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La Bible en cinq ans pour le 31 janvier 2007

La Bible de Jérusalem (fr)

1 Samuel, Chapitre 28

III. Saül et David> 1 Les Philistins partent en guerre contre Israël., 3 Saül et la sorcière d’En-Dor.
Or, en ce temps-là, les Philistins rassemblèrent leurs troupes pour la guerre afin de combattre Israël, et Akish dit à David : « Sache bien que tu iras à l’armée avec moi, toi et tes hommes. »
David dit à Akish : « Eh bien ! tu sauras toi-même ce que fera ton serviteur. » Alors Akish dit à David : « Eh bien ! Je t’instituerai pour toujours mon garde du corps. »
Samuel était mort, tout Israël avait fait son deuil et on l’avait enseveli à Rama, dans sa ville. Saül avait expulsé du pays les nécromants et les devins.
Les Philistins se rassemblèrent et vinrent camper à Shunem. Saül rassembla tout Israël et ils campèrent à Gelboé.
Lorsque Saül vit le camp philistin, il eut peur et son cœur trembla fort.
Saül consulta Yahvé, mais Yahvé ne lui répondit pas, ni par les songes, ni par les sorts, ni par les prophètes.
Saül dit alors à ses serviteurs : « Cherchez-moi une femme qui pratique la divination pour que j’aille chez elle la consulter. » Ses serviteurs lui répondirent : « Il y a une femme qui pratique la divination à En-Dor. »
Saül se déguisa et endossa d’autres vêtements, puis il partit avec deux hommes et ils arrivèrent de nuit chez la femme. Il lui dit : « Je t’en prie, pratique pour moi la divination et évoque pour moi celui que je te dirai. »
La femme lui dit : « Voyons, tu sais toi-même ce qu’a fait Saül et comment il a supprimé du pays les nécromants et les devins. Pourquoi tends-tu un piège à ma vie pour me faire mourir ? »
10 Alors Saül lui fit ce serment par Yahvé : « Par la vie de Yahvé tu n’encourras aucun blâme pour cette affaire. »
11 La femme demanda : « Qui faut-il évoquer pour toi ? », et il répondit : « Évoque-moi Samuel. »
12 Alors la femme vit Samuel et, poussant un grand cri, elle dit à Saül : « Pourquoi m’as-tu trompée ? Tu es Saül ! »
13 Le roi lui dit : « N’aie pas peur ! Mais que vois-tu ? » Et la femme répondit à Saül : « Je vois un dieu qui monte de la terre. »
14 Saül lui demanda : « Quelle apparence a-t-il ? », et la femme répondit : « C’est un vieillard qui monte, il est drapé dans un manteau. » Alors Saül sut que c’était Samuel et, s’inclinant la face contre terre, il se prosterna.
15 Samuel dit à Saül : « Pourquoi m’astu dérangé en me faisant évoquer ? » Saül dit : « Je suis dans une grande angoisse. Les Philistins me font la guerre et Dieu s’est détourné de moi, il ne me répond plus, ni par les prophètes, ni en songe. Alors je t’ai appelé pour que tu m’indiques ce que je dois faire. »
16 Samuel dit : « Pourquoi me consulter, quand Yahvé s’est détourné de toi et est devenu ton adversaire ?
17 Yahvé a fait pour un autre comme il t’avait dit par mon entremise : il a arraché de ta main la royauté et l’a donnée à ton prochain, David,
18 parce que tu n’as pas écouté la voix de Yahvé, et que tu n’as pas satisfait l’ardeur de sa colère contre Amaleq. C’est pour cela que Yahvé t’a traité de la sorte aujourd’hui.
19 De plus, Yahvé livrera avec toi Israël aux mains des Philistins ; demain, toi et tes fils, vous serez avec moi ; l’armée d’Israël aussi, Yahvé la livrera aux mains des Philistins. »
20 Aussitôt Saül tomba à terre de tout son long. Il était terrifié par les paroles de Samuel ; de plus, il était sans force, n’ayant rien mangé de tout le jour et de toute la nuit.
21 La femme vint à Saül, et, le voyant épouvanté, elle lui dit : « Vois, ta servante t’a obéi, j’ai risqué ma vie et j’ai obéi aux ordres que tu m’avais donnés.
22 Maintenant, je t’en prie, écoute à ton tour la voix de ta servante : laisse-moi te servir un morceau de pain et mange ; ainsi tu auras des forces pour te remettre en route. »
23 Saül refusa : « Je ne mangerai pas », dit-il. Mais ses serviteurs le pressèrent, ainsi que la femme, et il les écouta. Il se leva de terre et s’assit sur le divan.
24 La femme avait chez elle un veau à l’engrais. Vite, elle l’abattit et, prenant de la farine, elle pétrit et fit cuire des pains sans levain.
25 Elle servit Saül et ses gens. Ils mangèrent, puis se levèrent et partirent cette même nuit.
Lire la suite:1 Samuel, Chapitre 29
Notes:
Commentaire sur le fragment en cours
Commentaire sur le livre
Notes sur la partie

