S'adressant par une épître à son disciple Timothée, Paul lui rappelle le don de Dieu qu'il a reçu pendant la prière avec imposition des mains, et qu'il lui faudra maintenant constamment renouveler en lui...
S'adressant par une épître à son disciple Timothée, Paul lui rappelle le don de Dieu qu'il a reçu pendant la prière avec imposition des mains, et qu'il lui faudra maintenant constamment renouveler en lui. Il apparaît que, pendant cette prière, Timothée a vécu une sorte d'initiation spirituelle, ce renouvellement de la vie, intérieure et extérieure, qui fait réellement de l'homme quelqu'un d'autre, un homme nouveau, en lui ouvrant une vie nouvelle et de nouvelles possibilités. Mais de telles actions ne sont jamais uniques. Le changement de l'homme est un processus long et graduel ; une seule rencontre avec Dieu, une seule effusion du souffle de Dieu, même forte et lumineuse, ne suffit pratiquement jamais. Une telle effusion peut lancer le processus des changements spirituels, mais par la suite l'homme devra aussi travailler lui-même, et avant tout il devra prendre conscience de ce qui lui est arrivé, de cette nouveauté entrée dans sa vie, des nouvelles possibilités que Dieu lui a ouvertes et des nouvelles tâches qu'il a placées devant lui. C'est ce travail que l'apôtre rappelle à son disciple.
En même temps, Paul décrit l'esprit que Timothée a reçu, et avant lui Paul lui-même, comme un esprit de « force, d'amour et de maîtrise de soi », et non de peur ou de timidité (« crainte »). Au centre, comme on le voit, se trouve l'amour, accompagné de la « force » et de la « maîtrise de soi ». La « force » mentionnée par l'apôtre est cette énergie de Dieu qui soutient l'être de l'univers depuis le commencement de son existence et qui peut se manifester d'une manière particulière là où Dieu veut marquer d'une manière particulière sa présence. Grâce à elle, les miracles de Dieu ne demeurent pas des phénomènes purement spirituels, recevant la possibilité d'agir aussi sur les processus naturels qui se déroulent dans le monde. Par « maîtrise de soi » (ou, plus précisément, par le mot grec correspondant), Paul entend non pas simplement l'« innocence » au sens sexuel où on l'entend aujourd'hui, mais l'intégrité intérieure de l'homme à tous ses niveaux : intégrité de la volonté, intégrité de la vie intérieure, et enfin intégrité de la vie extérieure, sans laquelle l'homme n'est pas entier.
Une telle intégrité fait de l'homme le porteur de la force de Dieu, qui autrement ne se manifestera pas en lui. Mais au centre, il n'y a ni la force ni l'intégrité ; au centre se trouve cet amour dont le Royaume est pénétré et qui, là, dans le Royaume, est le milieu de toutes les relations qui y existent, y compris les principales : les relations entre le Père et le Fils, grâce auxquelles le Royaume existe. C'est à l'intérieur et dans le contexte des relations du Père avec le Fils, à l'intérieur du Royaume, que sont possibles aussi bien l'intégrité que toutes les manifestations de la force de Dieu. Mais le souffle de Dieu, le souffle du Royaume, ne peut exister dans l'homme que dans un processus de renouvellement constant : le souffle, en effet, ne peut être arrêté ; il n'existe que dans le mouvement. C'est de ces réalités fondamentales de la vie chrétienne que l'apôtre rappelle à son disciple.
5 a) Ce verset complète heureusement Ac 16.1. Nous n’avons pas dans le NT beaucoup de témoignages sur les bienfaits de l’éducation de la foi au sein d’une famille croyante. Cf. 3.14-15.
6 b) Le « charisme » a été reçu, 1 Tm 4.14, et Timothée doit le raviver grâce au secours de l’Esprit.
9 c) Le mot désigne d’abord l’appel des chrétiens au salut, cf. Rm 1.6-7 ; 8.28 ; 1 Co 1.2, 24 ; Col 3.15 ; Ep 1.18 ; 4.4 ; Ph 3.14, etc., et ensuite, par métonymie, l’état (vocation) auquel les chrétiens sont appelés. Les deux sens sont également possibles ici.
10 d) Le mot, cf. 1 Tm 6.14, désigne ici le ministère de Jésus.
11 e) Add. (Vulg.) « des païens ».
12 f) Il est en prison, v. 8, à Rome, v. 17.
12 g) Le contexte fait penser à la doctrine chrétienne conservée intacte, 1 Tm 6.20, plutôt qu’aux bonnes œuvres de Paul, 4.7-8 ; 1 Tm 6.19.
18 h) Chacun des deux « Seigneurs » peut être entendu soit du Père, soit du Fils.
