sur lui pour l’arracher à la mort. La seconde partie (9.14-16.8) nous oriente peu à peu vers la mort de Jésus, mais culmine dans la profession de foi du centurion : « Cet homme était vraiment fils de Dieu » (15.39), confirmée par la découverte du tombeau vide, et par l’annonce de la résurrection de Jésus. Ce plan est indiqué dès la première phrase écrite par Marc : « Commencement de l’évangile de Jésus, Christ, fils de Dieu. »

Le texte de l’évangile de Marc sera présenté non selon cette structure théologique en deux grandes étapes (Jésus-Messie et Jésus-Fils de Dieu), mais selon un plan plus géographique, qui en facilitera la lecture.

À part quelques pièces plus ou moins aberrantes, la première partie de l’évangile est fort bien construite. Comme en une sorte de prologue (1.2-20), le lecteur assiste d’abord à l’investiture royale de Jésus, après que le Baptiste eut annoncé sa venue (1.2-11). La voix céleste s’adresse à lui en fusionnant Ps 2.7 et Isa 42.1 : Jésus est institué Roi (Ps 2.6) et reçoit la mission du Serviteur de Dieu, à savoir enseigner le droit aux nations (Isa 42.1-4). Toute la première partie de l’évangile sera conditionné par ces deux thèmes (cf. infra). Pour compléter la scène, Jésus reçoit l’Esprit, et comme Roi (1 S 16.13) et comme Serviteur de Dieu (Isa 42.1) : il est « oint » de l’Esprit (Isa 61.1 ; Ac 10.38), il est le « Christ » par excellence (Ps 2.2). Mais Satan exerçait déjà son pouvoir maléfique sur le monde (cf. 1 Jn 5.19). En conséquence, Jésus devra entrer en lutte avec lui pour établir sa propre royauté ; il le fait dès le lendemain du baptême, mené au combat par l’Esprit (1.12-13). En tant que Serviteur de Dieu, Jésus va enseigner les foules ; pour établir sa royauté, il va exorciser les esprits impurs, suppôts de Satan. Ce double thème va courir tout au long de l’évangile (1.27 ; 1.39 ; 2.2 ; 3.11 ; 3.14-15 ; 6.2 ; 6.12-13 ; 6.34). Pour clore ce prologue, Marc décrit, d’une façon très générale, le ministère de Jésus : il proclame l’Évangile, la Bonne Nouvelle (cf. Isa 61.1), il annonce que le Royaume de Dieu est proche (1.14-15) ; prédication et royauté, c’est bien la perspective des scènes précédentes. Finalement, Jésus appelle à sa suite ses quatre premiers disciples (1.16-20). Qu’il soit le Christ, Jésus est le seul à le savoir (avec les esprits impurs), comme le laisse entendre la scène du baptême. Il devra donc en persuader les autres. Ce sera difficile et en partie voué à l’échec comme va le montrer la suite de l’évangile. – 1.21-39 décrit une « journée type » de Jésus, à Capharnaüm. Comme Serviteur de Dieu, il enseigne dans la synagogue. Comme Roi, il expulse ses adversaires, les esprits impurs. Ce second aspect de sa mission est développé dans le récit de la guérison de la belle-mère de Pierre (toute maladie était due à l’influence des esprits mauvais, cf. Lc 4.39), et dans le sommaire de 1.32-34. Enseignement et exorcismes provoquent l’étonnement des foules et posent le problème de la véritable identité de Jésus (1.27 ; Jn 15.22, 24). Les foules sont conquises (1.28, 37). Mais Jésus s’en va pour enseigner et exorciser les démons dans toute la Galilée (1.38-39). – En contraste avec l’enthousiasme des foules (cf. 1.45), Marc nous présente un premier groupe de gens qui refusent de croire en Jésus : les scribes et les pharisiens. C’est le bloc des cinq controverses racontées en 2.1-3 6, qui se termine par la décision de perdre Jésus. Cet ensemble commence par un appel de l’enseignement du Christ (2.2, 13) et se prolonge par un sommaire montrant Jésus expulsant les esprits impurs (3.7-12). Scribes et pharisiens haïssent le Christ à cause de son enseignement et de ses exorcismes : ils sont jaloux (cf. 1.22). – Dans la section suivante (3.13-35), Marc va de nouveau opposer deux groupes de personnages : les Douze, auxquels il transmet son pouvoir d’enseigner et d’expulser les démons (3.13-19), et ses proches qui le prennent pour un illuminé (3.20-21 ; cf. Jn 7.5) et auxquels le Christ oppose sa vraie parenté : ceux qui font la volonté de Dieu (3.31-35). En 3.22-29, Marc fait intervenir les scribes qui accusent Jésus de pratiquer les exorcismes grâce à Beelzeboul afin de rappeler que c’est l’Esprit-Saint qui fait agir Jésus (3.29). On retrouve encore ici les deux composantes de l’activité du Christ : les exorcismes et l’enseignement (cf. 3.31-35 ; plus clair en Lc 8.21). – Le centre de cette première partie est formé par la longue section qui va de 4.1 à 5.43. Jusqu’ici, Marc a montré le Christ enseignant et expulsant les