Bible-Centre

La Bible en cinq ans pour le 23 janvier 2007

La Bible de Jérusalem (fr)

1 Samuel, Chapitre 21,  vers 2-16

III. Saül et David> 2 L’arrêt à Nob., 11 David chez Akish.
2 David arriva à Nob chez le prêtre Ahimélek. Celui-ci vint en tremblant au-devant de David et lui demanda : « Pourquoi es-tu seul et n’y a-t-il personne avec toi ? »
3 David dit au prêtre Ahimélek : « Le roi m’a donné un ordre et m’a dit : « Que personne ne sache rien de la mission pour laquelle je t’envoie et que je t’ai commandée ! » Quant aux jeunes gens je leur ai donné rendez-vous à tel endroit.
4 Maintenant, si tu as sous la main cinq pains, donne-les-moi, ou ce qui se trouvera. »
5 Le prêtre répondit à David : « Je n’ai pas de pain ordinaire sous la main, il n’y a que du pain consacré — pourvu que les jeunes gens se soient gardés de rapports avec les femmes. »
6 David répondit au prêtre : « Bien sûr, les femmes nous ont été interdites, comme toujours quand je pars en campagne, et les choses des hommes sont en état de sainteté. C’est un voyage profane, mais vraiment aujourd’hui ils sont en état de sainteté quant à la chose. »
7 Alors le prêtre lui donna ce qui avait été consacré, car il n’y avait pas d’autre pain que les pains d’oblation, ceux qu’on retire de devant Yahvé pour les remplacer par du pain chaud le jour où on les reprend.
8 Or, ce jour même, se trouvait là un des serviteurs de Saül, retenu devant Yahvé ; il se nommait Doëg l’Édomite et il était le chef des bergers de Saül.
9 David dit à Ahimélek : « N’y a-t-il pas ici sous ta main une lance ou une épée ? Je n’ai pris avec moi ni mon épée ni mes armes, tant l’affaire du roi était urgente. »
10 Le prêtre répondit : « L’épée de Goliath le Philistin, que tu as abattu dans la vallée du Térébinthe, est là, enveloppée dans un manteau derrière l’éphod. Si tu veux la prendre, prends-la, il n’y en a pas d’autre ici. » David répondit : « Elle n’a pas sa pareille, donne-la-moi. »
11 David se leva et s’enfuit ce jour-là loin de Saül et il arriva chez Akish, roi de Gat.
12 Mais les serviteurs d’Akish dirent à celui-ci : « N’est-ce pas là David, le roi du pays ? N’est-ce pas pour celui-là qu’on chantait dans les danses :« Saül a tué ses milliers,
et David ses myriades » ? »
13 David réfléchit sur ces paroles et il eut très peur d’Akish, roi de Gat.
14 Alors, il fit l’insensé sous leurs yeux et il divagua entre leurs mains ; il traçait des signes sur les battants de la porte et laissait sa salive couler sur sa barbe.
15 Akish dit à ses serviteurs : « Vous voyez bien que c’est un fou ! Pourquoi me l’amenez-vous ?
16 Est-ce que je manque de fous, que vous m’ameniez celui-ci pour faire le fou auprès de moi ? Va-t-il entrer dans ma maison ? »
Lire la suite:1 Samuel, Chapitre 22
Notes:
Commentaire sur le fragment en cours
Commentaire sur le livre
Notes sur la partie

2 j) Sur la pente orientale du mont Scopus, à l’est de Jérusalem, qui était encore aux mains des Cananéens et que l’on contournait pour aller de Benjamin en Juda. L’épisode prépare 22.9-23.


2 k) Fils d’Ahitouv (22.9) et descendant du prêtre Éli de Silo (14.3), on doit le distinguer d’Ahiyya (14.3) qui est sans doute son frère. Le sacerdoce de Silo s’était réfugié à Nob après le désastre du chap. 4.


5 l) Les pains d’oblation. Ils étaient réservés aux prêtres, Lv 24.5-9. Au temps de David, une dérogation à cette loi était possible. Mais il fallait être rituellement pur.


6 m) Verset difficile. Nous comprenons bien que ce soit un voyage profane, les hommes se sont comportés comme pour une expédition militaire, où la continence était une règle religieuse, leur « choses » peut, par euphémisme, désigner le membre viril.


8 n) Ceci prépare 22.9-10 et 18.


10 o) Cet éphod de Nob reparaîtra en 23.6, 9 et est supposé par 23.10, 13, 15. C’est encore l’éphod divinatoire, cf. 2.28, qui était donc un objet assez grand, cf. Jg 8.26. L’épée de Goliath est gardée derrière l’éphod, comme un trophée, cf. 31.10.


11 p) Tradition indépendante sur la fuite de David, qui anticipe le récit du chap. 27 et souligne d’un trait humoristique l’habileté de David.