Les lettres à Timothée et à Tite sont adressées à deux des plus fidèles disciples de Paul, Ac 16.14 ; 2 Co 2.13. Elles donnent des directives pour l’organisation et la conduite des communautés qui leur ont été confiées. C’est pourquoi l’on a coutume, depuis le XVIIIe siècle, de les appeler « pastorales ». Par rapport aux autres lettres de Paul, celles-ci présentent des divergences significatives. On note par exemple une différence considérable dans le vocabulaire. Nombre de mots fréquents dans les autres épîtres ont disparu ici et on trouve une forte proportion de mots qui n’apparaissent nulle part ailleurs. Le style n’est plus passionné et enthousiaste mais terne et bureaucratique. La façon d’aborder les problèmes a changé. Paul se contente de condamner les faux enseignements au lieu de s’y opposer en argumentant de manière persuasive. Enfin on a du mal à situer ces lettres dans le cours de la vie de Paul, tel que les Actes nous le font connaître. On comprendra donc que l’authenticité des Pastorales soit discutée. On explique souvent ces différences en invoquant l’âge avancé de Paul, qui aurait peut-être laissé plus de latitude à un secrétaire (peut-être Luc, 2 Tm 4.11) et en rappelant que nous ignorons tout de la vie de Paul après qu’il eut été relâché de prison à Rome. Mais des critiques en aussi grand nombre rejettent ces arguments qu’ils jugent trop subjectifs et maintiennent que les Pastorales ont été composées par un disciple de Paul, à la fin du Ier siècle pour résoudre les problèmes d’une Église très différente. Cette hypothèse n’est nullement impossible mais aucun témoignage n’indique que les lettres pseudépigraphes existaient et représentaient quelque chose d’acceptable. 2 Th 2.2 et Ap 22.18 montrent que les premiers chrétiens voyaient la nécessité de distinguer les écrits authentiques des faux. Une minorité de critiques défend une position intermédiaire entre ces deux extrêmes : selon elle un fidèle disciple de Paul aurait hérité de trois lettres que Timothée et Tite avaient conservées jusqu’à leur mort. Il compléta alors ces lettres en y ajoutant ce qu’il pensait que Paul aurait pu dire pour répondre aux problèmes nouveaux que rencontrait l’Église. Les Pastorales ne seraient donc pas de l’Apôtre mais contiendraient des fragments authentiques : par exemple 2 Tm 1.15-18 ; 4.9-15 ; Tt 3.12-14. L’absence d’accord sur l’étendue et le nombre de ces fragments affaiblit gravement cette hypothèse, qui est également incapable de fournir la moindre preuve à l’appui d’une telle pratique éditoriale à cette époque.
Le fait que toutes les hypothèses actuelles soient insatisfaisantes fait penser qu’on a peut-être eu tort de traiter les Pastorales comme un ensemble unifié ; car alors les observations qui semblent justes pour une des lettres sont appliquées également aux deux autres ce qui provoque la confusion. Or, l’examen détaillé fait apparaître une plus grande proximité entre 1 Tm et Tt qu’entre l’une ou l’autre de celles-ci et 2 Tm. Si l’on considère cette dernière séparément, il n’y a aucune objection convaincante à ce qu’elle ait été écrite par Paul. Adressée à un individu, elle diffère des épîtres adressées à des Églises de la même manière que l’épître d’Ignace à l’Église de Smyrne diffère de son épître à Polycarpe, évêque de la même Église. Si l’on admet que 2 Tm 4.6 n’est pas une allusion à la mort qui approche, 2 Tm s’inscrit naturellement dans le cadre de la fin de l’emprisonnement de Paul à Rome, Ac 28.16s, alors qu’il espérait sa libération. Si l’on accepte l’authenticité de 2 Tm, le caractère hétérogène de 1 Tm et de Tt dans le corpus paulinien devient encore plus évident. En particulier, la vision de ministère qui y est développée contraste vivement avec la dynamique missionnaire qui est de règle chez Paul. Ce qui domine ici, c’est un souci d’intégration à la société ambiante, 1 Tm 2.1-2, 6.1-2 ; Tt 3.1-2 et les qualités requises pour les ministres sont celles de n’importe quel bureaucrate, 1 Tm 3.1-13, Tt 1.5-9. Il y a donc eu une nette évolution dans les Églises pauliniennes. Une Église enthousiaste, enflammée par l’Esprit est devenue une communauté douillette. Mais si le chef charismatique a cédé la place à une direction institutionnelle, il n’y a pas trace du type d’épiscopat monarchique attesté par Ignace d’Antioche. L’autorité dans l’Église est collégiale et les « évêques » 1 Tm 3.2-5, ont la même fonction que les « anciens » 1 Tm 5.17. Chaque ancien doit avoir les qualités d’un « évêque », Tt 1.6-9, il ne faut donc pas assigner à 1 Tm et à Tt une date trop tardive dans le Ier siècle.