Bible-Centre

Lecture en trois ans pour le 29 mai 2006

La Bible de Jérusalem (fr)

1 Corinthiens, Chapitre 14,  vers 20-40

II. Solution de divers problèmes> 1 Hiérarchie des charismes en vue de l’utilité commune., 26 Les charismes. Règles pratiques.
20 Frères, ne soyez pas des enfants pour le jugement ; des petits enfants pour la malice, soit, mais pour le jugement soyez des hommes faits.
21 Il est écrit dans la Loi : C’est par des hommes d’une autre langue et par des lèvres d’étrangers que je parlerai à ce peuple, et même ainsi ils ne m’écouteront pas, dit le Seigneur.
22 Ainsi donc, les langues servent de signe non pour les croyants, mais pour les infidèles : la prophétie, elle, n’est pas pour les infidèles mais pour les croyants.
23 Si donc l’Église entière se réunit ensemble et que tous parlent en langues, et qu’il entre des non-initiés ou des infidèles, ne diront-ils pas que vous êtes fous ?
24 Mais si tous prophétisent et qu’il entre un infidèle ou un non-initié, le voilà repris par tous, jugé par tous ;
25 les secrets de son cœur sont dévoilés, et ainsi, tombant sur la face, il adorera Dieu, en déclarant que Dieu est réellement parmi vous.
26 Que conclure, frères ? Lorsque vous vous assemblez, chacun peut avoir un cantique, un enseignement, une révélation, un discours en langue, une interprétation. Que tout se passe de manière à édifier.
27 Parle-t-on en langue ? Que ce soit le fait de deux ou de trois tout au plus, et à tour de rôle ; et qu’il y ait un interprète.
28 S’il n’y a pas d’interprète, qu’on se taise dans l’assemblée ; qu’on se parle à soi-même et à Dieu.
29 Pour les prophètes, qu’il y en ait deux ou trois à parler, et que les autres jugent.
30 Si un autre qui est assis a une révélation, que le premier se taise.
31 Car vous pouvez tous prophétiser à tour de rôle, pour que tous soient instruits et tous exhortés.
32 Les esprits des prophètes sont soumis aux prophètes ;
33 car Dieu n’est pas un Dieu de désordre, mais de paix, comme dans toutes les Églises des saints.
34 Que les femmes se taisent dans les assemblées, car il ne leur est pas permis de prendre la parole ; qu’elles se tiennent dans la soumission, selon que la Loi même le dit.
35 Si elles veulent s’instruire sur quelque point, qu’elles interrogent leur mari à la maison ; car il est inconvenant pour une femme de parler dans une assemblée.
36 Est-ce de chez vous qu’est sortie la parole de Dieu ? Ou bien, est-ce à vous seuls qu’elle est parvenue ?
37 Si quelqu’un croit être prophète ou inspiré par l’Esprit, qu’il reconnaisse en ce que je vous écris un commandement du Seigneur.
38 S’il l’ignore, c’est qu’il est ignoré.
39 Ainsi donc, mes frères, aspirez au don de prophétie, et n’empêchez pas de parler en langues.
40 Mais que tout se passe dignement et dans l’ordre.
Notes:
Commentaire sur le fragment en cours
Commentaire sur le livre
Notes sur la partie

21 k) Texte cité très librement.


21 l) Comme les Israélites n’écoutent pas le prophète, il les menace d’avoir à écouter les langues incompréhensibles d’envahisseurs étrangers.


22 m) Dans le style de la diatribe, Paul met dans la bouche d’un opposant imaginaire une conclusion tirée de la citation. Si la glossolalie est sans utilité dans l’Église (à la différence de la prophétie) elle doit avoir un but apologétique en servant de signe pour ceux de l’extérieur. Paul contredit alors cela aux vv. 23-24.


32 n) Sinon, s’il semble avoir perdu le contrôle de son activité, c’est un faux prophète.


34 o) Les vv. 34-35, que certains mss placent après le v. 40, sont une interpolation post-paulinienne. Outre qu’il s’agit là d’un appel à l’obéissance à la loi (peut-être Gn 3.16) qui ne ressemble guère à Paul, l’exigence que les femmes gardent le silence contredit 11.5. Cette injonction reflète la misogynie de 1 Tm 2.11-14 et a probablement son origine dans la même Église.


36 p) Puisque la réponse est négative, Paul invite les Corinthiens à accepter les règles en usage dans les autres Églises en ce qui concerne la conduite des prophètes, v. 29-33.


38 q) Ignoré de Dieu, qui ne le reconnaît pas pour sien. — Var. « s’il l’ignore, qu’il l’ignore » (boutade de Paul agacé). Sur cette façon de clore une discussion, cf. 11.16 ; Ph 3.15.


Tandis qu’il écrivait les épîtres aux Thessaloniciens, Paul évangélisait Corinthe durant plus de dix-huit mois, Ac 18.1-18, du printemps 50 à la fin de l’été 51. Selon sa coutume d’agir dans les grands centres, il voulait implanter la foi au Christ dans ce port fameux très peuplé, d’où elle rayonnerait dans toute l’Achaïe, 2 Co 1.1 ; 9.2. De fait, il réussit à y établir, surtout dans les couches modestes de la population, 1 Co 1.26-28, une forte communauté. Mais cette grande ville était un foyer de culture grecque, où s’affrontaient des courants de pensée et de religion fort divers. Le contact de la jeune foi chrétienne avec cette capitale du paganisme devait poser pour les néophytes bien des problèmes délicats. C’est à les résoudre que s’emploie l’Apôtre dans les deux lettres qu’il leur écrit.