Les livres de Samuel ne formaient qu’un seul ouvrage dans la Bible hébraïque. La division en deux livres remonte à la traduction grecque, qui a également joint Samuel et Rois sous un même titre : les quatre livres des Règnes ; la Vulgate les appelle les quatre livres des Rois. Le Samuel hébreu correspond aux deux premiers. Ce titre provient de la tradition qui attribuait au prophète Samuel la composition de cet écrit.

Le texte est l’un des plus mal conservés de l’Ancien Testament. La traduction grecque des Septante donne un texte assez souvent différent, qui remonte à un prototype dont les grottes de Qumrân ont livré d’importants fragments. Il existait donc plusieurs recensions hébraïques des livres de Samuel.

On y distingue cinq parties : a) Samuel, 1 S 1-7 ; b) Samuel et Saül, 1 S 8-15 ; c) Saül et David, 1 S 16 à 2 S 1 ; d) David, 2 S 2-20 ; e) suppléments, 2 S 21-24.

L’ouvrage combine ou juxtapose des sources et des traditions diverses sur les débuts de la période monarchique. Il y a une histoire de l’arche et de sa captivité chez les Philistins, 1 S 4-6, où Samuel ne paraît pas et qui se continuera dans 2 S 6. Elle est encadrée par un récit de l’enfance de Samuel, 1 S 1-3, et par un récit qui présente Samuel comme le dernier des Juges et anticipe la libération du joug philistin, 7. Samuel joue un rôle essentiel dans l’histoire de l’institution de la royauté, 1 S 8-12, où l’on a distingué depuis longtemps deux groupes de traditions : 1 S 9 ; 10.1-16 ; 11 d’une part et 1 S 8 ; 10.17-24 ; 12 d’autre part. On a appelé le premier groupe une version « monarchiste » de l’événement et le second, une version « anti-monarchiste »; cette dernière serait postérieure. En fait, les deux traditions sont anciennes et représentent seulement des tendances différentes ; de plus, le second courant n’est pas si « anti-monarchiste » qu’on le dit, il est seulement opposé à une royauté qui ne respecterait pas les droits de Dieu. Les guerres de Saül contre les Philistins sont racontées dans 13-14, avec une première version du rejet de Saül, 13.7b-15a ; une seconde version de ce rejet est donnée dans 15, en liaison avec une guerre contre les Amalécites. Ce rejet prépare l’onction de David par Samuel, 1 S 16.1-13. Sur les débuts de David et ses démêlés avec Saül, des traditions parallèles et, semble-t-il, également anciennes ont été recueillies dans 1 S 16.14 – 2 S 1, où les doublets sont fréquents. La fin de cette histoire se trouve dans 2 S 2-5 : la royauté de David à Hébron, la guerre philistine et la prise de Jérusalem assurent la confirmation de David comme roi sur tout Israël, 2 S 5.12. Le chap. 6 reprend l’histoire de l’arche ; la prophétie de Natân, 7, est ancienne mais a été remaniée ; le chap. 8 est un sommaire rédactionnel. À partir de 2 S 9 commence un long récit qui ne s’achèvera qu’au début des Rois, 1 R 1-2. C’est l’histoire de la famille de David et des luttes autour de la succession au trône, écrite dans la première moitié du règne de Salomon peut-être en utilisant des témoignages directs. Elle est interrompue par 2 S 21-24, qui rassemble des pièces d’origine diverse sur le règne de David.

En dehors de la grande histoire de 2 S 9-20, il est possible que d’autres ensembles aient été constitués dès les premiers siècles de la monarchie : un premier cycle de Samuel, deux histoires de Saül et de David. Il se peut aussi que ces ensembles aient déjà été combinés aux environs de l’an 700, mais les livres ne reçurent leur forme définitive que dans la grande histoire deutéronomiste. Cependant l’influence du Deutéronome est ici beaucoup moins apparente que dans Juges et Rois. On la décèle en particulier dans les premiers chapitres de l’ouvrage, notamment 1 S 2.22-36 ; 7 et 12, peut-être dans un remaniement de la prophétie de Natân, 2 S 7, mais le récit de 2 S 9-20 a été conservé à peu près sans retouche.

Les livres de Samuel couvrent la période qui va des origines de la monarchie israélite à la fin du règne de David. L’expansion des Philistins – la bataille d’Apheq, 1 S 4, se situe vers 1050 – mettait en danger l’existence même d’Israël et imposa la monarchie. Saül, vers 1030, débute comme un continuateur des Juges, mais sa reconnaissance par toutes les tribus lui confère une autorité générale et permanente : la royauté est née. La guerre de libération commence et les Philistins sont rejetés chez eux, 1 S 14 ; les rencontres ultérieures se font en bordure du territoire israélite, 1 S 17 (Vallée du Térébinthe), 28 et 31 (Gelboé). Ce dernier combat tourne au désastre et Saül y meurt, vers 1010. L’unité nationale est à nouveau compromise, David est sacré roi à Hébron par les Judéens, et les tribus du Nord lui opposent Ishbaal, descendant de Saül, réfugié en Transjordanie. Cependant, le meurtre d’Ishbaal rend l’union possible et David est reconnu comme roi par Israël.

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