En lisant les Livres de Samuel, on ne peut manquer de remarquer l'attitude attentive et, pourrait-on dire, révérencieuse de David envers le fait de l'onction de Saül, c'est-à-dire de sa bénédiction pour gouverner le peuple de Dieu. Le plus simple serait bien sûr d'y voir la sacralisation traditionnelle, propre à l'ancien Proche-Orient, du souverain, qui...
En lisant les Livres de Samuel, on ne peut manquer de remarquer l'attitude attentive et, pourrait-on dire, révérencieuse de David envers le fait de l'onction de Saül, c'est-à-dire de sa bénédiction pour gouverner le peuple de Dieu. Le plus simple serait bien sûr d'y voir la sacralisation traditionnelle, propre à l'ancien Proche-Orient, du souverain, qui, dans des pays comme l'Égypte ou la Babylonie, par exemple, était honoré comme une personne sacrée particulière, participant au monde des dieux. L'ancien Israël n'a jamais connu une telle sacralisation : nulle part dans la Bible il n'est question d'une « nature sacrée » du pouvoir royal. D'ailleurs, même dans les pays où une telle sacralisation existait, on pouvait parler plutôt du caractère sacré du trône lui-même que des personnes concrètes qui l'occupaient, lesquelles n'étaient honorées comme sacrées que dans la mesure où elles occupaient une place sacrée.
David avait sans doute aussi des considérations d'ordre strictement politique (et il n'était nullement un poète « hors de ce monde », comme on le représente parfois ; il était un homme politique et un guerrier, donc un réaliste pleinement et jusqu'au bout) : s'il s'était décidé à tuer Saül, il aurait trouvé en ses parents de sang, car Saül appartenait à la même tribu que lui, quoique à un autre clan, des vengeurs implacables, et cette inimitié aurait très bien pu durer des siècles. Pourtant, l'affaire ne tient pas à la sacralisation du pouvoir royal, dont Saül rêvait d'ailleurs, ni à la seule opportunité politique. Elle tient à l'attitude même de David envers les desseins de Dieu, dont il n'est sûr que dans la mesure où ils le concernent personnellement. Une seule chose lui était claire : dans la vie de Saül, devenu pour lui, David, un rival, il y avait eu un moment d'intervention directe et immédiate de Dieu, qui, fût-ce pour un très court temps, avait fait de lui, selon le mot du Livre de Samuel, « un autre homme ». Que le contact ait été fugitif, que Saül ne soit devenu autre que pour quelques heures, cet événement détermine désormais pour David son attitude envers Saül comme envers l'oint de Dieu.
David n'est nullement un idéaliste ; il voit parfaitement ce qu'est devenu Saül, ce qu'ont fait de lui la mégalomanie et la manie de persécution. Il comprend qu'à partir du moment où Dieu a touché le coeur de Saül, son destin n'est plus entre des mains humaines. Même si Saül a oublié depuis longtemps ce qui lui est arrivé au moment de l'initiation prophétique, c'est désormais Dieu lui-même qui doit disposer de sa vie et de sa mort, sans l'intervention de David. David attend la décision de Dieu. Quand Saül meurt, il ne se réjouit pas : car la mort de Saül est pour lui moins un triomphe sur son adversaire politique et son ennemi personnel qu'une chance donnée par Dieu et perdue par l'homme. Une chance qu'on ne retrouvera plus. Jamais.
1 a) Autre tradition sur la mort de Saül. Le récit, qui fait suite directement à 1 S 30, est lui-même composite d’après une forme de la tradition, un homme de l’armée vient annoncer la mort de Saül et de Jonathan ; David et le peuple font le deuil, vv. 1-4 et 11-12. D’après l’autre forme, un jeune Amalécite se vante d’avoir tué Saül et rapporte les insignes royaux, espérant une récompense ; il est exécuté sur l’ordre de David, vv. 5-10 et 13-16.
16 b) David s’adresse au mort son sang ne criera pas vengeance (contre David), car il a été justement exécuté, cf. 1 R 2.32.
18 c) La lamentation (v. 19-27) accompagnait sans doute les exercices de tir à l’arc, cf. 22, 35. Le « livre du Juste » est un ancien recueil poétique perdu, également cité en Jos 10.13.
21 d) La nature doit participer à la douleur de David ; l’absence de pluie interdira la fertilité du sol.
25 e) Le poème reprend ici l’expression d’ouverture (v. 19), mais cette fois le nom de Jonathan est prononcé.
Les livres de Samuel ne formaient qu’un seul ouvrage dans la Bible hébraïque. La division en deux livres remonte à la traduction grecque, qui a également joint Samuel et Rois sous un même titre : les quatre livres des Règnes ; la Vulgate les appelle les quatre livres des Rois. Le Samuel hébreu correspond aux deux premiers. Ce titre provient de la tradition qui attribuait au prophète Samuel la composition de cet écrit.