démons, mais sans donner beaucoup de détails. Il va le faire ici. Il explique d’abord comment le Christ enseignait (4.1-2) : sous forme de paraboles concernant le Royaume de Dieu, dont il donne cinq exemples (4.3-34). Il s’étend ensuite sur quatre miracles effectués par Jésus : la tempête apaisée (4.35-41) assimilée à un exorcisme (comparer 4.39, 41 et 1.25, 27), l’exorcisme du possédé de Gérasa (5.1-20), la résurrection de la fille de Jaïre, épisode dans lequel s’insère le récit de la guérison de l’hémorroïsse (5.21-43). Ces miracles provoquent l’étonnement et obligent à se poser le problème de la véritable identité de Jésus (4.41 ; cf. 5.20, 42). On notera une première « pointe » portée contre les disciples : ils ont manqué de foi (4.40), contrairement à l’hémorroïsse (5.34) et à Jaïre (5.36). – La section suivante (6.1-30) reprend, en ordre inversé, les thèmes de 3.13-35 : Marc y souligne l’opposition entre le manque de foi des proches de Jésus, malgré son enseignement et ses exorcismes (6.1-5 ; cf. .20-21, 31-35) et le groupe des vrais disciples qu’il envoie prêcher et expulser les esprits impurs (6.7-13 ; cf. 3.13-19). Le retour des disciples sera mentionné en 6.30 : ils racontent tout ce qu’ils ont fait (exorcismes et guérisons) et ce qu’ils ont enseigné. Pour meubler l’intervalle de temps entre leur départ et leur retour, Marc place ici l’opinion d’Hérode sur Jésus (6.17-20), ce qui lui donne l’occasion de souligner que, même si les foules étaient frappées par l’activité de Jésus, elles n’avaient qu’une opinion approximative de sa vraie personnalité. Le récit de l’exécution du Baptiste par Hérode, se greffe ici (6.21-29) comme un excursus. – Le double épisode de la multiplication des pains (6.35-44) et de la tempête apaisée (6.45-52) est encadré par deux notices rappelant la double activité du Christ : il enseigne les foules qui accourent à lui (6.31-34) et il guérit leurs malades (6.53-56). Pour la deuxième fois, Marc note l’incompréhension des disciples malgré le miracle de la multiplication des pains (6.52). – La section suivante (7.1-8 9) ouvre un horizon nouveau : la diffusion de l’évangile auprès des païens. Ils étaient considérés comme impurs par les Juifs ; contre les pharisiens, Jésus affirme que compte seulement aux yeux de Dieu la pureté du cœur (7.1-23). Il se rend ensuite dans la région de Tyr où il guérit la fille d’une syro-phénicienne (7.24-30), puis en Décapole où il guérit un sourd-bègue (7.32-37). Dans le récit de la seconde multiplication des pains (8.1-9), certains détails évoquent le monde païen invité au festin messianique. Comme presque toutes les sections précédentes, celle-ci souligne une opposition fondamentale. Elle commence et se termine par une attaque des pharisiens contre Jésus (7.5 ; 8.11-13 ; cf. 2.1-3.6), lequel répond à la première en fustigeant leur hypocrisie (7.6-13). À cet aveuglement, Marc oppose la confiance d’une païenne puis la guérison d’un sourd-bègue, probablement un païen lui aussi. C’est insinuer que, devant l’attitude des autorités juives, ce sont les païens qui vont être appelés au salut. – La dernière section (8.14-9.10) est dramatique. Pour la troisième fois (cf. 6.52 ; 7.18), Jésus constate l’incompréhension de ses disciples (8.14-21) : ils n’ont compris le sens, ni des prodiges qu’il a accomplis, ni de son enseignement (8.18). Ils ne le reconnaissent donc, ni pour le Roi annoncé par Ps 2.7, ni pour le Serviteur dont parle Isa 42.1-4. Faut-il alors désespérer de tous ? Non, car, contre toute attente, Pierre se sépare de l’opinion de la foule (8.27-28 ; cf. 6.14-16) pour reconnaître : « Tu es le Christ » (8.29). Il n’a pu le faire qu’en vertu d’une révélation du Père, comme le comprendra Matthieu (16.17). C’est pour préparer cette « conversion » de Pierre que Marc raconte, juste avant, la guérison d’un aveugle (8.22-26) à laquelle il semble donner une portée symbolique : Pierre n’était-il pas aveugle lui aussi (cf. 8.18) ? Cette profession de foi va être confirmée par la scène de la Transfiguration (9.2-10), de même que, à la fin de la seconde partie, la profession de foi du centurion romain (15.39) sera confirmée par la découverte du tombeau vide (16.1-8). Cette scène de la Transfiguration répond à celle du baptême du Christ : Jésus avait entendu la voix céleste lui disant : « Tu es mon fils, le bien-aimé, en toi je me suis complu » (1.11) ; ici, ce sont Pierre, Jacques et Jean qui l’entendent : « Celui-ci est mon fils, le bien-aimé écoutez-le » (9.7). Sur le petit bloc constitué par 8.31-9.1, cf.infra.