La genèse de ces deux épîtres est assez claire, en dépit de quelques points douteux. Une première lettre « précanonique », 1 Co 5.9-13, de date incertaine, n’a pas été conservée. Plus tard, durant le séjour qu’il fit à Éphèse au cours du troisième voyage, durant juste un peu plus de deux ans (52-54), Ac 19.1 ; 20.1, des questions apportées par une délégation de Corinthiens, 1 Co 16.17, auxquelles s’ajoutaient des informations reçues par le moyen d’Apollos, Ac 18.27s ; 1 Co 16.12, et des « gens de Chloé », 1 Co 1.11, poussèrent Paul à écrire une nouvelle lettre, qui est notre 1 Co, aux environs de Pâques 54 (1 Co 5.7s ; 16.5-9). Peu après, une crise dut se produire à Corinthe, où Timothée joua probablement un rôle, (1 Co 4.17 ; 16.10-11) et qui l’obligea à y faire une visite rapide et pénible, 2 Co 1.23–2.1, au cours de laquelle il promit de revenir bientôt, 2 Co 1.15-16. En fait, il ne revint pas et remplaça cette visite par une lettre sévère et écrite « parmi bien des larmes », 2 Co 2.3s, 9, qui produisit un effet salutaire, 2 Co 7.8-13. C’est en Macédoine, après avoir quitté Éphèse à la suite de crises très graves mal connues de nous, 1 Co 15.32 ; 2 Co 1.8-10 ; Ac 19.23-40, que Paul apprit de Tite cet heureux résultat, 2 Co 1.12s ; 7.5-16 ; et c’est alors qu’il écrivit les deux parties de 2 Co, pendant le printemps et l’été de 55. Il devait ensuite repasser par Corinthe, Ac 20.1s, cf. 2 Co 9.5 ; 12.14 ; 13.1, 10, pour de là remonter à Jérusalem et y être fait prisonnier.

Selon certains, 2 Co serait une compilation de plusieurs lettres – jusqu’à cinq – envoyées par Paul à Corinthe en différentes occasions. D’autres, moins impressionnés par les transitions difficiles que cette théorie cherche à expliquer, admettent cependant que les chap. 10-13 ne peuvent être la suite de 1-9. Il est psychologiquement impossible que Paul passe brutalement de la célébration de la réconciliation des chap. 1-9 à l’admonestation amère et aux justifications sarcastiques des chap. 10-13. On a suggéré que les chap. 10-13 pourraient être l’épître écrite dans les larmes, à cause de leur ton sévère, mais cela ne convient guère au contexte. L’épître écrite dans les larmes a été provoquée par la conduite d’un individu, 2 Co :2.5-8, or il n’y est même pas fait allusion dans les chap. 10-13, qui parlent du tort fait aux communautés par les faux apôtres. Il est donc plus probable que ces chapitres ont été déterminés par une détérioration de la situation à Corinthe après l’envoi des chap. 1-9.

Si ces épîtres apportent sur l’âme de Paul et sur ses relations avec ses convertis des lumières d’un extrême intérêt, leur importance doctrinale n’est pas moindre. Nous y trouvons, surtout dans 1 Co, des informations et des décisions sur bien des problèmes cruciaux du christianisme primitif, aussi bien dans sa vie intérieure : pureté des mœurs, 1 Co :5.1-13 ; 6.12-20, mariage et virginité, 1 Co 7.1-40, tenue des assemblées religieuses et célébration de l’eucharistie, 11-12, usage des charismes, 1 Co 12.1–14.40, – que dans ses rapports avec le monde païen : appel aux tribunaux, 1 Co 6.1-11, viandes offertes aux idoles 8-10. Ce qui aurait pu n’être que cas de conscience ou règlements de liturgie devient, grâce au génie de Paul, occasion de vues profondes sur la vraie liberté de la vie chrétienne, la sanctification du corps, le primat de la charité, l’union au Christ. La défense de son apostolat, 2 Co 10-13, lui inspire des pages splendides sur la grandeur du ministère apostolique, 2 Co 2.12 – 6.10 ; et le sujet très concret de la collecte, 2 Co 8-9, est illuminé par l’idéal de l’union entre les Églises. L’horizon eschatologique est toujours présent et sous-tend tout l’exposé sur la résurrection de la chair, 1 Co 15. Mais les descriptions apocalyptiques de 1 Th et 2 Th font place à une discussion plus rationnelle qui justifie cette espérance difficile pour des esprits grecs. Cette adaptation de l’Évangile au monde nouveau où il pénètre se manifeste surtout dans l’opposition de la folie de la Croix à la sagesse hellénique. Aux Corinthiens qui se divisent en s’opposant leurs différents maîtres et leurs talents humains, Paul rappelle qu’il n’y a qu’un seul maître, le Christ, un seul message, le salut par sa croix, et que là est la seule et vraie Sagesse, 1 Co 1.10 – 4.13. Ainsi, par la force des choses et sans renier les perspectives eschatologiques, il est amené à insister davantage sur la vie chrétienne présente, comme union au Christ dans la vraie connaissance qui est celle de la foi. Cette vie que donne la foi, il va l’approfondir encore, et, cette fois, par rapport au judaïsme, à la suite de la crise galate.

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