Le jour du désastre dont parle le prophète comme d'un châtiment de Dieu s'avère être quelque chose de vraiment terrible, si même les plus courageux des courageux, ce jour-là, « s'enfuient nus », comme les derniers des lâches. Qu'est-ce donc, parmi ce qu'Amos a nommé, qui pouvait effrayer ainsi les habitants de Juda ou du royaume d'Israël ?...
Le jour du désastre dont parle le prophète comme d'un châtiment de Dieu s'avère être quelque chose de vraiment terrible, si même les plus courageux des courageux, ce jour-là, « s'enfuient nus », comme les derniers des lâches. Qu'est-ce donc, parmi ce qu'Amos a nommé, qui pouvait effrayer ainsi les habitants de Juda ou du royaume d'Israël ?
Bien sûr, la guerre ou l'épidémie sont toujours et pour tous terribles. Mais de tout temps il s'est trouvé des personnes qui gardaient leur courage même dans une situation critique, si lourde fût-elle. À ce qu'il paraît, en parlant des braves qui se transforment sous nos yeux en lâches, le prophète n'a pas seulement en vue des dangers terribles menaçant ces braves. Pourtant, la situation devient plus compréhensible si l'on se souvient que la question du courage et de la lâcheté est une question spirituelle, que le courage en lui-même est un état spirituel, conséquence d'un choix tout à fait défini fait dans une situation concrète et de la résolution de suivre ce choix quoi qu'il arrive.
Si l'on part de l'idée que les malheurs et les catastrophes qui s'abattent sur le peuple à la suite de la violation du commandement donné par Dieu sont précisément des châtiments envoyés par Dieu, la situation ne restera malgré tout compréhensible qu'en partie : car un homme courageux est capable de recevoir même le châtiment avec fermeté, d'autant plus s'il comprend qu'il l'a mérité. Mais en est-il ainsi ? Et Dieu doit-Il punir l'homme pour le péché et l'apostasie, pour ainsi dire, de Sa propre main ? Car la vie spirituelle est avant tout relation, relation avec Dieu et avec les prochains. Et si l'homme rompt la relation avec Dieu en violant les commandements donnés par Lui ?
Alors, de toute évidence, toutes les conséquences d'une telle rupture s'abattront sur lui. Et de la même manière elles peuvent s'abattre sur un peuple, si tout le peuple rompt la relation avec Dieu en trahissant l'alliance conclue un jour. C'est là que le courage peut réellement quitter même les plus intrépides : car il n'est possible que dans une vie spirituelle normale, dans le cas de relations pleines avec Dieu. Mais dans une situation où les relations avec Dieu sont rompues ou réduites au minimum, il n'est pas question de courage. Et alors même les héros parmi les héros peuvent tout à fait, comme les derniers des lâches, fuir devant un danger qui, dans un autre état spirituel, ne leur aurait pas paru si terrible.
1:1 a) Ce n’était pas un simple gardien de troupeau (cf. 7.14 ; 2 R 3.4). — Téqoa est un village de Juda, à 9 km au sud-est de Bethléem.
1:1 b) JérobII, roi d’Israël.
1:1 c) Ce tremblement de terre est peut-être attesté par les fouilles archéologiques de Haçor en Haute-Galilée ; il se situerait au milieu du VIIIe siècle av. J.-C. D’après Za 14.5 (LXX), à la suite de ce séisme, des vallées furent obstruées. Il ne s’agit pas d’un simple repère chronologique les éditeurs du livre, responsables de cette notice, y ont sans doute vu une manifestation divine confirmant le message d’Amos, cf. 9.5 ; Ps 75.4 ; Mi 1.4, etc.
1:2 d) Qu’il provienne d’Amos lui-même ou qu’il soit une relecture judéenne, cf. Os 1.7, ce texte manifeste que, malgré le schisme, c’est Jérusalem, où Yahvé réside, qui est le centre unificateur du peuple de Dieu.
1:3 e) Cette section résume les oracles prononcés en des temps divers contre sept nations (plus l’oracle contre Juda, sans doute postérieur). Les oracles sont de structure identique et reprennent les mêmes formules stéréotypées. Ils soulignent la justice de Yahvé, qui châtie, chez tous les peuples, toute injustice. Israël vient en dernier, pour marquer que le châtiment, auquel il s’attend si peu, le frappera comme les autres et sera la manifestation suprême de la justice divine.