Le texte est l’un des plus mal conservés de l’Ancien Testament. La traduction grecque des Septante donne un texte assez souvent différent, qui remonte à un prototype dont les grottes de Qumrân ont livré d’importants fragments. Il existait donc plusieurs recensions hébraïques des livres de Samuel.
On y distingue cinq parties : a) Samuel, 1 S 1-7 ; b) Samuel et Saül, 1 S 8-15 ; c) Saül et David, 1 S 16 à 2 S 1 ; d) David, 2 S 2-20 ; e) suppléments, 2 S 21-24.
L’ouvrage combine ou juxtapose des sources et des traditions diverses sur les débuts de la période monarchique. Il y a une histoire de l’arche et de sa captivité chez les Philistins, 1 S 4-6, où Samuel ne paraît pas et qui se continuera dans 2 S 6. Elle est encadrée par un récit de l’enfance de Samuel, 1 S 1-3, et par un récit qui présente Samuel comme le dernier des Juges et anticipe la libération du joug philistin, 7. Samuel joue un rôle essentiel dans l’histoire de l’institution de la royauté, 1 S 8-12, où l’on a distingué depuis longtemps deux groupes de traditions : 1 S 9 ; 10.1-16 ; 11 d’une part et 1 S 8 ; 10.17-24 ; 12 d’autre part. On a appelé le premier groupe une version « monarchiste » de l’événement et le second, une version « anti-monarchiste »; cette dernière serait postérieure. En fait, les deux traditions sont anciennes et représentent seulement des tendances différentes ; de plus, le second courant n’est pas si « anti-monarchiste » qu’on le dit, il est seulement opposé à une royauté qui ne respecterait pas les droits de Dieu. Les guerres de Saül contre les Philistins sont racontées dans 13-14, avec une première version du rejet de Saül, 13.7b-15a ; une seconde version de ce rejet est donnée dans 15, en liaison avec une guerre contre les Amalécites. Ce rejet prépare l’onction de David par Samuel, 1 S 16.1-13. Sur les débuts de David et ses démêlés avec Saül, des traditions parallèles et, semble-t-il, également anciennes ont été recueillies dans 1 S 16.14 – 2 S 1, où les doublets sont fréquents. La fin de cette histoire se trouve dans 2 S 2-5 : la royauté de David à Hébron, la guerre philistine et la prise de Jérusalem assurent la confirmation de David comme roi sur tout Israël, 2 S 5.12. Le chap. 6 reprend l’histoire de l’arche ; la prophétie de Natân, 7, est ancienne mais a été remaniée ; le chap. 8 est un sommaire rédactionnel. À partir de 2 S 9 commence un long récit qui ne s’achèvera qu’au début des Rois, 1 R 1-2. C’est l’histoire de la famille de David et des luttes autour de la succession au trône, écrite dans la première moitié du règne de Salomon peut-être en utilisant des témoignages directs. Elle est interrompue par 2 S 21-24, qui rassemble des pièces d’origine diverse sur le règne de David.
En dehors de la grande histoire de 2 S 9-20, il est possible que d’autres ensembles aient été constitués dès les premiers siècles de la monarchie : un premier cycle de Samuel, deux histoires de Saül et de David. Il se peut aussi que ces ensembles aient déjà été combinés aux environs de l’an 700, mais les livres ne reçurent leur forme définitive que dans la grande histoire deutéronomiste. Cependant l’influence du Deutéronome est ici beaucoup moins apparente que dans Juges et Rois. On la décèle en particulier dans les premiers chapitres de l’ouvrage, notamment 1 S 2.22-36 ; 7 et 12, peut-être dans un remaniement de la prophétie de Natân, 2 S 7, mais le récit de 2 S 9-20 a été conservé à peu près sans retouche.
Les livres de Samuel couvrent la période qui va des origines de la monarchie israélite à la fin du règne de David. L’expansion des Philistins – la bataille d’Apheq, 1 S 4, se situe vers 1050 – mettait en danger l’existence même d’Israël et imposa la monarchie. Saül, vers 1030, débute comme un continuateur des Juges, mais sa reconnaissance par toutes les tribus lui confère une autorité générale et permanente : la royauté est née. La guerre de libération commence et les Philistins sont rejetés chez eux, 1 S 14 ; les rencontres ultérieures se font en bordure du territoire israélite, 1 S 17 (Vallée du Térébinthe), 28 et 31 (Gelboé). Ce dernier combat tourne au désastre et Saül y meurt, vers 1010. L’unité nationale est à nouveau compromise, David est sacré roi à Hébron par les Judéens, et les tribus du Nord lui opposent Ishbaal, descendant de Saül, réfugié en Transjordanie. Cependant, le meurtre d’Ishbaal rend l’union possible et David est reconnu comme roi par Israël.