2 c) Réponse ambiguë qu’Akish prend pour l’annonce de prouesses guerrières. David compte sur les circonstances pour le dispenser de combattre Israël ; elles le servirent en effet, chap. 29.


3 d) La nécromancie était pratiquée en Israël, 2 R 21.6 ; Isa 8.19, bien qu’elle fût défendue par la Loi, Lv 19.31 ; 20.6, 27 ; Dt 18.11, et ici même, v. 9. Alors que le narrateur semble partager la croyance populaire aux revenants, tout en considérant leur évocation comme illicite, les Pères et les commentateurs se sont préoccupés de donner une explication du fait intervention divine, intervention démoniaque, tromperie de la femme. On peut admettre que la scène se préparait comme les séances de ce genre, avec crédulité de la part de Saül et tromperie de la part de la femme, mais que Dieu permit à l’âme de Samuel de se manifester vraiment (d’où la frayeur de la femme) et d’annoncer l’avenir. Cf. 1 Ch 10.13 (LXX) et Si 46.20. On peut croire, plus simplement, que le narrateur a utilisé cette mise en scène pour exprimer encore une fois le rejet de Saül et son remplacement par David, un leitmotiv de toutes ces histoires, comparer le v. 17 avec 15.28 et la référence à Amaleq au v. 18, mais aussi 13.14 ; 16.1 ; 23.17 ; 24.21 ; 25.30.


4 e) Dans la plaine de Yizréel. Le mont Gelboé ferme cette plaine au sud de Shunem. En-Dor est au pied du Tabor et au nord de Shunem. Saül, pour s’y rendre, devra donc contourner le camp philistin.


12 f) La femme connaît les rapports que Samuel a eus avec Saül. Si, à son grand effroi, le prophète défunt se manifeste, c’est que le consultant est le roi d’Israël.


13 g) En hébreu un « élohim », un être surhumain, cf. Gn 3.5 ; Ps 8.6. Seulement ici appliqué aux morts.


13 h) Il monte du shéol, le séjour souterrain des morts, cf. Nb 16.33.


19 i) Au shéol, séjour commun de tous les morts, bons ou méchants, cf. Nb 16.33.


Les livres de Samuel ne formaient qu’un seul ouvrage dans la Bible hébraïque. La division en deux livres remonte à la traduction grecque, qui a également joint Samuel et Rois sous un même titre : les quatre livres des Règnes ; la Vulgate les appelle les quatre livres des Rois. Le Samuel hébreu correspond aux deux premiers. Ce titre provient de la tradition qui attribuait au prophète Samuel la composition de cet écrit.

Le texte est l’un des plus mal conservés de l’Ancien Testament. La traduction grecque des Septante donne un texte assez souvent différent, qui remonte à un prototype dont les grottes de Qumrân ont livré d’importants fragments. Il existait donc plusieurs recensions hébraïques des livres de Samuel.

On y distingue cinq parties : a) Samuel, 1 S 1-7 ; b) Samuel et Saül, 1 S 8-15 ; c) Saül et David, 1 S 16 à 2 S 1 ; d) David, 2 S 2-20 ; e) suppléments, 2 S 21-24.