1:3 f) Les deux chiffres consécutifs désignent une quantité indéterminée, petite ou grande selon le contexte, cf. 4.8 ; Isa 17.6 ; Jr 36.23 et les « proverbes numériques », Pr 30.15.
1:3 g) Littéralement « je ne le retirerai pas », le pronom « le » désignant le décret de châtiment.
1:3 h) Instrument utilisé pour dépiquer le blé sur l’aire. L’image est souvent employée pour décrire l’anéantissement du vaincu Isa 21.10 ; 41.15 ; Mi 4.12s ; cf. l’annonce prophétique d’Élisée, 2 R 8.12.
1:4 i) Hazaël et Ben-Hadad III, son fils, rois araméens qui furent les ennemis acharnés d’Israël.
1:5 j) Biqeat-Aven « val d’iniquité » serait la Béqa’a, entre le Liban et l’Anti-Liban (cf. Jos. 11.17) ; Bet-Eden est le petit royaume de Bit-Adini, sur l’Euphrate, avec Til-Barsip pour capitale (cf. 2 R 19.12 ; Ez 27.23).
1:5 k) D’où il est originaire selon 9.7. D’après 2 R 16.9, la prophétie a été réalisée à la suite de la campagne de Téglat-Phalasar en 733-732. Selon Isa 22.6, Qir est proche de l’Élam ; ce mot signifie « bitume » en akkadien s’agirait-il d’Ur en Chaldée, appelé en arabe el-Muqayir ?
1:8 l) Gat, la cinquième ville philistine, n’est pas nommée. Ruinée par Hazaël, 2 R 12.18, elle ne comptait plus, cf. 6.2.
1:8 m) Ce mot qui aura par la suite un sens théologique très fort, cf. Isa 4.3, est utilisé ici dans son acception première ce qui subsiste d’un groupe décimé par une catastrophe.
1:9 n) Il s’agit sans doute des bonnes relations qui existaient depuis Salomon entre Tyr et Israël (1 R 5.26 ; 9.13 où Hirde Tyr appelle Salomon son « frère ») et qui avaient été renforcées par le mariage d’Achab avec Jézabel (1 R 16.31), fille d’Ittobaal qui régna sur Tyr et Sidon.
1:11 o) Israël, « frère » d’Édom, Gn 25.21-24, 29-30.
1:11 p) « garde à jamais sa colère » syr., Vulg. ; « sa colère déchire à jamais » hébr.
1:12 q) Désignation poétique d’Édom, cf. Jr 49.7, 20 ; Ab 9 ; Ha 3.3.
1:14 r) Ville principale du pays, aujourd’hui Amman. Cf 2 S 11-12.
2:1 s) L’incinération, qui devait rendre l’âme malheureuse dans l’au-delà, était pour les Sémites un crime abominable.
2:3 t) Yahvé reproche à Moab sa conduite à l’égard d’un païen. Israël n’est aucunement mêlé à ce crime. On peut en déduire que, dans les autres oracles, le comportement criminel est condamné en lui-même et non parce que Israël en est la victime. Pour Amos, la même loi morale s’impose à tous les hommes.
2:4 u) Cet oracle de style deutéronomique est probablement une relecture judéenne, cf. Os 1.7. Beaucoup pensent qu’il en est de même des oracles contre Tyr et Édom.
2:4 v) C’est-à-dire leurs idoles.
2:6 w) Les oracles contre les nations sont un élément habituel de la prédication prophétique, Isa 13-23 ; Jr 46-51, Ez 25-32. En y incluant Israël, Amos devait cependant provoquer la stupéfaction et la colère de ses auditeurs, indignés d’être assimilés aux païens.
2:6 x) Les prophètes protestent souvent contre la vénalité de la justice, cf. 5.7 ; 6.12 ; Isa 1.23 ; Mi 3.1-3, 9-11 ; 7.1-3, etc.
2:7 y) « ils écrasent » avec le grec et en rattachant le mot à la racine shûp , cf. 8.4 ; Gn 3.15, plutôt qu’à la racine sha’ap « aspirer à », « à être avide de », mieux connue. — Avant « la tête », on omet « par » ou « avec ». — « sur la poussière de la terre », omis par le grec, est parfois considéré comme une addition. — L’avidité des Grands autre thème prophétique, 8.5-6 ; Isa 1.17, 23 ; 3.14 ; Mi 2.1-2, 8-11 ; 3.9-11 ; 6.9-12 ; So 1.9 ; Jr 2.34 ; Ez 22.29.
