Bible-Centre

La Bible en cinq ans pour le 5 février 2007

La Bible de Jérusalem (fr)

2 Samuel, Chapitre 1

1 David apprend la mort de Saül., 17 Élégie de David sur Saül et Jonathan.
Après la mort de Saül, David, revenant de battre les Amalécites, demeura deux jours à Çiqlag.
Le troisième jour, un homme arriva du camp, d’auprès de Saül. Il avait les vêtements déchirés et la tête couverte de terre. En arrivant près de David, il se jeta à terre et se prosterna.
David lui dit : « D’où viens-tu ? » Il lui dit : « Je me suis échappé du camp d’Israël. »
David demanda : « Que s’est-il passé ? Informe-moi donc ! » L’autre dit : « C’est que le peuple s’est enfui de la bataille, et parmi le peuple beaucoup sont tombés et sont morts. Même, Saül et son fils Jonathan sont morts ! »
David demanda au jeune porteur de nouvelles : « Comment sais-tu que Saül et son fils Jonathan sont morts ? »
Le jeune porteur de nouvelles répondit : « Je me trouvais par hasard sur le mont Gelboé et je vis Saül s’appuyant sur sa lance et serré de près par les chars et les cavaliers.
S’étant retourné, il m’aperçut et m’appela. Je répondis : « Me voici ! »
Il me demanda : « Qui es-tu ? » Et je lui dis : « Je suis un Amalécite. »
Il me dit alors : « Approche-toi de moi et tue-moi, car je suis saisi de vertige, bien que ma vie soit tout entière en moi. »
10 Je m’approchai donc et lui donnai la mort, car je savais qu’il ne survivrait pas, une fois tombé. Puis j’ai pris le diadème qu’il avait sur la tête et le bracelet qu’il avait au bras et je les ai apportés ici à Monseigneur. »
11 Alors David saisit ses vêtements et les déchira, et tous les hommes qui étaient avec lui firent de même.
12 Ils se lamentèrent, pleurèrent et jeûnèrent jusqu’au soir à cause de Saül, de son fils Jonathan, du peuple de Yahvé et de la maison d’Israël, parce qu’ils étaient tombés par l’épée.
13 David demanda au jeune porteur de nouvelles : « D’où es-tu ? » Et il dit : « Je suis le fils d’un immigré amalécite. »
14 David lui dit : « Comment n’as-tu pas craint d’étendre la main pour faire périr l’oint de Yahvé ? »
15 David appela l’un des garçons et dit : « Approche et frappe-le ! » Celui-ci l’abattit et il mourut.
16 David lui dit : « Que ton sang retombe sur ta tête, car ta bouche a témoigné contre toi, quand tu as dit : "C’est moi qui ai donné la mort à l’oint de Yahvé." »
17 David fit cette complainte sur Saül et sur son fils Jonathan.
18 Il dit (c’est pour apprendre l’arc aux fils de Juda ; c’est écrit au Livre du Juste) :
19 « Splendeur d’Israël, blessé à mort sur tes hauteurs !
Comment sont tombés les héros ?
20 Ne le publiez pas dans Gat,
ne l’annoncez pas dans les rues d’Ashqelôn,
que ne se réjouissent les filles des Philistins,
que n’exultent les filles des incirconcis !
21 Montagnes de Gelboé,
ni rosée ni pluie sur vous,
champs fertiles,
car là fut maculé le bouclier des héros !
Le bouclier de Saül n’était pas oint d’huile,
22 mais du sang des blessés, de la graisse des héros.
L’arc de Jonathan jamais ne recula,
ni l’épée de Saül ne revint inutile.
23 Saül et Jonathan, aimés et charmants,
dans la vie et dans la mort ne furent pas séparés.
Ils étaient plus rapides que les aigles,
plus forts que les lions.
24 Filles d’Israël, pleurez sur Saül,
qui vous revêtait d’écarlate et de parures,
qui accrochait des joyaux d’or
à vos vêtements.
25 Comment sont tombés les héros
au milieu du combat ?
Jonathan, blessé à mort sur tes hauteurs,
26 Que de peine j’ai pour toi, mon frère Jonathan.
Tu avais pour moi tant de charme,
ton amitié m’était plus merveilleuse
que l’amour des femmes.
27 Comment sont tombés les héros,
et anéanties les armes de guerre ? »
Lire la suite:2 Samuel, Chapitre 2
Notes:
Commentaire sur le fragment en cours
Commentaire sur le livre
Notes sur la partie

1 a) Autre tradition sur la mort de Saül. Le récit, qui fait suite directement à 1 S 30, est lui-même composite d’après une forme de la tradition, un homme de l’armée vient annoncer la mort de Saül et de Jonathan ; David et le peuple font le deuil, vv. 1-4 et 11-12. D’après l’autre forme, un jeune Amalécite se vante d’avoir tué Saül et rapporte les insignes royaux, espérant une récompense ; il est exécuté sur l’ordre de David, vv. 5-10 et 13-16.


16 b) David s’adresse au mort son sang ne criera pas vengeance (contre David), car il a été justement exécuté, cf. 1 R 2.32.


18 c) La lamentation (v. 19-27) accompagnait sans doute les exercices de tir à l’arc, cf. 22, 35. Le « livre du Juste » est un ancien recueil poétique perdu, également cité en Jos 10.13.