La structure de cette première partie forme un chiasme un peu distordu :

A) Témoignage du Baptiste : 1.2-8
Baptême du Christ : 1.9-11
[Enseignement et exorcismes : 1.21-39]

B) Controverse avec les pharisiens : 2.1-3 6

C) Appel des Douze : 3.13-19

D) Incrédulité de la famille de Jésus : 3.20-35

E) Enseignement et exorcismes : 4.15

D’) Incrédulité des proches de Jésus : 6.1-6

C’) Mission des Douze : 6.7-13, 30
[Multiplication des pains : 6.34-44]

B’) Hostilité des pharisiens : 7.5-13 ; 8.11-13

Les païens appelés au salut : 7.14-8.9

A’) Profession de foi de Pierre : 8.27-30
Transfiguration : 9.2-10.

La deuxième partie de l’évangile n’est pas aussi bien structurée. Elle procède plutôt par touches successives pour développer deux thèmes connexes : le paradoxe de Jésus devant passer par la mort avant de régner ; les conditions requises pour entrer dans le Royaume. Elle se rattache à la première partie au moyen de deux « sections crochets ». L’une est insérée dans la finale de la première partie, en 8.31-9.1, et contient en germe les thèmes essentiels de la seconde : Jésus devra mourir avant de régner (première annonce de la passion : 8.31), mais son règne est imminent (9.1) ; pour y participer, il est nécessaire de « suivre » Jésus en se renonçant (8.34-38). Pour annoncer sa passion et sa résurrection, ici comme en 9.31-32 et 10.33-34, le Christ s’identifie au « Fils de l’homme » de Dn 7.13-14. Selon ce texte, en effet, ce Fils d’homme va recevoir l’investiture royale de Dieu, mais dans un contexte de persécution. La seconde « section-crochet » se lit après le récit de la Transfiguration. La voix céleste prescrivait « d’écouter » l’enseignement du Christ (9.7 ; cf. Dt 18.18) ; Jésus accomplit maintenant un exorcisme pour chasser l’esprit mauvais qui tourmente un enfant (9.14-29). Enseignement et exorcisme, c’étaient les deux activités essentielles du Christ dans la première partie de l’évangile. – Dans la section suivante (9.30-49) le Christ se consacre à l’enseignement de ses disciples (9.30-31). Il leur annonce à nouveau qu’il doit mourir et ressusciter (9.31-32), puis il leur donne un certain nombre de consignes éthiques : se faire le serviteur de tous, éviter de scandaliser ceux qui croient en lui, si un membre est une occasion de chute, le couper afin de pouvoir « entrer dans la vie » ou « dans le Royaume ». – Il enseigne de nouveau les foules à partir de 10 1. C’est pour donner quelques consignes éthiques : concernant le divorce (10.2-12), la nécessité de recevoir le Royaume comme un enfant (10.13-16) et surtout la nécessité de renoncer à ses richesses pour entrer dans le Royaume (10.17-31). – La section qui va de 10.32 à 11.10 décrit le voyage de Jésus vers Jérusalem. Elle est de plus en plus centrée sur la royauté du Christ. La troisième annonce de la passion (10.32-34) rappelle le paradoxe fondamental : Jésus doit mourir avant de régner. Jacques et Jean voudraient être ministres du Christ, mais Jésus leur rappelle la nécessité de le suivre en buvant le même calice que lui (10.35-45). L’aveugle de Jéricho est guéri parce qu’il le reconnaît pour le « fils de David », titre royal par excellence (10.46-52). Finalement, Jésus fait son entrée à Jérusalem selon le rite des entrées royales (11.1-10). – Jésus sera-t-il sacré « roi » à Jérusalem ? Non, car il va mourir. Le drame, et donc le paradoxe, va se nouer durant les jours suivants. Les grands prêtres et les scribes décident la mort de Jésus, ulcérés par l’expulsion des vendeurs du Temple (11.15-18). Jésus refuse de leur répondre lorsqu’ils lui demandent en vertu de quel pouvoir il agit ainsi (11 27-33). La parabole des envoyés à la vigne suscite à nouveau leur colère (12.1-12). Les pharisiens cherchent à le perdre, soit aux yeux du pouvoir romain, soit auprès de la foule, en lui demandant s’il est permis de payer le tribut à César (12.13-17). Nouvelle