L’ouvrage combine ou juxtapose des sources et des traditions diverses sur les débuts de la période monarchique. Il y a une histoire de l’arche et de sa captivité chez les Philistins, 1 S 4-6, où Samuel ne paraît pas et qui se continuera dans 2 S 6. Elle est encadrée par un récit de l’enfance de Samuel, 1 S 1-3, et par un récit qui présente Samuel comme le dernier des Juges et anticipe la libération du joug philistin, 7. Samuel joue un rôle essentiel dans l’histoire de l’institution de la royauté, 1 S 8-12, où l’on a distingué depuis longtemps deux groupes de traditions : 1 S 9 ; 10.1-16 ; 11 d’une part et 1 S 8 ; 10.17-24 ; 12 d’autre part. On a appelé le premier groupe une version « monarchiste » de l’événement et le second, une version « anti-monarchiste »; cette dernière serait postérieure. En fait, les deux traditions sont anciennes et représentent seulement des tendances différentes ; de plus, le second courant n’est pas si « anti-monarchiste » qu’on le dit, il est seulement opposé à une royauté qui ne respecterait pas les droits de Dieu. Les guerres de Saül contre les Philistins sont racontées dans 13-14, avec une première version du rejet de Saül, 13.7b-15a ; une seconde version de ce rejet est donnée dans 15, en liaison avec une guerre contre les Amalécites. Ce rejet prépare l’onction de David par Samuel, 1 S 16.1-13. Sur les débuts de David et ses démêlés avec Saül, des traditions parallèles et, semble-t-il, également anciennes ont été recueillies dans 1 S 16.142 S 1, où les doublets sont fréquents. La fin de cette histoire se trouve dans 2 S 2-5 : la royauté de David à Hébron, la guerre philistine et la prise de Jérusalem assurent la confirmation de David comme roi sur tout Israël, 2 S 5.12. Le chap. 6 reprend l’histoire de l’arche ; la prophétie de Natân, 7, est ancienne mais a été remaniée ; le chap. 8 est un sommaire rédactionnel. À partir de 2 S 9 commence un long récit qui ne s’achèvera qu’au début des Rois, 1 R 1-2. C’est l’histoire de la famille de David et des luttes autour de la succession au trône, écrite dans la première moitié du règne de Salomon peut-être en utilisant des témoignages directs. Elle est interrompue par 2 S 21-24, qui rassemble des pièces d’origine diverse sur le règne de David.

En dehors de la grande histoire de 2 S 9-20, il est possible que d’autres ensembles aient été constitués dès les premiers siècles de la monarchie : un premier cycle de Samuel, deux histoires de Saül et de David. Il se peut aussi que ces ensembles aient déjà été combinés aux environs de l’an 700, mais les livres ne reçurent leur forme définitive que dans la grande histoire deutéronomiste. Cependant l’influence du Deutéronome est ici beaucoup moins apparente que dans Juges et Rois. On la décèle en particulier dans les premiers chapitres de l’ouvrage, notamment 1 S 2.22-36 ; 7 et 12, peut-être dans un remaniement de la prophétie de Natân, 2 S 7, mais le récit de 2 S 9-20 a été conservé à peu près sans retouche.

Les livres de Samuel couvrent la période qui va des origines de la monarchie israélite à la fin du règne de David. L’expansion des Philistins – la bataille d’Apheq, 1 S 4, se situe vers 1050 – mettait en danger l’existence même d’Israël et imposa la monarchie. Saül, vers 1030, débute comme un continuateur des Juges, mais sa reconnaissance par toutes les tribus lui confère une autorité générale et permanente : la royauté est née. La guerre de libération commence et les Philistins sont rejetés chez eux, 1 S 14 ; les rencontres ultérieures se font en bordure du territoire israélite, 1 S 17 (Vallée du Térébinthe), 28 et 31 (Gelboé). Ce dernier combat tourne au désastre et Saül y meurt, vers 1010. L’unité nationale est à nouveau compromise, David est sacré roi à Hébron par les Judéens, et les tribus du Nord lui opposent Ishbaal, descendant de Saül, réfugié en Transjordanie. Cependant, le meurtre d’Ishbaal rend l’union possible et David est reconnu comme roi par Israël.

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