21 d) La nature doit participer à la douleur de David ; l’absence de pluie interdira la fertilité du sol.


25 e) Le poème reprend ici l’expression d’ouverture (v. 19), mais cette fois le nom de Jonathan est prononcé.


Les livres de Samuel ne formaient qu’un seul ouvrage dans la Bible hébraïque. La division en deux livres remonte à la traduction grecque, qui a également joint Samuel et Rois sous un même titre : les quatre livres des Règnes ; la Vulgate les appelle les quatre livres des Rois. Le Samuel hébreu correspond aux deux premiers. Ce titre provient de la tradition qui attribuait au prophète Samuel la composition de cet écrit.

Le texte est l’un des plus mal conservés de l’Ancien Testament. La traduction grecque des Septante donne un texte assez souvent différent, qui remonte à un prototype dont les grottes de Qumrân ont livré d’importants fragments. Il existait donc plusieurs recensions hébraïques des livres de Samuel.

On y distingue cinq parties : a) Samuel, 1 S 1-7 ; b) Samuel et Saül, 1 S 8-15 ; c) Saül et David, 1 S 16 à 2 S 1 ; d) David, 2 S 2-20 ; e) suppléments, 2 S 21-24.

L’ouvrage combine ou juxtapose des sources et des traditions diverses sur les débuts de la période monarchique. Il y a une histoire de l’arche et de sa captivité chez les Philistins, 1 S 4-6, où Samuel ne paraît pas et qui se continuera dans 2 S 6. Elle est encadrée par un récit de l’enfance de Samuel, 1 S 1-3, et par un récit qui présente Samuel comme le dernier des Juges et anticipe la libération du joug philistin, 7. Samuel joue un rôle essentiel dans l’histoire de l’institution de la royauté, 1 S 8-12, où l’on a distingué depuis longtemps deux groupes de traditions : 1 S 9 ; 10.1-16 ; 11 d’une part et 1 S 8 ; 10.17-24 ; 12 d’autre part. On a appelé le premier groupe une version « monarchiste » de l’événement et le second, une version « anti-monarchiste »; cette dernière serait postérieure. En fait, les deux traditions sont anciennes et représentent seulement des tendances différentes ; de plus, le second courant n’est pas si « anti-monarchiste » qu’on le dit, il est seulement opposé à une royauté qui ne respecterait pas les droits de Dieu. Les guerres de Saül contre les Philistins sont racontées dans 13-14, avec une première version du rejet de Saül, 13.7b-15a ; une seconde version de ce rejet est donnée dans 15, en liaison avec une guerre contre les Amalécites. Ce rejet prépare l’onction de David par Samuel, 1 S 16.1-13. Sur les débuts de David et ses démêlés avec Saül, des traditions parallèles et, semble-t-il, également anciennes ont été recueillies dans 1 S 16.142 S 1, où les doublets sont fréquents. La fin de cette histoire se trouve dans 2 S 2-5 : la royauté de David à Hébron, la guerre philistine et la prise de Jérusalem assurent la confirmation de David comme roi sur tout Israël, 2 S 5.12. Le chap. 6 reprend l’histoire de l’arche ; la prophétie de Natân, 7, est ancienne mais a été remaniée ; le chap. 8 est un sommaire rédactionnel. À partir de 2 S 9 commence un long récit qui ne s’achèvera qu’au début des Rois, 1 R 1-2. C’est l’histoire de la famille de David et des luttes autour de la succession au trône, écrite dans la première moitié du règne de Salomon peut-être en utilisant des témoignages directs. Elle est interrompue par 2 S 21-24, qui rassemble des pièces d’origine diverse sur le règne de David.

En dehors de la grande histoire de 2 S 9-20, il est possible que d’autres ensembles aient été constitués dès les premiers siècles de la monarchie : un premier cycle de Samuel, deux histoires de Saül et de David. Il se peut aussi que ces ensembles aient déjà été combinés aux environs de l’an 700, mais les livres ne reçurent leur forme définitive que dans la grande histoire deutéronomiste. Cependant l’influence du Deutéronome est ici beaucoup moins apparente que dans Juges et Rois. On la décèle en particulier dans les premiers chapitres de l’ouvrage, notamment 1 S 2.22-36 ; 7 et 12, peut-être dans un remaniement de la prophétie de Natân, 2 S 7, mais le récit de 2 S 9-20 a été conservé à peu près sans retouche.

Les livres de Samuel couvrent la période qui va des origines de la monarchie israélite à la fin du règne de David. L’expansion des Philistins – la bataille d’Apheq, 1 S 4, se situe vers 1050 – mettait en danger l’existence même d’Israël et imposa la monarchie. Saül, vers 1030, débute comme un continuateur des Juges, mais sa reconnaissance par toutes les tribus lui confère une autorité générale et permanente : la royauté est née. La guerre de libération commence et les Philistins sont rejetés chez eux, 1 S 14 ; les rencontres ultérieures se font en bordure du territoire israélite, 1 S 17 (Vallée du Térébinthe), 28 et 31 (Gelboé). Ce dernier combat tourne au désastre et Saül y meurt, vers 1010. L’unité nationale est à nouveau compromise, David est sacré roi à Hébron par les Judéens, et les tribus du Nord lui opposent Ishbaal, descendant de Saül, réfugié en Transjordanie. Cependant, le meurtre d’Ishbaal rend l’union possible et David est reconnu comme roi par Israël.

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