Bible-Centre

La Bible en cinq ans pour le 22 décembre 2006

La Bible de Jérusalem (fr)

Juges, Chapitre 20,  vers 24-48

D. LA ROYAUTÉ D’ABIMÉLEK> 14 Premiers combats., 29 Défaite de Benjamin.
24 Le second jour les Israélites s’approchèrent donc des Benjaminites,
25 mais, en cette seconde journée, Benjamin sortit de Gibéa à leur rencontre et il massacra encore dix-huit mille hommes des Israélites ; c’étaient tous des guerriers sachant tirer l’épée.
26 Alors tous les Israélites et tout le peuple s’en vinrent à Béthel, ils pleurèrent, ils s’assirent là devant Yahvé, ils jeûnèrent toute la journée jusqu’au soir et ils offrirent des holocaustes et des sacrifices de communion devant Yahvé ;
27 puis les Israélites consultèrent Yahvé. — L’arche de l’alliance de Dieu se trouvait alors en cet endroit
28 et Pinhas, fils d’Éléazar, fils d’Aaron, en ce temps-là, la desservait. — Ils dirent : « Dois-je sortir encore pour combattre les fils de Benjamin mon frère, ou bien dois-je cesser ? » Et Yahvé répondit : « Marchez, car demain, je le livrerai entre vos mains. »
29 Alors Israël plaça des troupes en embuscade tout autour de Gibéa.
30 Le troisième jour, les Israélites marchèrent contre les Benjaminites, et comme les autres fois, ils se rangèrent en bataille en face de Gibéa.
31 Les Benjaminites sortirent à la rencontre du peuple et se laissèrent attirer loin de la ville. Ils commencèrent comme les autres fois à tuer du monde parmi le peuple, sur les chemins qui montent, l’un à Béthel et l’autre à Gibéa par la campagne : une trentaine d’hommes d’Israël.
32 Les Benjaminites se dirent : « Les voilà battus devant nous comme la première fois », mais les Israélites s’étaient dit : « Nous allons fuir et nous les attirerons loin de la ville sur les chemins. »
33 Alors tous les hommes d’Israël quittèrent leur position et se rangèrent à Baal-Tamar, tandis que l’embuscade d’Israël surgit de sa position sur le point faible de Géba.
34 Dix mille hommes d’élite, choisis dans tout Israël, parvinrent en face de Gibéa ; le combat était acharné et les autres ne se doutaient pas du malheur qui les frappait.
35 Yahvé battit Benjamin devant Israël et, en ce jour, les Israélites tuèrent à Benjamin vingt-cinq mille hommes, tous sachant tirer l’épée.
36 Les Benjaminites virent qu’ils étaient battus. — Les hommes d’Israël cédèrent du terrain à Benjamin parce qu’ils comptaient sur l’embuscade qu’ils avaient placée contre Gibéa.
37 Ceux de l’embuscade se hâtèrent de s’élancer contre Gibéa ; ils se déployèrent et passèrent toute la ville au fil de l’épée.
38 Or il y avait cette convention entre les hommes d’Israël et ceux de l’embuscade : ceux-ci devaient, en guise de signal, faire monter de la ville une fumée ;
39 alors les hommes d’Israël engagés dans le combat firent volte-face. Benjamin commença par tuer du monde aux Israélites, une trentaine d’hommes. « Certainement les voilà encore battus devant nous, se disaitil, comme dans le premier combat. »
40 Mais le signal, une colonne de fumée, commença à s’élever de la ville, et Benjamin, se retournant, aperçut que la ville tout entière montait en feu vers le ciel.
41 Les hommes d’Israël firent alors volte-face et les hommes de Benjamin furent dans l’épouvante, car ils voyaient que le malheur les avait frappés.
42 Ils s’enfuirent devant les hommes d’Israël en direction du désert, mais la bataille les talonnait et ceux qui venaient de la ville les massacrèrent en les prenant à revers.
43 Ils cernèrent Benjamin, le poursuivirent sans répit et l’écrasèrent en face de Gibéa, du côté du soleil levant.
44 De Benjamin, dix-huit mille hommes tombèrent, tous hommes vaillants. —
45 Alors ils tournèrent le dos et s’enfuirent au désert, vers le Rocher de Rimmôn. Sur les chemins, on ramassa cinq mille hommes, puis on poursuivit Benjamin jusqu’à le retrancher, et on lui tua deux mille hommes.
46 En Benjamin, le nombre total de ceux qui tombèrent ce jour-là fut de vingt-cinq mille hommes sachant tirer l’épée, et c’étaient tous des hommes vaillants.
47 Six cents hommes tournèrent le dos et s’enfuirent au désert, vers le rocher de Rimmôn. Ils y restèrent quatre mois.
48 Les hommes d’Israël revinrent vers les Benjaminites, ils passèrent au fil de l’épée la population mâle de la ville, et même le bétail et tout ce qu’ils trouvaient. Ils mirent aussi le feu à toutes les villes qu’ils rencontrèrent.
Lire la suite:Juges, Chapitre 21
Notes:
Commentaire sur le fragment en cours
Commentaire sur le livre
Notes sur la partie