controverse avec les sadducéens au sujet de la résurrection (12.18-27). Une éclaircie dans l’orage qui gronde : un des scribes (les ennemis acharnés de Jésus) dialogue avec le Christ sur le plus grand commandement et s’entend dire qu’il n’est pas loin du Royaume de Dieu (12.28-34). Mais c’est une exception, et Jésus s’en prend à eux en ridiculisant leur enseignement (12.35-37) et en fustigeant leurs vices (12.38-40). – En annonçant la ruine du Temple (13.1-2), Jésus ne fait que précipiter les événements tragiques (cf. 14.58). Mais il donne aussi la solution du paradoxe : le Fils de l’homme reviendra pour rassembler les élus en vue de former le royaume nouveau (13.24-27). Pour raconter les événements qui vont mener le Christ jusqu’à la croix, Marc suit la tradition commune (14-15) mais il souligne comment Jésus va être abandonné de tous. Les autorités juives craignaient la foule qui lui était favorable (11.18 ; 12.12, 37), mais elles réussissent à la retourner grâce à l’épisode de Barabbas (15.6-15). Les disciples, qui n’ont rien compris au paradoxe de la mort de Jésus (8.32-33 ; 9.9-10 ; 9.32), sont effrayés dès l’approche de Jérusalem (10.32) et finalement, lors de l’arrestation du Christ, ils prennent tous la fuite (14.50 ; cf. 14.27) après un simulacre de résistance (14.47). – C’est comme un roi de mascarade que Jésus est livré à la mort par Pilate (cf. 15.2, 9, 12, 17-20), et, dérision suprême, il meurt sur la croix tandis qu’une inscription le proclame « Roi des Juifs » (15.26). Dieu n’est-il pas bafoué, qui l’avait sacré roi lors du baptême dans le Jourdain ? Non, le centurion romain le proclame juste après qu’il a expiré : « Vraiment, cet homme était le fils de Dieu » (15.39). Comme Luc l’a bien compris (Lc 23.47), c’est une allusion à Sg 2.18 : « Si le juste est fils de Dieu, Il l’assistera et le délivrera de la main de ses adversaires. » Au jour de Pâque, l’ange confirmera cette profession de foi du centurion : Jésus est ressuscité (16.6). Puisqu’il est le Fils de l’homme, il a reçu l’investiture royale auprès de Dieu (Dn 7.13-14) et il reviendra pour rassembler les élus (13.26) dans le Royaume de Dieu. C’est dans ce contexte général qu’il faut interpréter le « secret messianique » cher à Mc, que Jésus impose, soit aux esprits impurs (1.25, 34 ; 3.11-12), soit aux disciples après la Transfiguration (9.9), soit aux gens qu’il guérit (1.44 ; 5.43 ; 7.36 ; 8.26). Les Juifs attendaient un Christ qui les délivrerait de l’occupation romaine, Jésus veut donc éviter d’être l’occasion d’un soulèvement populaire contre les Romains, qui serait contraire à la mission qu’il a reçue de Dieu (cf. Jn 6.14-45).

Cette analyse de l’évangile de Marc remet en question la notice de Papias : Marc aurait mis par écrit la catéchèse de Pierre, telle qu’il la donnait selon les circonstances, et donc sans ordre. Ce ne serait donc pas lui qui aurait composé un évangile si bien structuré, surtout dans sa première partie. Mais le problème est sans doute plus complexe. On constate en effet chez Mc des doublets notés depuis longtemps. Enseignement de Jésus à Capharnaüm (1.21-22, 27) et « dans sa patrie » (6.1-2) racontés en termes analogues. Deux récits de multiplication des pains (6.35-44 ; 8.1-9) suivis par la remarque que les disciples n’en comprirent pas le sens (6.52 ; 8.14-20). Deux annonces de la passion suivies par la consigne de se faire le serviteur de tous (9.31, 35 ; 10.33-34, 43). Deux récits de la tempête apaisée (4.35-41 ; 6.45-52). Deux remarques sur l’attitude de Jésus envers les enfants (9.36 ; 10.16). Le Mc actuel aurait donc, soit fusionné deux documents différents, soit complété un document primitif au moyen de traditions parallèles. Le Mc dont parle Papias pourrait être alors un des deux documents de base, considérablement remanié dans le Mc actuel.

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