2:7 z) Il ne s’agit sans doute pas d’une prostituée sacrée, mais plutôt d’une esclave de la maison prise comme objet de plaisir par le père et le fils. Ce qui est condamné, c’est moins l’apparence d’inceste que la dégradation infligée à un être humain. Ce qui atteint la dignité de l’homme atteint Dieu.
2:8 a) Lors des repas sacrés qui suivent les sacrifices. — « leur dieu » il s’agit bien de Yahvé, mais il est ravalé au rang d’une idole lorsqu’on l’honore en festoyant avec les biens enlevés aux malheureux sous une apparence de légalité amende ou confiscation des biens d’un débiteur insolvable, cf. Si 34.20.
2:9 b) Image indiquant une destruction totale.
2:12 c) Dans tout cet oracle sur Israël, la faute du peuple est présentée non seulement comme une infraction à des lois, mais aussi et surtout comme un refus opposé à un appel et à une sollicitude divine.
2:13 d) Image d’un peuple assiégé, incapable de résister à l’ennemi ; mais l’interprétation du verbe `ûq qui apparaît seulement ici (hapax), « tasser », est incertaine.
Amos était berger à Teqoa, sur la lisière du désert de Juda, 1.1 ; étranger aux confréries de prophètes, il a été pris par Yahvé de derrière son troupeau et envoyé pour prophétiser à Israël, 7.14. Après un court ministère qui eut pour cadre principal le sanctuaire schismatique de Béthel, 7.10s, et s’exerça probablement aussi à Samarie, cf. 3.9 ; 4.1 ; 6.1, il fut expulsé d’Israël et revint à ses occupations premières.
Il prêche sous le règne de Jéroboam II, 783-743, époque humainement glorieuse, où le royaume du Nord s’étend et s’enrichit, mais où le luxe des grands insulte à la misère des opprimés et où la splendeur du culte masque l’absence d’une religion vraie. Avec la rudesse simple et fière et avec la richesse d’images d’un homme de la campagne, Amos condamne au nom de Dieu la vie corrompue des cités, les injustices sociales, la fausse assurance qu’on met en des rites où l’âme ne s’engage pas, 5.21-22. Yahvé, souverain Seigneur du monde, qui punit toutes les nations, 1-2, châtiera durement Israël, que son élection oblige à une plus grande justice morale, 3.2. Le « Jour de Yahvé » (l’expression vient ici pour la première fois) sera ténèbres et non lumière, 5.18s, la vengeance sera terrible, 6.8s, exercée par un peuple que Dieu appelle, 6.14, l’Assyrie qui n’est pas nommée mais qui occupe l’horizon du prophète. Toutefois Amos ouvre une petite espérance, la perspective d’un salut pour la maison de Jacob, 9.8, pour le « reste » de Joseph, 5.15 (premier emploi prophétique de ce terme). Cette profonde doctrine sur Dieu, maître universel et tout-puissant, défenseur de la justice, est exprimée avec une assurance absolue, sans que jamais le prophète ait l’air d’innover : sa nouveauté est dans la force avec laquelle il rappelle les exigences du pur Yahvisme.
Le livre nous est parvenu dans un certain désordre ; en particulier, le récit en prose, 7.10-17, qui sépare deux visions, se placerait mieux à la fin des oracles. On peut hésiter sur l’attribution à Amos lui-même de quelques courts passages. Les doxologies, 4.13 ; 5.8-9 ; 9.5-6, ont peut-être été ajoutées pour la lecture liturgique. Les courts oracles contre Tyr, Édom, 1.9-12, et Juda, 2.4-5, semblent dater de l’Exil. La discussion porte davantage sur 9.8-10 et surtout sur 9.11-15. Il n’y a pas de raison sérieuse de suspecter le premier de ces passages, mais il est vraisemblable que le second a été ajouté : on ne doit pas tirer argument des promesses de salut qu’il contient et qui, dès le début, furent un thème de la prédication des prophètes, ici Amo 5.15 et à la même époque chez Osée, mais ce qui est dit de la hutte branlante de David, de la vengeance contre Édom, d’un retour et d’un rétablissement d’Israël, suppose l’époque de l’Exil et peut être attribué, avec quelques autres retouches, à une édition deutéronomiste du livre.