28 t) Les deux premières tentatives avaient également été faites sur l’ordre de Yahvé, vv. 18, 23, mais c’est seulement à la troisième consultation que Dieu promet la victoire. Dans le parallèle de Jos 7, l’échec est expliqué par une violation de l’anathème. Aucune raison n’est donnée ici.


29 u) Dans toute la fin du chap., les deux récits sont maladroitement combinés, comme l’indiquent les incohérences du texte.


31 v) L’accrochage a lieu entre Béthel, d’où viennent les Israélites, et Gibéa, d’où sont sortis les Benjaminites.


36 w) La suite du v. 36a est à chercher au v. 47, mais les vv. 36-46 n’offrent pourtant pas un récit d’une seule venue.


39 x) Cette volte-face, liée au signal, anticipe le récit qui va suivre, cf. v. 41. Il s’agit donc de la volte-face des Israélites qui cessent de fuir et se retournent contre les Benjaminites.


42 y) Ceux qui viennent des villes semblent être les Benjaminites mentionnés en 20.14-15.


43 z) L’hébr. a lu Gibéa, mais il faut sans doute lire Géba.


45 a) L’hébr. a lu ici un nom de lieu, Gidéôm, mais on peut y voir le verbe utilisé en 21.6.


48 b) Littéralement « de la ville habitée ».


L’histoire des Juges est racontée dans la partie centrale, 2.6 – 16 31. Les modernes distinguent six « grands » juges, Otniel, Éhud, Baraq (et Débora), Gédéon, Jephté, Samson, dont les actions sont racontées d’une manière plus ou moins détaillée, et six « petits » juges, Shamgar, 3.31, Tola et Yaïr, 10.1-5, Ibçân, Élôn et Abdôn, 12.8-15, qui font seulement l’objet de brèves mentions. Mais cette distinction n’est pas faite dans le texte, il y a une différence beaucoup plus profonde entre les deux groupes et le titre commun de « juges » qui leur est donné est le résultat de la composition du livre, qui a joint des éléments d’abord étrangers entre eux. Les « grands juges » sont des héros libérateurs ; leur origine, leur caractère, leurs actions varient beaucoup, mais ils ont un trait commun : ils ont reçu une grâce spéciale, un charisme, ils ont été spécialement choisis par Dieu pour une mission de salut. Leurs histoires ont d’abord été racontées oralement, sous différentes formes, et elles se sont accrues d’éléments divers. Elles ont finalement été réunies dans un « livre des libérateurs », composé dans le royaume du Nord dans la première partie de l’époque monarchique. Il comprenait l’histoire d’Éhud, celle de Baraq et de Débora, peut-être déjà contaminée par le récit de Jos 11, concernant Yabîn de Haçor, l’histoire de Gédéon/Yerubbaal, à quoi l’on attacha l’épisode de la royauté d’Abimélek, l’histoire de Jephté augmentée de celle de sa fille. On recueillit deux vieilles pièces poétiques, le Cantique de Débora, 5, qui double le récit en prose, 4, et l’apologue de Yotam, 9.7-15, dirigé contre la royauté d’Abimélek. Dans ce livre, les héros de certaines tribus devenaient des figures nationales qui avaient mené les guerres de Yahvé pour tout Israël. Les « petits juges », Tola, Yaïr, Ibçan, Élôn, Abdôn, viennent d’une tradition différente. On ne leur attribue aucun acte sauveur, on donne seulement des informations sur leur origine, leur famille et le lieu de leur sépulture, et l’on dit qu’ils ont « jugé » Israël pendant un nombre précis et variable d’années. D’après les emplois du verbe shâphât, « juger », dans les langues sémitiques de l’Ouest apparentées à l’hébreu, à Mari au XVIIIe siècle av. J.-C., et à Ugarit au XIIIe siècle, jusque dans les textes phéniciens et puniques de l’époque gréco-romaine (les « suffètes » de Carthage), ces « juges » ne rendaient pas seulement la justice, ils gouvernaient. Leur autorité ne s’étendait pas au-delà de leur ville ou de leur district. Ce fut une institution politique intermédiaire entre le régime tribal et le régime monarchique. Les premiers rédacteurs deutéronomistes possédaient des renseignements authentiques sur ces juges, mais ils ont étendu leur pouvoir à tout Israël et les ont mis en succession chronologique. Ils ont transféré leur titre aux héros du « livre des libérateurs », qui sont ainsi devenus des « juges d’Israël ». Jephté servit de trait d’union entre les deux groupes : il avait été un libérateur mais il avait aussi été un juge : on connaissait et on donne à son propos les mêmes informations, 11.1-2 ; 12.7, que pour les « petits juges » au milieu desquels son histoire est insérée. On assimila aussi une figure qui n’avait primitivement rien à faire avec aucun des deux groupes : le singulier héros danite Samson, qui n’avait été ni un libérateur ni un juge mais dont on racontait en Juda les prouesses contre les Philistins, 13-16. On ajouta à la liste Otniel, 3.7-11, qui appartient à l’époque de la conquête, cf. Jos 15.16-19 ; 1.12-15, et, plus tard, Shamgar, 3.31, qui n’est même pas un Israélite, cf. Jg 5.6 ; on obtenait ainsi le chiffre de douze, symbolique de tout Israël. C’est également la rédaction deutéronomiste qui a donné au livre son cadre chronologique : retenant les informations authentiques sur les « petits juges », elle a ponctué les récits par des indications conventionnelles, où reviennent les chiffres de 40, durée d’une génération, ou de son multiple 80, ou de sa moitié 20, dans un effort pour obtenir un total qui, combiné avec d’autres données de la Bible, corresponde aux 480 ans que l’histoire deutéronomiste met entre la sortie d’Égypte et la construction du Temple, 1 R 6.1. Dans ce cadre, les histoires des Juges remplissent sans laisser de lacunes la période qui s’est écoulée entre la mort de Josué et le début du ministère de Samuel. Mais les rédacteurs deutéronomistes ont surtout donné au livre son sens religieux. Celui-ci s’exprime dans l’introduction générale de 2.6 – 3.6 et dans l’introduction particulière à l’histoire de Jephté, 10.6-16, ainsi que dans les formules rédactionnelles qui remplissent presque toute l’histoire d’Otniel, qui est une composition deutéronomiste, et qui encadrent les grandes histoires suivantes : les Israélites ont été infidèles à Yahvé et il les a livrés à des oppresseurs, les Israélites ont invoqué Yahvé et celui-ci leur a envoyé un sauveur, le juge. Mais les infidélités reprennent, et la série recommence. Ce livre deutéronomiste des Juges eut au moins deux éditions. Les indices les plus clairs sont : les deux éléments qui s’additionnent dans l’introduction, 2.11-19 et 2.6-10 + 2.20-3 6, et les deux conclusions à l’histoire de Samson, 15.20 et 16.30, qui signifient que le chap. 16 est une addition.

Ce livre ne contenait pas encore les appendices, 17-21. Ceux-ci ne racontent pas l’histoire d’un juge, mais ils rapportent des événements qui se sont passés avant l’institution de la monarchie, et c’est pourquoi ils ont été ajoutés à la fin du livre après le retour de l’Exil. Ils reproduisent d’anciennes traditions et ils ont eu une longue histoire littéraire ou prélittéraire avant d’être insérés ici. Les chap. 17-18 ont pour origine une tradition danite sur la migration de la tribu et la fondation du sanctuaire de Dan, qui a été transformée dans un sens péjoratif. Les chap. 19-21 Combinent deux traditions des sanctuaires de Miçpa et de Béthel, qui furent étendues à tout Israël ; peut-être d’origine benjaminite, ces traditions furent révisées en Juda dans un sens hostile à la royauté de Saül à Gibéa.

Le livre est à peu près notre seule source pour la connaissance de l’époque des Juges. Il ne permet pas d’en écrire une histoire suivie. La chronologie qu’il donne est artificielle, nous l’avons dit. Elle additionne des périodes qui ont pu se chevaucher dans le temps, les oppressions comme les libérations n’affectant jamais qu’une partie du territoire, et l’époque des Juges ne s’est pas étendue sur plus d’un siècle et demi.

Les principaux événements dont le souvenir nous est conservé ne peuvent être datés qu’approximativement à l’intérieur de cette période. La victoire de Tanak sous Débora et Baraq, 4-5, peut avoir été remportée vers le milieu du XIIe siècle, elle est antérieure à l’invasion madianite (Gédéon) et à l’expansion des Philistins hors de leur territoire propre (Samson). Il ressort surtout que, pendant cette période troublée, les Israélites n’eurent pas seulement à lutter contre les Cananéens premiers possesseurs du pays, ainsi ceux de la plaine de Yizréel battus par Débora et Baraq, mais contre les peuples voisins, Moabites (Éhud), Ammonites (Jephté), Madianites (Gédéon), et contre les Philistins nouvellement arrivés (Samson). Dans ces dangers, chaque groupe défend son territoire. Il arrive qu’on s’unisse aux groupes voisins, 7.23, ou inversement qu’une tribu puissante proteste parce qu’elle n’a pas été invitée à partager le butin, 8.1-3 ; 12.1-6. Le Cantique de Débora, 5, stigmatise les tribus qui n’ont pas répondu à l’appel et, chose remarquable, Juda et Siméon ne sont même pas nommés.

Ces deux tribus vivaient au Sud, séparées par la barrière formée par les villes non israélites de Gézer et de Jérusalem, et leur isolement prépare leur rupture avec les tribus du Nord, rupture qui surviendra après la mort de Salomon. En revanche, la victoire de Tanak, en donnant aux Israélites la plaine de Yizréel, permet l’union de la Maison de Joseph et des tribus du Nord. Cependant l’unité entre les différentes fractions était assurée par la participation à la même foi religieuse : tous les Juges furent des Yahvistes convaincus et le sanctuaire de l’arche à Silo devint un centre où tous les groupes se retrouvaient. De plus, ces luttes ont forgé l’âme nationale et préparé le moment où, devant un danger général, tous s’uniront contre l’ennemi commun, sous Samuel.

Le livre enseignait aux Israélites que l’oppression est un châtiment de l’impiété et que la victoire est une conséquence du retour à Dieu. L’Ecclésiastique loue les Juges pour leur fidélité, Sir 46.11-12, l’épître aux Hébreux présente leurs succès comme la récompense de leur foi ; ils font partie de cette « nuée de témoins » qui encouragent le chrétien à rejeter le péché et à courir avec endurance l’épreuve qui lui est proposée, He 11.32-34 ; 12.1.

Réduire

Après votre inscription, vous pourrez vous abonner à l’envoi des textes de n’importe quel plan de lecture de la Bible.

Nous prévoyons d’ajouter progressivement des paramètres personnalisés ainsi que d’autres services pour les utilisateurs inscrits. Nous vous conseillons donc de vous inscrire dès maintenant. C’est gratuit.